Florence Tétreault

Florence Tétreault a cumulé diverses certifications en histoire de l'art et en littérature à l'Université du Québec à Montréal. Elle a un intérêt prononcé pour les démarches artistiques atypiques, les œuvres d'art furtives et la photographie. Sa couleur préférée est le rouge.

OS. La montagne blanche : performer le deuil

OS. La montagne blanche, présenté du 13 novembre au 1er décembre 2017 à la Petite Licorne est une œuvre aux configurations scéniques inhabituelles qui aborde les notions de deuil, d’absence et d’identité.

Le narrateur (interprété par Steve Gagnon également auteur du texte) doit composer avec la mort de sa mère, perte immense qui le plonge dans une série de questionnements existentiels en ce qui a trait à son identité et à la direction qu’il est en train de prendre dans sa vie. Dans la douleur, un constat s’impose: à l’âge adulte les réponses ne se trouvent plus toutes comme avant, « dans le deuxième tiroir de la salle de bain ». À travers une prise de parole où la violence et la beauté se côtoient, le narrateur cherche ce quelque chose qui lui permettrait de se relever et d’atteindre ne serait-ce que le reflet de ces Cités d’Or dont la perte est constamment renouvelée par l’absence de sa mère.

Un présent de la parole

Steve Gagnon livre avec brio un monologue polyphonique où diverses voix s’entrecoupent, se chevauchent et se contredisent dans une seule et même prise de parole. En tant que spectateurs, nous  naviguons non seulement dans ses adresses à la mère perdue, à Edna ou à Nathalie : nous nous faisons aussi rapporter le langage de ces femmes dont il fait revivre les mots et la présence. La perte est ici plus qu’énoncée: elle est vécue et reperformée dans un présent de la parole. C’est par cette performativité du langage et la rythmique dans l’interprétation du texte qu’OS se rapproche des formes du spoken word et du slam. L’accompagnement musical live du groupe Le Bleu (Nicolas Basque et Adèle Trottier Rivard) permet également de soutenir, d’accentuer et de rythmer certaines parties du monologue dont les titres apparaissent projetés sur les murs : « Le jardin fluorescent », « Je veux être de la fucking lumière », « Ouvrir les fruits » (pour ne nommer que ceux-là).

 Le spectateur impliqué

La montagne blanche propose par ailleurs une expérience de réception particulière. C’est debout, en buvant une bière ou en bougeant au rythme des mots et de la musique que le spectateur est invité à assister à la représentation. Celui-ci n’est ainsi pas ignoré par l’interprète : le spectateur est part active de l’espace. Le dispositif scénique implique également que celui-ci regarde les autres spectateurs regarder, ce qui renforce le sentiment de cohésion liée à l’expérience commune de la performance. Il est toutefois intéressant de remarquer qu’en tant que public nous ne sommes pas habitués à de tels dispositifs au théâtre : le soir de la représentation à laquelle j’assistais, peu de gens ont ainsi osé se mouvoir/s’approprier l’espace qui leur était donné de peur de déranger ou de nuire au déroulement de la représentation. C’est peut-être de ce manque de participation que me vient l’impression que la proposition scénique, quoique intéressante, n’a pas été poussée jusqu’à son plein potentiel.

Quoiqu’il en soit, OS réussit tout de même à nous saisir et à nous entraîner dans le tourbillon de la mémoire et des affects du personnage. Entre les couches successives de la parole de Gagnon, nous nous faisons nous-mêmes archéologues, dépoussiérant l’infini du deuil que celui-ci nous livre à travers une présence incarnée et des images poétiques poignantes.

Os. La montagne blanche est présenté jusqu’au 1er décembre à la Petite Licorne.

Théatre

Portraits d’une ville complexe, plurielle et contradictoire

Dans le cadre du 375e anniversaire de la ville de Montréal, le Jamais Lu et le Festival TransAmériques se sont associés pour présenter un projet tentaculaire où la pluralité des voix et la complexité de la métropole sont mises de l’avant.

Le projet se décline en deux temps. D’abord, le festival Jamais Lu (qui assure la promotion de textes dramaturgiques de la relève) permettra à  sept auteurs et trois photographes de présenter leurs carnets « touristiquement incorrects » élaborés lors d’explorations diverses dans Montréal. Photographes et auteurs ont été jumelés et assignés à un quartier de la ville qu’ils connaissaient peu.  Leur mandat était assez large : s’imprégner du lieu investi pour ensuite écrire ou ramener des images de leur expérience.

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L’auteur Pierre Lefebvre a ainsi exploré le quartier Parc-Extension, un endroit qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter de façon régulière. « Il y a quelque chose d’intéressant de parler d’un quartier de la ville qu’on ne connaît pas », souligne-t-il. Lefebvre dit avoir été marqué par le multiculturalisme du quartier et plus particulièrement, par une église de la rue St-Roch qui a en quelque sorte été sa porte d’entrée dans le quartier. L’auteur a également été surpris de découvrir que les délimitations du quartier (viaducs, voie ferrée, parc) contribuaient à faire de ce quadrilatère un lieu enclavé et difficile d’accès. « Ce qui m’a frappé, c’est à quel point les frontières du quartier sont assez étanches », explique Lefebvre. Cette question des frontières tombe à point avec l’édition 2017 du Jamais Lu, qui s’intéresse cette année à interroger la norme et les cloisons, en plus de souligner la diversité.

Jérémie Battaglia, photographe pour les quartiers Beaconsfield, St-Michel et Westmount, croit pour sa part que les divers quartiers font cohabiter au sein de la même ville des « univers radicalement différents » dans lesquels les montréalais ont parfois tendance à se cantonner. « Je dis souvent qu’il y a un Montréal par personne : chacun vit Montréal d’une façon différente», souligne Battaglia. Celui-ci, dont le travail se caractérise par une approche documentaire, s’est intéressé à «trouver trois histoires atypiques en lien avec l’histoire de chaque quartier, des histoires d’espoir de solidarité ». Battaglia a notamment rencontré une famille juive de Westmount qui parraine des réfugiés syriens. C’est en approfondissant ces récits qu’il a pu ancrer son travail photographique dans les quartiers qu’il a investis. « Ce que j’aime, c’est intégrer des univers que je ne connais pas et pour ça il faut entrer dans les maisons et abandonner la description exhaustive du quartier», explique-t-il.

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Jusqu’où te mènera Montréal?

Après la présentation des carnets au Jamais Lu, le projet se transformera sous la direction de Martin Faucher pour le projet Jusqu’où te mènera Montréal? au FTA. Faucher travaillera à partir des différents textes issus des explorations des auteurs. Ce sont ces écrits qui lui permettront de mettre en scène une « grande forme théâtrale poético-cabaret » présentée en début juin. Le projet fera état de la complexité et des contradictions de Montréal, de ses mutations et des similarités ou univers distincts qui constituent chacun des quartiers.

C’est donc un projet en plusieurs étapes, mettant de l’avant plusieurs voix et regards sur la ville que nous proposent le Jamais Lu et le FTA. La forme du projet, en mutation d’un festival à l’autre, promet d’être à l’image de la métropole.

Jamais Lu / Carnets touristiques
Vernissage de l’expo photo le 6 mai à 16 h
Présentation des carnets touristiques du 6 au 12 mai 2017 à 18 h
Théâtre Aux Écuries

Festival TransAmériques / Jusqu’où te mènera Montréal?
7 et 8 juin 2017 à 20 h
5e salle, Place des Arts

Théatre