Tutus et conte de fée

J’ai 6 ans. Je chante Salagadou la menchika bou la Bibbidi-Bobbidi-Boo à tue-tête dans la maison. Dans ma petite caboche, j’ai une belle grande robe, mes peluches sont des souris qui se transforment en somptueux chevaux, mes pantoufles sont des souliers de verre, ma mère est ma marraine la bonne fée et je danse avec un Prince au lieu du vide évident.

Il va s’en dire que je me devais d’aller voir Cendrillon des Grands Ballets, interprété par le Ballet National d’Ukraine à la Place des Arts. Ce ballet en trois actes est d’une durée d’environ deux heures incluant entractes sur une musique de Serge Prokofiev et une chorégraphie de Victor Litvinov, artiste du peuple de l’Ukraine. La décision a été prise par celui-ci de rester très fidèle à la version du conte de Perrault, c’est à dire l’histoire d’un Prince qui tombe follement amoureux d’une femme fuyant le bal et ne laissant derrière elle qu’un soulier de verre, une pointe de ballet scintillante dans le cas présent.

La version présentée n’affichait pas de variante dans l’histoire classique, si ce n’est que dans le personnage de la fée, brillamment interprétée par Anastasiia Shevchenko. En effet, elle semblait n’être vue par Cendrillon que dans un état de songe. Malgré cela, il manquait une touche de modernisation dans l’ensemble. Quelques variantes ou surprises dans les numéros auraient fait une grande différence. La chorégraphie était classique, mais s’alliait bien avec la musique de Serge Prokofiev. Celle-ci soulignait chaque action et accompagnait le mouvement des danseurs. Par contre, le fait que la musique du spectacle  Par contre, le fait que la musique du spectacle soit diffusée sur une bande sonore et non interprété par l’Orchestre des Grands Ballets sur place faisait perdre de son charme à la représentation en cours. La présence d’un enregistrement se faisait sentir, surtout dans les notes plus aiguës des cuivres et les crescendos. Un orchestre en chair et en os aurait ajouté à la prestance du spectacle.

Le décor de Marjia Levitska sciait élégamment à l’histoire de Cendrillon. Que ce soit la grande cheminée dans la maison de la future princesse ou dans l’opulent palais du Roi.  Les éclairages accompagnaient très bien les différentes scénographies, donnant le ton à la scène qui se jouait et allant de pair avec les costumes des danseurs. Cela était particulièrement visible dans les numéros de groupe, dans l’harmonisation de couleurs complémentaires. Les costumes brillaient de mille feux, par autant de paillettes et d’éclats possibles, dans les tons pastel.

Les danseurs manquaient de fluidité dans leurs mouvements et les numéros de groupe manquaient de coordination. Les danseurs semblaient penser à leur prochain mouvement ou alors à leur déplacement dans l’espace ou avec les accessoires. Je pouvais presque compter les temps avec eux. Cela donnait l’impression qu’ils ne maîtrisaient pas totalement leurs numéros. Le ballet étant un art qui mise sur la perfection et la précision, ce constat était donc un peu décevant. Certes, il s’agit d’une discipline pointue, mais qui doit paraître élégante et aisée. La technique était trop apparente et a retardé le plongeon dans l’univers du spectacle. Par contre, les performances du Prince ont ébloui toute la salle, autant par ses grands écarts que par ses sauts défiant la gravité. La Fée, quant à elle, était la vision même de la grâce et elle semblait presque volée. La précision de ses pointes et de ses pas étaient impressionnantes.

Certes, une touche personnelle du chorégraphe aurait pu relever la valeur de la représentation, mais cela n’a pas toutefois affectée la qualité du ballet en soi. Toutefois, je peux garantir que les petites filles déguisées en Cendrillon ont quitté la salle avec le sourire fendu jusqu’au cuir chevelu! Un conte de fée raconté avec des tutus, ça fait toujours rêver.

 

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