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Olivier Choinière

On va jouer à un jeu…

Jean dit, la nouvelle création d’Olivier Choinière est présentement à l’affiche dans la salle principale du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Il s’appelle Luc. Il ne dit que la vérité. Dans une société où le mensonge est monnaie courante, qu’arrive-t-il lorsqu’un groupe d’individus disparates décident de ne jurer que par ce que Jean leur dit de faire? Peuvent-ils vraiment changer le monde qui les entoure? Ont-ils simplement raison de le faire?

Jean conquière petit à petit les sphères conjugales, familiales, amicales, professionnelles, scolaires, médicales, politiques et la caste exclusive du fameux 1%. Cette bande d’hurluberlus, à saveur de secte, finit par faire une conférence inspirée des AA, pour recruter des nouveaux membres, au nom de la vérité. Dans ces séquences, les acteurs invitent les spectateurs à venir, eux aussi, prêter allégeance à la vérité toute puissante : la leur. Cette intégration du public amène celui-ci à se questionner sur les limites entre le réel et la fiction au cœur même de la représentation. Lorsqu’il se fait demander s’il est prêt à dire toute la vérité, rien que la vérité, il est loin de se douter des conséquences de sa réponse. D’ailleurs, les spectateurs font partie intégrante de la pièce. Les acteurs les sollicitent souvent et interagissent avec eux

Dans un décor kitsch, tape à l’œil, avec des rideaux en paillettes d’or et des reproductions d’organes sur les murs et le plafond du théâtre, la scénographie se veut un plateau de télévision, voir même un décor maison, des plus mercantiles. Cela vient questionner les véritables intentions des protagonistes car, s’ils ont besoin d’un décor spectaculaire, font-ils également un spectacle d’eux-mêmes? Tous les éléments techniques et choix esthétiques viennent justifier ou contribuer au texte, ce qui la confirmation d’un événement spectaculaire complet et total. Jean dit surprend, Jean dit dénonce, Jean dit dérange.

La présence d’un groupe de Death Métal a fait beaucoup jaser, mais sert la représentation dans son entièreté. Cette musique, qui est considérée comme radicale, est anti-commerciale et va de paire avec la recherche de la vérité brute qui est tant prisée. Autant pour faire les raccords entre les scènes ou pour ponctuer l’accueil d’un nouveau disciple de la vérité, le chanteur Sébastien Croteau se donne avec intensité tout au long de la pièce.  Si le but était de troubler les foules, c’est sans aucun doute réussi ; le son puissant vient chercher.

Le lien que l’on peut faire avec la religion va de soi. Jean peut être comparé à Godot, qui ne vient jamais, ou à Dieu lui-même, qu’on ne voit pas, mais en lequel nous devons croire. Jean est invisible, mais on lui attribue des propos, on saccage en son nom. Il se manifeste par des apparitions, tel le buisson ardent de Moise. Entre chaque séquence, les protagonistes reproduisent des fresques bibliques et prennent la pause. Le spectateur n’a pas nécessairement le temps de faire le lien entre l’image et ce qui sera dit dans la prochaine scène, mais je suis certaine qu’un observateur spirituel averti pourrait approfondir sur le sujet.

Jean dit est une saturation d’images, de sons et de significations. Le spectateur est sollicité sur tous les niveaux de son intellect et de ses sens pendant l’entièreté du spectacle. C’est stimulant, certes, mais il y a tant de couches et de deuxième degrés que l’on s’y perd légèrement. Olivier Choinière tente de tout aborder, mais cette pièce aurait gagné à être plus ciblée. Les revendications derrière le texte et la mise en scène sont multiples et bousculent les concepts pré-établis de la Société avec un grand S. Vouloir refaire le monde un spectacle à la fois, ça ressemble à ça : c’est noble, mais c’est casse-gueule. Partir de ce jeu pourtant inoffensif auquel nous nous amusions étant enfants et le rendre moteur de la vérité absolue et du bouleversement de l’établissement social  est ingénieux et fascinant, malgré la structure dramatique répétitive. Cela amène une naïveté terrifiante aux aveux des personnages, qui révèlent le plus noir de l’âme humaine.

Jean dit est présenté jusqu’au 17 mars au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Théatre

La vérité absolue existe-t-elle vraiment ?!

Que définit ce qui est vrai ou faux ? Qui possède la vérité ? Ce qui est mensonge pour l’un peut-il être vrai pour l’autre ?  C’est sur ce genre de paradigme qu’est fondée la pièce Comment s’occuper de bébé, présentée au Théâtre La Licorne jusqu’au 22 mars.  Croyez-moi sur parole; vous ressortirez de cette pièce avec plus de questions que de réponses…

La pièce tourne autour d’un fait divers : une mère est accusée du meurtre de ses deux enfants. Ce crime horrible laisse, parmi la population et les proches de l’accusée, de multiples interrogations.  A-t-elle oui ou non tué ses deux enfants ?  Même si rapidement on apprend que la mère, Donna, est jugée non coupable, le doute demeure et chacun tentera à sa manière de découvrir la vérité. Plus la pièce avance, plus on découvre que cette recherche de l’absolue vérité est utopique.

Richard Thériault pendant la pièce. Crédit photo: Yanick Macdonald

Richard Thériault pendant la pièce. Crédit photo: Yanick Macdonald

Parmi les personnages gravitant autour de Donna, on y retrouve sa mère – candidate aux élections locales; Martin – son ancien mari et père des deux enfants, un journaliste ayant des problèmes sexuels, le docteur Millard – un psychiatre qui semble avoir décelé chez Donna un trouble rare, qui semble donner réponse à son horrible geste, et finalement, l’auteur lui-même, qui cherche à obtenir les faits pour bâtir son histoire.

Tous ces personnages interviennent et sèment petit à petit des indices qui pourraient constituer un semblant de réponse.  Mais impossible de savoir vraiment ce qui s’est produit car chacun dans cette tragédie semble croire à sa propre vérité. Et Donna, au centre de toutes ces questions/réponses, ne semble pas trop s’en formaliser. On pourrait croire qu’elle est la seule qui sait, mais pourtant…

Une fois le rideau baissé, le spectateur est inexorablement invité à tirer sa propre conclusion, en sachant très bien que tout n’est pas si simple, ni tout blanc, ni tout noir.

Chose certaine (ha oui, vraiment?!), le jeu des acteurs, tous sans équivoque, est solide et convaincant. Mention spéciale à Josée Deschênes, magnétique et intrigante dans son rôle de mère parfaite, mais-pas-si-parfaite-après-tout; à Évelyne Brochu, qui nous fait sans cesse douter, la croyant incapable d’un geste aussi cruel que de tuer ses enfants.  Et Hubert Proulx dans le rôle de l’ex-mari et père, qui en peu de mots, semble en dire beaucoup plus que tous les autres.

Luc Senay à l'écran et Évelyne Brochu sur scène. Crédit photo: Yanick Macdonald

Luc Senay à l’écran et Évelyne Brochu sur scène. Crédit photo: Yanick Macdonald

Pour réussir à amener avec autant de brio les spectateurs dans cette quête de la vérité avec un grand V, il fallait de bons textes et une bonne mise en scène.  Les textes originaux sont signés Dennis Kelly, auteur londonien détenant maintes pièces à son actif dont plusieurs ont voyagé à l’étranger.  Ses textes ont été traduits par le dramaturge québécois Olivier Choinière.  En terminant, l’excellente mise en scène de Sylvain Bélanger mixe parfaitement la scène et le multimédia, ce qui, sans briser le rythme, permet d’apporter du dynamisme à la pièce.

Alors, si je vous dis que Comment s’occuper de bébé est une pièce à voir, me croirez-vous ? Allez, vous savez bien que je ne vous mentirais pas!

Comment s’occuper de bébé est présenté à La Licorne jusqu’au 22 mars prochain.

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