Tous les articles

danse

alexneoral_as-cancoes_c_photo_manuela-abdala

Créateurs en liberté !

Du 6 au 17 septembre 2016, des artisans de réflexions, de rires, d’émotions et d’émerveillement investissent Montréal. Provocation, sensibilité et humour se côtoient pour la 14e édition du Festival Quartiers Danses (FQD) !  Un danseur changé à jamais à la suite d’un accident, un quatuor qui s’enduit de vase des pieds à la tête, un baiser langoureux qui s’étire de minute en minute et des interprètes qui se jouent des stéréotypes masculins et féminins : voilà qui promet d’offrir une large gamme d’émotions ! Cette fougueuse édition du FQD compte entre autres dans sa programmation :

Des artistes internationaux

Alex Neoral | Rio de Janeiro, Brésil

Crédit photo : Cintia Pimentel

Crédit photo : Cintia Pimentel

En performance aux États-Unis, en France, en Italie, en Allemagne et maintenant au Québec, ce jeune chorégraphe, danseur et entrepreneur remporte un franc succès auprès de divers publics par la pluralité de ses œuvres. Son spectacle culte As Cancoes que voce Dançou Pra Mim, qui clôture le FQD, a tourné et joué plus de 245 fois au Brésil, en France, en Italie, au Portugal et aux États-Unis.

Maya Orchin | New York, États-Unis

Crédit photo : Marie Letkowski

Crédit photo : Marie Letkowski

Un brin acrobate, Maya Orchin combine la danse et le théâtre dans un alliage puissant de prouesses physiques qui garderont votre regard bien ancré sur scène. Maya Orchin nous révèle Transport Fade, une œuvre hautement physique avec une combinaison de mouvements à couper le souffle!

Julie Dossavi | Poitiers, France

crédit photo : Gregory Brandel

crédit photo : Gregory Brandel

Super héroïne africaine, papillon curieux ou un corps sous l’emprise d’une cithare, Julie Dossavi parcours le monde physique et psychique à grandes enjambées !  Elle nous offre trois brillantes représentations. Deux en extérieur, gratuites : Adjalin et À chaque vent le papillon se déplace sur le saule. En salle, La JuJu, spectacle familial (dès 5 ans) déjanté dans lequel une super-héroïne voyage à travers l’espace-temps.

Des artistes locaux et nationaux

Jane Mappin | Montréal, Canada

crédit photo : Michael Slobodian

crédit photo : Michael Slobodian

Dans une trilogie poétique, Je marche à côté de moi, la chorégraphe montréalaise nous rappelle la dignité des personnes vivant avec une maladie mentale lors d’une soirée-bénéfice en collaboration avec  la Fondation de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Les fonds recueillis seront divisés entre les deux organismes et permettront entre autres de bonifier les activités de médiation culturelle du FQD.

Jeffrey Hall | Montréal, Canada

crédit photo : Michael Slobodian

crédit photo : Michael Slobodian

Chorégraphe pour le Cirque du Soleil, Jeff Hall a su cultiver le talent d’acteurs, d’acrobates, de danseurs ou encore d’athlètes. Ses œuvres sont teintées de son parcours prolifique! Il propose en soirée d’ouverture cette année, Falling, qui rend honneur au défi et à l’histoire du chorégraphe, changé à jamais suite à un accident.

Fleuve | Espace Danse | Saint-Jean-Port-Joli

Crédit photo : Jean-Sébastien Veilleux

Crédit photo : Jean-Sébastien Veilleux

Chantal Caron sait exprimer sa sensibilité à son environnement en donnant vie à ce qui nous est familièrement immobile, à ce qui, avec lenteur, se métamorphose au fil des neiges, des eaux, des marées, des séismes, des vents…  En collaboration avec 20 figurants, Chantal Caron met en scène un quatuor d’Hommes de vase, inspiré d’éléments qui façonnent la nature tels que la neige, les marées, le soleil et les tremblements de terre.

Et plus encore !

Le FQD offre des spectacles en salle et en extérieurs gratuits, pour tous et pour tous les goûts, ainsi que des activités gratuites : projections de courts-métrages, tables-rondes, exposition photo.

Venez encourager des artistes établis, de la relève d’ici et d’ailleurs dans une atmosphère de partage et d’échange.

Suivez la programmation complète en visitant quartiersdanses.com et profitez d’un tarif réduit pour les étudiants, les aînés, les membres du RQD et les 30 ans et moins.

Vivez Montréal au rythme de la danse!

Texte rédigé par l’équipe du Festival Quartiers Danses

Danse
IMG_2421733

Galerie photo : Rêve

Hier avait lieu la première représentation du tout nouveau spectacle des Grands Ballets Canadiens, Rêve de Stephan Thoss. Un ballet démontrant une vie s’articulant autour des nuits et non des jours. Un couple qui vit une vie tourmentée avec elle hantée par des rêves et lui qui n’est pas affecté par ses troubles. À voir à la Place des Arts jusqu’au 4 juin!

 

 

Danse
IMG_5782733

Galerie Photo : Préludes

Jusqu »au 19 mars, les Grands Ballets canadiens présentent Préludes au Théâtre Maisonneuve. Le programme double comprend La lueur de l’aube, un hommage au génie de Sergei Rachmaninoff par Ken Ossola, et RE (II) une invitation au voyage de Shen Wei.

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

Danse
tangente_ne_meurs_pas_La-Vitrine

Danse à quatre temps en septembre

Après avoir soigneusement épluché les programmations en danse pour la saison d’automne, il m’a été très dur de faire une petite sélection toute personnelle. Tout semblait si alléchant, si tentant. Le mois de septembre à lui seul, ploie sous le poids des nouvelles créations. Malgré tout, des titres ont saisi mon attention au vol. En quatre temps, voici les pièces accrochées à mon tableau de la rentrée!

Duels

Les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours s’allient de nouveau pour nous présenter cet automne Duels sur les planches de l’Agora de la danse. Des tandems où l’affrontement doucement cruel est au centre des chorégraphies. Portés par une panoplie d’artistes de disciplines diverses, ces duels sont à l’image des scènes de vie, découpées et offertes à vif et sans retenue. J’aime bien la manière que madame Blackburn décrit ce spectacle que je suis impatiente d’aller voir : « C’est une ambiance de fin de party bien arrosé. Au moment où les cravates commencent à se dénouer. Où on se dit les vraies choses. Il n’y aura pas de nudité, mais à mesure que le spectacle progresse, il y a un certain relâchement. Ce sont des moments de vérité, avec des scènes de tough love. » Pour ma part, les créations que j’affectionne le plus sont celles qui n’ont aucune volonté de se parjurer. Celles qui dévoilent l’autre côté de l’intimité.

Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde

Un titre mystérieux aux accents provocateurs, j’ai tout de suite accroché. En lisant un peu sur ce chorégraphe polyvalent qu’est Manuel Roque, son monde est aussi diversifié que fleuri : danse, cirque, théâtre, musique, photographie. Il a travaillé aux côtés de grands noms de la danse comme Marie Chouinard et Sylvain Émard. Aujourd’hui, il est chorégraphe en résidence à Tangente. Il sera l’un des deux interprètes de cette pièce loufoque et délicieuce, aux côtés de Lucie Vigneault. Je dois avouer que l’extrait vidéo m’a laissée dans une certaine perplexité. Mais la curiosité a été la plus forte. Si vous ne l’aviez pas compris, j’ai horreur de l’ordinaire et du banal. J’aspire qu’à des choses surprenantes et je suis certaine que ce show en fera partie. Vous avez peut-être déjà été confronté à son monde étrange dans Raw-me, l’année dernière au OFFTA. S’il est un étranger pour vous, il ne vous reste qu’à découvrir.

Ta douleur

J’ai découvert Brigitte Haentjens lors de ma première année à l’université. Elle mettait en scène la pièce La nuit juste avant les forêts qui était à l’étude pour un cours. Ma première pensée quand je l’ai vue la première fois à la librairie Port de tête fut qu’elle était une grande dame. Lorsque j’ai lu son nom à la direction artistique de cette nouvelle création présentée au Théâtre La Chapelle, je me suis dis qu’il fallait absolument que je sois dans cette salle. La vidéo en aperçu n’a fait qu’attiser encore plus cette impression. Ta douleur, c’est la somme de toutes les douleurs. De deux êtres. De deux corps. Des douleurs passagères ou celles qui restent accrochées à l’âme. Va savoir pourquoi, je suis déjà touchée.

Solitudes solo

Laissons de côté un instant, les duos multiples et les duos simples. Daniel Léveillé, quant à lui, nous renoue avec le genre du solo. Cinq interprètes dans la nudité de leur solitude, la maîtrise du geste en équilibre. Assister à un spectacle solo équivaut pour moi à un face à face parfois rude, entre le danseur et moi. Il n’y a aucune distraction. Plus rien d’autre sur lequel poser les yeux que ce corps sèchement livré. Rien que de l’honnêteté et de la transparence. Habitués aux masques, on ne sait plus comment recevoir l’authenticité. D’ailleurs, une table ronde se tiendra le 19 septembre, sur cette forme d’art qui se retrouve beaucoup exploitée cette saison.

Petit calendrier à garder sous la main

  • Ta douleur – Théâtre La Chapelle
    Du 18 au 22 septembre/ 25 au 29 septembre
Danse
Simon Vermeulen

Des grands humains

Prenant naissance entre l’expression d’une gestuelle particulière du danseur Simon Vermeulen et la narrativité historique du réalisateur tunisien, Kays Mejri, le projet de vidéo-danse Der Untermensch est l’un de ces projets qui touchent et chamboulent.  Il me fait extrêmement plaisir de partager, ce qui on l’espère, sera une nouvelle vague dans le monde de la danse contemporaine.

Mélangeant le réel du documentaire au côté artistique et esthétique, Der Untermensch, qui signifie « sous-homme » en allemand, aborde par le biais de la danse, la persécution des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale. Un sujet prenant. Autant physiquement, qu’émotionnellement. Ce jeune danseur, diplômé de l’École de Danse Contemporaine de Montréal en 2011 (anciennement LADMMI) et possédant déjà un beau parcours,  a un souci extraordinaire des détails. Ce qui justifie entre autres, le choix du mode de diffusion. Une vidéo-danse et non un spectacle sur scène. Le rapport à la proximité n’est plus du tout le même. Le destinataire sera amené à être proche du sujet humain, ce personnage arien homosexuel qui veut assumer cette part de son être. À être conscient du moindre mouvement. Une intensité condensée en moins d’une dizaine de minutes. Sans être totalement une histoire racontée et linéaire, cette vidéo se veut un miroir des gestuelles du corps parlant. Chaque partie de ce corps exprime un message, une plainte, un espoir, un engagement. Car en effet, le propos est profondément engagé. Un pan dédaigné de l’histoire est dévoilé à travers cette construction visuelle. D’un désir de libération à l’épanouissement totale de l’être. Le reste est à découvrir.

Comment parler d’un projet qui n’est pas encore né? Comment vous convaincre que le dessein espéré en vaut la peine? Tout simplement, parce que j’y crois. J’y croyais déjà en  visionnant l’ébauche du travail et j’y ai cru plus fort en  partageant cette discussion  d’un enthousiasme communicatif avec Simon. J’ai été convaincue. Emballée. Enrôlée. La danse contemporaine qui grandit de toutes ces idées innovatrices de jeunes danseurs, cela me rend fébrile.

Pour le moment, ce projet indépendant dont le lancement est prévu aux alentours de septembre 2012, est dans sa campagne de financement. Je vous invite tout d’abord, à jeter un coup d’œil, en guise d’avant-goût, à la vidéo promotionnelle, se trouvant ci-bas. Puis, de partager et d’en parler. Et bien sûr, de contribuer à l’aboutissement de ce travail formidable en cliquant ici. Ce ne sera pas mon unique billet le concernant. Il reste quelques mois de production et de réalisation. Mais je serai aux premières loges pour le grand jour et je me chargerai de vous le rappeler.

Danse
Imprudanses

De la danse démocratique

Ils font partie d’une ligue. Libérée et sauvage. Ils créent et dansent, bouillonnant d’une énergie délurée. Ils s’adaptent au monde. Caméléons à visage découvert. Le temps de dire Dansons!

La ligue

Les Imprudanses, créée en 2003 par Marie-Ève Albert et Normand Marcy est une ligue d’impro-mouvement téméraire qui entraîne la danse contemporaine sur une pente singulière où création et improvisation se tiennent la main.  En s’attardant sur l’historique de cette ligue, il est évident qu’il y a eu du chemin parcouru, des défis relevés, toujours dans une logique novatrice et ludique. Il est surprenant que ça m’ait pris si longtemps avant d’être au courant de leur existence alors que leur mission rassemble tous les éléments qui, d’ordinaire, attirent mon attention. Une panoplie de danseurs avides –  car ils sont une trentaine composant cinq équipes – qui se sont donnés le but d’offrir corps et âme, leur passion. Des lieux de diffusion non conventionnels – oubliez les salles de représentation habituelles! – et ce, dans le but de « développer un public ». Et le public, parlons-en. Spectateur et en même temps, participant. La passive observation  n’est plus de mise. Le public donne autant qu’il reçoit. Le contact avec les danseurs est direct et vif. Petite mise en scène pour les non initiés; leurs performances se jouent sous forme de match opposant deux équipes. Leurs chorégraphies sont régies par des paramètres en lien à l’espace et au corps, et des contraintes de temps, par exemple, tout en laissant la place à de courtes improvisations. Mélange d’une structure et d’instantané.

Un pas dans l’intimité

J’ai eu l’immense privilège de passer un après-midi avec une équipe de la ligue, celle des Rouges. Assise dans un coin, je les ai regardés entrer tranquillement dans leur sphère.

Je me suis rendue compte qu’on n’écrivait pas des histoires qu’avec des mots. Je me suis fait l’effet d’une voyeuse, mais qui avait de la chance d’assister à la naissance brute d’un mouvement, d’abord pensé, ressenti, puis posé. Audrey Bergeron, la capitaine de l’équipe est une âme généreuse. Enveloppante. Marie-Ève Albert, un feu intérieur. Émily Honegger, une sauvage liberté. Simon Ampleman, le temps suspendu. Geneviève Gagné, une royale incandescence. Le lien entre ces danseurs, fort et perceptible, m’est apparu dans leurs gestes, leurs paroles, leurs rires, leurs souffles. Il a été très agréable d’observer le travail, la préparation et la franchise derrière ce qu’il nous donne si généreusement. Ce sont des danseurs et ils dansent. Avec amour. De styles différents, ils forment ce tout unique qui fait sourire. Ce sont aussi des comédiens qui se nourrissent de tout ce qui les entoure : objets, mots, couleurs, l’autre. Disons-le, ils étaient magnifiques. J’ai la certitude que les Verts, les Bleus, les Jaunes et les Oranges le sont également.

La ligue sera en tournée cet été, mais n’attendez pas jusque là. Le match des étoiles se tiendra le 5 mai au Café Campus et il faut que vous y soyez. Si vous tombez sous leurs charmes, des formations sont offertes aux amateurs de danse et d’improvisation. Quel excellent moyen d’entrer dans leur univers.

Danse

Les traces de l’ours

Ça vient de Calgary. Ça se présente à l’Usine C, et ça s’appelle Lucy Lost Her Heart. Déjà, on parvient à m’intriguer. Je vous rapporte ici un petit coin de l’œuvre, en forme de personnage.

La compagnie des artistes en résidence du Theatre Junction GRAND, dirigée par Mark Lawes, se nourrit aux confluents de multiples influences : de la France à l’Alberta, du français à l’anglais, d’un métissage des formes d’arts. Voilà ce qui m’attire d’abord : ce mélange éclectique des genres, cette proposition toujours fascinante d’effacer les lignes, d’abattre ces fameuses cloisons. Il paraît d’ailleurs que du processus de création des pièces de la compagnie ont dérivé toutes sortes de projets éclectiques : des maxis ou extended play (EP), des courts-métrages, des partys. Il y a là une ébullition prometteuse!

Mark Lawes fait remarquer que la représentation théâtrale : « n’est pas un objet de consommation tangible. Il n’est pas possible de la ramener chez soi et de la poser dans son salon. Elle a une clause de collectivité et d’unicité. Éphémère et volatile, elle ne laisse derrière elle que quelques traces, ne hante que quelques pans de la mémoire pour devenir une partie intégrante de notre inconscient collectif. »* Ainsi, dans l’impalpable Lucyland qu’il a créé, les personnages résonnent avant tout de la culture de l’Ouest canadien : Pocahontas, les fourrures, les bottes et le chapeau de cow-boy, le soldat perdu, la blancheur laiteuse de la peau d’une icône religieuse…

Parmi eux, le personnage de Pierre, victime d’un accident, est resté dans un état brusque et entier de naïveté enfantine. C’est celui qui garde en espoir – en vie, peut-être – les autres personnages, prisonniers des corridors d’une mine désaffectée suite à une mystérieuse catastrophe. Interprété par l’imposant, « grizzliesque », Steve Turner, Pierre fascine, comme intemporel : c’est un homme grand et gros, à la grisonnante barbiche touffue qui, la plupart de la pièce, est assis près d’un tas de charbon, les jambes étendues, raides devant lui, à la manière d’un petit garçon. De temps en temps, il porte un chapeau de fourrure à oreilles d’ours : selon la légende, c’est lui qui serait tombé sur ce « someone hairy », cette « bête poilue » congelée dans la terre, qui permettra à ses congénères de survivre pour se conter encore d’autres histoires. De l’amas de charbon, Pierre s’affaire à en choisir des roches qu’il peint de rouge et offre en cadeau à ceux qu’il aime.

Une fois, cependant, Pierre s’insurge : il paraît qu’à la guerre, les soldats ont dû se sustenter des chats affolés qui lapaient le sang des morts. Ceci n’est pas acceptable du tout. Pour Pierre, il est indéniable que les félins demeureraient pour toujours, avec leur angoisse, dans le ventre de l’omnivore cruel. C’en est trop : Pierre doit se dissocier du soldat perdu qui se prend bizarrement pour son père. « I am not your boy », clame-t-il, poussant celui qu’il accuse à exploser en une chanson agressive et désespérée.

Intrigués, vous aussi? Il ne vous reste que deux jours pour rencontrer Pierre et les autres personnages de Lucy Lost Her Heart, présentée jusqu’au 30 mars à l’Usine C. Saurez-vous dire si l’inconscient du public montréalais sera marqué des mêmes traces que celui de Calgary?

En passant, la pièce, bilingue, est entièrement sous-titrée : on apprécie.

* Source

Théatre
Crédits : Olivier Brajon

Pour l’amour de la glisse…

Liberté. Créativité. Fierté. Ces mots prennent leur sens dans un endroit qui aurait pu nous rester étranger. Ces mots sont performés par une troupe qui s’est inventée son propre imaginaire et son propre créneau. Portrait d’un nouvel art, à travers les yeux d’un artiste, patineur, danseur et rêveur.

Je ne vis que pour découvrir et m’émouvoir. Je fais preuve d’imprudence bienheureuse devant la créativité qui sommeille dans les corps comme dans les esprits. Et humblement, je partage l’émerveillement quotidien. Plus tôt, ce mois-ci, je me suis laissée surprendre par le groupe Patin Libre, compagnie de patinage contemporain fondée en 2005 par Alexandre Hamel, un jeune patineur artistique qui voulait élever sa passion au-delà du traditionnel. Cette troupe s’est formée sur ce pari provocateur de chambouler les règles, offrant un monde nouveau dans un paysage familier. Faire oublier ce « divertissement populaire » si cher à tout le monde. S’inspirant de danses urbaines et contemporaines, des arts martiaux et du nouveau cirque, le patinage contemporain se veut le mélange parfait entre le mouvement et l’expression artistique.

En quoi ce nouvel art est différent du patinage artistique? Les méthodes ne sont pas les mêmes, les visions et les attentes, non plus. On ne jette pas aux orties les années d’expérience acquises, mais on les redéfinit. On invente un nouveau langage pour le même espace.

« Nous continuons à utiliser les mouvements du patinage de fantaisie : sauts, pirouettes, etc. Ces mouvements sont beaux et impressionnants. Utilisés comme matériaux de base pour de la création, ils nous servent très bien. Nous utilisons aussi diverses influences : danses urbaines, arts martiaux, danse contemporaine, nouveau cirque. Mais, nous restons concentrés sur notre magie unique : la glisse. » – Alexandre Hamel

Le processus de création peut atteindre plusieurs mois. C’est dire que ces performances sont patiemment muries et qu’elles n’attendent qu’un public indulgent et aussi enthousiaste que le sont ces patineurs. D’ailleurs, le public est prié d’oublier tous les stéréotypes liés au patinage artistique et de se laisser conquérir.

En Europe, comme le dit Alexandre Hamel, le mouvement est lancé. Leur créativité rencontre une liberté beaucoup plus conciliante. Ce qui est plus ou moins le cas au Canada, où les règles sont strictes et étouffantes quant à l’accès aux patinoires. Sans parler du conservatisme du monde du patinage. Une chance pour nous, cela n’arrête pas notre charmante petite troupe qui prend d’assaut nos étangs gelés, l’hiver. Mais n’aimeriez-vous pas les avoir à l’année longue comme les européens? Moi, si! Des extraits de leur nouvelle création, Patineurs Anonymes ont été présentés dans le cadre de la 9e édition de la Nuit Blanche à Montréal et Alexandre a exprimé le souhait de revenir plus souvent à Montréal. Ce qui nous remplirait d’une joie immense. Mais l’émergence d’un nouvel art n’est rien sans l’entrain des cœurs à prendre. Donc, je vous invite à suivre minutieusement l’évolution de la troupe Patin Libre et de leur manifester un support fougueux. Quant à moi, je les remercie d’exister.

Danse