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FTA

3 choses à savoir sur le chorégraphe chinois Tao Ye

Véritable star avant-gardiste de la danse chinoise, Tao Ye débarque à Montréal au FTA pour présenter 6 & 9, deux chefs-d’oeuvre chorégraphiques du Tao Dance Theater. Vous n’êtes pas familier avec cet artiste ? Voici trois choses à savoir sur lui.

1) Son style chorégraphique est basé sur la philosophie chinoise.

L’essence chorégraphique de Tao Ye se base sur la philosophie de Lao Tseu, fondateur du taoïsme. En s’inspirant de ses théories sur les chiffres, l’artiste chinois a bâti une série de neuf œuvres numérales portant chacune un chiffre comme titre, qui représente le nombre de danseurs sur scène.

En Chine, les numéros ont une signification importante : un symbolise le néant, deux le ying et le yang, etc. Comme chaque pièce de Tao Ye compte un nombre de danseurs relatif au titre de l’œuvre, la symbolique s’avère encore plus forte.

2) Il est un grand ami du monde de la mode.

TAO Dance Theater a collaboré avec plusieurs artistes et artisans du monde de la mode de la Chine et d’ailleurs. Le grand souci du détail apporté aux costumes minimalistes et monochromes de l’artiste a fait écho dans le monde de la haute couture. L’intérêt du chorégraphe pour le milieu a donné naissance à des rencontres intéressantes.

En plus d’apparitions dans le magazine Vogue Chine, Tao Ye a signé la mise en scène du défilé de la collection Y-3 de Yohji Yamamoto et Adidas.

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3) C’est un ambassadeur de la danse contemporaine chinoise.

Dans son pays d’origine, Tao Ye est une vraie vedette. Depuis la fondation de sa compagnie en 2008, l’artiste a remporté de nombreux prix et distinctions prestigieux.

Sa vision chorégraphique axée sur le corps, la réflexion, la répétition et le minimalisme basée sur le taoïsme résonne dans la culture chinoise tout en s’attirant les éloges des critiques de partout dans le monde, ce qui en fait une fierté nationale.

Aujourd’hui, la compagnie collabore avec des écoles et universités du pays. Elle y enseigne sa vision particulière de la danse.

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Ne manquez pas 6 & 9 en ouverture du #FTA2018 ! TAO Dance Theater se produira à la Place des Arts pour 3 soirs seulement, du 23 au 25 mai.

Danse

S’immiscer dans la réalité autochtone avec Lara Kramer

Lara Kramer est une chorégraphe canadienne d’origine ojibwée et crie. Son travail porte sur les relations tendues entre les peuples autochtones et la société coloniale. Vous avez peut-être vu Fragments (2009) ou encore Native Girl Syndrome (2013), des oeuvres percutantes qui témoignent des séquelles du génocide culturel autochtone.

Cette année, Lara Kramer présente une création originale au #FTA2018 : un diptyque nécessaire et touchant comprenant une exposition et une chorégraphie.

Phantom Stills & Vibrations : l’exposition

Phantom Stills & Vibrations est une expérience immersive qui rend hommage aux victimes de l’ancien pensionnat autochtone Pelican Falls, à Sioux Lookout, en Ontario. Une exposition difficile mais nécessaire qui fait remonter à la surface des récits cachés d’un génocide culturel qui se poursuit encore aujourd’hui.

Avec son complice Stefan Petersen (création et interprétation), Lara Kramer a bâti une oeuvre où dialoguent danse, photographie et conception sonore aux accents nordiques. Comment reconstruire alors que la violence se perpétue ? C’est la question sur laquelle l’artiste nous invite à méditer avec Phantom Stills & Vibrations, présentée dans le cadre de Montréal Arts Interculturels (MAI).

Ne manquez pas les performances qui accompagnent l’exposition ! Elles auront lieu les 10, 17, 24 mai ainsi que les 2 et 7 juin.

 Au MAI du 10 mai au 10 juin 2018

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Crédit photo: Stefan Petersen

https://go.fta.ca/phantom

 Windigo : la chorégraphie

Face à Windigo, le public se voit confronté à la longue histoire et aux conséquences douloureuses de violation de la terre et de la culture qu’on subi les peuples autochtones. Lara Kramer est retournée dans le pays de sa grand-mère, dans la réserve de Lac Seul, en Ontario, pour mieux comprendre son histoire. Windigo est le fruit de ce séjour : la chorégraphe a tiré de son expérience une chorégraphie dure et intense mettant en scène deux hommes (Peter James et Jassem Hindi).

Le duo cherche à tuer l’ennui dans une chorégraphie douloureuse qui mêle violence, solitude et détresse. Sur une scène dépouillée qui ressemble à un no mans land démantelé trônent de vieux matelas, des couteaux, de la nourriture et plusieurs objets incongrus. Fait intéressant : c’est Lara Kramer elle-même qui signe la conception sonore, la scénographie et les costumes.

À l’Espace Libre du 31 mai au 2 juin 2018

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Crédit photo: Stefan Petersen

https://go.fta.ca/windigo

Danse

Les coups de cœur culturels de Madelyne Johnston

Chaque mois, découvrez un employé de La Vitrine à travers ses coups de cœur culturels. Ce mois-ci, Madelyne Johnston, ambassadrice culturelle, se prête au jeu! 

Quel est ton rôle au sein de La Vitrine culturelle?

Le rôle d’un ambassadeur culturel est d’abord et avant tout celui de conseiller. Le site web de la Vitrine affiche absolument tout ce qui se passe culturellement à Montréal et dans un rayon de quatre-vingts kilomètres autour, que les événements soient gratuits, à rabais ou à prix régulier. L’offre étant très grande et diversifiée, notre rôle est donc de nous tenir le plus informé possible, afin de proposer les activités qui correspondent le mieux aux intérêts du public. Chaque ambassadeur a ses propres coups de cœur et centre d’intérêts. Cela nous permet d’avoir un bel éventail de suggestions d’événements!

Qu’est-ce que tu aimes le plus de la culture montréalaise?

Sa grande variété! Je trouve qu’il y a des événements et festivals de toutes sortes et c’est ce qui fait la beauté de notre offre culturelle.

Quelle est ta salle favorite?

J’aime beaucoup le théâtre La Chapelle. Leur programmation se concentre beaucoup sur la création multidisciplinaire, puis j’aime beaucoup l’intimité de cette salle.  Ensuite, il y a le théâtre Aux Écuries. J’adore son emplacement ; il est situé en plein cœur d’une petite rue résidentielle dans Villeray. Ce théâtre est l’un des plus jeunes à Montréal et encourage la création de la relève. C’est un lieu très vivant et ouvert, j’ai fait beaucoup de belles découvertes là-bas!

Quel est ton spectacle favori à vie?

C’est difficile pour moi de répondre à cette question, car j’aime beaucoup de choses! Je suis une grande amoureuse du théâtre, alors je ne pourrais pas dire que je n’ai qu’un seul spectacle favori. Il y en a trop! Certains m’ont marquée plus que d’autres, mais tous pour des raisons différentes! En danse j’aime beaucoup le travail de Virginie Brunelle, particulièrement son spectacle : Le Complexe des genres! La compagnie fait beaucoup de tournées, j’attends donc avec impatience d’avoir l’occasion de la revoir à Montréal!

En arts visuels, l’exposition de l’Islandais Ragnar Kjartansson présentée au Musée d’art contemporain de Montréal en 2016, m’a profondément touchée. Plus particulièrement son œuvre The Visitors. C’était une installation vidéographique vraiment magnifique, qui regroupait des artistes (chanteurs, musiciens) à l’intérieur de neufs tableaux. C’était une œuvre d’une sensibilité et d’une douceur comme j’en ai rarement vues! C’était très beau, tant d’un point de vue visuel que sonore!  Je suis incapable de donner une seule réponse. Il y en a trop!

Toutes disciplines confondues, que recommandes-tu ces temps-ci?

En ce moment, il y a La LNI s’attaque aux classiques présenté au théâtre Espace Libre jusqu’au 9 décembre. En bref, la Ligue Nationale d’Improvisation revisite des textes classiques et rend le tout ludique et festif! Qu’on connaisse ou non les œuvres, c’est un bon moyen d’aller à la rencontre du théâtre sans trop se mouiller! Et ne vous fiez pas au titre, on s’attaque autant à la littérature classique que contemporaine. Le choix est vaste, vous y trouverez sans aucun doute votre compte. Puis, jusqu’au 11 mars, le  DHC/ART Fondation présente quatre œuvres vidéo de l’artiste Bill Viola. C’est vraiment un artiste à voir!

Il y a également Les Enivrés au théâtre Prospero mis en scène par Florent Siaud, avec une belle distribution de comédiens : Paul Ahmarani, David Boutin, Maxim Gaudette et Dominique Quesnel pour ne nommer que ceux-là! Aussi, les mises en scène de Florent Siaud sont souvent très corporelles, dynamiques et musicales. C’est assez rafraîchissant!

Quel est ton festival favori?

Je dirais sans grande surprise le Festival TransAmériques! Ce festival nous permet de voir des spectacles internationaux que nous ne pourrions probablement pas voir en saison régulière. Sinon, j’aime beaucoup le Festival du Jamais Lu. C’est un concept original qui met l’accent sur l’écriture des auteurs. Les textes présentés sont mis en lecture et sont présentés au public pour la première fois! Il existe d’ailleurs un Festival du Jamais Lu à Québec et depuis maintenant trois ans, il y en a un à Paris.

Quel est ton crush culturel du moment?

J’ai découvert le travail du bureau de L’APA au Festival TransAmériques avec Entrez nous sommes ouverts. J’ai beaucoup aimé la forme de leur spectacle. C’est un travail presque insensé pour moi; tout le spectacle se déroule grâce à des connexions, littéralement! La scène est complètement remplie de fils, il se passe constamment quelque chose et c’est vraiment génial! Le spectacle sera de nouveau présenté en janvier au théâtre Espace Libre!

Qu’est-ce que Montréal représente pour toi?

Pour moi c’est un bouillonnement constant! Nos artistes sont motivés et débrouillards. Nous avons beaucoup de créations à Montréal et c’est une vraie chance! Il y a énormément de découvertes à faire et c’est tout à notre avantage d’être curieux. Nous devons soutenir notre culture si nous ne voulons pas la perdre. Je trouve ça très précieux.

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Variétés

Extraire la théâtralité

L’action se passe au dernier étage du Monument National. Nous sommes une poignée de gens rassemblée dans les escaliers, attendant l’ouverture des portes, nos billets bien en main. Puis, Benoit Gob, Francis La Haye et Emmanuel Schwartz font leur entrée, des cartons de vin sur l’épaule. Ils portent une tenue de protection scientifique blanche, capuchon sur la tête. C’est ainsi que chacun des spectateurs se retrouvent avec un verre de vin, qu’on leur remplira plus d’une fois, question de les préparer à ce qu’ils vont assister.

Nous entrons finalement dans la salle. Le public se retrouve dans un espace clôt dont chaque mur est recouvert d’une bâche de plastique transparent. Au milieu, trône une structure lumineuse. Une voix sans émotion s’élève. Elle nous explique la raison de notre présence, ce jour-là, au Monument National ; Emmanuel a bâti une machine à extraire la pensée pure et il souhaite la tester avec ses amis. La machine marche, seulement, personne ne le sait encore, car elle ne fonctionne pas comme prévu.

« Le spectacle commence. Le spectacle commence. Le spectacle commence. N’allez pas vous asseoir. N’allez pas vous asseoir. N’allez pas vous asseoir. »

Le rideau en plastique se lève et nous pouvons aller nous asseoir, même si la voix nous dit le contraire. Un peu à la Siri, celle-ci parlera pendant les deux premiers actes, pour laisser la place à la voix des acteurs dans le troisième. Ceux-ci ne s’adresseront jamais directement au public pendant la totalité de la pièce. C’est à travers la voix off que le public découvrira ce que ces hommes ont tenté d’enfouir loin en eux. Celle-ci parle des acteurs en utilisant leur vrai nom : Emmanuel, Benoit, Francis. Un peu à la manière narrative de Mani Soleymanlou, qu’Emmanuel considère comme son frère artistique. Peut-être que ce dernier avait justement envie de parler de lui un peu, pour changer, sans se cacher derrière les traits d’un personnage, comme un Tartuffe par exemple Peut-être avait-il envie de jouer Emmanuel Schwartz, à nu, dans tous les sens du terme.

Les moments forts de la performance, terme que j’emploie ici, faute de définition, sont certainement la vérité qui s’en dégageait et les procédés qui sortaient du traditionnel. En effet, il ne s’agit pas d’une représentation théâtrale classique, avec une situation initiale et un dénouement, mais plus quelque chose venant du ressenti et de la gestuelle. La parole est autant mise de l’avant que le visuel. La voix off n’enlève rien au spectacle, qui se prévaut d’une mise en scène efficace.

Le spectacle a tellement de théâtralité pour dire qu’ils n’en ont pas. La volonté de vouloir tant mettre en scène en disant qu’il n’y a pas de mise en scène est quelque chose de plutôt nouveau, mais qui émerge de plus en plus. Comment supprimer la théâtralité dans un spectacle où celle-ci est particulièrement à l’honneur ? C’est assez contradictoire, un peu comme la pensée pure, je suppose. Cela donne un résultat final un peu épars, passant de l’art visuel au théâtre, par la musique, la danse et la projection vidéo. Le tout évoquant un petit quelque chose du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, en voulant justement aller vers un théâtre total. On remarque également une certaine souffrance d’exister chez les acteurs qui éveille les nerfs et le coeur du public.

L’un des buts de ce genre de théâtre est d’éveiller les masses. Je ne dirais pas qu’Exhibition va jusque-là et je ne crois pas que les créateurs en avaient la prétention, mais en tant que spectateur, nous sentons la recherche qui a été effectuée et les heures d’exploration qui vont de pair avec un spectacle de cette envergure. Parfois, un théâtre qu’on dit expérimental perd de vue son but et dérive vers quelque de  »m’as-tu vu » par l’utilisation de procédé particulier sans justification aucune. La fin d’Exhibition tangue vers ce procédé paresseux, même si le texte tente de le justifier en démontrant que c’est justement cela le but. Le spectateur finit par décrocher et la simplicité imaginative et efficace du début se perd un peu.

Pourtant, dans l’ensemble, j’ai trouvé cela réussi. Un petit 1h, 1h15 de performance d’acteurs. Ce qui est étonnant, car ils ne parlent qu’à travers une voix off. Malgré tout, les voir évoluer sur scène, dans toute leur vulnérabilité, ensemble, mais seul, reste le moment le plus signifiant. En espérant voir ce spectacle réapparaître quelque part dans une prochaine saison théâtrale.

Théatre

Les bastards, c’est nous.

Je ne suis pas une professionnelle de l’analyse d’un spectacle de danse. Je pense qu’il faut avoir une certaine base pour prétendre pouvoir analyser de fond en comble une prestation de cette discipline. Mais, je suis capable de ressentir, de percevoir une émotion qui se dégage d’une performance. Je suis capable de reconnaître la beauté quand je la vois, je suis capable d’être touchée par un corps en mouvement. Et ce fut le cas pendant la prestation incroyable des danseurs de Some Hope for the Bastards.

Le spectacle avait lieu au Monument National et était présenté en première internationale le 1er juin dernier dans le cadre du Festival Trans-Amériques. Le spectacle faisait salle comble; gens du milieu et festivaliers s’amassaient dans le hall. J’étais fébrile. Je n’avais pas assisté à un spectacle de danse depuis un moment et j’avais peur d’être rouillée et de ne rien comprendre! Une peur bien irrationnelle, il faut le dire. Beaucoup pense que la danse contemporaine a un côté élitiste, mais je pense qu’il faut simplement avoir une certaine sensibilité pour capter son pouvoir.

Et quel pouvoir avait le spectacle chorégraphié par Fred Gravel ce soir-là! D’une durée d’une heure trente, le spectateur assistait aux prouesses physiques des danseurs, haletant presque en même temps qu’eux. Alternant silence et musique tantôt rock, tantôt électro, tantôt acoustique, parfois avec paroles, mais surtout sans, le résultat final était totalement captivant. J’étais totalement absorbée par ce que les corps essayaient de communiquer. Pourtant, mon attention s’est vu faillir à quelques moments où la séquence dansée s’étirait un peu trop dans le temps. Comme quoi, tout ne peut pas être parfait.

Fred Gravel parle habituellement beaucoup dans ses spectacles, il le dira lui-même. Ce soir-là, il a peu parlé, laissant sa création le faire à sa place. Le public a toutefois eu droit au Manifeste de Fred Gravel, nous expliquant le contexte de création du spectacle et surtout, l’origine du titre. Il a également parlé de l’attente ; autant celle que les spectateurs ont envers lui que celle qu’il a envers eux. Il disait espérer faire face à un public intelligent, curieux, sensible. À voir l’ovation finale, il semble que c’était bel et bien le cas.

La prestation était divisée en plusieurs tableaux, chacun portant son propre rythme, son propre souffle. Voulant travailler la pulsion, Frédérick Gravel passe également par la répétition et l’évolution progressive de celle-ci à travers le corps des danseurs. Le public pouvait ainsi plonger dans l’œuvre et dans l’univers du danseur même. Cela allait plus loin que regarder un tableau dans un musée, nous faisions partie intégrante de cette fresque humaine.

Le mouvement était partout. Je suis certaine que je n’ai pas vécu le même spectacle que la personne assise à mes côtés. Je pouvais décider de suivre la progression d’un couple, au détriment d’un autre, ou même d’un seul danseur, puis décider de changer en plein milieu. L’histoire que j’ai captée n’est qu’une version de la représentation, c’est le regard que j’ai décidé de lui donner. Certains duos étaient plus sensuels, d’autres plus viscéraux, parfois chaotiques. Le corps était à l’honneur, le poussant au maximum de ses capacités sans tomber dans le trop spectaculaire. Entre les grands numéros de groupe, des moments plus silencieux, désirés par le spectateur, comme une oasis de répit dans le chaos.

Mention spéciale à la conception musicale de Philippe Brault qui était exceptionnelle et en parfaite harmonie avec le visuel chorégraphique. Clin d’œil à l’éclairage digne d’un show rock. Fred Gravel disait vouloir organiser la désorganisation afin qu’il se passe quelque chose, autant dans le corps du danseur que chez le spectateur. Et c’est réussi, Fred, bravo, pari tenu!

Danse

Énergiquement Frédérick Gravel

C’est à 9h00 un mardi matin que j’entre en contact avec Frédérick Gravel. Malgré son agenda digne d’un premier ministre, il a gentiment accepté de prendre quelques minutes pour parler du spectacle qu’il présente le 1er et 2 juin prochain au festival TransAmériques (FTA) : Some Hope for the Bastards.

  1. Ce n’est pas ta première expérience au FTA. Est-ce qu’on aborde la chose de la même manière?

Je dois me rappeler comment j’ai abordé l’expérience la première fois! Je pense que la principale différence est que Gravel works n’était pas une création, alors que c’est ce que j’ai principalement fait par la suite. Nous avions déjà fait le spectacle auparavant, dans une autre version soit, mais il avait déjà été rodé. C’est devenu ma petite condition maintenant, de pouvoir roder mon spectacle au moins une fois devant public avant de le présenter officiellement à Montréal dans un festival d’envergure. Je préfère qu’on se donne une chance de voir où on s’en va. La pression n’est pas la même, pas nécessairement celle des autres, mais celle que je me donne à moi-même.

  1. Comment décrirais-tu Some Hope for the Bastards?

C’est une production avec beaucoup de monde. J’essaie de travailler en collaboration avec les danseurs et plus ils sont nombreux, plus ça fait des conversations intéressantes. C’est un spectacle très musical, autant par la musique elle-même que dans l’écriture chorégraphique. Le tout a une assez grosse charge énergétique et n’a pas la prétention d’en mettre plein la vue. Je préfère aller dans l’énergie, la tension qui ronge de l’intérieur, plutôt que le spectaculaire.

  1. Tu dis que tu travailles beaucoup avec tes danseurs, comment abordes-tu cette collectivité dans la création?

Il n’y a rien qui existe sans les danseurs. Avec eux, la création est faite sur le coup, en répétition. Mais ils sont nombreux, alors cela me met plus de pression de directions sur les épaules que d’habitude. Il faut que mes directives soient claires afin que le public puisse bien recevoir et interpréter ce qui lui est présenté.

  1. Qu’en est-il de la création musicale?

Il y a quand même une bonne différence entre les deux. Philippe (Brault) peut travailler seul chez lui, avancer de son côté et ensuite arriver avec des propositions. Il fait des pistes de recherche, qu’il travaille ensuite avec José Major, le batteur. Nous sommes justement rendus à rassembler le tout, avec la technique et l’éclairage. Cela nous donnera l’occasion de jouer ensemble, ce que nous n’avons jamais fait. Le travail musical deviendra donc plus collectif, mais la direction principale reste celle de Philippe (Brault).

  1. La distribution est incroyable! Comment s’est faite la sélection?

Il y a des gens qui font partis de la bande depuis longtemps, je les considère comme ma famille artistique. Il y a aussi des nouveaux. C’est important pour moi qu’il y ait un échange artistique intéressant, autant de mon côté que du leur, pour que tout le monde retire quelque chose du travail. La majorité des danseurs sont également chorégraphes, ce qui donne des conversations complexes. Je choisis des gens avec qui cette conversation ne sera jamais terminée, avec qui le produit fini n’existe pas et où il y a un échange possible. Ils sont plus qu’exécutants, même s’il y a quand même des qualités inhérentes au travail. Ça prend des gens athlétiques, généreux, avec une belle polyvalence.

  1. Tes spectacles évoquent une théâtralité différente de ce qu’on voit habituellement en danse. Comment expliques-tu cela?

J’ai une compréhension particulièrement complexe de la théâtralité. Par chance, il y a Francis Ducharme, qui est avec moi depuis longtemps, qui m’aide à comprendre. Il est comédien d’abord et il a des réflexes bien entrainés d’acteur. J’essaie d’aller dans la simplicité de la théâtralité ; ne pas en ajouter, mais plutôt reconnaître sa présence pour mieux la maîtriser. Je ne cherche pas à expliquer théâtralement, mais bien comprendre le potentiel du jeu. En fait, je veux faire de l’anti-jeu ; être théâtral, mais sans jouer.

  1. En quoi Some Hope for the Bastards se démarque-t-il de ce que tu as fait dans le passé?

Ça évolue constamment et chaque pièce se trouve à être la réponse de l’autre. J’essaie de faire une suite de segments qui réussiront à se nourrir les uns les autres, de jouer avec une nouvelle manière d’écrire. J’avais envie que la musique soit ultra reliée au travail. Il s’agit de mon spectacle le plus assumé dans une rythmique musical. C’est vraiment une étude sur la pulsation. Puis, c’est le retour de la batterie sur la scène. Il n’y en avait pas eu depuis Gravel works et j’avoue que ça me manquait!

  1. Est-ce qu’il y aura d’autres instruments sur scène?

C’est encore en création, mais oui, de la guitare, c’est certain. Ça sera à saveur très électro, avec un peu de chanson. J’ai beaucoup écouté la musique de Suuns, un groupe montréalais, et de Moderat. Ça m’a aidé à démarrer. Je voulais une musique avec une pulsation et une mélodie un peu abstraite ; de la veine de l’énergie, de la texture, des nuances. Je travaille en couche, en superposition musicale, avec l’omniprésence de la trame énergétique au lieu de la trame narrative d’une chanson. Par contre, je ne veux pas seulement rester sur un « frame », partir le beatbox et faire un spectacle d’une heure et demi. Le but est de trouver les contrastes rythmiques dont on a besoin pour faire du sens.

  1. Comment vois-tu la réception du public?

C’est présenté dans une grande salle. Le Monument National doit avoir une jauge de 700 ou 800 personnes, avec le balcon. J’essaie, je ne sais pas si je vais y arriver, de lancer une invitation ; que le public voit ce qu’être un danseur représente. Le but étant de laisser le spectacle se plonger dans l’œuvre au lieu de vouloir tout contrôler en présentant un produit fini, réglé au quart de tour et qui « garoche ». Je voulais organiser la désorganisation, pour qu’il se passe quelque chose. J’essaie d’inviter le spectateur à entrer dans l’univers du danseur pour que ça se rapproche plus d’une expérience que d’un spectacle-cinéma.

  1. Qui est donc le Bastard du titre?

Ah! C’est tout le monde. C’est moi. Nous. En fait, je préfère nous à moi. C’est ma vision du nous. Je vais essayer d’expliquer ça clairement et rapidement : Je cherchais un titre sur cette pièce-là que je suis en train de sortir. Ce que je fais n’est pas sombre, mais la manière dont je vois les choses l’est. Et dans l’état présent du monde, ce n’était pas cette pièce-là qui allait vraiment changer les choses. J’avais de la difficulté à situer mon art. Je suis assez engagée dans la réflexion sociale. J’ai trouvé que ce qui m’intéressait dans l’art n’était pas nécessairement d’aller adresser des préoccupations sociales ou des messages très clairs. Je commençais à me demander à quoi servait ce que je faisais. J’ai réalisé que ça servait seulement à donner un tout petit peu d’espoir à des gens qui peuvent encore changer des choses. Ces trous de cul, nous, qui peuvent encore faire quelque chose. C’était un constat très pessimiste. J’ai baptisé ces personnes-là : des bastards. Ces gens qui auraient le pouvoir de créer des changements, mais qui ne savent pas du tout comment. En fait, ils ont perdu le moyen par plein de système d’obéissance en place, de système où l’on se sent impuissant, de système démocratique qui n’en est pas vraiment un. Les leviers dont nous avons besoin pour faire bouger les choses sont absents ou difficiles à comprendre, à connaître. On sent que c’est de notre faute, que l’on devrait être les personnes qui savent quoi faire (parce qu’on est éduqué, qu’on a du temps), mais on ne le sait pas du tout. On devrait être la personne avec les solutions, mais on fait face à un sentiment d’impuissance. Les bastards, c’est tout ça. Le titre existe pour ça, mais ça peut aussi vouloir dire beaucoup d’autres choses. Ça ouvre des questions et c’est aussi à ça que ça sert, un titre.

  1. Et qu’est-ce que l’avenir réserve à Frédérick Gravel? Quels sont tes projets futurs?

C’est plus concret déjà! (rire) Il y a pas mal d’affaires! Je suis occupé! Je fais un spectacle avec Pierre Lapointe dans le cadre des Francofolies, juste après le FTA. C’est du 14 au 17 juin à la Maison Symphonique de Montréal. C’est un spectacle d’envergure avec Étienne Lepage, Sophie Cadieux, Alexandre Péloquin, l’organisme Jean-Willy Kunz et la designer industrielle Matali Crasset. (billets encore disponibles ici ) Ça va m’occuper!

Il y a également mon duo This duet that we’ve already done (so many times) avec Brianna Lombardo qui tourne encore. Nous le présentons en Allemagne juste avant le FTA, puis nous le reprenons cet automne. Tout se pète la gueule, chérie, le spectacle que j’ai créé au FTA en 2010, est aussi joué hors Québec pendant l’automne. Les spectacles d’Étienne (Lepage) tournent encore aussi! Nous allons jouer au Fringe d’Édimbourg, qui est un peu comme le festival Avignon du théâtre anglophone. Il y a une catégorie pour les spectacles canadiens et nous présentons Ainsi parlait pendant tout le mois d’août. La logique du pire est présenté à Paris en octobre. Beaucoup de reprises de spectacles à l’international.

J’ai aussi envie de faire une mise en scène « best off » avec un groupe de musique existant. Créer à partir du matériel musical d’un ou d’une auteur(e) compositeur(trice) interprète et en faire un spectacle, au lieu de leur demander de faire de la musique sur une de mes créations. Ça serait un événement concert. Ça me tente de me plonger là-dedans dans les prochaines années!

C’est clair que je veux faire un autre projet avec Étienne (Lepage). Nous sommes déjà en train d’essayer de partir quelque chose. Nous ne savons pas trop encore ce qu’il va se passer!

Si tu veux savoir ce que j’ai envie de créer après tout ça, c’est simple, j’ai envie de créer un solo. Je ne sais pas encore si ce sera un monologue ou un solo dansé exclusivement, ou si ce sera les deux, ou même si ce sera deux spectacles séparés. Tout est ouvert. J’ai envie d’écrire un peu, mais chaque fois que je dis que je vais écrire, je ne le fais pas.  C’est beaucoup de travail. Puis après, j’arrive en studio, je me mets à bouger, c’est naturel. Plus intégré si on veut. Je pars et j’y vais et je sais comment faire. Quand je me mets à écrire, je m’enfarge partout! Mais je vais le faire quand même! Il faut! Mais je veux aussi faire un solo dansé. En ce moment, ça va, j’ai 38 ans, je suis encore capable de danser dans mes spectacles. Sauf Some Hope for the Bastards, je trouve que je dirige assez de personnes comme ça! Je sens que je suis quelque part physiquement, sans dire que je vieillis et que je veux marquer le coup. Depuis le temps que je danse dans mes créations, je commence enfin à savoir danser. Ça a pris du temps, alors on va en profiter! Je devrais y arriver!

C’est ainsi que s’est terminé notre entretien. Frédérick devait justement se rendre à une répétition de son spectacle! Il reste encore quelques billets pour les 2 représentations de Some Hope for the Bastards présenté le 1er et 2 juin prochain au FTA.

Danse

Portraits d’une ville complexe, plurielle et contradictoire

Dans le cadre du 375e anniversaire de la ville de Montréal, le Jamais Lu et le Festival TransAmériques se sont associés pour présenter un projet tentaculaire où la pluralité des voix et la complexité de la métropole sont mises de l’avant.

Le projet se décline en deux temps. D’abord, le festival Jamais Lu (qui assure la promotion de textes dramaturgiques de la relève) permettra à  sept auteurs et trois photographes de présenter leurs carnets « touristiquement incorrects » élaborés lors d’explorations diverses dans Montréal. Photographes et auteurs ont été jumelés et assignés à un quartier de la ville qu’ils connaissaient peu.  Leur mandat était assez large : s’imprégner du lieu investi pour ensuite écrire ou ramener des images de leur expérience.

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L’auteur Pierre Lefebvre a ainsi exploré le quartier Parc-Extension, un endroit qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter de façon régulière. « Il y a quelque chose d’intéressant de parler d’un quartier de la ville qu’on ne connaît pas », souligne-t-il. Lefebvre dit avoir été marqué par le multiculturalisme du quartier et plus particulièrement, par une église de la rue St-Roch qui a en quelque sorte été sa porte d’entrée dans le quartier. L’auteur a également été surpris de découvrir que les délimitations du quartier (viaducs, voie ferrée, parc) contribuaient à faire de ce quadrilatère un lieu enclavé et difficile d’accès. « Ce qui m’a frappé, c’est à quel point les frontières du quartier sont assez étanches », explique Lefebvre. Cette question des frontières tombe à point avec l’édition 2017 du Jamais Lu, qui s’intéresse cette année à interroger la norme et les cloisons, en plus de souligner la diversité.

Jérémie Battaglia, photographe pour les quartiers Beaconsfield, St-Michel et Westmount, croit pour sa part que les divers quartiers font cohabiter au sein de la même ville des « univers radicalement différents » dans lesquels les montréalais ont parfois tendance à se cantonner. « Je dis souvent qu’il y a un Montréal par personne : chacun vit Montréal d’une façon différente», souligne Battaglia. Celui-ci, dont le travail se caractérise par une approche documentaire, s’est intéressé à «trouver trois histoires atypiques en lien avec l’histoire de chaque quartier, des histoires d’espoir de solidarité ». Battaglia a notamment rencontré une famille juive de Westmount qui parraine des réfugiés syriens. C’est en approfondissant ces récits qu’il a pu ancrer son travail photographique dans les quartiers qu’il a investis. « Ce que j’aime, c’est intégrer des univers que je ne connais pas et pour ça il faut entrer dans les maisons et abandonner la description exhaustive du quartier», explique-t-il.

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Jusqu’où te mènera Montréal?

Après la présentation des carnets au Jamais Lu, le projet se transformera sous la direction de Martin Faucher pour le projet Jusqu’où te mènera Montréal? au FTA. Faucher travaillera à partir des différents textes issus des explorations des auteurs. Ce sont ces écrits qui lui permettront de mettre en scène une « grande forme théâtrale poético-cabaret » présentée en début juin. Le projet fera état de la complexité et des contradictions de Montréal, de ses mutations et des similarités ou univers distincts qui constituent chacun des quartiers.

C’est donc un projet en plusieurs étapes, mettant de l’avant plusieurs voix et regards sur la ville que nous proposent le Jamais Lu et le FTA. La forme du projet, en mutation d’un festival à l’autre, promet d’être à l’image de la métropole.

Jamais Lu / Carnets touristiques
Vernissage de l’expo photo le 6 mai à 16 h
Présentation des carnets touristiques du 6 au 12 mai 2017 à 18 h
Théâtre Aux Écuries

Festival TransAmériques / Jusqu’où te mènera Montréal?
7 et 8 juin 2017 à 20 h
5e salle, Place des Arts

Théatre

Ganesh Versus the Third Reich

Le FTA poursuit sa lancée, conquérant maints coeurs. Alors qu’il reste un peu plus d’une semaine avant la fin de cette incroyable septième édition, les acteurs de Back to back Theatre, tout droit venu de Melbourne, prennent d’assaut les planches de l’Usine C, avec une création insolite : Ganesh Versus the Third Reich de Bruce Galdwin.

L’histoire est celle d’une (ré) appropriation. Le symbole sacré de la culture hindoue, le svastika, a été volé par Hitler pour devenir la croix gammée nazie. Le dieu Ganesh entreprend alors un périple à travers l’Allemagne ravagée pour récupérer le bien de son peuple. Cette première trame narrative est entrecoupée d’une deuxième, levant le rideau sur un « réel », celui de la création de la pièce. Entre remise en question de leur démarche artistique et « improvisations », les acteurs dévoilent une réflexion sur leur droit de réécrire une histoire appartenant à une ligne figée du temps. Ce n’est pas seulement Ganesh qui se réapproprie le symbole sanskrit, mais la pièce qui s’approprie la tragédie, l’holocauste.

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Cette oeuvre, créée par onze artistes, est ludique, certes, mais pose la délicate question sur ce qu’on peut raconter et par qui. L’intelligence de la pièce réside dans ce doute, cet entre-deux qui plonge le spectateur dans une certaine perplexité. Ce genre d’exercice quant à moi, apparait nécessaire.

Parlant aussi de jeux de pouvoir à travers l’image du tyran, Hitler, mais également par l’entremise des rapports de force entre acteurs (Mark Deans, Simon Laherty, Scott Price et Brian Tilley) et metteur en scène (Luke Ryan), on a l’occasion de découvrir une troupe pas comme les autres. La particularité de Back to back est que ses acteurs sont atteints d’une déficience intellectuelle, à l’exception de Luke Ryan. Ce qui en l’occurrence, n’entrave absolument pas leur créativité, Ganesh est en la preuve. Dans ces parenthèses réalistes, on assiste à leur prise de parole face à au personnage de Luke Ryan, narcissique et manipulateur. D’ailleurs, leur jeu plonge parfois le public dans une hésitation quant à ce qui est fictionnel, réel ou « théâtralisé ».

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Cette pièce vaut le détour car elle nous éloigne de notre zone de confort, lance des questions pertinentes sans chercher à en avoir la réponse – ceci n’est pas forcément le but premier – et amène le spectateur à poser un regard nouveau sur le théâtre et sur ce que celui-ci permet d’explorer.

Back to back existe depuis presqu’une trentaine d’années dont le but est de créer un théâtre avec des gens portant une étiquette, mais doté d’une sensibilité artistique. Ganesh Versus the Third Reich est en représentation jusqu’au 2 juin. Ne manquez pas cette pièce hors des normes.

Ganesh vs The Third #710D6E

Théatre

Petit objet hybride : Le festival TransAmériques

 

Il y a trois jours, Montréal rayonnait. Métaphoriquement parlant, car le beau temps nous fait encore languir. Non, Montréal était belle car c’était le coup d’envoi d’un des festivals que j’apprécie le plus. Pour les locaux, vous savez que mai n’est que le commencement. Et cela débute de belle manière. Le Festival TransAmériques en est maintenant à son troisième jour et le plus beau reste à venir.

Le FTA est un festival axé sur la danse et le théâtre. Regroupant tous les aspects de la performance, c’est une vitrine pour une multitude de talents locaux et internationaux. C’est une histoire d’amour avec l’art qui dure depuis maintenant sept ans. C’est également un évènement joueur et interactif où les festivaliers participent à l’énergie du festival. Entre causeries avec les artistes et les partys au QG, il n’y a pas grand temps pour s’ennuyer. Dans l’espace public, nous aurons droit à Dachshund Un sur la Place des Festivals, une performance conçue par Bennet Miller : une invasion de teckels dans le rôle de chefs d’état. Humour de chien et un regard ironique sur le monde. Ouvrez l’œil, car il y aura également une procession singulière de treize interprètes sonnant le tocsin, Bells 13, orchestré par Robin Poitras.

Dachshund un

Pour rester dans le rôle, j’ai parcouru le programme de la discipline danse et permettez-moi de vous faire part de mes coups de cœur anticipés. Il paraît qu’il faut prendre des risques dans la vie.

Yellow Towel

Dana Michel est une ancienne athlète devenue chorégraphe. Ce changement de carrière lui a réussi quand on regarde le parcours de la dame.  Son travail a trouvé une tribune dans plusieurs villes d’Europe et d’Amérique. Elle enchaîne les collaborations et les prix, s’appropriant la scène professionnelle sans hésitation. Elle présente au FTA Yellow Towel, dont la visée est de retourner les stéréotypes de la culture noire offrant au public une créature tapie dans la mémoire. Oserions-nous associer cela à une quête identitaire ? Il faudra aller au Monument-National dès ce soir et ce, jusqu’au 26 mai, pour avoir la réponse.

Birds with skymirrors

Le danseur Lemi Ponifasio revient au FTA après le très acclamé Tempest: Without a body. À l’époque, étant bénévole au Festival, j’ai pu assister à la représentation. J’étais littéralement clouée à mon siège, bombardée de sons et d’images et je suis ressortie avec l’impression d’avoir voyagé dans les entrailles d’un monde inconnu. Alors, quelle fut ma joie de voir son nom à la programmation. Cette fois-ci, c’est avec Bird with skymirrors qu’il choisit de nous séduire. Inspiré d’une scène vécue, ce spectacle propose un dialogue de réconciliation avec une nature négligée. Une ode à la terre dans le langage du corps, porteur d’histoires ancestrales. C’est au théâtre Maisonneuve que vous pourrez assister à ce spectacle initiatique, le 29 et 30 mai.

Birds with skymirrors

Khaos

Fondatrice de la compagnie O VERTIGO, Ginette Laurin est une figure emblématique de la danse contemporaine au Québec, mais également de la scène internationale. Elle a présenté Onde de choc en 2010 au FTA et elle est de retour avec Khaos, une œuvre survoltée, où les personnages d’une microsociété sont sujets à une frénésie commune. Traduisant un malaise collectif mondial, ce spectacle est un miroir du climat social électrique de notre époque.  Le monde sombre dans une folie conflictuelle et c’est ce que Ginette Laurin nous propose comme réflexion à l’Usine C, le 4 et 5 juin.

Khaos

Je pourrais éventuellement vous inciter à aller voir tous les autres shows. Qui a inventé ce processus où il faut choisir ? J’ai toujours dit que le bonheur résidait dans l’excès. Je vous garde des surprises pour les semaines à venir, car le FTA  et moi, ce n’est pas fini.

Théatre

Le flou et le précis

Flou : Qualifie une chose un peu indistincte, dont le caractère n’est pas facilement déterminable ou discernable.

Synonymes : brumeux, hésitant, imprécis, incertain, indécis, indéterminable, indéterminé, indistinct, nébuleux, obscur, trouble, vague, vaporeux, voilé.

Précis : Qui est entièrement déterminé, qui ne laisse place à aucune incertitude.

Synonymes : assuré, catégorique, clair, concis, défini, explicite, exprès, fixe, formel, géométrique, juste, net, régulier, résumé, rigoureux, scrupuleux, soigneux, strict, tapant, transparent.

Créer demande une force : celle d’accepter de s’abandonner. D’osciller entre le flou et le précis. Consentir à se laisser tomber dans le flou, accumuler des certitudes, puis avoir le courage de les détruire. Le but ici n’est pas de proposer une forme finale qui obtiendra le consensus. Mais de proposer une trajectoire possible, une manière de se déplacer dans le monde, dans les pensées, dans les gestes. Aligner des objets de façon à ce que leur addition crée une composition qui proposera un autre objet, étrange, différent, plus grand.

L’indéfinissable crée l’insécurité et en cela peut-être est-ce le territoire requis, l’endroit où on doit se rendre en explorateur. Pourquoi ? Je ne peux répondre à la question. Pour faire avancer les choses ? Peut-être pas. D’ailleurs est-ce que les choses avancent vraiment ?

Mais teinter la réalité, inviter les autres à la regarder différemment. Proposer un autre point de vue.

Dans Trieste, je veux parler de cela. De l’importance de porter un regard attentif sur les choses, les gens, les événements. De l’importance de prendre le temps de se détacher de la  tendance à circuler à haute vitesse.  Aussi de celle qui nous pousse à tourner le regard vers ce qui brille, ce qui éclabousse, ce qui impressionne à première vue.

Je suis charmée par l’idée de réhabiliter le discret, le subtil, le mystérieux. Trieste est faite de cela. Une ville discrète, sans prétentions, qui abrite des secrets fascinants, qu’on peut prendre plaisir à explorer sans fin.

Théatre