Patrick Robert

Une fois, c’était un gars qui aimait l’humour au point de rire de tout, surtout du pire. Nourri par des comiques comme George Carlin, Coluche, RBO ou Bazooka Joe, il s’est mis à explorer les multiples facettes du dilatage de rate, de la comédie noire au rire jaune, en passant par le canular, la tarte à la crème, l’absurde et même les jokes plates. Aujourd’hui, le gars collabore occasionnellement à Safarir, a été scripteur pour Le Canal Masqué à Télé-Québec, et a tenu la barre de l’émission de radio satyrique Musironie pendant de nombreuses années. Son rêve était de travailler pour le magazine Croc, mais comme ça n’existe plus depuis un maudit boutte, il partage plutôt sa passion pour les bons comme les mauvais plaisantins sur le blogue de La Vitrine.
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Sèxe Illégal : L’humour est mort, vive l’humour!

Sèxe Illégal est-il un groupe de musique ou d’humour? On s’en fout un peu dans le fond, puisque l’iconoclaste duo nous fait autant rire que taper du pied. Alors qu’ils présentent la dernière médiatique de leur spectacle VIVRE! au Théâtre St-Denis le 7 avril prochain, La Vitrine s’est entretenu avec Paul Sèxe, l’un des deux membres fondateur du groupe.

Sèxe Illégal est un duo… Comment as-tu rencontré Tony Légal la première fois, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble?

Paul Sèxe : Ben écoute, c’est simple. Moi pis Tony, on s’est rencontrés à Woodstock ‘76. La toilette était barrée, et j’attendais en ligne pour aller faire ce qu’on appelle « une pisse ». Une fois la pisse terminée, je me suis embarré dans la cabine, et monsieur Tony est venu me secourir de là. On a réalisé qu’on aimait le si bémol, donc, depuis ce temps-là, on ne fait nos harpèges buccales qu’ensemble…

Donc, vous êtes passés d’une simple pisse au multipiste?

Paul Sèxe : Exactement! J’aime ton wrap-up là-dessus! Tu peux même te citer toi-même si tu veux…

Merci bien. Les gens se demandent, en tout cas, il y en a qui se le demandent, êtes-vous un duo d’humoristes qui fait de la musique, ou un duo de musiciens qui a le sens de l’humour? Plus simplement, rêvez-vous de gagner un prix à l’ADISQ ou aux Olivier?

Paul Sèxe : Ben regarde, je vais être ben honnête avec toi. Tsé, la musique, c’est pu ce que c’était. Surtout au Québec, où y’a pu un seul type qui veut payer pour de la musique. Nous, on peut pas faire comme Bon Jovi, pis faire juste de la musique. Ça serait ben cool, mais on peut pas icitte. Fait que, on l’avoue : pour arrondir les fins de mois, on fait un p’tit peu d’humour. Mais hey, faut pas paniquer non plus, là! Nous autres, on fait peut-être deux-trois jokes par show. Si on se compare aux gros humoristes là, mettons, j’sais pas, les Morissette, eux-autres ils font peut-être six-sept jokes. Fait que, tu vois, entre six-sept jokes pis deux-trois, on est pas très loin de ça, mais je veux pas que tu me cites comme quoi on se compare aux Morissette. Parce que ça, ça ne serait pas respectueux. Chacun son art de prédilection. Nous, c’est la musique, pis Véro j’imagine, c’est les sous-vêtement à rabais…

On a quand même une longue tradition d’humour dans la chanson au Québec, que ce soit Fernand Gignac, le petit Jérémy, ou plus récemment Yoan…

Paul Sèxe : Ah oui, de grands humoristes de la chanson en effet!

Pourquoi est-ce que la musique se prête si bien à l’humour?

Paul Sèxe : C’est une question de rythmique aussi, hein. Je veux dire, en musique, la plupart des affaires qui se produisent en ce moment sont assez risibles, donc, j’imagine que ça rejoint l’humour à ce niveau-là. C’est assez difficile, avec des émissions comme La Voix, de savoir qui fait de l’humour, et qui fait de la musique. Comme moi, je sais que le set humoristique de Yoan est particulièrement drôle. Plus y descend grave, plus ça me fait rire! C’est un des mes humoristes préféré. Comme Claude Poirier d’ailleurs… C’est difficile astheure de savoir qui est humoriste. Tout le monde veut faire de l’humour, c’est juste là qu’il y a de l’argent…

Il y a beaucoup d’humour et de philosophie dans vos textes, mais en même temps, vous faites une musique solide et entraînante, sur laquelle on pourrait même danser?

Paul Sèxe : Hey, merci beaucoup! J’ai pas compris ta question, j’ai juste pris les éloges…

Je voulais dire que malgré l’humour de vos textes, votre musique est tout à fait sérieuse, et qu’on peut même danser dessus.

Paul Sèxe : Ben j’espère que tu danses dessus, là! Tu peux même prendre ta douche, manger, inviter des amis, faire un enfant, divorcer de tes parents aussi… Tu peux toutte faire sur notre musique!

Comment décrirais-tu votre style musical?

Paul Sèxe : C’est un rock psychédélique des années 1960-1970. On a sorti le dernier album des années 60-70 qui pouvait sortir, on l’a sorti en 2016. Fait que, c’est du rock pur et dur, avec des belles ballades, des riffs de malade, pis des sujets hyper-dangereux. Le rock, c’est dangereux, tsé. On a passé deux ans et plus à tourner le show VIVRE! en région, un peu partout, puis on a réalisé qu’il y avait un paquet d’obstacle à vivre, puis ça c’est le danger. On en parle tout au long de notre album. Fait que c’est rock, c’est dangereux, pis ça te stimule. T’as pas le choix d’écouter ça tous les matins, pis le soir. Moi, c’est recommandé par mon astrologue.

Rock Danger est d’ailleurs le titre de votre troisième album qui est sorti récemment. Est-ce qu’il y a des dangers particuliers associés à l’écoute de votre disque?

Paul Sèxe : Ben écoute. L’album en tant que tel là, j’imagine que, vu qu’on le donne, on s’adresse aux gens un peu plus pauvres, donc, y’a pas trop de problème d’avoir des sons trop forts pour les oreilles, parce qu’ils ont pas les systèmes de son qui viennent avec, ça coûte beaucoup trop cher. Ça aurait pu être un des dangers, mais écouter l’album en fait, c’est une source de prudence. Quand t’écoutes l’album, tu vas être mieux renseigné à propos des sources de danger possibles pour l’atteinte à ta vie à toi. Donc, c’est pas dangereux pantoute d’écouter Rock Danger. C’est gratuit, comme les vaccins, donc, c’est une prévention. Fait que c’est aucunement dangereux. Faut même l’écouter. Y devraient passer ça à l’école, dès la maternelle.

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Il y a déjà un premier extrait de votre album, Macho Pichou, qui fait tout un tabac. C’est une ballade qui parle des machos laids, et entre parenthèses dans le titre, vous avez écrit Marcel. Est-ce que la chanson vous a été inspirée par Marcel Aubut?

Paul Sèxe : Ben écoute, pour des questions légales, on ne peut pas nommer le nom de famille de la personne, mais disons que la chanson va droit au but…

Dans le fond, la morale de votre chanson c’est que c’est correct d’être macho, en autant qu’on soit beau, et que si on est laid, on devrait se garder un petite gêne, c’est ça?

Paul Sèxe : Non non, t’as très mal lu. En fait, c’est que c’est encore pire d’être macho pis laid. C’est pas mieux d’être macho et beau, c’est pas plus acceptable. C’est juste que, si en plus t’es laid, ben là, rentre chez-vous, tsé. On n’en veut pas de ça, des machos cochons, des dégueulasses, des gens qui ne respectent pas le consentement des femmes… Fait que, Marcel, tu peux me citer, « va ch*** mon gros sale ». Tu peux même mettre entre parenthèse Jian Gomeshi, et tous les autres en même temps. La chanson s’adresse à eux. C’est un petit clin d’œil, pis on les attend à notre spectacle!

On dirait qu’aucun sujet n’est tabou pour Sèxe Illégal. Elle n’est pas sur votre dernier album, mais j’ai entendu une de vos pièces où vous chantiez « T’es zéro positif depuis que t’as le SIDA ». Est-ce qu’il y a des sujets que vous n’oseriez pas aborder?

Paul Sèxe : Je ne crois pas. Il n’y a aucun sujet qu’on n’oserait pas aborder. Je veux dire, on est des êtres humains, on touche à tout, on a de l’argent, donc, on connaît pas mal toutte, et ça nous permet de nous prononcer. On est très peu au Québec à pouvoir se prononcer sur toutte pis à parler de toutte, on est juste quelques personnes à tout connaître. Il y a nous, il y a Pénélope, et Richard Martineau. On est à peu près les trois seuls qui peuvent donner des opinions sur toutte. Donc, y’a aucun sujet qui est trop tabou ou trop chaud pour nous. On n’a pas peur de rien. De toutes façons, on a des hélicoptères et donc, on peut dire ces propos-là pis s’en aller après, y’a personne qui va nous attaquer…

Trouvez-vous que l’humour est trop rangé de nos jours? J’ai même lu une entrevue où vous disiez carrément que l’humour est mort au Québec…

Paul Sèxe : Ah oui, l’humour est mort. C’est pas parce que les gens rient que c’est encore drôle. C’est un peu comme… l’humour est mort en soi, mais on entend encore les rires, c’est comme une étoile qui est morte, pis on voit encore la lumière. Nous-autres, on œuvre dans un milieu où la majeure partie des gens ont à peu près un secondaire trois à la gang, donc, c’est pour ça que ça meurt, l’humour, en général. Fait que oui, nous-autres, on s’en vient mettre un petit peu de vent de fraîcheur là-dedans pis leur voler un peu d’argent, parce que, ça tourne en rond leur affaire, là…

Donc, l’humour est un peu comme Elvis : il continue de sortir des disques et des gens prétendent l’avoir vu au centre d’achat, mais il serait bel et bien mort?

Paul Sèxe : Ben ça ressemble exactement à ça. L’humour, c’est Elvis. Il fait encore des affaires même s’il est mort. Fait que, vive Elvis, plus que l’humour, quoi que les deux sont morts, mais ça serait le fun que l’humour soit sur une île pis qu’y nous ramène Elvis à la place. On a plus besoin d’Elvis que d’humour. L’humour est mort, mais nous autres, on ira probablement pas aux funérailles, ça c’est les Olivier, je pense, les funérailles de l’humour, parce que nos suits sont pas assez foncés pour aller pleurer la mort de quelqu’un dont on s’en fout…

Vous vendez votre album en échange d’une contribution volontaire… Réussissez-vous à faire de l’argent quand même?

Paul Sèxe : Non, en fait, regarde bien… On donne l’album à tout le monde. On a fait ça surtout pour les enfants. À cause des lois ici, ils ne peuvent pas aller travailler, ils ne peuvent pas avoir un revenu garanti, pis, après le spectacle, les enfants venaient nous voir souvent, et nous disaient qu’ils n’avaient pas d’argent pour acheter nos disques. Donc, on donne cet album-là aux gens. S’il y en a qui se sentent généreux, ou qui se sentiraient cheap de voler l’argent des enfants, on leur permet une option de nous donner le montant qu’ils veulent. Faut juste savoir que si on donne dix dollars et plus, on vous envoie un deuxième album qui comprend tous nos meilleurs soundchecks de 1996 à aujourd’hui. En fait, le don coûte dix dollars, mais les albums sont gratuits, là. C’est ça la différence à faire.

La plupart des gens font des premières médiatiques, mais le 7 avril au Théâtre St-Denis, vous allez faire une « dernière médiatique ». Est-ce que l’entrée est aussi en contribution volontaire?

Paul Sèxe : Ben non, définitivement pas! Il y a quand même des billets, sinon, tout le monde va se pitcher à la porte, pis la place va pogner en feu! Nous-autres, on fait une dernière médiatique parce qu’on ne fait pas les affaires comme tout le monde, bien entendu. Parce que, ce show-là, on ne le fait pas pour les médias, là! On est allés le donner à tout le monde, pis il restait des billets à la fin, fait qu’on en donne aux médias, mais le but, c’est surtout de s’amuser entre nous. Les médias, y’ont pas besoin de voir toutes nos affaires au complet. Si ils veulent, ils s’achèteront des billets, pis ils viendront nous voir en show.

C’est quel genre de spectacle? Est-ce que votre section de gazous vous accompagne sur scène? Y aura-t’il des effets pyrotechniques?

Paul Sèxe : Je te dirais moi, personnellement, je dispose de plusieurs gazous et autres harmonicas, donc, à ce niveau-là, c’est quand même assez nice… Sinon, écoute, là, nous-autres, on est en spectacle, on fait la dernière médiatique au St-Denis à Montréal. On va avoir un gros band de rock au complet tsé, drum, clavier, basse, guitare électrique pis tout le kit, fait que tout notre dernier album, Rock Danger, on va te casser ça dans les oreilles! Et bien sûr, on va parler de nos causes, des choses qui nous touchent, pis on va jaser aux gens entre les tounes. Ça devrait être un super-gros party rock’n’roll, baby!

Sèxe Illégal

Dernière médiatique
7 avril 2016, Théâtre St-Denis, Montréal

Pour plus d’informations et pour télécharger l’album Rock Danger http://www.sexeillegal.com/

 

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Corrompu de Guy Nantel : le parti d’en rire

S’il ne fera rien pour améliorer le cynisme de la population envers la classe politique, le spectacle Corrompu de Guy Nantel risque cependant de dérider les électeurs, tous partis confondus.

Il est étonnant qu’il n’y ait pas davantage d’humour politique au Québec. Après tout, les politiciens d’ici sont, au minimum, aussi risibles que ceux des autres pays! Voilà pourquoi Corrompu de Guy Nantel fait du bien dans le paysage du rire. Alors qu’un grand nombre de ses collègues humoristes évoquent leurs rénovations, leurs problèmes de couple ou leur jeunesse dans les années 1980, le nouveau spectacle de Nantel tire plutôt à boulets rouges sur nos élus et les « gnochons qui votent pour eux », dénonçant de façon hilarante les travers de notre Belle Province, « le seul endroit au monde où une lieutenante-gouverneure en chaise roulante peut se faire rembourser un demi-million de dollars en frais de ski ».

C’est dans le but de répondre à « tous les fatigants » qui lui demandent pourquoi il ne se lance pas en politique que Guy Nantel a écrit Corrompu, un one-man show dans lequel il se propose comme « premier dictateur démocratiquement élu de l’histoire de l’humanité ». Rien de moins. En une heure trente, l’humoriste expose son programme électoral, où il promet notamment d’instaurer des cartes d’assurance-maladie Or et Platine, d’enlever le droit de vote aux épais, et de changer les prisonniers et les personnes âgées de place pour que nos vieux fassent la belle vie en prison tandis que les détenus n’ont droit qu’à un seul bain par semaine en CHSLD.

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Politiquement incorrect et mal embouché (il donne d’ailleurs un cours de sémantique sur le sacre dans un numéro pissant où il explique la différence entre un « petit crisse » et un « tabarnak »), Guy Nantel parvient à faire rire tout en prononçant les pires énormités, sourire en coin, dans une ironie au deuxième et troisième degré qui n’est pas sans rappeler les belles années d’Yvon Deschamps. À ceux qui disent que la violence n’est jamais une solution, par exemple, il réplique : « c’est parce que tu fesses pas assez fort, hostie! ». Muni de ses seuls textes et d’un sens de la livraison impeccable, l’humoriste s’amuse à baver le public à tout bout de champ durant son spectacle, tissant ainsi une belle complicité avec la salle.

S’il y a une chose qu’on peut encore se payer en cette période d’austérité, c’est bien la tête de nos élus, et c’est précisément ce que fait Guy Nantel avec Corrompu, un spectacle décapant qui provoque autant les rires que la réflexion.

 

 

 

 

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Bête de scène : Entrevue avec Jérémy Du Temple-Quirion

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2013, Jérémy Du Temple-Quirion se fait de plus en plus remarquer, et pour cause. Même s’il mène présentement un véritable marathon de spectacles dans le cadre du Zoofest, l’humoriste de la relève a pris quelques minutes dans son horaire chargé pour discuter avec La Vitrine.

Comment t’es-tu rendu compte que tu étais comique?

Jérémy Du Temple-Quirion : J’ai grandi dans une famille qui rit beaucoup. On a le rire facile à la maison. J’ai grandi avec deux filles, et je ne pouvais pas me battre avec mes petites sœurs. Donc, pour faire réagir le monde, fallait que je les fasse rire. C’est peut-être là que ça a commencé… Tout le monde était pas mal comique à la maison : ma mère, mon grand-père, mon père, mes sœurs… Je ne dis pas qu’ils sont tout le temps drôles, mais on a le rire facile chez nous. Après ça, à l’école, je voyais que je me faisais accepter aussi quand j’étais comique. C’est quelque chose que j’ai remarqué.

Il y a des gens comiques qui décident d’être dentistes ou politiciens… Qu’est-ce qui t’a donné le goût de faire carrière en humour? L’argent, la gloire, les femmes, ou toutes ces réponses?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Rires). Pour vrai, je pense que c’est aucune de ces réponses. Mes parents m’ont emmené à Juste pour rire quand j’étais jeune, et je ne comprenais pas que c’était une job. Je ne comprenais pas comment ça fonctionnait, mais je trouvais ça tellement nice! Je trouvais ça vraiment tripant, et à un moment donné, je me suis dit : « Crime, j’ai juste à essayer! ». Et j’ai essayé, en secondaire V, au gala de fin d’année. Mon premier spectacle à vie était à l’Étoile du quartier Dix30, devant toute mon école, tous les profs, toute la direction, et tous les parents. Ça a été l’un des moments les plus stressants de ma vie. J’avais peur de me planter, j’avais peur de me faire ridiculiser, puis finalement, dès que j’ai eu un rire, ma vie a changée. C’était le plus beau moment de ma vie, et je me suis dit que j’allais essayer de le reproduire le plus souvent possible. J’ai fait trois ans de Cégep, j’ai fait Cégeps en spectacle, je suis rentré à l’École de l’humour. Moi, je veux faire des shows à tous les soirs, parce que j’aime faire rire les gens, j’aime raconter des blagues. Je fais ça aussi pour mon plaisir personnel et, habituellement, ça passe par le rire des autres.

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Est-ce qu’il y a des humoristes qui t’ont influencé, ou des humoristes dont tu es jaloux?

Jérémy Du Temple-Quirion : Non, je ne suis pas un gars jaloux dans la vie, mais j’admire. J’admire la manière de travailler de certains humoristes, comme Gad Elmaleh, que j’ai découvert relativement jeune. Il fait rire les gens d’une manière tellement simple et pure, il est tellement intéressant à écouter. Beaucoup d’Américains aussi. Des Louis CK, Dave Chapelle, Chris Rock, Seinfeld, Jimmy Fallon… C’est des ultra-travaillants, des ultra-perfectionnistes. C’est beaucoup la manière de travailler des gens qui m’inspire. J’écoute beaucoup de documentaires sur eux, beaucoup d’entrevues, en plus de leurs stand-ups, pour vraiment voir les dessous du travail. C’est comme n’importe quoi. Tu veux être bon en nage, ben plonge dans l’eau, et nage. L’humour, c’est un peu la même chose. C’est vraiment ce que j’apprends en regardant ces gens-là, qui jouent à tous les soirs, tout le temps.

Il y a déjà quand même quelques humoristes au Québec… Est-il difficile de faire sa marque quand on débute en humour?

Jérémy Du Temple-Quirion : Je pense qu’il y a une certaine sélection naturelle qui se fait, dans le sens que la relève, on a un beau milieu, celui des bars. Le calibre est assez fort, ce qui fait que si tu ne travailles pas fort, que tu ne perfectionnes pas tes blagues et que tu n’arrives pas avec du nouveau matériel, ben, à un moment donné, tu ne te feras plus booker. Inévitablement, le milieu fait en sorte que t’as pas le choix de t’améliorer, t’as pas le choix de travailler. C’est sûr qu’au départ, tu ressembles aux gens qui t’influencent, sans trop le vouloir. C’est juste que c’est les gens que tu as le plus écouté, donc, inconsciemment, tu vas trouver une musicalité, ou une manière de puncher qui va leur ressembler, mais le but d’un humoriste évidemment, c’est de devenir le plus unique possible. Je pense que la seule façon de vraiment devenir unique, c’est de développer sa propre manière de jouer. C’est dur, mais en même temps, ça se fait un peu tout seul. Tu sais, je ne me suis pas dit : « Bon, moi, ça va être ça ». Je travaille sur mon matériel, je travaille sur la manière de lancer mes gags, puis à ce moment-là, je vais finir par trouver vraiment 100%, Jérémy Du Temple-Quirion, et 0% des autres.

Y’a t-il des sujets ou choses en particulier qui t’inspirent? De quoi aimes-tu rire?

Jérémy Du Temple-Quirion : J’ai le rire vraiment facile. Je suis un gars ben de bonne humeur, mais souvent, j’aime parler de ce qui se passe dans ma vie. Je suis un gars très honnête, donc, j’ai de la misère à mentir. C’est rare que je raconte des trucs qui sont faux sur scène. C’est beaucoup mes réflexions, ce que je vois, ce que je vis. Ça fait un an que j’ai déménagé, que j’habite tout seul, fait que, dans mon spectacle, je parle un peu de solitude, quelque chose qui est nouveau pour moi, comme je viens d’une famille de cinq. J’ai un numéro sur l’infidélité, qui est un thème que je trouvais très riche, qui n’est pas nécessairement comique, mais j’ai trouvé le comique là-dedans. J’étais content, parce que c’est nouveau pour moi, d’attaquer des sujets comme ça. Pour l’instant, je suis un gars assez léger. Je veux juste prouver aux gens que je suis le plus drôle possible, donc, je parle de mon chat, je parle de mon père, ma mère, mes sœurs… Je parle vraiment de mon entourage.

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Tu dis que tu fais de l’humour léger, mais j’ai lu quelque part que tu as déjà fait vomir de rire un spectateur. Est-ce que tu peux nous raconter la blague, ou c’est trop dangereux pour ceux qui viennent de manger?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Rires). Hey, pour vrai, mon Dieu! Je faisais une demi-heure sur la rive-sud de Québec, et puis, à un moment donné, j’ai fait vomir de rire quelqu’un… Pour moi, il avait probablement pris une couple de bières de trop aussi… Je pense que c’est un mélange bouffe, bière, et rigolade… J’étais comme flatté, mais dégoûté en même temps (rires). C’était particulier.

Tu animes le Gala des refusés au Zoofest. Si je comprends bien, c’est un spectacle avec six autres humoristes qui ont été refusé à Juste pour rire?

Jérémy Du Temple-Quirion : Exactement. J’ai eu le flash de ce spectacle-là quand j’ai été refusé aux auditions… En fait l’année passée, j’ai eu une audition pour un gala. Je m’attendais à la même chose cette année, je ne m’attendais pas à faire le gala, mais je voulais au moins faire l’audition pour que l’équipe de Juste pour rire voit mon évolution et voit où je suis rendu. Quand j’ai été refusé, j’ai vécu un peu de frustration, puis j’ai vu qu’il y avait de mes amis et collègues qui vivaient aussi cette frustration-là, et je me suis dit « Pourquoi je monterais pas un show pour le fun, pour nous-autres, et pour rire un peu de cette situation-là? ». J’ai décidé de monter ce spectacle-là avec six humoristes vraiment fabuleux, Mehdi Bousaidan, Sam Breton, David Beaucage, François Boulianne, Didier Lambert, Alexandre Bisaillon et Guillaume Pineault. On a décidé de juste présenter le meilleur matériel, le meilleur des humoristes, pour notre plaisir personnel, et finalement, les gens ont vraiment répondu à la proposition : on est un des meilleurs vendeurs du festival, et on est ben ben ben contents de ça!

Ça aide à se sentir moins rejet…

Jérémy Du Temple-Quirion : Oui, pas mal (rires). Je suis content, parce que je pense que tout le monde a vraiment aimé l’idée, mais, en fait, c’était juste une excuse pour faire un spectacle en habit. C’est juste pour ça (rires).

Tu participes à un paquet de shows durant le Zoofest, parfois tu fais plus d’une prestation par jour. Certaines personnes pourraient penser que tu es le Geneviève Jeanson de l’humour. Alors ma question : est-ce que tu prends de l’EPO pour réussir à faire autant de spectacles?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Éclate de rire). Non. Malheureusement non, je suis pur, et euh… Ma mère est venue me porter vraiment beaucoup de nourriture, donc, moi, mes seuls stéroïdes, c’est la nourriture à Nicole. C’est vraiment tout ce que je prends (rires).
 

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Étienne Dano : confessions d’un excessif

S’il n’est pas toujours évident de se démarquer lorsqu’on fait partie de la relève en humour, Étienne Dano n’a pas ce problème avec son premier spectacle solo intitulé Excessif.

Avant de monter sur scène, Étienne Dano fait immanquablement le tour de la salle pour serrer la main de chaque spectateur. Il n’y avait peut-être que 200 personnes lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, mais quitte à s’y prendre quatre jours à l’avance, l’humoriste s’engage à faire la même chose si jamais il se produit au Centre Bell. En cette période de transmission de la grippe et de l’Ébola, le geste n’est pas que courageux : en accueillant les gens à la bonne franquette, comme s’il recevait de la visite dans son propre salon, Dano tisse ainsi un lien de complicité immédiat, installant du même coup le ton très personnel de son premier spectacle, intitulé Excessif.

À part le vidéoclip de sa chanson parodique sur les « douchebags », je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment le travail d’Étienne Dano. Bien que l’humoriste pratique la forme la plus classique du stand-up comique, sans décors, personnages ou costumes, sa façon de jouer avec le vocabulaire m’a agréablement surpris. Ses jeux de mots sont parfois douteux (« Comment t’appelles-ça une salade qui se fait huer? Une salade de chouuuu! »), mais à d’autres moments, il se lance dans des envolées oratoires dignes des Loco Locass et de la slam-poésie, comme lorsqu’il décrit son expérience dans un casse-croûte (« Quand y fait chaud et que c’est le rush, ça roule et c’est hot dans une roulotte à hot-dogs »).

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Étienne Dano passe du coq à l’âne durant l’heure et demie de son spectacle, puisant principalement dans ses souvenirs et ses anecdotes personnelles pour livrer des gags légers, mais la plupart du temps efficaces. Entre les histoires sur sa première brosse à la crème de menthe, sa jeunesse dans les années ’80 à Beauharnois, ou son hommage hilarant à Cyril Chauquet, l’animateur d’une émission de pêche au Canal Vie, ses talents de conteur font crouler la salle à maintes reprises. Son monologue sur le jeu compulsif, un problème avec lequel l’humoriste est aux prises depuis l’âge de 24 ans, constitue sans aucun doute le moment le plus fort de sa performance, provoquant autant les rires que la réflexion.

Sans révolutionner la formule du stand-up, le premier spectacle solo d’Étienne Dano contient assez d’humour et de personnalité pour que le public passe un bon moment en compagnie de cet humoriste de la relève, qui gagne certainement à être connu.

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François Bellefeuille : La rage de rire

Avec son premier spectacle solo, François Bellefeuille s’impose dans le paysage de l’humour québécois grâce à son personnage aussi philosophe que timbré et à son humour de choc.

Colère et hilarité ne vont pas nécessairement de pair. Il faut un talent comique hors du commun pour parvenir à dilater la rate de son public en faisant des montées de lait. Même s’il est encore considéré comme faisant partie de la relève, et qu’il présente actuellement son tout premier one-man show en carrière,  François Bellefeuille, un humoriste dont le niveau d’indignation est proportionnel aux rires qu’il provoque, y parvient sans difficultés. En bref, plus son personnage pète sa coche, plus on se bidonne. Dès son arrivée sur scène, il confie que « le spectacle n’est pas à la hauteur de ses attentes, surtout le numéro de danse », et électrise la salle avec son style de comédie très particulier.

François Bellefeuille passe habilement du coq-à-l’âne dans ce premier spectacle parfois déroutant, mais diablement drôle. Les raisons de sa colère vont des Bixis aux légumes (« le goût, c’est crissement pas leur force! »), en passant par les sudokus, la calvitie, ou les vendeuses de la Senza qui refusent de l’aider à trouver la taille de sa poitrine. Teintée d’un brin de maladie mentale, la logique tortueuse de son personnage crée des gags imprévisibles dont la chute est la plupart du temps vociférée. N’allez pas penser que la formule finit par s’épuiser durant l’heure et quart que dure sa prestation : Bellefeuille maîtrise à merveille ce curieux mélange de colère et d’absurde.

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On pourrait qualifier François Bellefeuille de stand-up hystérique. Imaginez un Lewis Black québécois souffrant de troubles psychologiques, ou un improbable croisement entre Pierre Légaré et Amédée Brisebois. Muni d’un simple micro, il livre une performance complètement survoltée, appuyée par la mise en scène de Martin Petit. Un écran vidéo est mis à contribution à deux moments particulièrement forts du spectacle. Lors d’un numéro empreint de surréalisme, l’humoriste hirsute découpe différents endroits sur la carte du monde pour les relocaliser ailleurs. Dans un autre, il effectue la narration de deux livres pour enfants (dont l’infâme Caca Boudin), en hurlant ses commentaires vitrioliques à chaque illustration.

Ce premier one-man show est un véritable feu roulant de gags bizarroïdes, et constitue une bouffée de fraîcheur dans un monde où les humoristes sont parfois un peu trop sages. N’ayons pas peur des mots : François Bellefeuille livre l’un des meilleurs spectacles d’humour de l’année. À voir absolument, à moins que vous n’aimiez pas rire aux éclats.

 

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Une autre planète de Réal Béland : Objet hilarant non identifié

Qu’il porte le chapeau de comédien, de réalisateur, de musicien, d’animateur ou d’humoriste, Réal Béland ne fait jamais rien comme les autres, comme le prouve son plus récent spectacle, intitulé Une autre planète.

Réal Béland est une drôle de bibitte. Pratique-t’il l’humour absurde, ou est-il simplement étrange de nature? Non mais, sérieux? Une chose est sure : l’humoriste ébouriffé aux gags parfois tirés par les cheveux n’hésite jamais à sortir des sentiers battus pour faire rire. C’est précisément son côté bizarroïde qui sert de fil conducteur à la douzaine de sketchs composant son nouveau spectacle, intitulé Une autre planète. Si Béland y est présenté en introduction comme « un homme vivant dans six dimensions spatiotemporelles en même temps, dont les blagues sont parfois destinées aux gens d’une autre planète », ça ne devrait pas empêcher les Terriens d’apprécier la performance disjonctée du comique, au contraire.

Une vaste majorité d’humoristes québécois pratiquent leur art dans le plus simple appareil. Pas tous nus évidemment, mais c’est armé d’un seul micro qu’ils livrent leurs monologues, sans beaucoup d’éléments de mise en scène. Ce dépouillement facilite sans doute la logistique quand vient le temps de partir en tournée, mais c’est aussi ce qui différencie Une autre planète des autres shows de stand-up comique. Écran géant, participation du public, costumes, présentations vidéo et montages sonores contribuent à donner vie à l’univers singulier de Réal Béland et à sa galerie de personnages tous plus éclatés les uns que les autres, parmi lesquels on retrouve l’incontournable King des ados, la madame du sexe est dans l’enveloppe, ou encore Messkurtz, un nouveau venu peu impressionnant dans le monde des fascinateurs.

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En plus d’offrir une performance rodée au quart de tour, Réal Béland réserve certains moments à l’improvisation, un défi pas toujours évident à relever, surtout en humour. Son talent d’improvisateur se révèle entre autres dans le numéro mettant en vedette son fameux personnage de Monsieur Latreille. Avec le même esprit qu’un jeune faisant des mauvais coups au téléphone, il appelle des parents ou des amis de personnes présentes dans la salle, et tente de glisser une série de mots choisis par le public dans sa conversation. Lors du spectacle auquel j’ai assisté, il est parvenu à placer les mots « balai », « pogo », « bonbon patate » et « bobettes parachute » du tac au tac en badinant avec sa victime. Grâce à ces quelques sketchs improvisés, chaque représentation est unique.

En regardant Une autre planète, on se demande souvent comment le cerveau de Réal Béland peut bien fonctionner pour accoucher de tels gags. Si vous appréciez l’humour sur un registre différent, vous ne serez certainement pas déçus par ce spectacle, qui nous fait voyager dans l’univers parfois étrange, mais toujours drôle, d’un humoriste qui évoque, à certains égards, une version québécoise d’Andy Kaufman.

Humour
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Cinglant de Guillaume Wagner : faire sortir le méchant

Une maxime populaire affirme qu’on peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui. L’un des meilleurs exemples de ce proverbe est probablement Cinglant, le premier spectacle solo de Guillaume Wagner.

Il y a parfois quelque chose de très racoleur en humour, dans ce désir de chercher à plaire au plus grand nombre de personnes possible. Ce n’est certainement pas le cas du premier spectacle solo de Guillaume Wagner, intitulé Cinglant. D’entrée de jeu, l’humoriste énumère les catégories de personnes qu’il ne veut pas voir parmi son public, parce qu’elles risquent de gâcher le show. Ne sont pas bienvenus les coincés qui redoutent les sacres, les gens sans jugement qui ne comprennent pas le concept de l’humour et écrivent des lettres pour se plaindre, les matantes qui n’acceptent pas les jokes chiennes sur les chanteuses populaires, ou les intellos frais chiés qui se masturbent en lisant Le Devoir. Ce n’est peut-être pas une technique de marketing très efficace, mais ça a au moins le mérite d’être clair.

Guillaume Wagner s’est fait connaître pour sa participation à l’émission Un gars le soir, et par une certaine blague controversée sur la chanteuse Marie-Élaine Thibert. Il a fait appel aux services du gros cave lui-même comme script-éditeur de son one-man show. Je sais que l’humoriste n’est pas friand des jeux de mots, mais il aurait été plus approprié de nommer son spectacle Sein-Gland, puisqu’en plus d’utiliser un langage cru, cette enfilade de monologues anecdotiques tourne surtout autour des histoires de cul. L’humoriste livre d’ailleurs un vibrant hommage au vagin. Son humour salace possède des affinités avec celui de Cathie Gauthier, même si ce style trash est plus convenu dans la bouche d’un homme. Le rire est gras, mais il est bien présent.

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La performance de Guillaume Wagner s’inscrit dans la tradition du stand-up comique, avec pour seule fantaisie un écran lumineux affichant des icônes dont un signe de piastres, un crucifix ou une paire de seins. Comme la plupart des humoristes, une partie de son répertoire mise sur l’observation des comportements hommes/femmes, mais il est surtout cinglant lorsqu’il sort de la grivoiserie pour viser la société en général. Qui d’autre oserait dire sur scène : « Au Québec, on se choque pas pour les bonnes affaires. On se choque pour André Boisclair qui prend une graine dans le cul, mais on se choque pas pour Martin Matte, qui en a une dans ‘yeule à chaque annonce d’Honda ». C’est méchant, mais dans un monde où l’humour se fait parfois trop consensuel, on apprécie d’entendre des textes qui n’ont pas peur de grafigner un peu.

Cinglant ne s’adresse pas au grand public, et c’est tant mieux. Les adultes avertis devraient apprécier l’humour « 18 ans et plus » de Guillaume Wagner, en autant qu’ils ne soient ni coincés, ni matantes, ni intellos…

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L’humour « unplugged » de Patrick Groulx

Entre ses annonces de bière, ses Bas Blancs, son Groulx Luxe, ses Jobs de Bras et ses Touristes, je soupçonne Patrick Groulx d’avoir nommé son plus récent spectacle Job : humoriste comme un aide-mémoire pour ne pas oublier qu’avant tout, sa première vocation est de faire rire le monde.

S’il avait écouté les conseils de l’orienteur scolaire, un homme qui ne savait manifestement pas quoi faire de sa propre vie, Patrick Groulx serait peut-être détective privé ou pompier aujourd’hui. Ce n’est heureusement pas le cas (quoiqu’il aurait peut-être été un sapeur exceptionnel, on ne le saura jamais). Avec son plus récent spectacle intitulé Job : humoriste, il lève le voile sur les bons comme les moins bons côtés de son métier. On ne peut pas dire à une serveuse de restaurant que c’est une grosse épaisse quand on est connu, même si c’est effectivement une grosse épaisse, et il est gênant de parler de ses problèmes de pénis avec un médecin qui déclare que tu es l’idole de sa fille. Voilà des choses auxquelles on ne pense pas quand on envie la vie des gens pas si riches, mais quand même célèbres.

On pourrait qualifier Job : humoriste de spectacle « unplugged » de Patrick Groulx. Fini les personnages un peu déjantés. Il reprend bien sa célèbre phrase « j’aime ça des pétaks », mais il ne s’agit que d’un bref clin d’œil aux fans de longue date. Pour le reste, c’est sans accessoires, costumes ou décors, qu’il occupe la scène durant une bonne heure quarante minutes, armé seulement d’une personnalité sympathique, d’une énergie communicative et de textes punchés. Il déclare lui-même d’entrée de jeu qu’il avait envie de revenir à la base, et de « garder ça simple ». Son pari est réussi. Comme il aborde l’obsession de la technologie et du progrès à tout prix dans quelques monologues, ce dénuement scénique vient en plus appuyer son propos.

Patrick Groulx en spectacle. Photo de Mifo

Patrick Groulx en spectacle. Photo de Mifo

Cette simplicité qui traverse l’ensemble des numéros lui permet aussi d’être plus intime, et de parler par exemple de son emploi de DJ dans un bar de danseurs gay avant qu’il ne gagne sa vie avec ses blagues, ou d’évoquer sa relation avec Annie Brocoli. Avec vingt ans de tournée à son actif, Patrick Groulx connaît très bien les chambres d’hôtels minables où l’on entend tousser les punaises de lit. L’insalubrité de ces lieux qui sentent le macaroni chinois et la litière lui a d’ailleurs inspiré l’un des meilleurs numéros du spectacle, lorsqu’il parle de la fréquence à laquelle les couvre-lits ou la télécommande sont nettoyés. Vous ne verrez plus jamais l’hôtellerie de la même façon après ce sketch informatif, dégoûtant et drôle.

Avec son mélange d’anecdotes personnelles et de réflexions sur l’actualité, Job : humoriste parvient à dérider le public, tout en le faisant réfléchir. Ce troisième one-man-show de Patrick Groulx illustre bien la maturité atteinte par l’humoriste. Les fans ne seront pas déçus par cette prestation à la bonne franquette, qui délaisse le fla-fla pour aller droit à l’essentiel.

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Billy Tellier : dans les petits pots les drôles d’onguents

Oubliez la loi C-38, celle de Los Angeles ou du prix le plus bas. Pour rire un bon coup, vous devriez plutôt opter pour La loi du plus fort, le premier spectacle solo de l’humoriste Billy Tellier.

Que faire quand on naît à six mois avec un poids de deux livres et deux onces (l’équivalent de ce que fument des techniciens de scène en une fin de semaine), et qu’un physique ingrat diminue nos chances de survie dans ce monde régi par la loi du plus fort? Développer son sens de l’humour plutôt que ses muscles, évidemment! Ce qui n’est pas prématuré, c’est l’accouchement du premier spectacle solo de Billy Tellier, puisque le diplômé de l’École nationale de l’humour œuvre dans le milieu depuis déjà plus d’une décennie. Après avoir collaboré à de nombreuses émissions de radio et de télévision et prêté sa plume à divers humoristes (dont Laurent Paquin et Cathie Gauthier), il se décide enfin à monter sur les planches, pour notre plus grand plaisir.

Si Billy Tellier ne craint pas d’écorcher affectueusement les autres dans La loi du plus fort, il est aussi capable d’une autodérision qui sert presque de fil conducteur au spectacle. L’humoriste réussit à faire crouler la salle en évoquant simplement sa petite taille ou son premier changement d’huile, mais il est à son meilleur lorsqu’il aborde des thèmes plus universels, se moquant avec intelligence de ce que veut dire être un homme aujourd’hui, de la tendance naturelle des Québécois au chialage, ou apportant des solutions légèrement absurdes aux problèmes de société qui nous affligent. Dans le style, son monologue contre la culture du bonheur obligatoire constitue l’un des moments forts de ce one-man show.

Sur scène, il emprunte la formule du stand-up comique, sans recours aux personnages, aux costumes, ou aux décors. Il livre ses textes à la bonne franquette, et module sa voix pour recréer efficacement des situations, comme son sketch chuchoté qui nous transporte à l’église durant un baptême, là où « les gens sont habillés chic pour voir un enfant se faire pitcher de l’eau dans la face ». En plus d’une prestance naturelle et d’une écriture bien ficelée, la plus grande force de Billy Tellier est de savoir surprendre le public. Il arrive qu’on devine d’avance le punch dans les numéros d’humour, mais ce dernier prend souvent des chemins détournés pour qu’on ne voie pas venir ses gags, ce qui est rafraîchissant.

Ce premier spectacle de Billy Tellier révèle une maturité étonnante, autant au niveau de l’écriture que de la livraison des textes. Avec une moyenne au bâton d’un rire à chaque quatre phrases, La loi du plus fort ne décevra certainement pas les amateurs d’humour.

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Pierre Hébert, ou l’importance d’être tata

En plus de ses multiples occupations à la télévision et à la radio, Pierre Hébert a aussi été sacré découverte de l’année en 2010 au Gala Les Olivier. Profitant de sa lancée, l’humoriste parcourt la province pour présenter son premier spectacle, intitulé… « Premier spectacle ». C’est l’fun quand les choses sont claires.

Pierre Hébert est un tata. Ce n’est pas moi qui le dis, il l’avoue lui-même fièrement dans son monologue d’introduction. Mais attention : l’humoriste est un tata dans le bon sens du terme. Pas le genre qui vote pour le parti Conservateur (l’unique blague à saveur « politique » de son répertoire), mais plutôt le genre qui ne se prend pas trop au sérieux, et qui n’hésite jamais à rire tout haut d’une flatulence échappée par un serveur dans un restaurant chic, à offrir un film porno à sa grand-mère au réveillon de Noël, ou à demander sa blonde en mariage comme poisson d’avril. Ce plaidoyer pour l’importance de mettre son cerveau à off et de se permettre d’être niaiseux constitue même le fil conducteur de son premier spectacle.

L’humoriste adopte principalement la formule du stand-up comique (ou tiens-toé-là-le-comique en français), un choix qui met bien en valeur ses talents de conteur. Il est visiblement très à l’aise sur scène, et réussit d’emblée à créer une complicité avec le public. Sa scénographie est dépouillée au maximum, et il n’a recours qu’à un seul personnage durant tout le spectacle, soit sa fameuse interprétation de Renaud « C’est vendredi, on fait l’amour! » de la série télévisée Annie et ses hommes. Le déficient intellectuel viendra sonder l’auditoire pour connaître ses habitudes sexuelles dans un langage assez cru. Si l’expression « pet de noune » vous fait rire, vous serez servis par le ton potache de Pierre Hébert, qui se veut davantage irrévérencieux que vulgaire.

L’humoriste détient un bac en psychologie, et l’observation de la nature humaine sous toutes ses coutures représente son sujet de prédilection. Il confie d’ailleurs en entrevue qu’il n’aime pas « choquer, critiquer, soulever des problèmes ou parler de politique ». Ce ton intimiste procure des moments forts, et le sketch où il lève le voile sur ce qui se passe durant les soupers de filles est sans doute le plus drôle de tout le spectacle. Comme il sort assez peu de cette formule par contre, les monologues ont tendance à prendre un aspect très anecdotique, inspirés du quotidien, mais on ne s’ennuie jamais, grâce à une exécution sans failles et une présence scénique forte. Le bougre est définitivement sympathique.

Vous éclaterez de rire à plusieurs reprises durant l’heure quarante que dure ce premier spectacle de Pierre Hébert. Il s’agit d’une production de qualité, qui permet de découvrir un conteur talentueux qui possède un sens impeccable de la livraison comique, et un avenir prometteur. Maintenant, s’il pouvait venir chez moi pour un Remise à neuf, j’ai un divan qui commence à se faire vieux…

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