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MAC

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Bloody caesars et art contemporain

C’est le 20 octobre dernier que la Fondation du Musée d’art contemporain de Montréal lançait officiellement la saison 2016-2017 du Cercle des Printemps. De retour en formule huîtres et Caesars, cette soirée phare pour l’amoureux des arts demeure un incontournable dans l’agenda culturel montréalais. La soirée permettait non seulement aux invités de découvrir le calendrier fourni des activités à venir pour le cercle cette année, mais aussi d’aller contempler les œuvres sélectionnées de la Biennale de Montréal 2016 – Le grand balcon

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Pour ceux qui ne sont pas familier avec le Cercle du printemps, il s’agit ici d’un regroupement de jeunes philanthropes qui ont à cœur d’assurer la relève et le rayonnement de la vie artistique de Montréal par le biais d’activités, de soirées branchées, de conférences exclusives, d’évènements de réseautage et par l’accès gratuit aux expositions et vernissages du musée. En bref, LE groupe auquel vous devez appartenir si vous êtes un jeune professionnel passionné d’art contemporain.

Les activités du cercle seront nombreuses encore une fois cette année. Au programme, la visite d’une collection corporative, la rencontre d’un artiste et la visite de son atelier, sans oublier la soirée des Printemps du MAC, soirée culminante de la programmation considérée par plusieurs comme l’un des événements les plus importants de la relève philanthropiques artistique de Montréal. Je vous invite à vous rendre sur le site du MAC pour consulter la programmation complète et en apprendre davantage sur la mission du cercle.

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En ce qui attrait aux œuvres de la Biennale 2016, on retient les sculptures de matériaux variés de l’artiste coréenne Haegue Yang, le plus récent projet de l’artiste québécoise Myriam Jacob-Allard qui revisite le patrimoine country québécois (récipiendaire de la prestigieuse bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain en 2015),  les sculptures de Valérie Blass qui jouent à la fois sur les notions du visibles et de l’invisible, l’installation vidéo au plancher de Tanya Lukin Linklater et bien sûr, le tableau de Lucas Cranach l’Ancien intitulé « le portrait d’une dame » , cette acquisition historique datant du début du 16ème siècle.

Librement inspirée de la pièce Le balcon de Jean Genet, la Biennale de Montréal 2016 sera à l’affiche du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017 au Musée d’art contemporain de Montréal et dans plusieurs sites participants à travers la ville.

Musée Exposition
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Soirées sur les passerelles

Parés de leurs plus beaux atours, les fashionistas montréalais s’étaient donné rendez-vous dans le Quartier des spectacles cette semaine pour le Festival Mode & Design.

Encore un défi de style pour moi ! J’aime être bien habillée, mais je ne suis définitivement pas à l’affût des dernières tendances. Je fais des fashion faux-pas à l’occasion, je n’agence pas toujours bien les accessoires, bref je ne suis pas une styliste née. C’est donc après une journée au bureau que je me suis présentée au Festival Mode & Design (FMD) vêtue d’une simple robe en jean, entourée d’une faune de blogueurs mode et de photographes arborant colliers chocker, complets originaux, rouge à lèvre noir ou jupes transparentes (des strings magnifiques !).

Montréal n’est peut-être pas encore une capitale de la mode, mais sa scène locale est assurément en ébullition. Organisé par le Groupe Sensation mode, le FMD déploie des boutiques éphémères sur les rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance et met en lumière des créateurs d’ici et d’ailleurs, qu’ils soient de la relève ou bien établis, grâce à une programmation de défilés et de conférences ravissant les amateurs de style en quête de découvertes ou désirant rencontrer les influenceurs reconnus.

Compte-rendu de deux soirées passées sur les passerelles :

Mercredi 17 août

Conférence – Max Abadian

Il a photographié Lady Gaga, Coco Rocha, Cindy Crawford et les plus grands tops modèles de la planète. Arrivé de Téhéran à l’âge de 15 ans, c’est sans un sous en poche que Max Abadian fait ses premières armes en photographie à Montréal. Il prend des cours au Collège Dawson et a travaillé son art quelques années en ne demandant aucun salaire. Aujourd’hui, ses photos font la couverture des plus grands magazines de mode et vit toujours dans la métropole.

Très affable, le photographe a livré généreusement ses impressions sur le monde de la photographie et sur sa démarche personnelle pendant une heure. Celui qui affirme devoir repousser les frontières a assurément inspiré une salle suspendue à ses lèvres.

Défilé Waxman House

C’est l’institution montréalaise en complets et tuxedos Waxman House qui a lancé les festivités sur la scène principale du FMD. Des musiciens de jazz sont d’abord montés sur scène pour jouer une introduction musicale intrigante. Vêtus de complets, deux jeunes hommes ont d’abord défilé sur l’estrade pour ensuite rejoindre les musiciens et entamer un rap bien senti. Il s’agissait du duo de Migs and Silent J qui serait sur scène toute la soirée.

Le spectacle s’est poursuivi, entrecoupé par des défilés de tuxedos et complets portés, entre autres, par nul autre que Zombie Boy. FABjustFab du groupe Random Recipe a également joint le duo. La soirée s’est terminée par un étonnant spectacle de striptease burlesque.

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Jeudi 18 août

Défilé – Marigold

Sur la petite scène du festival, le défilé Marigold a mis en lumière la dernière collection estivale de la jeune créatrice Marilyne Baril. Accompagnées de musiciens live, les mannequins ont défilé sur la passerelle en bois vêtues de robes aux motifs monochromes, de pantalons gigantesques et d’ensembles bleu pâle délicats et féminins.

Page Facebook de Marigold

Page Facebook de Marigold

Conférence – Scott Schuman

Après avoir travaillé en vente et marketing une bonne partie de sa vie, c’est pendant un arrêt de travail de deux ans, où il a été père à la maison, que Scott Schuman s’est demandé ce qu’il pourrait faire de sa vie pour lier sa passion pour la mode et sa créativité, sachant qu’il n’avait pas le talent d’un designer. C’est en prenant des photos de ses filles qu’il a appris à manipuler un appareil photo. En septembre 2005, il lance le blogue The Sartorialist où il prend des clichés de gens stylés dans la rue. Il lance carrément la tendance du steet styling sur le web. En juin 2006, le célèbre magazine GQ lui passe déjà des commandes. Aujourd’hui, il parcourt le monde à la recherche des plus beaux looks, que ce soit dans une ruelle ou dans les festivals de mode.

Page Facebook de Mode et Design

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Son conte de fée, Scott Schuman le raconte avec humour, volubilité et un charme certain dans la salle comble du Musée d’art contemporain. À l’entendre parler, on comprend sa facilité à convaincre n’importe qui de poser pour lui dans la rue.

Le Festival Mode & Design se poursuit jusqu’à demain, le 20 août 2016.

Design Mode
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Montréal en lumière en 4 temps

Pour sa 17e édition, le festival Montréal en lumière présenté du 18 février au 5 mars promet une belle diversité d’activités. De plus, cette année, c’est la ville chinoise de Shenzhen qui est à l’honneur et teinte la programmation. Le festival propose des activités pour tous les goûts et tous les âges afin de mettre en avant-plan la richesse culturelle montréalaise. Montréal en lumière c’est l’un des plus grands festivals d’hiver au monde. Un bon moyen d’oublier, pour un instant, les aléas de Dame Nature.

L’art et le spectacle
Les arts de la scène font partie intégrante du festival. Nous aurons droit, entre autres, à des prestations musicales, des pièces théâtrales uniques et des expositions extravagantes. Ce sera également une occasion de découvrir la musique classique, les arts du cirque, la danse et même l’improvisation.

L’auteure-compositrice-interprète française Zaz offrira une prestation le 23 février à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts et présentera quelques morceaux de son dernier opus Paris. Sa voix grave et rauque vous donnera envie d’aller déambuler le long de la Seine. Toujours dans la lignée musicale folk, Peter Henry Phillips, qui a jadis collaboré avec DJ Champion et Jorane, vous transportera le 25 février prochain au Club Soda dans son univers réconfortant. Sinon, allez vous réchauffer sous la musique électro-pop de Foxtrott le 26 février également au Club Soda.

L’exposition Spazuk propose des œuvres uniques concoctées à partir de la suie. Un résultat impressionnant et inusité. L’exposition est présentée tous les jours durant le festival à la Maison du Festival. Il y a également une bande dessinée théâtrale s’intitulant Louis Riel : A comic-strip stage play, basée sur l’oeuvre de Chester Brown, acclamé par la critique, qui sera présentée du 25 au 27 février au Théâtre La Chapelle.

Les foodies
Une autre belle façon de profiter du festival est de s’initier à la gastronomie. Plusieurs restaurants mettront notamment l’emphase sur la cuisine asiatique en l’honneur de Shenzhen. L’idée derrière cette initiative est de créer des jumelages et de proposer des mets suite à la rencontre des chefs de Shenzhen et de Montréal.

Vous pourrez déguster de la raclette à volonté au Bistro Beaver Hall ou bien manger un repas gastronomique où la truffe sera à l’honneur à la Brasserie T! Pour les amateurs d’huîtres, vous pourrez prendre part, tous les vendredis du festival, aux 5 à huitres à la Place des Festivals et déguster un vin parfaitement harmonisé. Durant la semaine de relâche, plusieurs établissements participeront à l’initiative Paie ton âge qui permet de faire découvrir des mets aux enfants et aux adolescents de 16 ans et moins dont leur repas s’élève au prix de leur âge !

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

Se divertir gratuitement
Cette année encore, vous pourrez profiter d’un tour dans la Grande Roue ou dans la glissade à la Place des Festivals qui seront toutes les deux illuminées. Sur place, vous pourrez en profiter pour prendre un verre ou casser la croûte au bar à grilled cheese. Vous aurez également l’occasion de visiter la station interactive Artlux qui permet aux participants de créer des œuvres numériques projetés en direct. Pour les curieux, plusieurs artistes s’exposent, dans leurs disciplines respectives dans le cadre de L’art érotique s’expose à l’ARTVstudio.

Une nuit sans fin
Pour une 13e année consécutive se tiendra la Nuit Blanche, qui propose aux adeptes de la vie nocturne des activités jusqu’aux petites heures du matin dans trois quartiers de Montréal. La Nuit Blanche se tiendra le samedi 27 février prochain. Un rendez-vous qui a su faire des adeptes depuis quelques années. Étant organisé en collaboration avec la STM, vous aurez l’occasion de profiter du réseau de transport ouvert toute la nuit. Plus de 200 activités, pour la plupart gratuites, vous sont proposées.

Le Elvis Gratton Picture Show est très attendu. Il s’agit d’un montage du premier film d’Elvis Gratton sous la musique rythmée de Misteur Valaire qui sera en prestation live. Cette expérience se veut très interactive et souhaite permettre aux spectateurs de pouvoir souffler quelques répliques mythiques du film !

À l’occasion de la Nuit Blanche, neuf bars du Quartier Latin seront exceptionnellement ouverts jusqu’à 6 heures du matin. Il s’agit du Pub Quartier latin, le Bistro à Jojo, le Saint-Bock Brasserie artisanale, le Saint-Houblon, le bar En cachette, le Cinko, le Café Hookah Lounge, le Patrick’s Pub Irlandais et L’Île noire.

Vous pourrez aussi aller essayer des jeux de société au Centre Pierre-Charbonneau dans le cadre du festival Montréal Joue. Si vous avez aimé l’émission de télévision Série Noire, vous pourrez aller rencontrer les comédiens de la série et fêter avec eux au party thématique qui se tiendra à la Cinémathèque québécoise dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois.

L’exposition de l’artiste islandais Ragnar Kjartansson au Musée d’art contemporain vaut vraiment le détour. On y présente, entre autres, une œuvre musicale vidéographique The Visitors où l’on retrouve des musiciens qui jouent en simultané sur des écrans géants. Le tout donne un résultat spectaculaire, romantique et mélancolique à la fois. Vous aurez de la difficulté à ne pas vous y poser pendant des heures.

Enfin, à l’occasion des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, vous pourrez assister à un YouTube Battle pour laquelle s’affronteront 16 équipes. Toujours en humour, un Zoofest polaire sera également présenté à La Vitrine où vous pourrez voir des humoristiques se prêter au jeu de DJ silencieux.

Pour connaître tous les détails de la programmation de Montréal en lumière, rendez-vous sur le site : www.montrealenlumiere.com.

Notre photographe, Renaud Vinet-Houle, a également assisté au spectacle de The Seasons samedi le 20 février. Il a également pris la photo d’en-tête.

Variétés
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Visite nocturne

Visiter un musée aux petites heures de la nuit? Pourquoi pas! Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) nous accueille ponctuellement dans ces fameuses Nocturnes. DJ, bar, ateliers de création, expos et performances font le succès de ces soirées. Après un petit cocktail, je me suis aventurée dans deux expositions du MAC et assisté à une curieuse performance musicale.

D’abord, l’exposition de Dana Schutz nous transporte dans un univers coloré, mais rarement gai. Dans cette exposition qui dresse un bilan de l’œuvre de l’artiste de Detroit, des portraits ou des scènes de groupes étranges allient couleurs vives et une sorte de cubisme de chair. Les peintures présentent un quotidien détraqué qui nous laissent perplexes et qui constituent parfois un puzzle à assembler. L’exposition de Dana Schutz se poursuit au MAC jusqu’au 10 janvier 2016.

DANA SCHUTZ, GETTING DRESSED ALL AT ONCE, 2012 Huile sur toile 186.7 x 142.9 cm Collection particulière Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Petzel, New York.

DANA SCHUTZ, GETTING DRESSED ALL AT ONCE, 2012
Huile sur toile, 186.7 x 142.9 cm, Collection particulière
Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Petzel, New York.

Dans un tout autre registre, je me dirige vers les expositions de Patrick Bernatchez, artiste montréalais multidisciplinaire dont la démarche s’articule autour du temps. D’ailleurs, son œuvre évolue constamment au fil des expositions à travers différents médiums tels le dessin, la sculpture, la vidéo ou la musique. L’exposition propose des œuvres tirées de deux ensembles majeurs : Chrysalides (2006-2013) et Lost in time (2009-2015).

Dans la première salle d’exposition trône une impressionnante installation. Des bobines de fil blanc se déroulent lentement vers une colonne centrale qui tourne au rythme d’une musique au piano; comme le fil de la vie qui s’écoule dans le temps. Le tout dégage une extrême douceur, un sentiment d’infini et de fragilité à la fois. En contraste, des illustrations aux murs présentent des figures inquiétantes de femmes aux allures macabres, de corps décomposés, de corbeaux et d’autres images dérangeantes et déroutantes. Alors qu’au centre de la pièce, la vie suit son cours, les illustrations nous rappellent que nous nous dirigeons tous vers notre mort et ultimement, le temps nous mènera à notre décomposition…

PATRICK BERNATCHEZ, LOST IN TIME, 2014 Film couleur transféré sur support numérique, 46 min, son (extrait) Coproduction Musée d’art contemporain et Casino Luxembourg Avec le soutien du Conseil des arts et des lettres, Conseil des arts du Canada Collection privée, Montréal

PATRICK BERNATCHEZ, LOST IN TIME, 2014
Film couleur transféré sur support numérique, 46 min, son (extrait)
Coproduction Musée d’art contemporain et Casino Luxembourg
Avec le soutien du Conseil des arts et des lettres, Conseil des arts du Canada
Collection privée, Montréal

La salle suivante nous emmène dans un monde où le temps est suspendu. La photographie d’un cavalier casqué dans un blanc hivernal ne saurait dégager une époque présente ou future. Ce cavalier et sa monture se retrouvent d’ailleurs dans la vidéo Lost in time, projetée juste à côté, qui dégage cette même sensation.

Enfin, j’assiste à la performance de Patrick Bernatchez qu’il présente spécialement pour la Nocturne. La foule s’est massée autour de lui. Les spectateurs assis sur le sol attendent le début du spectacle sonore. Plusieurs tables tournantes sont accolées au mur et Bernatchez est derrière ses platines. Il entame un morceau qui se répète et se répète. Après quelques minutes, il entame un deuxième morceau par-dessus le premier et ainsi de suite jusqu’à l’accumulation de différentes mélodies et de sons qui créent à la fois une cacophonie et une harmonie.

Au premier étage, la soirée bat son plein. La musique enivre les convives et je prends le temps de réfléchir au temps qui passe et je me rends compte que je n’ai pas perdu mon temps.

 

Les Nocturnes de 2016 auront lieu en février, mai et novembre.

 

Musée Exposition
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Vues d’une fenêtre… sur l’Arctique

Du 4 octobre 2012 au 6 janvier 2013, le Musée d’art contemporain de Montréal présente deux expositions aux thématiques distinctes. La première est un bilan critique de l’œuvre de Pierre Dorion, artiste peintre québécois et s’articule autour de Chambres avec vues, une exposition présentée en 1999 dans un appartement vide donnant sur le Parc Lafontaine à Montréal. La seconde, de l’artiste brooklynoise Janet Biggs, présente 4 œuvres vidéographiques réalisées entre 2010 et 2012 dans des paysages extrêmes et des situations limitrophes.

Dans la première salle se trouve des toiles représentant des intérieurs fournies, une invitation à visiter les plus petites salles qui se trouvent à droite. Plus intimistes, la lumière diffuse éclaire des tableaux évoquant des souvenirs, parcelles de lieu déjà visités. Débute les portes, les fenêtres, les ouvertures, vues de l’intérieur ou de l’extérieur. Une série d’objets quotidiens agencés. La mise en espace de ce qui nous entoure, de ce que nous voyons, ou de ce que nous ne voyons plus, tous les jours. Les salles s’ouvrent, les toiles s’organisent en triptyques, et elles se dépouillent. L’exposition a été conceptualisée autour de la pratique actuelle du peintre. Elle matérialise la problématique de l’installation et de l’accrochage qu’exploite l’artiste.

Cette problématique est rendue à travers le choix de la disposition des œuvres dans leurs rapports à la conception des salles qui reçoivent l’exposition. L’agencement des toiles avec le plan des salles, des portes et des passages nous porte vers le contenu de l’œuvre. Les plans larges de villes et de fenêtres progressivement se minimalisent, la thématique se resserre autour du cadrage pour littéralement nous le dévoiler. Une des dernières salles, composée d’agencement de toiles (des polyptyques) conçues pour cette exposition, fait disparaître le cadrage dans un jeu synoptique hypnotisant.

Vestibule (Chambres avec vues) 2000, Pierre Dorion. Photo : Musée d’art contemporain de Montréal.

Enfin, la dernière salle, légèrement circulaire, cache derrière le rideau de velours noir  un écran sur lequel est projeté le vidéo A Step on the Sun (2012) de Janet Biggs. L’artiste s’est rendue en Indonésie où elle a suivit un mineur lors de sa routine quotidienne. Il travaille sur les flancs d’un volcan, toujours en activité, à récolter des pierres, cristaux de souffre, d’un jaune-orange fascinant qui tranche avec  la morosité du sol. Des plans se prolongent sur un lac turquoise lui aussi contrastant avec l’environnement hautement toxique et décoloré du volcan. La couleur de ce lac est également le résultat de la présence du souffre, la même substance qui oblige la présence du travailleur.

A Step on the Sun (2012) par Janet Biggs. Photo : Musée d’art contemporain de Montréal.

Une porte nous mène vers d’autres êtres solitaires, une mineuse de charbon, Brightness all Around (2011), et un explorateur de l’Arctique, Fade to White (2010). Une touche documentaire, certes, mais l’œuvre ne se situe pas à l’intérieur de cette configuration. L’alternance des plans suggère plutôt une mise en poésie, articulée entre l’image et le son. Les différents fils conducteurs de chacune des vidéos, la lumière et l’écho sur les parois, nous transportent vers des lieux de solitudes. L’étrange beauté des paysages naturels contraste avec la dureté de ces formes d’existence. Enfin, l’exposition se termine, ou débute, selon l’entrée, par In the Cold Edge (2010), qui fait partie de The Artic Trilogy.

C’est dans le cadre du projet Montréal/Brooklyn, séries de rencontres et d’échanges culturelles entre deux capitales de l’art contemporain, que s’inscrit la présence de Janet Biggs. Elle est accompagnée de l’artiste montréalaise Aude Moreau qui présente une nouvelle œuvre vidéo, Reconstruction, un magnétique travelling de l’île de Manhattan. Ces deux artistes présenteront, du 12 janvier au 23 février 2013 à Brooklyn, de nouvelles œuvres spécialement conceptualisées pour l’évènement.

Reconstruction (2012) par Aude Moreau. Photo : Musée d’arts contemporain de Montréal.

Les deux expositions sont distinctes par leurs thématiques et par leurs médiums mais le résultat est fluide, et nous amène dans un mouvement de contemplation intérieure. Et c’est l’état dans lequel nous sommes. L’intimité des espaces de Pierre Dorion et la proximité de lieux et des personnes où nous transporte Janet Biggs, nous sont normalement inaccessibles. Alors que tout semble éloigner ces deux expositions, elles sont intimement liées en ce qu’elles nous font traverser des espaces qui sont aussi les nôtres. Transi, nous regardons ce lent travelling qui nous mènera vers la sortie du musée, et à l’intérieur de la ville.

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