Bharti Kher : le bindi, ce troisième œil qui se souvient et qui nous regarde

Bharti Kher est une des artistes contemporaines phares de l’Inde et ses œuvres ont été exposées abondamment sur la scène internationale. Ce printemps, DHC/ART présente une exposition solo majeure de l’artiste intitulée Bharti Kher : Points de départ, points qui lient jusqu’au 9 septembre 2018.

Un motif qui parcourt une grande partie de l’œuvre de Kher est celui du bindi : un point habituellement appliqué sur le front entre les sourcils pour représenter le troisième œil, une forme de conscience qui fait le pont entre l’expérience du corps et de l’esprit. Le geste d’appliquer une multitude de bindis sur une surface est pour l’artiste un geste poétique évoquant la caresse, une manière de communier avec la matière pour créer une nouvelle expression, secrète et codée.

Bharti Kher, An absence of assignable cause (2007), photo : Frédérique Ménard-Aubin.

L’œuvre An absence of assignable cause (2007), la transposition sculpturale à l’échelle réelle d’un cœur de baleine bleue, en est un bel exemple. Les bindis agglomérés qui étreignent l’organe exposé fourmillent à travers les veines : ce qui appelle à un rapport de proximité et d’amour avec cet animal, plutôt qu’à ce rapport prévalent de domination et de distance, qui mène aux disparitions d’espèces animales aux catastrophes écologiques.

On retrouve aussi cette idée de langage secret et tactile dans l’œuvre The night she left (2011), composée d’un vieil escalier en bois et d’une chaise renversée, où un sari s’entortille et serpente, et où les bindis parcourent les surfaces. Cette œuvre évoque un corps de femme maintenant absent, qui laisse derrière lui la trace et le souvenir de sa présence. Considérant ici le bindi comme un témoin de la vie d’une femme, Kher affirme : « [Les bindis] portent en eux le souvenir d’un passé et d’un certain récit. Ils sont les témoins d’une journée dans la vie d’une personne, comme un reste de l’expérience de quelqu’un »

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Bharti Kher, The night she left (2007), photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Dans sa série d’œuvres qui portent sur les cartes géographiques, Kher critique le mode cartographique dominant de la représentation de la terre. Ici, les mouvements des bindis sur les cartes remettent en question, entre autres, les frontières qui excluent et délimitent, pour proposer une manière d’habiter la terre fondée sur la fluidité, l’ouverture, l’échange et l’impermanence.

« [Les bindis] incarnent l’énergie des migrations et l’énergie de notre époque. […] Et j’adore cette idée que les œuvres nous observent en retour. Des milliers d’yeux qui nous regardent » — Bharti Kher.

Par Marie-Hélène Lemaire

Musée Exposition

Les coups de cœur culturels d’Emmanuelle Ceretti

Chaque mois, découvrez un employé de La Vitrine à travers ses coups de cœur culturels. Ce mois-ci, Emmanuelle Ceretti, superviseure de billetterie, se prête au jeu! 

Parle-nous un peu de ton rôle au sein de La Vitrine Culturelle?

Je suis la superviseure de billetterie. Je m’occupe de la gestion des employés, de l’horaire et de faire le lien entre l’administration et les ambassadeurs culturels. J’alterne entre tâches administratives et billetterie. Je m’occupe également des réseaux sociaux de La Vitrine!

Qu’est-ce que tu aimes le plus de la culture montréalaise?

La diversité! On peut tout voir à Montréal, si l’on cherche un peu. Même si plusieurs théâtres institutionnels prennent beaucoup de places à cause de leur grosse tête d’affiche, les petits théâtres réussissent encore à faire leur marque. Je pense qu’il y a beaucoup de talent au Québec, autant dans le théâtre, que dans la danse ou la musique. Puis, nous avons la chance d’accueillir quelques productions extérieures qui ont déjà fait leur preuve à l’international. Vraiment, il y a en a pour tous les goûts.

Quelle est ta salle favorite?

Pour le théâtre, je dirais le théâtre La Licorne. La salle est intime et malléable, donnant la possibilité aux artistes de disposer la scène comme ils le souhaitent. Les pièces présentées sont contemporaines, dans l’ère du temps, et ils n’ont pas peur de sortir un peu des sentiers battus. Pour la musique, il y aura toujours une petite place dans mon cœur pour le feu Métropolis, maintenant MTelus. J’ai l’impression d’y avoir passé mon adolescence.

Quel est ton spectacle favori à vie?

J’ai le privilège de pouvoir voir beaucoup de spectacles. J’ai donc un top 3!

En troisième se trouve Quills, qui a été présenté pendant la saison 2015-2016 de l’Usine C. Robert Lepage incarne le Marquis de Sade après son incarcération en hôpital psychiatrique. C’est osé, cru, brut. Si ce spectacle revient, courrez acheter des billets!

En deuxième, Le Grand Cahier, une pièce adaptée du roman d’Agota Kristof. Lors de sa première présentation, il y a de cela quelques années, j’avais été marqué par le jeu incroyable des acteurs Renaud Lacelle-Bourdon et Olivier Morin et la mise en scène distanciée et efficace de Catherine Vidal.

En première position, la trilogie Le Sang des Promesses de Wajdi Mouawad qui rassemble ses pièces Littoral, Incendies et Forêts. Une journée entière de théâtre. Qui d’autre que le FTA pour présenter cela?  Une grande fresque sur l’identité, la mémoire et l’Autre avec un grand A.

Mentions spéciales aux spectacles Mes enfants n’ont pas peur du noir et Os – La montagne blanche dans lesquels Steve Gagnon livre une performance incroyable.

Toutes disciplines confondues, que recommandes-tu ces temps-ci?

Amour et information au Théâtre La Licorne du 1er au 19 mai ; une production de La Banquette arrière en codiffusion avec La Manufacture. Cette pièce remet en question la manière de recevoir l’information et de la partager et comment cela influence notre relation avec les autres. Je suis également très curieuse de voir Tom Na Fazenda dans le cadre du FTA, qui est la version portugaise de Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard. Je pense qu’il sera particulièrement intéressant de voir comment une troupe brésilienne s’approprie un texte typiquement d’ici.

Quel est ton festival favori?

J’aime beaucoup le Festival Trans-Amérique pour sa programmation très éclectique et qui nous permet de voir ce qui se fait dans le monde en termes de danse, théâtre et performance. La nostalgique en moi a également envie de mentionner le Vans Warped Tour, qui fera le tour des États-Unis et de quelques villes canadiennes pour la dernière fois après 23 ans d’activité cet été. La fan de punk-pop-emo-rock en moi est chagrinée.

Quel est ton crush culturel du moment?

Je suis carrément in love avec le talent de Mani Soleymanlou! J’ai vu le documentaire Nous autres, les autres dans le cadre des RVCQ l’année dernière où l’on y suivait sa démarche de création pour le spectacle Trois. L’acteur a un naturel, le metteur en scène a de la vision et le dramaturge est punché et politisé. Bien hâte de voir ce qu’il fera ensuite!

Qu’est-ce que Montréal représente pour toi?

J’y suis née et j’y ai été élevé! Je suis une montréalaise et fière de l’être. Montréal, c’est ma ville, je l’aime tendrement. Dans tous ses travers et dans toute sa splendeur. J’aime la vue quand on revient sur l’île par le Pont Champlain. J’aime les gens particuliers que l’on croise sur Sainte-Catherine ou dans le métro. J’aime son lieu, son air et ses visages du monde entier, comme dirait Grand Corps Malade dans sa chanson sur notre belle métropole. Montréal, c’est où je me sens à la maison.

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Crédit photo: Marie-Claude Brault

Suivez le chef! : une visite pas comme les autres

Je m’attendais à une visite guidée traditionnelle. Vous savez, celle où le guide nous mène quelque part. Il pointe un truc, un bâtiment, une statue, et nous dit c’est quoi. Finalement, j’étais à côté de la « track »! Y’a bien un guide, il nous mène bien à différents endroits, mais avec un acolyte droit sorti du 18e siècle, c’était drôlement plus coloré que ce à quoi je m’attendais!

Le parcours d’environ 90 minutes nous fait traverser en quelques rues et arrêts plus de 375 ans d’influences alimentaires. Et ce sont les bâtiments et places du Vieux-Montréal qui mènent au sujet! Ici un marché, là un jardin disparu. Et ici? Un bâtiment comme plein d’autres dans le quartier : un magasin-entrepôt. Celui d’un importateur… qui jouait finalement un rôle important dans ce qui se retrouvait dans les assiettes de ses contemporains. Avant la Conquête, on mange à la française. Et puis après? On boit du thé! Bref, pleins d’anecdotes et d’informations qui remettent en perspective ce qui dicte notre alimentation actuelle!

C’est connu, parler de bouffe donne faim! Quelques bouchées sont donc aussi au programme, dont deux qui viennent directement de la cuisine du Gouverneur de Ramezay! Hum, l’histoire goûte bon!

Suivez le chef! Musée du Château Ramezay - photo Michel Pinault 2018

Suivez le chef! Musée du Château Ramezay – photo Michel Pinault 2018

Le dimanche où j’y étais, l’ambiance était excellente : les participants répondant aux répliques enflammées du chef Maupoint. Bon, il s’emporte bien un peu (surtout contre les Anglais ou plutôt leur cuisine!), mais c’est un sympathique larron. Il faut dire que le choc des valeurs est grand entre le 18e siècle et aujourd’hui! La complicité était tangible entre les deux comédiens et rendait la visite bien chaleureuse.

Le circuit s’est terminé au restaurant Les 3 Brasseurs, une bière à la main. Tous ont passé un bon moment. Pour ma part, je ne verrai plus le Vieux-Montréal, ni les tomates, ces fruits du diable(!), de la même façon!

Ah et je vous ai dit? On repart avec un livret de coupons-rabais dans des restos du secteur, prétexte, s’il en faut, pour prolonger le plaisir et prendre l’apéro ou le souper dans le Vieux!

Cette visite théâtrale historico-alimentaire est présentée les dimanches après-midi jusqu’à la fin du mois de mai par le Musée du Château Ramezay. Il ne reste que quelques représentations : ne tardez pas à réserver vos billets. Ma suggestion : arrivez un peu plus tôt et profitez du forfait incluant une visite du Musée!

Crédit photo: Château Ramezay –  Musée et site historique de Montréal, photo : Michel Pinault.

Musée Exposition

Particules d’expériences

Je dois l’avouer, ces temps-ci, mon plaisir coupable, c’est la réalité virtuelle! Dès que j’ai l’opportunité d’enfiler un Oculus Rift ou un HTC Vive, je ne peux pas passer à côté de l’occasion. Quand j’ai vu que le Centre Phi proposait une nouvelle exposition avec de nombreuses expériences immersives (dont de la réalité virtuelle!), je n’ai pas hésité. Je me suis donc retrouvé, samedi dernier, dans leurs locaux du 407, rue Saint-Pierre pour découvrir l’exposition Particules d’existence.

Réalité virtuelle, installations interactives et multisensorielles, les neuf œuvres présentées dans le cadre de l’exposition ont comme point commun de faire vivre des expériences autour du concept de l’existence. Que l’on soit dans l’espace ou à la hauteur d’une fourmi, on est amené à découvrir des univers avec différents points de vue. Les œuvres sont divisées en trois volets : documentaires, contemplatives et ludiques.

Parmi les œuvres que j’ai expérimentées, j’ai beaucoup apprécié Chorus (de Tyler Hurd, États-Unis) où jusqu’à six participants incarnent, en réalité virtuelle, un groupe d’héroïnes qui affrontent de terribles créatures avec une ambiance visuelle qui se rapproche beaucoup du  jeu vidéo accompagnée de musique électro du groupe Justice. Une autre expérience que j’ai trouvé intéressante est Discovery tour by Assassin’s Creed : Ancient Egypt (de Ubisoft, Montréal). En bref, les développeurs ont recréé des lieux marquants de l’Égypte antique et les participants peuvent explorer ces décors à leur rythme tout en recevant des informations historiques intéressantes. Étant fan de la première heure de la série Assassin’s Creed, j’ai eu beaucoup de plaisir à explorer ce « jeu ». Mon coup de cœur est Cosmic Sleep (de Frederick Duerinck) qui n’est ni un jeu vidéo, ni une réalité virtuelle. En fait, il n’y a aucune forme de vidéo; le participant a même les yeux couverts par un loup. L’œuvre fait plutôt appel à l’ouïe et au toucher! En effet, je me suis retrouvé couché et recouvert d’une sorte de toile métallique. Celle-ci diffuse de la chaleur en suivant la narration. En bref, on est une comète qui traverse le système solaire et plus on se rapproche du soleil, plus on ressent les changements de température. C’est très relaxant!

Malheureusement, je n’ai pas pu faire toutes les œuvres, car certaines expériences m’ont donné mal au cœur, mais je vous invite tout de même à aller y passer quelques heures, ça vaut le détour! Simplement, assurez-vous de cibler les œuvres qui vous intéressent le plus en premier, question d’en profiter au maximum.

L’exposition Particules d’existence est présentée au Centre Phi jusqu’au 12 août, tous les jours de semaines, sauf le lundi, avec des séances en matinée et en après-midi. Il est fortement recommandé d’acheter ses billets à l’avance car les places s’envolent rapidement!

Arts Médiatiques

Les Harding : défi relevé, tout en délicatesse

Au cœur de cette pièce brillamment écrite et mise en scène par Alexia Bürger, un drame bien réel, celui de l’explosion du train qui a causé la mort de quarante-sept personnes à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013. Sur scène, trois hommes bien réels eux aussi, qui ont pour point commun le plus évident de porter le même nom: le Thomas Harding québécois, conducteur du train accusé de négligence criminelle et récemment acquitté, le Britannique, écrivain hanté par le décès accidentel de son jeune fils, et l’Américain, assureur spécialisé dans les compagnies pétrolières et ferroviaires. Et leur rencontre, cette fois issue de l’imagination de l’auteur. Le théâtre documentaire rencontre la fiction pour aborder les thèmes de la responsabilité individuelle et collective, de la difficulté de vivre après un traumatisme, et de la valeur de la vie humaine.

Ensemble sur scène tout le long du spectacle, le trio de comédiens livre une performance remarquable de sensibilité et de justesse, autant dans les moments d’humour que dans les passages plus graves. Dans le rôle du cheminot, Bruno Marcil ouvre la réflexion sur la portée de nos actions et sur le poids de la culpabilité. Grande émotion dans la salle lorsqu’il énumère les prénoms de chacune des victimes. Jamais larmoyant, il nous offre un point de vue très humain sur la catastrophe. Le deuil du personnage de l’écrivain joué par Patrice Dubois se pose en écho, et permet d’élargir le thème de Mégantic à un propos plus universel. Obsédé par son rôle dans l’accident de vélo de son fils, on le voit tenter de se reconstruire à travers des gestes rituels, dénués de sens. Un ajout risqué à la pièce, qui aurait pu alourdir un sujet déjà sombre, mais la finesse du texte et du jeu évitent le piège. Martin Drainville, quant à lui, incarne l’expert en assurance qui contrebalance la douleur des deux autres Thomas Harding par sa redoutable rationalité. Un accident, pour lui, c’est avant tout un sinistre. Figure du système capitaliste, il estime le prix de la vie à travers des calculs mathématiques et sa fameuse théorie de la tranche de fromage suisse, incapable de s’avouer que son travail et son quotidien contrôlé avec manie ne le rendent pas heureux.

Les décors spectaculaires conçus pas Simon Guilbault intègrent toute la scène dans un large ensemble de plaques de métal évoquant des chemins de fer ou l’intérieur d’un wagon, avec un très bel effet de perspective. Ils prennent tout leur sens avec les éclairages de Mathieu Roy, qui signe également des projections vidéos simples mais bien pensées. Un travail chorégraphique sur les déplacements des trois hommes ajoute à la poésie du spectacle et à la complémentarité des personnages. A souligner également, des intermèdes chantés en chœur viennent ponctuer la pièce avec un répertoire de chansons sur le thème du train. Toujours risqué au théâtre, mais ici l’initiative a réellement quelque chose à apporter à l’ensemble.

Avec Les Harding, Alexia Bürger signe un texte riche, solide et sensible, mis en valeur par une interprétation très juste et une mise en scène audacieuse, pleine de bonnes idées. A ne pas manquer, en clôture de saison du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 5 mai.

Théatre

S’immiscer dans la réalité autochtone avec Lara Kramer

Lara Kramer est une chorégraphe canadienne d’origine ojibwée et crie. Son travail porte sur les relations tendues entre les peuples autochtones et la société coloniale. Vous avez peut-être vu Fragments (2009) ou encore Native Girl Syndrome (2013), des oeuvres percutantes qui témoignent des séquelles du génocide culturel autochtone.

Cette année, Lara Kramer présente une création originale au #FTA2018 : un diptyque nécessaire et touchant comprenant une exposition et une chorégraphie.

Phantom Stills & Vibrations : l’exposition

Phantom Stills & Vibrations est une expérience immersive qui rend hommage aux victimes de l’ancien pensionnat autochtone Pelican Falls, à Sioux Lookout, en Ontario. Une exposition difficile mais nécessaire qui fait remonter à la surface des récits cachés d’un génocide culturel qui se poursuit encore aujourd’hui.

Avec son complice Stefan Petersen (création et interprétation), Lara Kramer a bâti une oeuvre où dialoguent danse, photographie et conception sonore aux accents nordiques. Comment reconstruire alors que la violence se perpétue ? C’est la question sur laquelle l’artiste nous invite à méditer avec Phantom Stills & Vibrations, présentée dans le cadre de Montréal Arts Interculturels (MAI).

Ne manquez pas les performances qui accompagnent l’exposition ! Elles auront lieu les 10, 17, 24 mai ainsi que les 2 et 7 juin.

 Au MAI du 10 mai au 10 juin 2018

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Crédit photo: Stefan Petersen

https://go.fta.ca/phantom

 Windigo : la chorégraphie

Face à Windigo, le public se voit confronté à la longue histoire et aux conséquences douloureuses de violation de la terre et de la culture qu’on subi les peuples autochtones. Lara Kramer est retournée dans le pays de sa grand-mère, dans la réserve de Lac Seul, en Ontario, pour mieux comprendre son histoire. Windigo est le fruit de ce séjour : la chorégraphe a tiré de son expérience une chorégraphie dure et intense mettant en scène deux hommes (Peter James et Jassem Hindi).

Le duo cherche à tuer l’ennui dans une chorégraphie douloureuse qui mêle violence, solitude et détresse. Sur une scène dépouillée qui ressemble à un no mans land démantelé trônent de vieux matelas, des couteaux, de la nourriture et plusieurs objets incongrus. Fait intéressant : c’est Lara Kramer elle-même qui signe la conception sonore, la scénographie et les costumes.

À l’Espace Libre du 31 mai au 2 juin 2018

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Crédit photo: Stefan Petersen

https://go.fta.ca/windigo

Danse

Threshold, découverte d’un patinage éloigné des paillettes et de la compétition

Dans une volonté de rapprocher le patinage artistique de la danse contemporaine, la compagnie montréalaise Le Patin Libre s’affranchit depuis 2005 des codes de sa discipline pour en proposer une approche vraiment innovante. L’objectif des cinq concepteurs et interprètes qui la composent n’est pas de montrer des prouesses – même si le spectacle en comporte de belles -, mais de parler un nouveau langage plus libre, celui du patinage contemporain. Le public s’abstient d’ailleurs d’applaudir après une figure particulièrement technique.

En dépit de leur désir de révolutionner le genre, les danseurs n’ignorent pas que le patin à glace demeure avant tout une activité de divertissement populaire et familiale. L’événement Threshold (Seuil) a ainsi été pensé comme une expérience conviviale, (paradoxalement) chaleureuse, à voir en famille. Directement installés aux deux extrémités de cette patinoire du Mile-End, les spectateurs s’assoient au sol en tailleur ou sur des chaises disposées pour l’occasion, emmitouflés dans des couvertures. A la suite de certaines représentations, ils sont même invités à chausser leurs patins pour rejoindre les artistes sur la glace.

Le spectacle exploite les atouts de la glisse, qui permet de parcourir de grandes distances sans bouger son corps. En mouvement quasi constant, les patineurs occupent tout l’espace de la piste, alternent entre vitesse vertigineuse, gestes au ralenti et marche arrière, tournent sur eux-mêmes et virevoltent ensemble, tout en grâce et fluidité. On admire la maîtrise technique et l’harmonie du groupe.

La chorégraphie s’accorde de près à la musique, moderne et souvent planante, composée pour l’occasion par Jasmin Boivin – également interprète. Pour exemple, les bruits des patins sur la glace sont pensés pour faire partie intégrante de l’univers sonore. On note également de très beaux jeux de lumières, qui font office de décors. Les danseurs ont par ailleurs troqué les costumes à paillettes que l’on a l’habitude de voir à la télévision pour des tenues urbaines, sobres, dans des tons doux. Autant d’éléments qui font de Threshold un objet artistique d’un nouveau genre, à découvrir.

Un regret tout de même : la compagnie nous présente ici des tableaux plutôt linéaires et répétitifs, pour un spectacle en deux parties finalement assez similaires, malgré la collaboration mise en place avec la dramaturge Ruth Little. Raison de plus pour rester à l’affût de la prochaine création du Patin Libre !

Threshold se joue jusqu’au 22 avril à l’Aréna Saint-Louis, dans le cadre de la programmation de Danse Danse, qui réussit ici son pari de montrer la danse sous toutes ses formes.

Danse

Le Nom, immersion dans une étrange humanité

Le Théâtre Prospero a ouvert sa saison avec la pièce Je Disparais du dramaturge norvégien Arne Lygre, et présente actuellement en clôture Le Nom de Jon Fosse, auteur prolifique venu lui aussi de Norvège, comme un écho et une belle immersion dans le théâtre scandinave. Dominique Leduc en signe la mise en scène.

Pour aborder Le Nom, il faut mettre de côté son expérience de spectateur. On gagne à entrer dans la pièce en acceptant d’oublier ses repères, car c’est assurément une expérience déstabilisante qui attend le public. L’intrigue est simple, les dialogues minimalistes et répétitifs, l’atmosphère des plus austères, les personnages n’ont pas de nom, pas de passé, et ne nous ressemblent pas. Et pourtant, quelques jours après avoir vu la pièce, on se rend compte qu’elle est l’une de celles que l’on n’oublie pas. De celles qui surgissent dans un coin de notre tête lorsque l’on ne s’y attend pas, pour soulever de nouveaux questionnements.

Le point de départ est le suivant : une jeune femme sur le point d’accoucher (incarnée par Myriam Debonville) sonne à la porte de sa maison d’enfance, pour la première fois depuis longtemps, accompagnée par le père de son enfant à naître (Simon Beaulé-Bulman). On y découvrira sa sœur plus jeune (Aurélie Brochu Deschênes), puis sa mère que les filles qualifient de folle (Annick Bergeron), et enfin son père, encore moins bavard que les autres (Stéphane Jacques). Ce dernier n’a apparemment pas été tenu au courant de la grossesse de sa fille. Entre autres questions, le jeune couple se posera celle du prénom à donner à leur bébé. Peu de nouveaux éléments s’ajouteront par la suite à cette situation initiale, hormis l’introduction de Bjarne, ami d’enfance de la future mère, sous les traits d’Alex Bergeron.

En même temps que le jeune père, nous découvrons une famille peu accueillante, dont les membres ne témoignent pas d’animosité les uns envers les autres mais semblent chercher à interagir le moins possible les uns avec les autres, ou à surtout ne pas se raconter.

L’action se déroule sur une durée très restreinte, quasiment en temps réel, et principalement de nuit, dans un rude climat de tempête. Les décors évoquent la maison familiale par un simple mur, ouvert sur l’extérieur pour laisser la place aux paysages nordiques que les comédiens évoquent et que le spectateur doit imaginer. Cette configuration permet aussi de séparer la scène en deux espaces. Ainsi, pendant que les personnages « actifs » jouent en avant-scène, le reste de la distribution demeure visible à l’arrière, marchant lentement comme un ensemble d’âmes errantes. A ce tableau s’ajoute une ambiance sonore lourde, et notamment un son presque menaçant pour indiquer chaque entrée et sortie de la maison.

On retient principalement de la pièce son univers énigmatique. Il n’y a aucun élément surnaturel, et pourtant l’humanité présentée ici n’est pas tout à fait la nôtre. Une distance nette empêche toute identification aux personnages. Comment cerner ces gens dont on ne sait rien ? Ils ne nous donnent aucun indice. Ils communiquent peu, souvent seulement pour annoncer qu’ils vont s’absenter temporairement de la scène, et se répètent beaucoup. Les dialogues n’apportent pas de réponses à nos questions, mais en amènent d’autres, et témoignent d’une tension palpable. L’impression qu’ils nous donnent, c’est que la réalité dépeinte par la pièce se constitue principalement sur ce qui n’est pas montré ni dit. Une réalité que l’on devine très liée à son territoire. A découvrir au Théâtre Prospéro jusqu’au 21 avril, et pourquoi pas, à approfondir avec l’événement Printemps Nordique de la Place des Arts, qui met à l’honneur les artistes scandinaves.

Théatre

LE SIDIM : 3 JOURS DE DÉCOUVERTES ET D’ACTIVITÉS 100% DESIGN!

Nouveautés. Découvertes. Tendances. Depuis longtemps reconnu comme la sortie culturelle annuelle pour les amateurs de design, le SIDIM rassemble exposants et visiteurs pour 3 journées d’inspiration, de découvertes et d’activités.

Géante vitrine des tendances influençant l’art de vivre en 2018, le Salon du Design vous permettra non seulement de vous inspirer, de vous divertir, mais surtout d’acheter design!

Architecture, décoration, œuvres d’art, luminaires, accessoires, aménagement extérieur, mobiliers, papeterie, produits locaux…

Les exposants du SIDIM offriront de tout pour ajouter une touche design à vos maisons, et en faire des endroits à l’image de votre personnalité!

Cette année, le SIDIM offrira plusieurs nouveautés, dont :

Les ateliers / workshops du Marché SIDIM

NOUVEAUTÉ. Confection de bombes de bain, fabrication de d’ornements muraux, conception d’applicateurs à bille d’huiles essentielles : des artisans créateurs donneront des ateliers d’une heure durant les 3 jours du Salon qui vous permettront de bricoler sur place et de repartir avec vos créations!

Une fête de quartier design

À l’occasion de son 30e anniversaire, le SIDIM a repensé la traditionnelle fête de quartier pour vous offrir une section à l’ambiance festive dans un décor design! Jeux et animation seront au rendez-vous! Et vous?

L’expérience Montréal Design

Le SIDIM désire vous faire découvrir les plus belles adresses de Montréal! Que ce soit pour manger, boire, acheter, se divertir ou se loger, les endroits suggérés par le SIDIM sur la liste Montréal Design vous par leur décor branché et leur ambiance unique. De plus, certains de ces endroits offrent une promotion spéciale aux visiteurs du salon!

L’espace Human Spaces, des espaces plus humains :

Le parcours coloré et innovateur de Human Spaces vous transportera dans l’environnement complètement repensé d’un bureau du futur. Vous y découvrirez l’ADN d’une journée au travail réimaginée par les architectes et designers d’ici!

L’espace et la conférence Lab-École :

L’équipe du projet Lab-École, parrainé par Ricardo Larrivée, Pierre Lavoie et Pierre Thibault, présentera un espace entièrement réservé à ce projet innovateur du milieu scolaire! Pour l’accompagner, Ricardo et Pierre Thibault présenteront aussi la conférence « Concevoir l’école de demain » le jeudi 26 avril de 16h à 17h30!

Découvrez encore plus de nouveautés, d’activités et d’espaces thématiques du Salon sur le site Web du SIDIM!

Pour acheter des billets : www.sidim.com/billetterie

Galerie photo : Daniel Bélanger

Samedi le 24 mars, Daniel Bélanger performait au MTelus et notre photographe, Marie-Claude Brault, en a profité pour capter les moments forts de la soirée. Daniel Bélanger sera au Théâtre du Vieux-Terrebonne le 5 mai prochain. »

Musique

Les coups de cœur culturels d’Anissa Ben Mansour

Chaque mois, découvrez un employé de La Vitrine à travers ses coups de cœur culturels. Ce mois-ci, Anissa Ben Mansour, coordonnatrice des relations avec le milieu, se prête au jeu! 

Parle-nous un peu de ton rôle au sein de La Vitrine?

Je suis coordonnatrice des relations avec le milieu (culturel et touristique). C’est moi qui mets en action, via divers médias, les campagnes de visibilité planifiées avec nos partenaires. Je suis également en charge de programmer tous les billets vendus via notre système de billetterie.

Qu’est-ce que tu aimes le plus de la culture montréalaise?

Sa diversité! D’autre part, je suis toujours ébahie par tous ces organismes et producteurs du milieu qui accomplissent de grandes choses avec peu de moyens.

Quelle est ta salle de spectacle favorite?

Avec beaucoup de nostalgie, je dirais le Métropolis. Je ne peux pas compter le nombre de concerts auxquels j’ai assisté durant mon adolescence… de très bons souvenirs!

Quel est ton spectacle favori à vie?

Le spectacle Opus de Circa; de loin le spectacle durant lequel j’ai versé le plus de larmes! Il s’agit d’une collaboration entre la troupe Circa et le Quatuor Debussy. Les numéros issus de ce mariage inusité dégagent une telle fougue, une telle véhémence; il est difficile de ne pas être émue par cette intensité.

Toutes disciplines confondues, que recommandes-tu ces temps-ci?

Je recommande de sortir de sa zone de confort! Nous restons souvent dans nos habitudes, car nous craignons de débourser pour un billet de spectacle que l’on risque de ne pas apprécier. Certains programmes permettent pourtant d’assister gratuitement ou à peu de frais à divers spectacles. Je pense notamment à  Accès culture avec la programmation des Maisons de la culture de Montréal et aux soirées d’humour ou de musique dans les bars où on peut assister à de très bons spectacles de la relève artistique montréalaise. C’est l’occasion d’oser, de faire de nouvelles expériences… Et qui sait, peut-être avoir un nouveau coup de cœur?

Quel est ton festival favori?

Il est difficile d’en choisir qu’un! Je dirais les concerts extérieurs des nombreux festivals de musique pendant la période estivale. L’ambiance est à la fête et la foule est fébrile. On éprouve la sensation de faire partie d’une expérience éphémère et mémorable.

Quel est ton crush culturel du moment?

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de redécouvrir le circuit plus touristique de Montréal. Grâce à une amie en visite, je suis retournée dans le Vieux-Montréal, au Planétarium, au Stade Olympique, à l’Oratoire Saint-Joseph… Des lieux que j’avais pour ainsi-dire oubliés! Cela m’a permis de retomber en amour avec ma ville.

Qu’est-ce que Montréal représente pour toi?

Une ville bourrée de talents! Je me sens privilégiée de pouvoir assister à cette créativité et cette effervescence culturelle. D’ailleurs, cette effervescence semble être de plus en plus reconnue internationalement. Évidemment, étant native de Montréal, mon objectivité est peut-être à reconsidérer!

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Crédit photo: Marie-Claude Brault

Galerie photo : Le silence des troupeaux

Vendredi dernier, Philippe Brach performait au MTelus et notre photographe, Marie-Claude Brault, en a profité pour capter les moments forts de la soirée.

Avec son spectacle Le silence des troupeaux, Philippe Brach sera à la salle André-Mathieu le 22 avril prochain. »

Musique

Celui qui tombe : danse et acrobatie au défi des lois physiques

Créé en 2014 pour la Biennale de la Danse de Lyon en France, le spectacle de cirque contemporain Celui qui tombe a rencontré un grand succès partout où il a été présenté depuis ses débuts. Son passage par la TOHU marque pourtant la dernière étape d’une toute première tournée au Canada pour son concepteur Yoann Bourgeois et sa compagnie, après Toronto et Ottawa.

Acrobate, jongleur, danseur, Yoann Bourgeois s’intéresse particulièrement aux rapports de forces en présence dans les techniques propres au cirque, comme le trapèze, dont il explore ici le mouvement de balancement. Il aime chercher des moyens de rendre perceptibles les phénomènes physiques auxquels il confronte les corps de ses interprètes : force centrifuge, gravité, etc. Pour Celui qui tombe, il avait initialement imaginé une pièce de trampoline. Le dispositif scénique que l’on découvre finalement est le fruit d’un processus de création d’un an.

Lorsque s’ouvre le rideau de la TOHU, on voit descendre des cintres un grand plateau de bois massif, penché vers le public. Trois hommes et trois femmes allongés sur cette plateforme instable se laissent glisser lentement, sans jamais tomber. Dès lors, les danseurs devront s’adapter aux caprices de cette scène imprévisible qui monte, descend, bascule jusqu’à adopter une position verticale, se balance, tangue, tourne sur elle-même à toute vitesse. Leur consigne, motto du spectacle : tenir debout, toujours. A travers le sens concret, bien physique de ce mot d’ordre, Yoann Bourgeois en explore une dimension plus métaphorique.

Malgré la complexité technique de la performance circassienne ainsi que la lourdeur du dispositif scénique, le spectacle met en avant une certaine simplicité. Le choix de l’environnement sonore vient appuyer une esthétique épurée, sobre. Des morceaux classiques et des tubes de la pop accompagnent certaines parties du spectacle, et il y a tout un volet chanté en chœur a capella (un défi pour les interprètes, pour un résultat malheureusement peu convaincant), mais la majorité se déroule en silence. L’effet spectaculaire n’est pas recherché ici. Lorsque Yoann Bourgeois a découvert que les mouvements du plateau de bois généraient des bruits de craquement, il a choisi de les amplifier en plaçant des micros dans la structure plutôt que de les masquer. Lui qui imaginait à l’origine montrer à son public un plateau dans le vide, a finalement souhaité laisser transparaître et même mettre en valeur le réel, notamment en laissant voir à la fois la machinerie et ses techniciens, en alternance avec des mouvements où les jeux de lumière font disparaître le décor.

On retient dans Celui qui tombe de très belles idées, une maîtrise impeccable des gestes, et une manière intéressante de repenser l’espace scénique. L’exploration du dispositif semble cependant primer sur la construction narrative et le propos du spectacle. En découlent quelques longueurs, ainsi qu’une certain absence d’émotion. Dommage. Pour autant, j’ai apprécié l’audace du circassien français et reste curieuse de découvrir les projets futurs qu’il aura à nous proposer.

Cirque

AURA : un an de succès et une programmation pour toute l’année à la basilique Notre-Dame de Montréal

Il y a un an, la basilique Notre-Dame de Montréal lançait AURA, une expérience lumineuse produite et conçue par l’entreprise montréalaise Moment Factory. Les spectateurs d’ici et d’ailleurs se sont précipités pour admirer le travail exceptionnel de mise en valeur de l’architecture de la Basilique, et de ses œuvres d’art les plus majestueuses.

Bonne nouvelle pour ceux qui n’ont pas encore vécu l’expérience, AURA est programmée pour toute l’année 2018!

AURA, c’est quoi au juste?

Des effets lumineux qui vous amènent à une immersion totale, en commençant par un parcours qui présente certaines œuvres d’art de la Basilique. Dans la noirceur, vous pourrez les redécouvrir imaginées par Moment Factory : le tableau de Sainte Marguerite Bourgeoys peint par Marius Dubois, le Christ en Croix sculpté par Paul Jourdain appelé LaBrosse, ou encore L’enfant Jésus dans les bras de Saint-Joseph font partie des joyaux artistiques que vous pourrez (re)découvrir et admirer.

Vous êtes ensuite invités à prendre place au cœur de la Basilique pour un son et lumière des plus majestueux, d’une vingtaine de minutes.  Sur une musique orchestrale de Troublemakers, qui a pour l’occasion travaillé avec une trentaine de musiciens, une vingtaine de choristes et le majestueux orgue Casavant de la Basilique, laissez-vous éblouir et vivre un moment de beauté exceptionnel.

Et ça se passe quand?
Les représentations ont lieu 5 soirs par semaine, du mardi au samedi, sauf fermetures exceptionnelles. Certains lundi et jours fériés ont aussi des représentations.

Jusqu’au 29 décembre.

Informations

Pour l’horaire complet, les tarifs, et la billetterie en ligne : aurabasiliquemontreal.com/

 

Arts Médiatiques

Les faux drames

Marianne Dansereau est une nouvelle figure émergente de la relève de la dramaturgie québécoise. Sa pièce Savoir compter a été présenté plus tôt cette année au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Maintenant, elle est de retour avec sa pièce Hamster, que vous pouvez voir au Théâtre La Licorne jusqu’au 24 mars avec des supplémentaires. Mise en scène par Jean-Simon Traversy, la pièce raconte l’histoire d’une soirée de fête de travail qui apporte une série d’événements inattendus.

La prémisse est intéressante. Que fait cette fille dans l’abribus, alors qu’il n’y a pas d’autobus qui passe les jours fériés? Qui est ce monsieur qui l’accompagne et qui passe l’aspirateur sur sa pelouse? Et pourquoi le commis du Pétro Canada a-t-il si peur? Qui est cette jeune fille qui porte sur elle son hamster comme si c’était la chose la plus précieuse du monde?

Ce qui aurait pu être une intrigue bien ficelée s’est finalement avérée être une décevante suite d’événements. Je m’explique.

Le style de l’auteure est un peu provocant, il faut se le dire. Savoir compter abordait les questions du suicide, de l’inceste, du viol, du deuil et plus encore. Hamster penche vers la rudesse de l’adolescence et la peur profonde de la solitude, par l’intermédiaire d’une pièce chorale, une des signatures dramatiques de Marianne Dansereau. On y effleure les sujets de l’infidélité, de l’abandon, de la jalousie, pour ne nommer que ceux-là. Malgré l’intensité réduite de ces thèmes, la pièce tombe rapidement dans la vulgarité.  Cet effet provocateur n’est pas justifié, la violence des propos non plus. Choquer pour le seul effet de choquer enlève toute signification aux dialogues et toute profondeur aux personnages. C’est tape à l’œil et sans fondement dramatique. La brutalité des mots n’est pas utilisée à bon escient et ne fait pas avancer l’histoire. C’est donc un produit maladroit qui est présenté aux spectateurs.

La mise en scène ne vient en rien mettre le texte en valeur. Plusieurs propositions ne servent pas l’action. Par exemple, la présence de la salle de bain de la station-service sur scène. Lorsque les personnages s’enferment dans la toilette, l’histoire n’avance pas et le spectateur n’apprend rien sur les personnages. C’est une exposition, une mise à nue, mais qui ne donne pas vraiment d’informations sur les protagonistes. Les lieux ne sont pas clairement établis dans l’espace et la chronologie n’est pas claire. De plus, le fait de mettre une musicienne sur scène n’est pas efficace. D’autres l’ont tentés avant, mais pour que cela fonctionne, il faut qu’il y ait une raison autre qu’esthétique. Il faut une justification artistique et cela ne transparaît aucunement dans la mise en scène.

Les acteurs sont plutôt fades, mais je crois qu’ils ont simplement mal été dirigés et qu’il manquait déjà de chair autour de l’os qu’est le texte. Le personnage du gars qui compte la caisse n’agit jamais, ne pose jamais d’actions qui influencent l’histoire en scène. Il est pourtant important dans le reste du récit. Le gars qui passe la moppe sert à détendre l’atmosphère par ses séquences comiques, mais ne réussit pas à surprendre le public. La fille qui arrive à la job sur le

fly même si son prochain shift est dans deux jours n’a pas d’utilité et aurait très bien pu être enlevée. Pourquoi lui avoir mis une scène d’engueulade au téléphone dans les toilettes si ce n’est pas pour servir à l’action? La fille qui a une jupe trop courte selon le règlement ne semble pas porter le drame qui l’habite. Le public s’en détache donc.

Pendant l’entièreté de la pièce, les spectateurs passent d’un groupe d’individus à l’autre, s’attardant assez pour comprendre la suite narrative, mais pas pour s’attacher. Les  personnages ne captivent pas l’intérêt pour que le public s’y intéresse et compatit avec ce qui leur arrive. Qui plus est, un gros punch final ne justifie pas un avant-propos fastidieux et l’installation d’une violence faussement intense. Le fait de vouloir choquer au théâtre est fort, bien même, mais il faut qu’il y ait une raison de le faire. Je pense à la pièce La meute, qui aborde des sujets difficiles et en parle ouvertement, sans filtre, mais qui donne un résultat coup de poing! Alors qu’ici, ce portrait de l’adolescent cliché avec ses drames de téléromans ne fonctionne pas. Sans aucun doute, Hamster tombe à plat.

La pièce Hamster est présentée au Théâtre La Licorne jusq’au 24 mars.

Théatre