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Parle moi de ton désespoir

J’ai mal. Parfois, ces mots sont lancés au hasard sans destinataire en particulier. Sans même qu’on sache définir véritablement le sens caché de tels propos. Qu’est-ce donc avoir mal ? De nos jours surtout, où les maux sont plus beaux lorsqu’ils sont silencieux. Ta douleur, ma douleur. Nous sommes des objets cassés attendant machinalement que quelqu’un vienne recoller les morceaux.

La chorégraphe Brigitte Haentjens explore ce thème lourd et immuable dans Ta douleur, réalisation effervescente qui ne relève pas tout à fait de la danse, ni du théâtre. Cela relève à coup sûr d’une certaine poésie brute, d’un langage du corps dont le cri ne pouvait qu’être entendu dans cette création où le texte est très rare (mais bien choisi).

Cette pièce est une longue suite de tableaux/histoires, où nos interprètes Anne Le Beau et Francis Ducharme mettent en scène plusieurs états douloureux, plusieurs sphères de la souffrance du corps et de l’âme, solitaire ou collective. La pièce est oppressante, il faut l’admettre. Elle attire le spectateur dans un cercle intime et clos, sans échappatoire possible, ni désiré. Dans la vie, on fuit lâchement devant le désarroi d’autrui. Ici, tu devais encaisser et c’était une bonne chose. On regardait la souffrance dans les yeux et pour une fois, on ne baissait pas les yeux.

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« Douleur du silence, de l’attente, de la rupture, du rejet, de la solitude, de la maladie, de la perte. De l’incompréhension à la souffrance partagée, en passant par l’amour furieux, la jubilation déraisonnée et la violence conjugale […] ».

J’éprouve une grande admiration pour Brigitte Haentjens depuis ma première année d’université, lorsque j’ai découvert sa mise en scène de La nuit juste avant les forêts, qui m’est resté gravé comme une cicatrice. J’aime l’intensité dans ces réalisations. Cette exploration continuelle de ce moi, paradoxal et complexe. Anne Le Beau est une grande dame de la danse contemporaine et Francis Ducharme, un polyvalent assuré et fougueux. Leur performance allait au-delà de la vulnérabilité. Leur complicité ne pouvait échapper au regard, rendant le spectacle encore plus poignant. Dans cet espace sobre qu’était la scène – investi de long en large, comme le thème lui-même – l’émotion était palpable et radicale pour une œuvre forte. La douleur peut être une œuvre.

Ta douleur
11 au 14 décembre – Théâtre de Quat’Sous

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De l’autre côté du jour, sensible aux vérités silencieuses, aux beautés muettes et à la subjectivité des choses simples. Un regard pour chaque élan.