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Théâtre Denise-Pelletier

La passion ne connait pas d’époque

Qui est Catherine? Qui est Heathcliff? Plus qu’une adaptation, la dernière pièce de Fanny Britt, mise en scène par Claude Poissant, se présente comme une création librement inspirée du roman classique de la littérature victorienne, Les Hauts de Hurlevent d’Émily Brontë. L’auteur fait le choix de transposer cette terrible histoire de romances tragiques à notre époque, dans un appartement québécois habité par trois étudiants (en littérature, bien sûr). Leur professeur, Marie-Hélène, incarnée tout en finesse par Catherine Trudeau, ouvre la pièce avec une question qu’elle adresse au public comme si nous suivions son cours : Les Hauts de Hurlevent, histoire d’une passion ou d’une maladie mentale? Et en effet, à mesure que la pièce progressera, la nuance se fera de plus en plus ténue.

Par un soir de tempête, les trois colocataires Émilie (Florence Longpré), Isa (Emmanuelle Lussier-Martinez) et Édouard (Benoît Drouin-Germain) s’apprêtent à recevoir Marie-Hélène pour un souper à l’occasion du départ à l’étranger d’Émilie le lendemain. Leurs discussions révèlent des préoccupations typiques d’universitaires de la génération Y, autour notamment de la protection de la langue française face à l’anglais, ou encore d’attitudes sexistes et misogynes. On découvre les enjeux qui vont habiter l’intrigue d’Hurlevents : Édouard est secrètement amoureux de Marie-Hélène, et Isa sort avec un autre de leurs professeurs, Paul, omniprésent dans les conversations et pourtant grand absent de la pièce. Alors que l’on attend Marie-Hélène, débarque Catherine (Kim Despatis), la sœur d’Émilie, suivie plus tard par son compagnon Sam Falaise (Alex Bergeron). Eux aussi vivent leur propre épreuve puisque Catherine vient de se faire avorter. L’arrivée très attendue de la professeur de littérature victorienne entraîne le basculement de l’intrigue vers une nouvelle question éthique, celle de l’abus de pouvoir dans la relation amoureuse qui lie Isa et son professeur Paul, marié bien sûr, et qui n’en est pas à sa première conquête parmi ses étudiantes. On apprend que Marie-Hélène a participé à un acte symbolique visant à dénoncer son comportement. Isa, qui se pense libre et en contrôle dans sa relation avec Paul, entre aussitôt en confrontation avec elle. N’est-elle pas la seule à pouvoir déterminer si Paul l’aime ou abuse de sa naïveté? De quel droit Marie-Hélène s’en mêle-t-elle?

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En une heure et demie de spectacle, Hurlevents aborde des thèmes actuels et graves. Trop nombreux, peut-être, jusqu’à ce que l’on ne sache plus vraiment sur quoi la pièce veut se concentrer. Mais elle possède une force indéniable, qui repose notamment sur sa progression : Fanny Britt fait parcourir un bout de chemin à son public, de sorte qu’une fois à l’arrivée on ne reconnaisse plus notre point de départ. À mesure que la soirée avance, l’évolution du ton, du rythme et surtout des caractères surprend. Les questionnements éthiques et les expressions de passions dévorantes croisent de beaux moments d’humour, notamment lorsqu’Édouard déclare sa flamme à Marie-Hélène de la manière à la fois la plus passionnée et la plus maladroite possible. Les dialogues adoptent généralement un registre de langage jeune et actuel, mais sont ponctués sans avertissement de brefs moments où un personnage s’exprime face au public sur un ton plus littéraire. « Avant toi, rien, après toi, tout», répète ainsi Émilie à propos de l’histoire d’amour qu’elle a vécue en secret avec une autre élève qui a fini par lui faire beaucoup de mal. Catherine et Sam, qui prennent au début de la pièce des attitudes presque caricaturales de personnages désagréables, nonchalants et peu sociables, se révèlent finalement bien plus profonds et passionnés qu’on ne l’aurait pensé, grâce à un retour en arrière bien pensé sur leur discussion lors d’un trajet en voiture avant qu’ils ne rejoignent le reste du groupe. Émilie, surtout, cache bien son jeu. Fascinée par les Sœurs Brontë, celle que l’on perçoit au premier abord comme une observatrice discrète semblait, à l’inverse des autres, préservée de tout drame personnel. C’est que l’on découvrira le sien en dernier. C’est par elle que le roman rattrapera progressivement l’époque contemporaine, et que les échos de l’univers imaginé par son homonyme 170 ans plus tôt se feront de plus en plus insistants, jusqu’à ce que certains des protagonistes finissent symboliquement par échanger leurs habits modernes pour des tenues de l’époque victorienne.

Portée par un décor simple mais bien pensé, un usage de la musique surprenant et dynamique et une mise en scène efficace qui accorde notamment beaucoup d’importance à chaque entrée en scène, la pièce ne laisse pas son spectateur s’ennuyer une minute. Cependant, son rythme bien particulier dessert parfois l’idée du croisement entre le monde du roman du XIX° siècle et l’époque actuelle : les inserts de tirades adressées au public ou encore l’apparition des costumes d’époque à la fin semblent un peu déconnectés de l’intrigue principale et peuvent engendrer un sentiment général de confusion. Par ailleurs, le dénouement si inattendu qui naît d’un basculement dans le désir de vengeance et les desseins manipulateurs d’Émilie n’a pas la puissance qui devrait s’en dégager ; peut-être parce que tout arrive trop vite, ou encore parce que le jeu de Florence Longpré manque d’intensité à ce moment-là.

Il n’est pas trop tard pour découvrir Hurlevents : la pièce se joue sur la grande scène du Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 24 février.

Théatre

Slammer son épopée

‘’Je vais bientôt te parler de guerre, de guerre et encore de guerre. Si je tiens à en parler, c’est pour mieux te parler de paix.’’

– Marc Beaupré, metteur en scène

L’histoire de L’Iliade, on la connait. Que ce soit dans le film avec Brad Pitt ou dans le dessin animé qui jouait à Télé-Québec quand on était jeune. Homère a étalé son écriture aux quatre coins du monde, nous faisant connaître le triste destin des Troyens.

Pourtant, je suis certaine que le récit d’Achille, Hector et compagnie n’a jamais été raconté de cette manière.

Le texte ne change pas. Ce sont bien les mots de la traduction d’Alessandro Baricco, que les spectateurs entendront résonner dans les murs du Théâtre Denise Pelletier.  Mais le reste n’a rien à voir avec toutes les versions antérieures de l’œuvre.

Ce qui est présenté, c’est un grand mélange de musique, de danse orientale, d’instruments live, de voix off, de chœur, de rap battle et de langage des signes. Tant de comportements hautement codifiés qui viennent peupler le spectacle. Sur scène, l’attention du public est constamment sollicitée, tant les procédés artistiques fusent de toutes parts. Cela vient saturer la représentation. Parfois, trop c’est comme pas assez.

Dans une mise en scène de Marc Beaupré, sur laquelle il travaille depuis près de 7 ans, on est tenté de classer son travail dans le spectre du théâtre-musical. Pourtant, je ne peux m’y résoudre. Il s’agit plutôt d’un pot-pourri de plusieurs styles. L’Iliade emprunte les codes scéniques d’une panoplie de cultures et de disciplines. Par exemple, la console de son est placée dans les premières rangées, bien à la vue des spectateurs, comme à l’Opéra. Les acteurs chantent et parlent en chœur, selon la convention traditionnelle du théâtre grec, mais pour commencer une bataille de rappeur à la 8 Mile, sans avertissement, avec les micros qui descendent du plafond. Le rap, c’est quelque chose qu’il faut bien savoir faire pour que ça soit bon. Certains acteurs ne semblaient pas vraiment à l’aise pendant leur numéro musical, ce qui rendait la représentation inégale. Parfois, ça marchait, mais d’autres fois, ça ne marchait pas du tout, frôlant la limite du ridicule. Il en est de même pour la danse ; certains avaient plus le sens du rythme que d’autres. Cependant, tous avaient une gestuelle précise et qui catégorisait leur personnage.

Malgré cela, il s’agit d’un spectacle visuel et sonore très intéressant. Emmanuel Schwartz et Jean-Francois Nadeau sont touchants en Achille et Hector. La symétrie de la mise en scène et l’équilibre de plateau montrent bien le souci du détail avec lequel Marc Beaupré et son équipe ont travaillé. Et que dire du gros triangle en miroir qui descend et remonte selon les différentes séquences et qui souligne l’intensité d’un moment ou l’harmonie du tableau orchestré par les acteurs! L’arrangement musical mérite également d’être souligné, un gros bravo à Stéfan Boucher pour son travail incroyable!

L’Iliade, c’est le genre de spectacle que l’on pourrait revoir des dizaines de fois et découvrir de nouveaux éléments après chaque représentation. La perception de l’action et de l’œuvre est teintée par le regard du spectateur et est sujet à changement. Il reste toutefois quelques questionnements sans réponses. À moins d’avoir la version finale du cahier de mise en scène en main, il est difficile de saisir la motivation derrière chaque choix de mise en scène. Peut-être cela vous donnera-t-il le goût d’y retourner?

L’Iliade est présenté au Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 6 décembre.

Théatre

Leçon d’absurdité avec le théâtre de Ionesco

Au diable la logique! C’est avec délice que je me suis plongée, vendredi dernier, dans l’univers absurde d’Eugène Ionesco avec La Cantatrice chauve et La Leçon, présentées au Théâtre Denise-Pelletier.

Œuvres fondatrices du théâtre de l’absurde, ces deux pièces souvent présentées ensemble nous mènent dans un crescendo de dialogues déjantés. Remettant en question les fondements de nos raisonnements logiques (« L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne! »), la pièce offre un spectacle aussi ludique que captivant.

Mise en scène par Frédéric Dubois, bien à l’aise dans l’univers de Ionesco, la production reprend en partie la distribution de la version montée en 2008. Simon Dépot, Monelle Guertin, Éliot Laprise, Catherine Larochelle, Pierre Limoges et Ansie St-Martin se lancent adroitement la réplique dans un décor minimaliste, mais fort efficace (réalisé par Marie-Renée Bourget Harvey).

Ansie-St-Martin, Monelle Guertin, Pierre Limoges et (à gauche) Simon Dépot. Crédit Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Ansie-St-Martin, Monelle Guertin, Pierre Limoges et (à gauche) Simon Dépot. Crédit Photo : Frédérique Ménard-Aubin

M. et Mme Smith, un couple de bourgeois anglais, échangent des banalités après avoir soupé. La conversation aux propos plutôt incohérents dépasse les limites de la logique. Après avoir affirmé qu’ils avaient bien mangé, qu’ils habitent les environs de Londres et que leur nom est Smith, ils discutent de la mort de Bobby Watson. Difficile toutefois de déterminer de qui il s’agit précisément, car tout le monde dans cette famille semble porter ce nom, hommes comme femmes. C’est alors qu’arrivent M. et Mme Martin.

En attendant que Mary, la bonne, annonce leur arrivée, M. et Mme Martin, qui ne se connaissent vraisemblablement pas, se mettent à discuter. De fil en aiguille, ils découvrent une curieuse série de coïncidences les concernant. N’est-il pas bizarre, n’est-il pas étrange qu’ils aient voyagé à bord du même train, dans le même compartiment, assis l’un en face de l’autre, pour se rendre dans la même ville, à la même adresse, au même étage, dans le même appartement? Interloqués, ils constatent même qu’ils dorment dans le même lit, et qu’ils ont tous deux une petite fille qui porte le même nom, et qui a un œil rouge et un œil blanc!

Ansie St-Martin Simon Dépot, Monelle Guertin, Pierre Limoges. Crédit Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Ansie St-Martin Simon Dépot, Monelle Guertin, Pierre Limoges. Crédit Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Heureux de se rappeler qu’ils sont mari et femme, ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Mais ils n’entendent pas la bonne glisser au public la confidence suivante : ils ne sont pas vraiment ceux qu’ils croient être…

La Leçon, qui laisse le public un peu moins hilare que la pièce la précédant, offre également un spectacle de l’absurde aux répliques frôlant le délire. Un peu plus courte, elle offre la particularité de ne jamais être jouée par les mêmes comédiens soir après soir, sa distribution étant tirée au hasard par le public avant l’entracte.

La Cantatrice chauve et La Leçon d’Eugène Ionesco, présentées du 6 au 28 février au Théâtre Denise-Pelletier, valent absolument le détour. Un pur plaisir à regarder, vous en rirez à gorge déployée!

 

 

Théatre

Théâtre d’avant-hier, jeunesse d’aujourd’hui

C’était soir de première vendredi dernier au Théâtre Denise-Pelletier. Dans le froid glacial de janvier, très peu de comédiens et de journalistes pour assister au Jeu de l’amour et du hasard. Les invités d’honneur? Des adolescents en souliers, sans tuque ni foulard, la « falle à l’air », comme dirait l’autre. Tant mieux, puisque la production de la Société Richard III m’a semblé être conçue sur mesure pour eux.

Certains sont arrivés en autobus scolaire, d’autres ont longuement décrit le pénible trajet d’autobus qui les a menés jusqu’aux grandes portes vitrées du théâtre de la rue Sainte-Catherine Est. Bref, ça grouillait et ça jacassait dans la salle avant le début de la représentation. Je me suis demandé si cette comédie de Marivaux, présentée pour la première fois en 1730, allait réussir à les captiver, ou à tout le moins à les tenir éveillés pendant un peu plus de deux heures. L’histoire racontée est somme toute assez conventionnelle : Silvia, jeune femme destinée à Dorante, désire voir son prétendant avant de se marier à lui. Elle décide donc de changer de costume et de rôle avec Lisette, sa servante, sans se douter que Dorante et son valet, Arlequin, ont usé du même stratagème.  Évidemment, la situation donne lieu à plusieurs scènes loufoques qui ont tôt fait de séduire le public.

Daniel Desparois et Julie Gagné. Photographe : Luc Lavergne

Si la mise en scène de Carl Poliquin peut paraître un brin classique, c’est précisément cette caractéristique qui permet aux jeunes spectateurs d’être emportés par l’intelligence et la finesse du texte de Marivaux. Les personnages nagent dans un décor changeant, où de larges panneaux pivotent pour transformer l’espace. Le résultat est simple et dépouillé, laissant encore une fois toute la place aux mots de l’auteur. Près de la commedia dell’arte, le jeu des acteurs, principalement celui des serviteurs, est souvent à la limite du burlesque. Sans nullement être agacés par cet excès de bouffonnerie, les jeunes riaient aux éclats devant les nombreuses frasques de Lisette (Julie Gagné) et Arlequin (Daniel Desparois), comme ils ont été charmés par le jeu plus subtil de Guillaume Champoux et d’Agathe Lanctôt dans les rôles de Dorante et Silvia. En ce début de saison théâtrale hivernale, Carl Poliquin propose donc une version divertissante et légère du Jeu de l’amour et du hasard, qui, à -20 degrés Celsius, se prend comme un bon chocolat chaud bien sucré.

L’objectif principal du Théâtre Denise-Pelletier est d’initier les jeunes au théâtre et de leur offrir des œuvres de répertoire tournées vers la jeunesse. Avec Le jeu de l’amour et du hasard, cette mission est franchement accomplie. Les jeunes se sont instantanément levés après la dernière scène, sans vouloir être polis comme bon nombre de spectateurs plus vieux, mais réellement conquis par la pièce à laquelle ils venaient d’assister. Pendant que j’ajustais minutieusement mon foulard avant de sortir à l’extérieur combattre les éléments, ils discutaient vivement du jeu des acteurs et du propos de la pièce, tout en soignant leur tenue hivernale savamment négligée. Sentir le théâtre être en vie comme ça, quand il passe par les réflexions d’adolescents de 16 ans, me rappelle à quel point le jeune public, même quand on souhaite le faire rire, mérite d’être pris au sérieux.

Le jeu de l’amour et du hasard, jusqu’au 15 février 2013 au Théâtre Denise-Pelletier.

Théatre

Le bénéfice du doute

À une époque où l’opinion prend de plus en plus de place et où chacun semble détenir la seule et unique vérité absolue, la pièce Douze hommes en colère, écrite par Réginald Rose en 1953, se présente comme un véritable miroir de la société actuelle.

C’est effectivement le premier constat qui vient en tête à la sortie de la pièce, une production de Jean-Bernard Hébert inc. présentée par le Théâtre Denise-Pelletier.  Dans un huis clos, douze jurés doivent décider du sort d’un jeune de dix-neuf ans accusé du meurtre de son père.  Les jurés, tous des hommes, viennent de différents horizons sociaux, ont des expériences de vie différentes et pourtant, ils partagent presque tous la même opinion sur le verdict à rendre.  Presque, parce qu’un seul d’entre eux osera questionner, revoir les preuves et soulever le doute raisonnable.  S’il est pourtant lui-même convaincu de la culpabilité du jeune homme dès les premiers instants de la pièce, c’est pour la valeur intrinsèque du débat et du doute qu’il maintient le jury captif de son arène de délibérations. Les esprits commencent alors à s’échauffer, la colère monte et le débat s’enclenche, si bien que la responsabilité de l’accusé, qui ne laissait d’abord présager aucune incertitude, semble soudain tout à fait contestable.

de gauche à droite : Jean-Bernard Hébert ; assis : Olivier Courtois, Yves Bélanger, Jean-François Boudreau, Jacques Baril, Edgar Fruitier
Photographe : Mathieu Rivard

La mise en scène de Jacques Rossi s’appuie sans conteste sur le film Douze hommes en colère, sorti en 1957, la trame sonore omniprésente ne laissant du reste aucun doute sur les intentions du metteur en scène.  En effet, l’action se déroule pendant un peu plus de deux heures dans la même pièce, circulaire cette fois, où il n’y a que douze chaises et une petite table carrée.  L’effet d’enfermement et d’oppression généré par le décor est magnifié par le jeu des acteurs, tous très justes dans les rôles des douze jurés.  Vincent Bilodeau, dans la peau d’un homme colérique et sensible, fait rire et grincer des dents à la fois, alors que le personnage de vieil homme campé par Edgar Fruitier est attachant et sensé.  La palme revient cependant à Jean-Bernard Hébert, brillant et posé à chacune de ses interventions.  Il faut dire que son personnage, archétype du citoyen modèle, y est pour quelque chose.  Sans se laisser convaincre facilement, il écoute, réfléchit, soupèse et réfléchit encore.   S’il finit par changer son fusil d’épaule, c’est uniquement parce qu’il a, au dernier moment, un doute raisonnable.  Ne devrait-on pas d’ailleurs tous agir ainsi plutôt que nous laisser emporter par nos pulsions et nos préjugés?

Douze hommes en colère donne à voir douze caractères différents, douze façons de réfléchir la vie et d’entrevoir la justice.  Récemment, le Québec a connu son lot de procès-spectacles, qui ont marqué les esprits et enflammé les chaumières.   On n’a qu’à penser à Guy Turcotte et à toute la médiatisation qui a entouré son procès.  La pièce présentée au Théâtre Denise-Pelletier arrive à point dans une époque où chaque individu se croit justicier et où la foi collective en notre système de lois est ébranlée.  La mise en scène de Jacques Rossi, puisant toute son énergie sur les doutes du juré no 8, offre au public un suspense habilement ficelé, qui interroge notre capacité à affronter nos idées et nos convictions, à débattre et à délibérer.   C’est une véritable thérapie de groupe à laquelle nous devrions tous assister. Alors, allez ouste! Au théâtre!

Douze hommes en colère  au Théâtre Denise-Pelletier, du 14 novembre au 18 décembre 2012.

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