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Sèxe Illégal : L’humour est mort, vive l’humour!

Sèxe Illégal est-il un groupe de musique ou d’humour? On s’en fout un peu dans le fond, puisque l’iconoclaste duo nous fait autant rire que taper du pied. Alors qu’ils présentent la dernière médiatique de leur spectacle VIVRE! au Théâtre St-Denis le 7 avril prochain, La Vitrine s’est entretenu avec Paul Sèxe, l’un des deux membres fondateur du groupe.

Sèxe Illégal est un duo… Comment as-tu rencontré Tony Légal la première fois, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble?

Paul Sèxe : Ben écoute, c’est simple. Moi pis Tony, on s’est rencontrés à Woodstock ‘76. La toilette était barrée, et j’attendais en ligne pour aller faire ce qu’on appelle « une pisse ». Une fois la pisse terminée, je me suis embarré dans la cabine, et monsieur Tony est venu me secourir de là. On a réalisé qu’on aimait le si bémol, donc, depuis ce temps-là, on ne fait nos harpèges buccales qu’ensemble…

Donc, vous êtes passés d’une simple pisse au multipiste?

Paul Sèxe : Exactement! J’aime ton wrap-up là-dessus! Tu peux même te citer toi-même si tu veux…

Merci bien. Les gens se demandent, en tout cas, il y en a qui se le demandent, êtes-vous un duo d’humoristes qui fait de la musique, ou un duo de musiciens qui a le sens de l’humour? Plus simplement, rêvez-vous de gagner un prix à l’ADISQ ou aux Olivier?

Paul Sèxe : Ben regarde, je vais être ben honnête avec toi. Tsé, la musique, c’est pu ce que c’était. Surtout au Québec, où y’a pu un seul type qui veut payer pour de la musique. Nous, on peut pas faire comme Bon Jovi, pis faire juste de la musique. Ça serait ben cool, mais on peut pas icitte. Fait que, on l’avoue : pour arrondir les fins de mois, on fait un p’tit peu d’humour. Mais hey, faut pas paniquer non plus, là! Nous autres, on fait peut-être deux-trois jokes par show. Si on se compare aux gros humoristes là, mettons, j’sais pas, les Morissette, eux-autres ils font peut-être six-sept jokes. Fait que, tu vois, entre six-sept jokes pis deux-trois, on est pas très loin de ça, mais je veux pas que tu me cites comme quoi on se compare aux Morissette. Parce que ça, ça ne serait pas respectueux. Chacun son art de prédilection. Nous, c’est la musique, pis Véro j’imagine, c’est les sous-vêtement à rabais…

On a quand même une longue tradition d’humour dans la chanson au Québec, que ce soit Fernand Gignac, le petit Jérémy, ou plus récemment Yoan…

Paul Sèxe : Ah oui, de grands humoristes de la chanson en effet!

Pourquoi est-ce que la musique se prête si bien à l’humour?

Paul Sèxe : C’est une question de rythmique aussi, hein. Je veux dire, en musique, la plupart des affaires qui se produisent en ce moment sont assez risibles, donc, j’imagine que ça rejoint l’humour à ce niveau-là. C’est assez difficile, avec des émissions comme La Voix, de savoir qui fait de l’humour, et qui fait de la musique. Comme moi, je sais que le set humoristique de Yoan est particulièrement drôle. Plus y descend grave, plus ça me fait rire! C’est un des mes humoristes préféré. Comme Claude Poirier d’ailleurs… C’est difficile astheure de savoir qui est humoriste. Tout le monde veut faire de l’humour, c’est juste là qu’il y a de l’argent…

Il y a beaucoup d’humour et de philosophie dans vos textes, mais en même temps, vous faites une musique solide et entraînante, sur laquelle on pourrait même danser?

Paul Sèxe : Hey, merci beaucoup! J’ai pas compris ta question, j’ai juste pris les éloges…

Je voulais dire que malgré l’humour de vos textes, votre musique est tout à fait sérieuse, et qu’on peut même danser dessus.

Paul Sèxe : Ben j’espère que tu danses dessus, là! Tu peux même prendre ta douche, manger, inviter des amis, faire un enfant, divorcer de tes parents aussi… Tu peux toutte faire sur notre musique!

Comment décrirais-tu votre style musical?

Paul Sèxe : C’est un rock psychédélique des années 1960-1970. On a sorti le dernier album des années 60-70 qui pouvait sortir, on l’a sorti en 2016. Fait que, c’est du rock pur et dur, avec des belles ballades, des riffs de malade, pis des sujets hyper-dangereux. Le rock, c’est dangereux, tsé. On a passé deux ans et plus à tourner le show VIVRE! en région, un peu partout, puis on a réalisé qu’il y avait un paquet d’obstacle à vivre, puis ça c’est le danger. On en parle tout au long de notre album. Fait que c’est rock, c’est dangereux, pis ça te stimule. T’as pas le choix d’écouter ça tous les matins, pis le soir. Moi, c’est recommandé par mon astrologue.

Rock Danger est d’ailleurs le titre de votre troisième album qui est sorti récemment. Est-ce qu’il y a des dangers particuliers associés à l’écoute de votre disque?

Paul Sèxe : Ben écoute. L’album en tant que tel là, j’imagine que, vu qu’on le donne, on s’adresse aux gens un peu plus pauvres, donc, y’a pas trop de problème d’avoir des sons trop forts pour les oreilles, parce qu’ils ont pas les systèmes de son qui viennent avec, ça coûte beaucoup trop cher. Ça aurait pu être un des dangers, mais écouter l’album en fait, c’est une source de prudence. Quand t’écoutes l’album, tu vas être mieux renseigné à propos des sources de danger possibles pour l’atteinte à ta vie à toi. Donc, c’est pas dangereux pantoute d’écouter Rock Danger. C’est gratuit, comme les vaccins, donc, c’est une prévention. Fait que c’est aucunement dangereux. Faut même l’écouter. Y devraient passer ça à l’école, dès la maternelle.

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Il y a déjà un premier extrait de votre album, Macho Pichou, qui fait tout un tabac. C’est une ballade qui parle des machos laids, et entre parenthèses dans le titre, vous avez écrit Marcel. Est-ce que la chanson vous a été inspirée par Marcel Aubut?

Paul Sèxe : Ben écoute, pour des questions légales, on ne peut pas nommer le nom de famille de la personne, mais disons que la chanson va droit au but…

Dans le fond, la morale de votre chanson c’est que c’est correct d’être macho, en autant qu’on soit beau, et que si on est laid, on devrait se garder un petite gêne, c’est ça?

Paul Sèxe : Non non, t’as très mal lu. En fait, c’est que c’est encore pire d’être macho pis laid. C’est pas mieux d’être macho et beau, c’est pas plus acceptable. C’est juste que, si en plus t’es laid, ben là, rentre chez-vous, tsé. On n’en veut pas de ça, des machos cochons, des dégueulasses, des gens qui ne respectent pas le consentement des femmes… Fait que, Marcel, tu peux me citer, « va ch*** mon gros sale ». Tu peux même mettre entre parenthèse Jian Gomeshi, et tous les autres en même temps. La chanson s’adresse à eux. C’est un petit clin d’œil, pis on les attend à notre spectacle!

On dirait qu’aucun sujet n’est tabou pour Sèxe Illégal. Elle n’est pas sur votre dernier album, mais j’ai entendu une de vos pièces où vous chantiez « T’es zéro positif depuis que t’as le SIDA ». Est-ce qu’il y a des sujets que vous n’oseriez pas aborder?

Paul Sèxe : Je ne crois pas. Il n’y a aucun sujet qu’on n’oserait pas aborder. Je veux dire, on est des êtres humains, on touche à tout, on a de l’argent, donc, on connaît pas mal toutte, et ça nous permet de nous prononcer. On est très peu au Québec à pouvoir se prononcer sur toutte pis à parler de toutte, on est juste quelques personnes à tout connaître. Il y a nous, il y a Pénélope, et Richard Martineau. On est à peu près les trois seuls qui peuvent donner des opinions sur toutte. Donc, y’a aucun sujet qui est trop tabou ou trop chaud pour nous. On n’a pas peur de rien. De toutes façons, on a des hélicoptères et donc, on peut dire ces propos-là pis s’en aller après, y’a personne qui va nous attaquer…

Trouvez-vous que l’humour est trop rangé de nos jours? J’ai même lu une entrevue où vous disiez carrément que l’humour est mort au Québec…

Paul Sèxe : Ah oui, l’humour est mort. C’est pas parce que les gens rient que c’est encore drôle. C’est un peu comme… l’humour est mort en soi, mais on entend encore les rires, c’est comme une étoile qui est morte, pis on voit encore la lumière. Nous-autres, on œuvre dans un milieu où la majeure partie des gens ont à peu près un secondaire trois à la gang, donc, c’est pour ça que ça meurt, l’humour, en général. Fait que oui, nous-autres, on s’en vient mettre un petit peu de vent de fraîcheur là-dedans pis leur voler un peu d’argent, parce que, ça tourne en rond leur affaire, là…

Donc, l’humour est un peu comme Elvis : il continue de sortir des disques et des gens prétendent l’avoir vu au centre d’achat, mais il serait bel et bien mort?

Paul Sèxe : Ben ça ressemble exactement à ça. L’humour, c’est Elvis. Il fait encore des affaires même s’il est mort. Fait que, vive Elvis, plus que l’humour, quoi que les deux sont morts, mais ça serait le fun que l’humour soit sur une île pis qu’y nous ramène Elvis à la place. On a plus besoin d’Elvis que d’humour. L’humour est mort, mais nous autres, on ira probablement pas aux funérailles, ça c’est les Olivier, je pense, les funérailles de l’humour, parce que nos suits sont pas assez foncés pour aller pleurer la mort de quelqu’un dont on s’en fout…

Vous vendez votre album en échange d’une contribution volontaire… Réussissez-vous à faire de l’argent quand même?

Paul Sèxe : Non, en fait, regarde bien… On donne l’album à tout le monde. On a fait ça surtout pour les enfants. À cause des lois ici, ils ne peuvent pas aller travailler, ils ne peuvent pas avoir un revenu garanti, pis, après le spectacle, les enfants venaient nous voir souvent, et nous disaient qu’ils n’avaient pas d’argent pour acheter nos disques. Donc, on donne cet album-là aux gens. S’il y en a qui se sentent généreux, ou qui se sentiraient cheap de voler l’argent des enfants, on leur permet une option de nous donner le montant qu’ils veulent. Faut juste savoir que si on donne dix dollars et plus, on vous envoie un deuxième album qui comprend tous nos meilleurs soundchecks de 1996 à aujourd’hui. En fait, le don coûte dix dollars, mais les albums sont gratuits, là. C’est ça la différence à faire.

La plupart des gens font des premières médiatiques, mais le 7 avril au Théâtre St-Denis, vous allez faire une « dernière médiatique ». Est-ce que l’entrée est aussi en contribution volontaire?

Paul Sèxe : Ben non, définitivement pas! Il y a quand même des billets, sinon, tout le monde va se pitcher à la porte, pis la place va pogner en feu! Nous-autres, on fait une dernière médiatique parce qu’on ne fait pas les affaires comme tout le monde, bien entendu. Parce que, ce show-là, on ne le fait pas pour les médias, là! On est allés le donner à tout le monde, pis il restait des billets à la fin, fait qu’on en donne aux médias, mais le but, c’est surtout de s’amuser entre nous. Les médias, y’ont pas besoin de voir toutes nos affaires au complet. Si ils veulent, ils s’achèteront des billets, pis ils viendront nous voir en show.

C’est quel genre de spectacle? Est-ce que votre section de gazous vous accompagne sur scène? Y aura-t’il des effets pyrotechniques?

Paul Sèxe : Je te dirais moi, personnellement, je dispose de plusieurs gazous et autres harmonicas, donc, à ce niveau-là, c’est quand même assez nice… Sinon, écoute, là, nous-autres, on est en spectacle, on fait la dernière médiatique au St-Denis à Montréal. On va avoir un gros band de rock au complet tsé, drum, clavier, basse, guitare électrique pis tout le kit, fait que tout notre dernier album, Rock Danger, on va te casser ça dans les oreilles! Et bien sûr, on va parler de nos causes, des choses qui nous touchent, pis on va jaser aux gens entre les tounes. Ça devrait être un super-gros party rock’n’roll, baby!

Sèxe Illégal

Dernière médiatique
7 avril 2016, Théâtre St-Denis, Montréal

Pour plus d’informations et pour télécharger l’album Rock Danger http://www.sexeillegal.com/

 

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Une fois, c’était un gars qui aimait l’humour au point de rire de tout, surtout du pire. Nourri par des comiques comme George Carlin, Coluche, RBO ou Bazooka...