(Fr) Le collectif Nebulae : En faveur d’un art accessible

Ils partagent un commun amour. C’est comme ça que toute belle histoire commence. Pour ces quatre amis (Simon, Max, Joris et Tom), l’aventure dans la gestion d’événement culturel est née de la somme de leurs personnalités, de leur passion pour l’art et la musique, et sans doute un peu d’une bonne dose d’audace. Le genre qui m’attire l’œil. Le genre qui joue avec les règles. Le genre qui réunit d’autres grands esprits.

La curiosité m’a poussée à contacter le collectif Nebulae, à questionner leur démarche et à entrer dans leur monde le temps d’une soirée. Monde qui s’est bâti d’abord autour de la musique électronique. Pourtant, quelques évènements plus tard, le rêve qu’ils avaient partagé lors de leur escapade à la Nouvelle-Orléans, nourri d’une rencontre avec des artistes américains et un séjour dans une maison dans les arbres,  se dessine à présent dans une vision artistique définie.

« Notre collectif tente de renouveler l’expérience muséale, de redonner envie aux jeunes de notre génération de s’imprégner du patrimoine artistique et de les encourager à découvrir certains grands artistes du passé sous un œil nouveau, dans une atmosphère moins solennelle et révérencieuse que celle des musées traditionnels. »

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C’est une grande et noble idée. Pas une idée nouvelle, mais une qui s’ajuste bien à notre époque turbulente, en perpétuelle recherche de nouveauté. Leur originalité est dans la création même de l’exposition : un artiste est choisi – pour son influence, son statut historique ou sa vision) – et un contenu est adapté au personnage : présentations créatives, installations visuelles et, bien sûr, l’accompagnement musical. On assiste à de multiples découvertes, un enchainement d’inspirations. Tout cela dans un environnement festif et immersif jusqu’aux petites heures du matin pour une foule de noctambules et de paresseux, comme ils le disent si bien. Ils s’approprient et créent un espace culturel unique, éphémère et mobile, participant du même fait à une tendance du milieu.

« Les œuvres ont tendance à quitter les galeries et les musées pour se retrouver dans des endroits inattendus, dans les rues, les soirées et même à domicile (artBangBang et son prêt d’art). Les musées eux mêmes tentent de se renouveler en créant des nocturnes, en intégrant davantage de numérique pour hausser l’interactivité des expositions. »

Leur dernière soirée se tenait vendredi à l’espace culturel La Cenne, où on a pu découvrir Hunter S. Thompson, journaliste et écrivain américain : petite rétrospective en sept phases d’une vie (et époque) marquante. Celui qui a popularisé le jounalisme-gonzo a été dépeint à travers le thème de l’adrénaline, comme Egon Schiele a été vu sous celui du fantasme lors de leur exposition précédente.

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« Hunter est idéal pour diffuser notre concept. Il n’est pas d’une époque trop éloignée, a laissé une trace importante dans la contre-culture au point qu’il en est devenu une icône dans certains milieux. Ce n’est pas un inconnu total. Il a mené une vie de star, drôle, hystérique, dangereuse. »

C’est une expérience à vivre pour réellement saisir l’essence de leur projet. J’étais incapable de l’imaginer avant de me retrouver me promenant dans cet espace habilement construit.

Ils sont bouillants d’idées – que ce soit dans le choix de leurs artistes prochains ou dans le nombre et la circulation de leurs expositions – et surtout, ils sont attachés à cette ville. Amour qu’ils traduisent dans ces mots…

«  […] les québécois sont un peuple affamé de nouveaux concepts, avec un gros appétit culturel. Les artistes qui composent le patrimoine artistique mondial n’appartiennent plus à un pays, ils méritent d’être rendus accessibles à tous et de toutes les manières possibles. Montréal est la ville idéale pour tester notre proposition car elle est à la fois très ancrée dans le passé, mais tournée vers l’avenir ; une identité forte tout en restant complètement ouverte sur le reste du monde. »

Pour plus d’informations sur le collectifs et leurs prochains évènements vous pouvez consulter leur site ici.

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Kashink en vedette au festival MURAL: L’artiste qui défie les codes

La deuxième édition du festival international d’art public MURAL, qui commence ce jeudi et se poursuit jusqu’à dimanche sur le boulevard Saint-Laurent, vous offre la chance d’assister à la création en direct d’œuvres d’envergure sur les murs de la Main. Tête d’affiche du festival et rare présence féminine dans le monde du graffiti, l’artiste Kashink, fraîchement débarquée à Montréal, s’est entretenue avec nous de sa relation avec l’art de rue, des inspirations de son univers artistique et de son amour pour Montréal!

Artiste féminine et féministe engagée pour l’égalité des droits, Kashink a réussi à imposer son style surprenant dans le monde très viril du graffiti. Elle déplace ses talents dans les plus grands festivals du monde. Cette française aux origines slaves et hispaniques a un style explosif qui donne vie à de gros personnages poilus et colorés. Les lignes épaisses et les couleurs vives sont provocantes et amusantes, un peu comme la moustache dessinée au-dessus de sa bouche, qu’elle porte régulièrement.

En pleine préparation d’une exposition à la galerie Station 16 qui commence jeudi,  en parallèle à la création de sa grande murale extérieure, Kashink a accepté de nous partager sa vision :

Pierre-Alain Benoît: Peux-tu nous parler de l’origine de ta relation avec l’art de rue?

Kashink: J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont emmenée voir des expositions jeune. Du coup, j’ai pu découvrir des artistes qui m’ont marquée, comme Botero, Frida Kahlo, Francis Bacon. Puis, en grandissant en banlieue de Paris, il y avait pas mal de graffitis. Tout ce qui était art de rue m’est venu en rencontrant des gens qui pratiquaient ça et qui m’ont encouragée, car j’avais un peu peur de me lancer avec les bombes de peinture.

PAB : Ton univers artistique est très particulier et très coloré. De plus, il dégage un engagement social très fort. Parle-nous des inspirations qui t’ont amenée à créer un tel univers?

: Il y a des inspirations esthétiques qui sont liées à l’artisanat d’art. En voyageant, je découvre plusieurs cultures différentes qui se rejoignent dans l’artisanat d’art, reprenant souvent les couleurs vives et les gros traits avec un traitement parfois naïf et facile à comprendre. Ces points communs me plaisent beaucoup.

J’ai choisi de ne pas représenter de personnages féminins. Donc mon univers s’est construit autour de cette idée-là.

Peindre des représentations masculines me permet de casser un peu les codes qu’on a l’habitude de voir. Représenter autre chose qu’une femme et surtout, représenter des hommes dans des contextes décalés par rapport à ce qu’on s’attend, c’est ce qui m’intéresse vraiment. Je mets tous mes personnages dans des situations où ils expriment leurs émotions, dans des positions qui ne sont pas celles qu’on s’attendrait à voir d’un homme plutôt viril.

PAB : Peux-tu mettre en lien l’évolution de ton parcours artistique avec ce que tu viens créer à Montréal?

: Avoir une visibilité intérieure et extérieure m’intéressait beaucoup. C’est quelque chose qu’on a rarement l’occasion d’avoir. La thématique que j’apporte ici est celle de l’ornementation masculine. Je pose la question: Qu’est-ce c’est que d’être coquet pour un homme? Porter des bijoux, porter des chapeaux, des choses qui embellissent l’homme. On a tendance à penser que les accessoires d’embellissement sont réservés aux femmes. Pourtant, il y a une vraie esthétique masculine. C’est ce que je souhaite montrer tout en mélangeant les codes pour que l’image qui s’en dégage reste floue.

Par exemple, pour l’exposition ici à Montréal, je prépare des portraits d’hommes avec des coiffures de fleurs, des chapeaux avec des fruits, etc.  Ça me fait marrer de transposer les codes autrement.

PAB : Comment trouves-tu ton expérience à Montréal jusqu’à présent?

: C’est génial de voir tout ce qui se passe avant le festival, tout ce qui fourmille.  La ville est tellement agréable. J’en avais un bon souvenir, même si la dernière fois que j’y suis venue c’était il y a 10 ans. Le côté convivial de Montréal et le calme qui s’en dégage me plaisent vraiment.

Vernissage de l’exposition de Kashink : jeudi 12 juin à 17h à la galerie Station 16 (3523 St-Laurent) et création de la murale de Kashink (façade sud du mur situé dans le stationnement en face de l’Excentris, boulevard Saint-Laurent)

C’est signé Pierre-Alain Benoît 
Associé – Relations publiques et affaires gouvernementales chez Hansen  

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Un spa stoïcien au Festival TransAmériques

Un petit bain de philo, ça vous dit? C’est ce que propose l’installation Les thermes, aménagée sous un chapiteau à l’esplanade Clark du Quartier des spectacles. C’est dans le cadre du Festival TransAmériques, du 22 au 27 mai, que cette installation dressée au coin des rues Ste-Catherine et Clark enchantera les passants.

Vous rappelez-vous les piscines de balles en plastique dans lesquels on avait l’habitude de plonger allègrement lorsque nous étions petits? Celles qui nous rendaient fous de joie car nous pouvions y nager, s’y lancer des balles et s’y laisser couler? Les thermes vous propose un petit retour en enfance, avec une twist bien adulte; c’est que sur chacune des 25 000 balles noires que contient le bassin de l’installation, une citation de la pensée stoïcienne y est gravée. Oui oui, chacune d’entre elles : « Bientôt, tu auras tout oublié », « Accommode-toi aux choses » ou encore « Cesse cette agitation de pantin ». 10 $ à celui qui retrouve l’une de ces trois balles.

On y va donc pour relaxer comme dans un jacuzzi, lire quelques boules, réfléchir, en lire d’autres, somnoler. Et si l’envie vous prend, vous pouvez tout aussi bien laisser aller vos instincts d’enfants et vous amuser dans le bain!

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C’est que chacun est libre d’interagir comme il l’entend avec l’installation, de manière la plus sérieuse à la plus éclatée. L’austérité des paroles stoïciennes détonne avec le côté ludique de la piscine à balles, ce qui rend l’installation des plus intéressante à regarder et à expérimenter. Le spectateur est maître de son expérience.

Et si vous avez envie de pousser votre réflexion plus loin, un philosophe sera sur place chaque jour à 17h30 (ainsi qu’à 15h les 24 et 25 mai) pour égayer les baigneurs de sages et amusantes pensées.

L’installation fait de plus partie d’une foire déambulatoire imaginée par 5 artistes basés à Lille et Bruxelles, et qui serait le reflet d’une entreprise en dégénérescence où aurait lieu une espèce de grosse fête de départ d’un employé. Dans  France Distraction, on y retrouve des installations du type sculptures de château gonflable, bureaux animés d’installations sonores et visuelles, et même une salle de discours. Les thermes  serait donc un spa stoïcien pour patrons démoralisés. Comique, non?

Insolite intermède à vos promenades ou à vos heures de bureau, vous trouverez sans doute votre compte dans Les thermes. L’installation est ouverte de midi à 20h du 22 au 27 mai 2014, à l’esplanade Clark du Quartier des spectacles.

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