Threshold, découverte d’un patinage éloigné des paillettes et de la compétition

Dans une volonté de rapprocher le patinage artistique de la danse contemporaine, la compagnie montréalaise Le Patin Libre s’affranchit depuis 2005 des codes de sa discipline pour en proposer une approche vraiment innovante. L’objectif des cinq concepteurs et interprètes qui la composent n’est pas de montrer des prouesses – même si le spectacle en comporte de belles -, mais de parler un nouveau langage plus libre, celui du patinage contemporain. Le public s’abstient d’ailleurs d’applaudir après une figure particulièrement technique.

En dépit de leur désir de révolutionner le genre, les danseurs n’ignorent pas que le patin à glace demeure avant tout une activité de divertissement populaire et familiale. L’événement Threshold (Seuil) a ainsi été pensé comme une expérience conviviale, (paradoxalement) chaleureuse, à voir en famille. Directement installés aux deux extrémités de cette patinoire du Mile-End, les spectateurs s’assoient au sol en tailleur ou sur des chaises disposées pour l’occasion, emmitouflés dans des couvertures. A la suite de certaines représentations, ils sont même invités à chausser leurs patins pour rejoindre les artistes sur la glace.

Le spectacle exploite les atouts de la glisse, qui permet de parcourir de grandes distances sans bouger son corps. En mouvement quasi constant, les patineurs occupent tout l’espace de la piste, alternent entre vitesse vertigineuse, gestes au ralenti et marche arrière, tournent sur eux-mêmes et virevoltent ensemble, tout en grâce et fluidité. On admire la maîtrise technique et l’harmonie du groupe.

La chorégraphie s’accorde de près à la musique, moderne et souvent planante, composée pour l’occasion par Jasmin Boivin – également interprète. Pour exemple, les bruits des patins sur la glace sont pensés pour faire partie intégrante de l’univers sonore. On note également de très beaux jeux de lumières, qui font office de décors. Les danseurs ont par ailleurs troqué les costumes à paillettes que l’on a l’habitude de voir à la télévision pour des tenues urbaines, sobres, dans des tons doux. Autant d’éléments qui font de Threshold un objet artistique d’un nouveau genre, à découvrir.

Un regret tout de même : la compagnie nous présente ici des tableaux plutôt linéaires et répétitifs, pour un spectacle en deux parties finalement assez similaires, malgré la collaboration mise en place avec la dramaturge Ruth Little. Raison de plus pour rester à l’affût de la prochaine création du Patin Libre !

Threshold se joue jusqu’au 22 avril à l’Aréna Saint-Louis, dans le cadre de la programmation de Danse Danse, qui réussit ici son pari de montrer la danse sous toutes ses formes.