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Stefan Boucher

Slammer son épopée

‘’Je vais bientôt te parler de guerre, de guerre et encore de guerre. Si je tiens à en parler, c’est pour mieux te parler de paix.’’

– Marc Beaupré, metteur en scène

L’histoire de L’Iliade, on la connait. Que ce soit dans le film avec Brad Pitt ou dans le dessin animé qui jouait à Télé-Québec quand on était jeune. Homère a étalé son écriture aux quatre coins du monde, nous faisant connaître le triste destin des Troyens.

Pourtant, je suis certaine que le récit d’Achille, Hector et compagnie n’a jamais été raconté de cette manière.

Le texte ne change pas. Ce sont bien les mots de la traduction d’Alessandro Baricco, que les spectateurs entendront résonner dans les murs du Théâtre Denise Pelletier.  Mais le reste n’a rien à voir avec toutes les versions antérieures de l’œuvre.

Ce qui est présenté, c’est un grand mélange de musique, de danse orientale, d’instruments live, de voix off, de chœur, de rap battle et de langage des signes. Tant de comportements hautement codifiés qui viennent peupler le spectacle. Sur scène, l’attention du public est constamment sollicitée, tant les procédés artistiques fusent de toutes parts. Cela vient saturer la représentation. Parfois, trop c’est comme pas assez.

Dans une mise en scène de Marc Beaupré, sur laquelle il travaille depuis près de 7 ans, on est tenté de classer son travail dans le spectre du théâtre-musical. Pourtant, je ne peux m’y résoudre. Il s’agit plutôt d’un pot-pourri de plusieurs styles. L’Iliade emprunte les codes scéniques d’une panoplie de cultures et de disciplines. Par exemple, la console de son est placée dans les premières rangées, bien à la vue des spectateurs, comme à l’Opéra. Les acteurs chantent et parlent en chœur, selon la convention traditionnelle du théâtre grec, mais pour commencer une bataille de rappeur à la 8 Mile, sans avertissement, avec les micros qui descendent du plafond. Le rap, c’est quelque chose qu’il faut bien savoir faire pour que ça soit bon. Certains acteurs ne semblaient pas vraiment à l’aise pendant leur numéro musical, ce qui rendait la représentation inégale. Parfois, ça marchait, mais d’autres fois, ça ne marchait pas du tout, frôlant la limite du ridicule. Il en est de même pour la danse ; certains avaient plus le sens du rythme que d’autres. Cependant, tous avaient une gestuelle précise et qui catégorisait leur personnage.

Malgré cela, il s’agit d’un spectacle visuel et sonore très intéressant. Emmanuel Schwartz et Jean-Francois Nadeau sont touchants en Achille et Hector. La symétrie de la mise en scène et l’équilibre de plateau montrent bien le souci du détail avec lequel Marc Beaupré et son équipe ont travaillé. Et que dire du gros triangle en miroir qui descend et remonte selon les différentes séquences et qui souligne l’intensité d’un moment ou l’harmonie du tableau orchestré par les acteurs! L’arrangement musical mérite également d’être souligné, un gros bravo à Stéfan Boucher pour son travail incroyable!

L’Iliade, c’est le genre de spectacle que l’on pourrait revoir des dizaines de fois et découvrir de nouveaux éléments après chaque représentation. La perception de l’action et de l’œuvre est teintée par le regard du spectateur et est sujet à changement. Il reste toutefois quelques questionnements sans réponses. À moins d’avoir la version finale du cahier de mise en scène en main, il est difficile de saisir la motivation derrière chaque choix de mise en scène. Peut-être cela vous donnera-t-il le goût d’y retourner?

L’Iliade est présenté au Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 6 décembre.

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Tungstène de bile : Récits écorchés

Tungstène de bile. Drôle de nom. Drôle d’imaginaire. Pour Jean-François Nadeau, ce serait « une amère promesse de lumière dans l’angoisse ». Paru aux éditions de L’Écrou en 2013, ce recueil de seize textes est transposé sur scène dans un éclatement d’idéaux : débris de soi dans la violence du quotidien.

Accompagné de Stefan Boucher et de ses délires musicaux, Jean-François Nadeau efface l’auteur pour laisser la place au comédien. Il offre une belle performance poétique en se glissant dans les chaussures d’une multitude de personnages cassés, pris dans leurs petites histoires ordinaires.

Poésie et performance

Le décor de type cabaret nous plonge tout de suite dans un certain confort. Une familiarité intime. On n’en attendrait pas moins d’une lecture de poésie. Pourtant, il ne s’agit pas seulement de lire, mais bien d’incarner – des voix silencieuses et fantomatiques.

La scène est petite, agencée dans un recoin comme si les performeurs étaient pris au piège, aculés dans une suite d’atmosphères inquiétantes. Les textes se fracassent avec une singularité propre. Nadeau et Boucher ont une belle complicité. L’univers musical de l’un entre en symbiose avec l’univers de la parole de l’autre, alternant parfois les rôles. L’improvisation se marie au slam. Le conte s’allie à la chanson. Le jeu théâtral puise dans les mots pour donner naissance à un spectacle haletant. Un peu trop par endroits, certainement.

Portrait de déchéances humaines

On rencontre Moreen, Stella, Marie et les autres. On entend leurs voix dérangeantes. On assiste à leurs douleurs communes et à leur glorification de l’espoir menu. Les textes sont sombres, crus et sensibles. La réalité qui y est décrite n’est pas jolie. Dépossession de soi, désenchantement, recherche désespérée de l’oubli. Et le mot en filigrane : la banalité.

La maladie de notre époque est bien que notre mal-être est un fait divers. Une chronique rapidement oubliée. Le rythme de passage d’un texte à l’autre m’a laissé cet arrière-goût : les histoires se suivent et se confondent. En même temps, la notion de collectivité se fait plus ressentir. Autant dire qu’on a tous fait de l’amertume notre pain quotidien.

Le recueil est maintenant dans ma bibliothèque. Je continue à essayer d’y déceler la promesse de lumière.

Jusqu’au 4 avril, à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui

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