Gardons-là collée
À peine sortie de sa rentrée montréalaise, Salomé Leclerc ira gâter les Français de sa présence. On commence à parler d’elle du côté de l’Hexagone. Égoïstement, on souhaite ne pas trop la partager. Belle belle rencontre.
C’est au Placard, avenue Mont-Royal que j’ai eu la chance de rencontrer cette artiste aux multiples talents. À peine assise devant moi, j’ai formulé une plainte à son endroit : « Il existe un moyen de m’enlever ta version de Le vent nous portera de ma tête? »
« T’as qu’à écouter Ne reviens pas! », lance tout-de-go Jocelyne Richer, son attachée de presse. Éclat de rire général.
Je faisais remarquer à Salomé que cette chanson de Noir Désir était sur ma voie d’accotement en raison du « Scandale Bertrand Cantat* ». Sa version aura toutefois balayé toute réticence de mon côté.
L’auteure-compositrice-interprète commande une tisane. La conversation coule d’elle-même. On jase principalement de sa rentrée montréalaise le 5 avril dernier au National. On en vient presque à oublier l’entrevue!
Fred : Ton spectacle au National, étape charnière dans ta jeune carrière?
Salomé : Avant même d’avoir la date, dans ma tête c’était un gros événement. On entend parler de ça et finalement c’est notre tour. Je suis vraiment fière de cette soirée.
(J’ai eu le privilège d’assister à ce spectacle. Rarement vu public aussi captif. Une chose m’a particulièrement frappé; cette fille possède tout un humour! Pas que j’en doutais mais avec de telles chansons émotives, incorporer des blagues ici et là peut devenir un exercice périlleux.)
Salomé : C’est voulu. Ce serait trop intense si je ne venais pas casser l’ambiance chargée. Je trouve ça l’fun de pouvoir montrer mon côté humoristique sur scène car au début j’étais figée.
Fred : Lis-tu les critiques, les articles qui te sont dédiés?
Salomé : Je lis chaque article. Je regarde peu mes performances car je n’aime pas me voir mais sinon j’achète les journaux. Je suis chanceuse car à date je ne me suis pas fait rentrer dedans. C’est juste du positif.
Pression?
En plus d’atteindre la finale au Festival international de la chanson de Granby ainsi qu’à Ma Première Place des Arts, Salomé a remporté quelques prix au passage. Était-ce une pression supplémentaire pour faire son premier album Sous les arbres?
Salomé : Les attentes ont augmenté mais je n’ai pas stressé avec ça. Je l’ai plutôt pris comme une belle tape dans le dos. Dans le fond, ces concours m’ont donné de la visibilité.
En 2009, Salomé a fait un séjour de 10 jours à Astaffort, en France afin de suivre un stage d’écriture. Elle y a fait entre autres, la rencontre d’Emily Loizeau, Francis Cabrel et Maxime Le Forestier. Ses yeux se mettent à briller.
Salomé : Maxime Le Forestier a accepté de me prêter sa guitare. C’est quand même cool! Ça été une super belle expérience ce séjour.
(Salomé sera à Paris fin mai, afin de faire la première partie de Cali à deux reprises, en plus de tenir l’affiche avec son spectacle pour trois autres dates. Occasion rêvée de lui demander ses ambitions par rapport au marché français.)
Salomé : Ça semble difficile de percer là-bas. Le mois prochain, le but sera de défricher. J’ai signé avec la compagnie Tôt ou tard en début d’année alors ils vont pouvoir me voir live. J’y retourne également en novembre dans une salle plus imposante. Tu sais, je ne veux pas trop me faire d’attentes. Tant mieux si ça fonctionne, mais en ce moment je suis attachée à mon Québec et à mon appart à Montréal. Je pourrais éventuellement aller passer un mois ou deux là-bas, mais pas vraiment plus. Pas encore.
« Tant mieux si ça fonctionne, mais en ce moment je suis attachée à mon Québec et à mon appart à Montréal. » – Salomé
Malgré une confiance évidente (et justifiée), Salomé a visé 5 000 copies vendues de Sous les arbres. L’industrie musicale étant ce qu’elle est maintenant, c’est sage. Ce n’est pas tant vers quoi se dirige l’industrie que les coupures budgétaires dans le domaine de la culture qui l’inquiètent.
Salomé : Mes chansons tournent dans les radios indépendantes et à Radio-Canada. Si on coupe 50% dans ma tribune…(pause), qu’on le veule ou non, on a le goût de vendre nos disques et nos billets de shows.
Fred : Avec quel artiste rêves-tu de collaborer?
Salomé : On m’a comparée à P.J. Harvey, Feist ou Cat Power alors ce serait un honneur. J’avoue que P.J. Harvey pour sa drive… juste d’être sur scène avec…
Fred : On aurait tout un clash!
Salomé : Ah oui et Tori Amos! Côté franco, j’avoue qu’écrire une toune avec Richard Desjardins, je tripperais vraiment!
« (…) j’avoue qu’écrire une toune avec Richard Desjardins, je tripperais vraiment! » – Salomé
Fred : Ton récent coup de cœur?
Salomé : (pause) Ah, Avec pas d’casque!
Le disque Quatre saisons dans le désordre de Daniel Bélanger se met à jouer dans le café.
Fred : L’album qu’on entend, si je ne l’ai pas écouté 222 000 fois…
Salomé : J’ai réécouté Rêver mieux récemment. Ça fait du bien.
J’ai développé le réflexe un peu culotté de demander aux artistes que j’interviewe, d’arriver avec deux ou trois questions de leur cru. Des questions qu’on ne leur pose pas assez souvent.
Salomé : Le meilleur show de ma vie fut celui de Chloé Ste-Marie à Chicoutimi en 2004 ou 2005. Je suis sortie de là transformée! J’ai aussi vu un spectacle de Jorane à cet endroit. Ça m’a beaucoup marqué. Et mon autre question serait : que ferais-je si je n’étais pas dans l’industrie musicale. Je me fais rarement demander ça…
« Le meilleur show de ma vie fut celui de Chloé Ste-Marie à Chicoutimi en 2004 ou 2005. Je suis sortie de là transformée! » – Salomé
Fred : Gâte-toi! (rires)
Salomé : J’ai étudié en ATM à Jonquière (télévision). En sortant de là, je me demandais si j’allais me trouver une job dans ce domaine à Montréal ou faire autre chose. J’ai alors songé étudier en environnement ou en biologie. J’ai ce besoin de me retrouver dans le bois, en pleine nature. Bref, un métier qui aurait eu rapport à ça.
Fred : Je te dis un mot et tu me dis la première chose qui te vient en tête.
Salomé : Je te réponds par un seul mot?
Fred : Ou une phrase…une pensée…une dissertation…un mémoire de maîtrise…
Salomé : (rires)
Fred : Si je te dit campagne?
Salomé : Moi.
Fred : Qualité?
Salomé : Défaut!
Fred : Donc si je te dis « défaut » tu vas me répondre…
Salomé : Oui, qualité! (rires)
Fred : Phobie?
Salomé : (pause) Ah la mauvaise haleine! Je suis toujours en train de me brosser les dents! (rires)
Fred : Montréal?
Salomé : La ville où j’habite et où j’ai appris à être bien. Ça été une méchante adaptation à faire. Passer d’un village de 400 habitants à Montréal…**
Fred : Films?
Salomé : Québécois. J’écoute presque exclusivement des films d’ici. J’ai adoré Café de Flore. Sinon mon but est de voir les vieux films de Gilles Carle.
Fred : ADISQ?
Salomé : Espérons une nomination. J’aimerais pour la révélation et/ou dans la catégorie Folk contemporain. L’an dernier j’y suis allée même si je n’étais pas en lice.
Le trop court entretien s’est terminé sur cette note d’espoir. On lui souhaite toutes les nominations du monde à cette Salomé. D’ici là on va la prêter aux Français…mais on garde la facture.
Ainsi soit-il.
* En 2003 au cours d’une dispute, Cantat rua de coups sa compagne Marie Trintignant. Elle succomba à ses blessures quatre jours plus tard. L’ex leader de Noir Désir purga 4 ans d’emprisonnement pour ce délit.
** Salomé est originaire de Sainte-Françoise-de-Lotbinière
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