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Jean-Paul Daoust

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Les mots aimeraient s’ajuster

Ce soir la fatigue l’alcool
Les mots aimeraient s’ajuster pour en finir
Une fois pour toutes
Pourtant je le revois
Une histoire d’amour

C’est la semaine des trois premières et j’ai l’impression que le doute ne se dissipera jamais. Pourtant, je sais que nous avons fait de notre mieux. Je sais aussi que nous avons pris des risques. Comment faire autrement ? On ne peut pas travailler avec des certitudes, nous ne produirions que des convenances.  Et ça on n’a pas le droit quand on s’attaque à un récit comme celui de Les cendres bleues.

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Jean-Paul Daoust est venu deux fois au spectacle, pétillant comme son rhum and coke diet, fier comme jamais, fébrile comme toujours. J’ai eu peur, il a aimé. Jamais je n’avais présenté un spectacle devant son auteur, disons que nous ressentions cela comme une exigence supplémentaire. Jean-Paul est en paix quand les sentiments sont publics et c’est tant mieux parce que ses mots ont été entendus.

Que le texte frémisse

Jean, Jonathan et Sébastien y travaillent chaque jour. Pour eux, pour vous, aller vers l’inconnu comporte un risque évident, mais aussi la promesse de l’immensité.  Nous n’avons pas encore tout dit ni encore tout vu, le monde change, la matière se renouvelle et s’il nous reste une emprise, elle se trouve peut-être dans la sincérité.

Théatre
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Fragments d’un moment crucial

Philippe Cyr met en scène « Les cendres bleues », un texte du poète Jean-Paul Daoust écrit en 1990 et qui a reçu le prix du Gouverneur Général du Canada. La pièce sera présentée du 22 octobre au 9 novembre à la Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui.

Hall du Théâtre d’Aujourd’hui.

Je vous raconterais bien des anecdotes croustillantes sur mon existence, mais voilà qu’elle se résume en quelques mots : Les cendres bleues.

Voilà deux semaines que l’équipe a envahi l’espace pour construire ce que sera cette production. Le dernier droit avant la présentation devant le public. Chaque jour est une longue enfilade de décisions et le texte de Jean-Paul Daoust nous donne du fil à retordre. Imaginez, 2000 vers à livrer, à comprendre, à faire entendre.

Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte

Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte. Crédit photo : Philippe Cyr

Comment faire? On a des hypothèses, des bonnes même, mais peut-être qu’on se trompe, qu’on est totalement à côté de la plaque. Tant pis pour moi, je suis bien l’artisan de mes propres angoisses. Je n’avais qu’à initier un projet plus simple, mais ça ne fait pas partie de mes réflexes.

Il y a des corps qui marquent
On se souvient de leurs surprises
De leurs étonnements
Comme le sien
Un dépouillement d’arbre de Noël
Puisqu’aimer c’est aller publiquement à sa perte

Je veux juste qu’on dise ça, de la meilleure façon qui soit, je m’y emploie du mieux possible.  Sébastien, Jonathan et Jean y travaillent aussi de façon acharnée. Les deniers jours de répétition ont été particulièrement périlleux, tiraillées entre moment de grâce et sclérose mentale. Les nœuds se défont et les possibles existent toujours.

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Crédit photo : Philippe Cyr

Hier, Jean-Paul est venu assister à une répétition en compagnie de Josée Blanchette du journal Le Devoir. Nous étions si nerveux. Il est si impudique de dévoiler notre travail à cette étape, mais c’est incomparable face à ce que Jean-Paul nous livre dans son texte. Ça lui appartient tout ça. Il aurait été légitime qu’il se présente tel un empereur contemporain et ordonne, d’une réplique assassine, l’arrêt des travaux.

Heureusement, il n’est pas du tout comme ça. Il est plus soie que cuir.

Il s’est assis en silence, il nous a écoutés chercher et dire. Je l’ai senti ému, reconnaissant même. Sa précieuse visite nous donnera du carburant pour les semaines à venir.

Je retourne dans l’antre du dragon.

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