Marie-Pier Gagnon

J’ai longtemps travaillé dans les billetteries. Cinq années à vendre à des clients les billets pour les meilleurs spectacles. Cinq années à remettre aux clients leur billet avant le début de la représentation et à les regarder s’éloigner alors que, le front collé sur la vitre de mon point de vente, je cognais dans la fenêtre qui me séparait de ce monde vibrant en criant « Moi aussi! Moi aussi! ». Le Lèche-Vitrine est donc la douce vengeance d’une préposée à la billetterie. Maintenant, c’est moi qui serai dans la salle. Moi qui profiterai des acteurs, des danseurs, des humoristes, des artistes. À moi les expositions et les événements artistiques. Bref, je vous invite dans ma vendetta culturelle.
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World Press Photo : au-delà d’Instagram

Rendez-vous annuel de la photographie de presse, le World Press Photo se tient au marché Bonsecours jusqu’au 1er octobre 2017.

À combien d’images sommes-nous confrontés chaque jour ? Dans la rue, dans le métro, à la télévision et en comptant les réseaux sociaux ? Malgré les cœurs et les « pouces en l’air » qu’on distribue à qui mieux-mieux, desquelles se souviendra-t-on une fois que l’écran bleu sera éteint ?

Dans ce chaos d’images qu’on reçoit quotidiennement, il y en a qui marquent, qui témoignent d’une réalité plus grande que nous. Le World Press Photo a cette mission de montrer le monde tel qu’il a été dans la dernière année à l’aide des meilleures photos de presse choisies parmi 80 000 images soumises par 5000 photographes de 125 pays.

L’édition 2017 du prestigieux concours est marquée par la peur et la terreur perpétrée par l’État islamique. Telle que cette frappante photo d’une fillette complètement pétrifiée alors que l’armée fouille les maisons de son quartier ou encore celle d’une famille qui fuit en voiture pendant que la ville derrière elle est en feu. La fuite des réfugiés vers l’Europe a aussi marqué l’année et les images montrent des enfants désespérés sur des bateaux de fortune.

Le World Press Photo, c’est aussi des photos d’un quotidien qui nous est inconnu. Comme ces écoles chinoises qui enseignent la gymnastique à des fillettes avec une rigueur extrême ou ce peuple reclus vivant dans une Russie glaciale et éloignée qui se lavent avec de la neige.

La photo récipiendaire du Grand prix de l’année a fait le tour du monde. Le photographe Burhan Ozbilici s’est retrouvé au bon endroit au mauvais moment. Alors qu’un ambassadeur russe émettait un discours dans une galerie d’art turque, un policier qui n’était pas en service a fait feu sur lui. Il aurait crié « Dieu est grand. N’oubliez pas Alep ». Sur l’image choquante, l’ambassadeur est étendu au sol, alors que le meurtrier a un doigt dénonciateur pointé au ciel, l’arme encore tenue par l’autre main. À glacer le sang. D’autant plus qu’une autre image le montre quelques minutes plus tôt se tenant sagement derrière l’ambassadeur.

Des images d’une cruelle beauté dénoncent aussi des mauvais traitements infligés aux animaux et, heureusement, certaines photos plus rigolotes de gardiens de parc déguisés en pandas pour les aider à regagner la nature.

Même si on trouve souvent plus de laid que de beau dans le monde, cette exposition nous permet de le voir d’un autre œil, à travers la lentille de ceux qui vivent ce qu’on ne vit pas.

Le World Press Photo se tient au marché Bonsecours jusqu’au 1er octobre 2017.

Galerie photo : Marie-Claude Brault

Musée Exposition
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Vous voulez une révolution?

Jusqu’au 9 octobre, le musée des Beaux-Arts de Montréal présente l’exposition Révolution, une rétrospective des éléments phare de la fin des années 1960.

Mouvements révolutionnaires, contre-culture, explosion musicale; en moins d’une décennie les rébellions culturelles et sociales ont marqué le monde moderne et bâti le mode de vie d’aujourd’hui. Révolution propose des tableaux qui revisitent les thèmes marquants cette époque.

Même si on aborde des sujets aussi variés que la mode, le design et les luttes sociales, la musique occupe une place prédominante dans la visite. On y vit une complète immersion musicale. À l’aide d’écouteurs, on se promène avec The Beatles, The Who, The Rolling Stones, Robert Charlebois et plusieurs autres monuments musicaux. L’univers musical changent selon le tableau ou l’œuvre devant laquelle on se trouve.

Nous sommes d’abord accueillis par les costumes portés par John Lennon en personne. On entre ensuite dans l’univers coloré du Swinging London avec ses vitrines colorées présentant minirobes et bottillons et autres accessoires mode. Dans un autre box, on se croirait chez un disquaire où on trouve les plus grands classiques de l’époque en disques vinyle, puis plonge dans le cinéma de l’époque avec extraits, images et affiches de film dont le fameux Blow-Up.

Costume porté par John Lenon

Costume porté par John Lenon

On entre ensuite dans le tableau plus sombre Dissidence. Mai 68, guerre du Viêt Nam et les Black Panthers ont mené à plusieurs mouvements de contestation partout dans le monde. Autour de nous, des pancartes aux slogans revendicateurs et des œuvres provocantes qui s’opposent à l’autorité. C’était aussi une époque de contestation féministe avec l’arrivée de la pilule et de personnages féminins décomplexés au cinéma.

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De cette révolte, on se dirige au plus marquant des moments Peace and Love de l’histoire. Dans nos oreilles, Give peace a chance accompagne les images de John Lennon et Yoko Ono pendant leur bed-in à Montréal.

On entend dans la salle d’à côté le son vrombissant d’une guitare électrique. On pousse des rideaux puis on se retrouve en plein cœur du festival de Woodstock. Un écran géant projette cette performance marquante de Jimi Hendrix pendant que nous sommes couchés sur du faux-gazon et des bean bags.

Les années 1960, c’est aussi le début de la société de consommation et de la classe moyenne. L’industrie de la publicité prend de l’ampleur et on peut le constater par des campagnes marquantes de l’époque et des objets iconiques.

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Révolution est une exposition absolument fascinante et captivante. Elle montre de façon éblouissante l’importance de ce moment charnière de notre histoire récente.

Musée Exposition
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Drôle de rentrée

Le festival Oumf entamait sa 7e édition ce mercredi avec un gala d’humour présenté au théâtre Saint-Denis.

Cinq ans après ma dernière rentrée universitaire, la rue Saint-Denis me semblait familière en cette première semaine de septembre. Des jeunes vingtenaires costumés, des groupes qui entonnent des chansons grivoises, des concours de calage sur les coins de rue; une douce ambiance d’initiations baignait dans le quartier latin. Nostalgie, quand tu nous tiens!

L’UQÀM loin derrière moi, j’ai assisté à un tout autre type de rentrée au théâtre Saint-Denis. Le festival OUMF lançait les célébrations, qui se tiendront jusqu’au 9 septembre, avec un gala d’humour rassemblant les participant de la prochaine saison des Cinq prochains, à Artv. Ces futures stars de l’humour sont Daniel Pinet, Marie-Lyne Joncas, Rosalie Vaillancourt, Arnaud Soly et Mehdi Bousaidan.

Dans une salle remplie d’étudiants, Eddy King avait la charge d’animer la soirée en ponctuant le tout de ses propres numéros où il nous a confronté à nos étranges réalités québécoises, lui qui ne comprend pas qu’on aille en camping sans avoir peur des ours alors qu’on dort dans une maison en tissus ou en parlant du racisme sournois de 2017, bien plus difficile à déceler que le « bon vieux racisme à l’ancienne ».

Daniel Pinet, originaire du Nouveau-Brunswick, a été le premier à monter sur scène avec son personnage de « Le Randy », qui nous expliquait ce qu’est un « vrai homme » avec son langage cru et coloré. Il a été suivi par Marie-Lyne Joncas qu’on connaît habituellement pour son duo Les Grandes crues avec Ève Côté ou dans ces capsules web Le courrier du cul avec Sacha Bourque. Verre de vin à la main, elle a dressé un triste (mais désopilant) bilan de vie alors qu’elle vient de franchir le cap des trente ans. Même si elle ne se sent pas adulte, elle nous a assuré que « tout allait bien ».

J’étais déjà un peu vendue à l’humour de Rosalie Vaillancourt. Son personnage de jeune fille naïve et hyperactive, qui peut dire les pires énormités détonne, selon moi, de tout ce qui se fait en humour présentement.

Après l’entracte, nous avons eu droit à une surprise. François Bellefeuille, qui ne fait plus partie de la relève depuis un moment, est venu pour roder de nouveaux numéros. Se référant à ses notes, il nous a parlé du « zéro déchet » que sa blonde a imposé à la maison et de la soie dentaire dont il ne sait pas quoi faire maintenant qu’il n’a plus le droit de la jeter. Un tournedos, peut-être?

Arnaud Soly n’a pas sorti sa flûte à bec (ou à nez…) pour son numéro où il a comparé les jeux de société aux pires perversités humaines. Dont « Jean dit », ce déviant sexuel qui parle de lui à la troisième personne.

Enfin, Mehdi Bousaidan a été la révélation de ma soirée avec son rythme et son aisance sur scène. De retour d’un voyage au Japon, il a donné un petit cours hilarant pour différencier les langues asiatiques du guttural cantonnais ou du thaïlandais qui a l’air de pondre un œuf en parlant. Il nous en a aussi beaucoup appris sur nous-même en catégorisant les gens selon la sonnerie Iphone de leur réveil-matin…

Maintenant que j’ai le sourire étampé dans le visage par ce gala d’humour, je suis prête à profiter à fond du festival OUMF dans les prochains jours!

Galerie photo : Marie-Claude Brault

 

Humour
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Le fantastique de Yann Perreau

Les Francofolies de Montréal battent leur plein dans le Quartier des spectacles. Parmi les 180 spectacles extérieurs gratuits, Yann Perreau a illuminé la soirée de lundi dernier.

Comme toutes les radios, j’ai passé l’été 2016 à hurler « J’aime les oiseau-au-au-au-au-au-au », mais plus que d’entonner ce joyeux hymne au ras-le-bol, j’ai écouté en boucle l’album Le fantastique des astres de Yann Perreau. J’avais manqué tous ces passages à Montréal depuis la sortie de cet album. Il n’était donc pas question que rate son spectacle gratuit aux Francofolies.

Après une journée caniculaire frôlant les 40 degrés, une brise fraîche a finalement soufflé sur la rue Jeanne-Mance alors que le chanteur est monté sur scène arborant lunettes noires et chapeau à rebord dans un hommage au défunt Leonard Cohen. De Dance me to the end of love la mélodie s’est doucement fondue en l’énergique Baby boom de Perreau. Et de l’énergie, il en dégageait à la tonne. Courant, dansant et sautant sur scène, il en menait large pour enthousiasmer le public jusqu’à s’intégrer à lui en portant sur son dos un système de caméra qui projetait son image sur scène pendant la chanson Conduis-moi.

D’abord rejoint sur scène par la chanteuse Laurence Nerbonne pour l’accompagner à chanter Le train yaya de la nuit, Philippe Brach a suivi, jouant le fou furieux pendant Le bruit des bottes pour finalement être rejoint par Pierre Kwenders et son swag légendaire, torse nu, dans un kimono au fini métallique pour Faut pas se fier aux apparences. Les trois invités ont également interprété chacun une chanson de leur répertoire respectif.

Après avoir entonné en chœur J’aime les oiseaux, la foule s’est laissé emporter au rappel par la jolie balade T’embellis ma vie. Après avoir chanté les paroles « viens donc te baigner tout nu » un mouvement de foule venu de la gent féminine s’est fait sentir et Yann Perreau a pris le temps de raconter une anecdote où une spectatrice lui avait lancé un soutien-gorge lors d’un autre spectacle… pour finalement s’en faire lancer un à nouveau. Une nouvelle tradition est née?

Comme un corps céleste, Yann Perreau a su nous attirer autour de son orbite et nous faire voyager dans son univers.

Ce spectacle sera télédiffusé sur les ondes de Radio-Canada le 3 septembre prochain.

Musique
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Double frisson

Le théâtre Maisonneuve de la Place des Arts accueillait le 14 juin dernier Louis-Jean Cormier et Martin Léon en programme double. Deux spectacles, une seule soirée, double plaisir.

 Je crois que tout le monde qui s’est présenté au théâtre Maisonneuve mercredi dernier ne savait pas exactement à quoi s’attendre de cet événement présenté dans le cadre des Francofolies. Les seuls programmes double auxquels j’avais assistés dans ma vie se traduisaient par un sac de réglisses,  une voiture, des superhéros américains et des singes génétiquement modifiés au ciné-parc. Un programme double incluant Louis-Jean Cormier et Martin Léon ? À des milles des blockbusters estivaux.

Première partie

 Ce sont deux spectacles bien distincts que le public a pu apprécier. Même si Louis-Jean Cormier se plaisait à dire qu’il faisait la première partie de Martin Léon, c’est un spectacle complet de 1h30 qu’il a présenté. Bien plus qu’un simple amuse-bouche.

De l’humour, de l’intelligence, de la répartie; Cormier a mis les spectateurs dans sa poche dès le début du spectacle. Cette formule solo, où il n’est accompagné sur scène que par sa guitare, a été créée pour se déplacer dans les petites salles de la province, pour jouer des chansons « déshabillées ».

Si le public semblait un peu gêné de chanter dans la prestigieuse salle, l’auteur-compositeur-interprète a su le dérider en lui offrant une leçon de musique pour le faire jouer aux choristes sur Tout le monde en même temps. Il s’est également rappelé sa première fois à la Place des Arts avec Karkwa en interprétant Moi léger, au grand bonheur des nostalgiques du défunt groupe.

Un rappel à une première partie ? C’est la magie de Louis-Jean Cormier qui a interprété une nouvelle chanson et donné les derniers frissons de sa prestation pendant Deux saisons trois quarts.

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 Deuxième partie

 Le second spectacle de la soirée a débuté à 22h00. Et ce fut du costaud. Martin Léon, aussi décontracté qu’à l’habitude, s’est présenté sur scène accompagné de neuf musiciens. Pianiste, harpiste, guitariste (en la personne de Louis-Jean Cormier) flûtiste, choristes et j’en passe! On allait assister à un événement musical de grande envergure.

Ceux qui ont vu la série carte blanche de Martin Léon au théâtre de Quat’sous, il y a quelques années, ont reconnu une mise en scène semblable avec ses présentations vidéo et photo de ses récits de voyage asiatique, mais en formule beaucoup plus élaboré.

Continent ayant marqué la création de l’album Les atomes, l’artiste a raconté les anecdotes l’ayant inspiré. Les spectateurs ont également eu droit à une explication poétique et scientifique de l’atome menant à la chanson Va savoir pourquoi et à un karaoké sur le plus ringard des films asiatiques pendant C’est ça qui est ça.

Martin Léon a enveloppé tout le théâtre Maisonneuve de sa poésie jusqu’à lui mouiller les yeux pendant J’aime pas ça quand tu pleures chanté simplement et intimement, accompagné seulement d’une guitare et d’un violoncelle au bord de la scène pendant que le reste de l’orchestre avait quitté en coulisse.

Dans une ultime chanson, ce programme double a été couronné par un duo tout en douceur de Louis-Jean Cormier et Martin Léon en version acoustique pour Je redeviens le vent.

Des frissons pendant trois heures… et on en aurait redemandé encore.

Musique
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Jain : bombe d’énergie

Pour son deuxième passage à Montréal, l’auteure-compositrice-interprète Jain a enflammé la scène du théâtre Corona mardi dernier.

Depuis l’été dernier, dès que le soleil brille, ou que j’ai envie de le faire apparaître, je mets du Jain à tue-tête. Son premier album Zanaka, qui lui a valu le prix de révélation de l’année aux Victoires de la musique en France, possède ce je-ne-sais-quoi qui me donne irrésistiblement envie de danser. En me dandinant devant mon ordinateur ou en tambourinant sur le volant de ma voiture, la pop groovy de la jeune femme assure un sourire dans mon visage… et sur celui des gens qui me voient danser dans mon auto.

Originaire de Toulouse en France, Jain (prononcé à l’anglaise comme Jane) a aussi grandi en Afrique à cause des voyages de son père pour le travail. L’influence est indéniable. On retrouve dans sa musique ce son africain mêlé à de la soul, du reggae et à une bonne dose de rythme conçu pour faire danser les foules.

Et c’est ce qui s’est passé au Corona cette semaine. Dans une salle à guichet fermé, Jain a su faire bouger les spectateurs dès la première chanson, jusqu’à la toute dernière. En nous faisant taper des mains, agiter les doigts dans les airs, danser, sauter et chanter, elle a su transmettre son énergie à un public charmé. Et de l’énergie, elle en dégage. S’adressant à la salle entre chaque chanson, elle s’exclamait de « Êtes-vous chauds Montréal? » ou de « Êtes-vous prêts à danser? ». Son look de petite fille sage arborant une robe noire à col Claudine, contraste complètement avec sa présence éclatée sur scène.

La jeune artiste de 25 ans a aussi gardé de beaux moments d’émotion, entre autres, lors de la chanson All my days ou lorsqu’elle a interprété une chanson, jamais sortie sur son album, écrite pour Paris à la suite des attentats du Bataclan en levant les doigts en signe de victoire devant les éclairages représentant le drapeau français.

Comme partout où elle passe, Jain a encore conquis le public qui l’attendra pour son prochain passage, en espérant un nouvel album pour un spectacle encore plus long.

Le prochain spectacle de Jain à Montréal sera le 4 août pendant le festival Osheaga.

Musique
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Choix de femme

Jusqu’au 24 mars, la compagnie Les Biches Pensives présente Gamètes au théâtre La Licorne, une pièce de Rébecca Déraspe mise en scène par Sophie Cadieux.

Lou (Annie Darisse) et Aude (Dominique Leclerc), jeunes femmes dans la trentaine, sont d’inséparables amies d’enfance. Le jour où Aude apprend qu’elle attend un enfant trisomique, elle se réfugie chez Lou dans l’attente de compassion et d’une oreille attentive, mais son amie vient plutôt la confronter sur ses valeurs fondamentales. Comment peut-on se réaliser en tant que femme avec un enfant à besoin particulier?

Dans le jugement et un amour profond envers l’autre, les opinions s’entrechoquent et les discours se confrontent. Dans leur féminisme bien-pensant, elles sont pleines de contradictions. Qu’est-ce qu’être une femme accomplie aujourd’hui? En se réalisant professionnellement? En imitant les hommes? Est-ce que le rôle de mère vient détruire toute ambition de réussite sociale? Ou est-ce que le véritable accomplissement, c’est de se tenir au-dessus de « la chorale des opinions »?

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Les dialogues sont francs, tranchants et mordants. On se permet de dire tout haut des choses horribles sur la trisomie, la place des femmes, les relations amoureuses, etc. Les personnages se répondent du « tac-au-tac » avec ironie et sarcasme dans une joute verbale assez divertissante. Parce que malgré la lourdeur apparente du sujet, on rit beaucoup dans cette pièce.

Des coupures nettes dans le dialogue viennent effectuer des retours dans le temps où les comédiennes jouent également des personnages différents pour imager leur passé et nous faire comprendre de quelle façon leur identité et leur amitié se sont forgées au fil des années.

Dans un décor géométrique assez sobre tout en rose pastel qui rappelle les magazines féminins, deux chaises, deux plantes et une paire d’écouteurs constituent les seuls accessoires.

Annie Darisse et Dominique Leclerc brillent sur scène avec leur sens du comique aiguisé et nous emmènent également dans des zones beaucoup plus sombres.

On ne répond peut-être pas à toutes les questions que se posent Lou et Aude, mais c’est l’amitié qui triomphe dans Gamètes.

La pièce Gamètes est présentée au théâtre La Licorne jusqu’au 24 mars.

Théatre
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On fait le Oobopopop!

Le 1er mars dernier, dans le cadre de Montréal en Lumière, c’était soir de première montréalaise pour le groupe Valaire au Club Soda qui s’est rapidement changé en piste de danse tropicale!

Le chanteur Kahli Abdu a d’abord réchauffé la salle en première partie et a donné le ton à une soirée qui s’annonçait complètement groovy.

Si Valaire, ou Misteur Valaire jusqu’à tout récemment, a perdu la moitié de son nom, il n’a absolument rien perdu de son énergie sur scène. Enchaînant les pièces de son dernier album aux accents tropicaux Oobopopop, les garçons originaires de Sherbrooke ont fait danser la foule de la première à la dernière note grâce à leur électro soul pleine de cuivres. Le groupe a également repris quelques succès de son album Golden Bombay paru en 2010, au grand plaisir des spectateurs qui entonnaient les paroles. La température a monté d’un cran lorsque les collaborateurs de l’album Alan Prater et Pierre Kwenders sont montés sur scène pour se joindre au spectacle, maintenant devenu party.

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Et visuellement ? Des panneaux lumineux diffusant des messages, des vestes exotiques, des combinaisons d’aviateurs et… des surprises. De quel genre ? Vous savez ces grands bonshommes soufflés qui bougent dans tous les sens et qui sont souvent mis pour attirer l’attention près des centres commerciaux ? De ce genre-là. Qui se déploient soudainement pendant une chanson. Un beau clin d’œil kitsch qui soulève une foule. Ou encore, après une pause de quelques minutes, les garçons sont revenus sur scène avec des marionnettes géantes à leur effigie qui ont parcouru la salle de main en main.

Pendant cette soirée, on a dansé, on a chanté, on a sauté et on a eu chaud. C’est ça Valaire!

Ils sont présentement en tournée. Ils seront de passage le 1er avril à La Chasse-Galerie.

Musique
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Catastrophe orchestrée

Du 24 janvier au 11 février, la compagnie du Théâtre Niveau Parking présente Act of God au Prospero, une pièce sur les petites et grandes catastrophes qui changent des vies.

Lorsqu’une catastrophe frappe, le monde bascule. Rien n’est plus pareil. Les certitudes disparaissent et tout se déconstruit pour bousculer les vies dans le rayon du cataclysme. Et qu’en est-il lorsque la catastrophe est personnelle ? Elle ne fait pas les manchettes, personne n’en parle, mais elle ravage autant sur son passage la vie des gens concernés qu’un cyclone.

Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau signe un brillant puzzle relatant une tragédie anonyme qui frappe deux couples d’amis. Des bribes de l’histoire sont d’abord dévoilées laissant le spectateur perplexe, qui tente de les assembler dans une suite logique. Peu à peu, les morceaux se remettent en place dans un suspense qui laisse place au dénouement dramatique.

En toile de fond, toujours une curiosité morbide; un photographe de guerre (Jean-Michel Déry) qui court les scènes dramatiques, une bénévole d’info-suicide (Véronika Makdissi-Warren) et une adolescente (Maud De Palma-Duquet) qui essaie constamment de frôler la mort. Les personnages se côtoient dans des scènes dont le temps et l’espace varient sans que l’on comprenne réellement les liens qui les unissent jusqu’aux scènes finales.

Et il y a la forêt, ses arbres et ses champignons ou encore le Japon et ses suicides qui prennent tout leur sens une fois le rideau tombé.

Sur scène, tout bouge tout le temps. On passe d’un lieu à l’autre en un claquement de doigts passant d’une zone de guerre au toit d’une gare de train à l’aide d’une structure polyvalente. La scène inclinée rappelle que la vie des personnages tient en équilibre. En début de parcours, ça crie, ça cogne, on installe une ambiance anxiogène qui ne se dissipera pas complètement. Les comédiens changent de personnage drastiquement entre les différentes scènes.

Sous ces sujets lourds, se trouve tout de même une touche d’humour. On sourit à plusieurs reprises pendant la représentation. Mention spéciale à Charles-Étienne Beaulne, en vendeur d’assurances aux expériences amoureuses désastreuses, qui déride l’assistance à presque chacune  de ses présences.

Si les catastrophes chamboulent les univers de tout un chacun, elles créent également des liens qui ne s’effacent jamais.

Act of God, du 24 janvier au 11 février au Théâtre Prospero

Théatre
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Une soirée groovy

Jeudi dernier, Samito et Laurence Nerbonne ont partagé la scène de l’Astral, dans le Quartier des spectacles, dans le cadre du festival Coup de cœur francophone pour une soirée endiablée.

Nous avons eu la chance d’assister à deux spectacles hier plutôt qu’une traditionnelle première partie qui précède généralement le programme principal de la soirée. C’est Samito qui a d’abord chauffé la salle avec son groove mélangeant à la fois la pop, l’électronique et les rythmes traditionnels africains. Cet artiste originaire du Mozambique a été sacré Révélation Radio-Canada 2015-2016.

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Samito génère une énergie à l’état pur qu’il projette au public avec ses rythmes chauds. Sincèrement, une des belles découverte de l’année. Difficile de ne pas sautiller sur sa chaise ou carrément de se lever pour se mettre à danser. Malheureusement, la salle, en formule cabaret, se prêtait peu à ce type de spectacle qui aurait gagné en intensité si la foule s’était mise à se déhancher. On avait bien laissé un espace devant les tables pour que le public y danse, mais seulement quelques courageux ont défié leur timidité et foulé la piste vers la fin de la prestation.

Laurence Nerbonne a pris la relève par la suite. Ex-membre de la formation Hotel Morphée, elle a lancé dernièrement son album solo XO rempli de sons électro-pop contemporains. Elle fut aussi nommée Révélation Radio-Canada pour l’année 2016-2017.

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Avouant au public dès le départ qu’elle revenait d’un camp de création où elle avait dormi neuf heures en trois jours, elle n’en a pourtant rien laissé paraître dans son interprétation juste et énergique. Plus on avançait dans la soirée, plus Nerbonne est devenu volubile y allant de réflexions et d’anecdotes. Un spectacle trop court qui aurait lui aussi mérité un plancher de danse.

Le festival Coup de cœur francophone se poursuit jusqu’au 13 novembre.

Musique