Les lois de l’immortalité ou comment vaincre la vie

Dans un futur qui semble lointain, l’humain est capable de transférer sa mémoire et ses souvenirs dans un corps synthétique. La mort devient donc obsolète. Qu’arrive-t-il lorsque le transfert d’Anne ne se passe pas comme prévu?

Ceci est la prémisse de la nouvelle pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Baril Guérard. Présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai, l’action prend place dans un monde dystopique. L’humain est divisé en deux catégories ; les synthétiques et les organiques. Les premiers ont dit  »oui » au transfert et à la vie éternelle. Les seconds ont refusé et vivent comme de simples mortels.

Nous suivons l’histoire d’Anne. Elle est morte. Elle passe à travers les vestiges de sa mémoire. Mais quelque chose cloche. Pourquoi Bruno, son collègue d’il y a 10 ans, est présent dans le souvenir de la fin de semaine à la plage avec sa sœur, le copain de sa sœur et son ami David?

Lors de l’entrée du public, Anne est déjà couchée par Terre, dans le sable noir. À son réveil, un de ses souvenirs joue en boucle, comme une cassette que l’on aurait trop rembobinée. Le procédé est intéressant, laissant au spectateur le temps de comprendre ce à quoi il a affaire. Il peut ainsi se laisser happer par l’univers proposé par l’auteur.

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Le début est prometteur, mais le texte finit par prendre un peu trop le spectateur par la main, lui mettant en plein visage ce qu’il avait probablement déjà compris.  Les dialogues se répètent et cela ne rend pas service à la pièce. Au contraire, cela l’alourdit sensiblement. Qui plus est, il n’est pas nécessaire d’expliquer la morale d’une histoire lorsque celle-ci peut être déduite dans les actions des personnages. Avait-on peur de faire face à un public paresseux? Avait-on peur que celui-ci n’ait pas voir plus loin? Peut-être un peu.

Pourtant, l’idée elle-même est nouvelle. Alliant futurisme et humanité, il est facile d’être séduit par la fraîcheur de la création, qui est la représentation même d’une génération en quête d’immortalité; la nôtre. Une jeunesse qui cherche à laisser une marque, que ce soit par la gloire éphémère des réseaux sociaux ou alors être la première génération à pouvoir vivre pour toujours. Est-ce si différent?

Par contre, plus la pièce avance et plus les acteurs tombent dans un style mélodramatique, au profit d’un jeu plus réalisme qui aurait été fort à propos. Le niveau de jeu entre les différents acteurs est inconstant et cela devient plus apparent au fur et à mesure que la pièce avance. Une mention spéciale à Mathieu Handfield qui est juste, drôle et attachant dans son rôle de Bruno pendant toute la durée de la pièce.

D’ordre général, La singularité est proche est une pièce divertissante, qui donne à réfléchir sur cette quête de l’immortalité et des limites et conséquences de celle-ci. Elle nous fait penser à la différence entre un suicide assisté et un débranchement. Puis, un peu à la manière de L’homme bicentenaire, la nouvelle d’Isaac Asimov, est-ce qu’un être synthétique avec presque toutes les caractéristiques d’un humain est considéré comme tel par l’être organique? Ou manque-t-il justement la qualité essentielle de l’homme : la mortalité.

La singularité est proche est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai.