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Point de lumière à travers la neige

Esther Duquette et Gilles Poulin-Denis sont en couple. Esther reçoit une offre d’emploi pour aller travailler à Vancouver. Elle quitte donc son Montréal et ses environs pour le rêve de l’Ouest. Là-bas, ils doivent faire face à la solitude, la barrière de la langue, le clash culturel et l’autre, dans le but de définir : qu’est-ce que c’est être chez soi, à la maison?

Straight Winter Jacket était de passage à Montréal à la Petite Licorne pour quelques jours seulement, du 11 au 16 décembre. Ils ont passé par Vancouver le mois dernier et seront au Nouveau-Brunswick en janvier. Il s’agit d’une autofiction mixée avec juste assez de Réjean Ducharme. Deux couples se partagent la scène. Frédéric Lemay et Julie Trépanier actent les événements et Esther Duquette et Gilles Poulin-Denis (les vrais!) narrent la pièce et racontent au public leur histoire bien à eux.

Le choix de ne pas se jouer eux-mêmes en action est judicieux. Cela donne une deuxième dimension à la pièce. Il y a un aspect contemplatif et analytique de la part du couple face à leur propre situation. Le recul de ces protagonistes donne une nouvelle portée aux mots et aux événements. Les images n’en sont que plus éclatantes. La solitude à deux ne s’en ressent que plus. Le spectateur perçoit que l’écriture et la mise en scène de ce spectacle est quasi-thérapeutique pour le couple, se mettant dans la position d’observateur face à leur propre relation.

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Le tout est divisé en deux : ce qui se passe côté scène et ce qui se passe sur l’espace de jeu. À travers la musique de Robert Charlebois et les indications de dates et de lieux sur le rétroprojecteur, cela donne un résultat simple et ingénieux. C’est une mise en scène fait à partir de pas grand chose et qui fonctionne parfaitement. C’est beau, c’est poétique, c’est convivial. C’est une pièce « feel good » nostalgique comme on en a besoin dans le temps froid. Les personnages sont terriblement attachants, que ce soit lorsqu’Esther mime un jambon en anglais (I had to mime an ham) ou quand Gilles expatrie Alexandre-le-tabouret dans le corridor. Ils se créent un royaume, une principauté, où ils sont le Roi et la Princesse. Où ils deviennent fous.

Ensemble, Esther et Gilles découvrent que cela peut être difficile de se faire des amis. Ils découvrent que la liberté a souvent un prix et que celui-ci peut être une pluie constante de novembre à février. Que c’est bien beau de regarder les vinyles et de s’imaginer la musique, mais que c’est mieux d’avoir un tourne-disque. Ils découvrent qu’être chez soi n’est pas une question de ville, mais une question de décisions.

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