Éclectique nuit

Bienvenue à Caveland, le monde souterrain qui abrite sept taupes. Après s’être promenées dans la ville ce samedi, c’est à l’Usine C, dans le cadre du FTA, qu’elles ont élu domicile. Que se passe-t-il réellement sous terre? Que font les taupes lorsqu’elles rentrent chez elle?

Sur scène, une boîte rectangulaire sur fond blanc et quelques stalagmites en arrière scène. Puis, une chanson résonne dans la salle, tranquillement. Une chanson de taupes. La lumière vacille. Un son étouffé se fait entendre. Puis soudain, un trou dans le mur blanc. Les taupes reviennent au terrier.

Une par une, elles rentrent à la maison. Venant de la surface à travers un tunnel, elles ne rappliquent pas les mains vides. Traînant un gros rocher, elles sont fatiguées, ces taupes, d’autant de labeur. Cela ne dure pas trop longtemps, car, elles sont aussi joueuses. Elles se mettent donc à détruire leur habitat, un mur à la fois, jusqu’au plafond. Peut-être pour se libérer de ce qui les retiennent? Puis, elles développent des passions ; vouloir jouer de la musique (dont le thérémine, qui définit l’esthétique du spectacle), peindre. L’art s’installe tranquillement dans la nuit. Puis, elles expérimentent la mort, l’amitié, la naissance, la sexualité, la violence.  Les taupes évoluent vers un côté communautaire et social. Un côté rituel typiquement humain, qui montre la bestialité des êtres. Et ce n’est que le début.

L’accent visuel change rapidement dans la seconde moitié du spectacle. Plus sombre, avec des éclairages dignes d’un concert punk-rock. La musique guide la représentation et installe parfaitement l’ambiance, à la manière d’un narrateur omniprésent. Stroboscope, fumée qui ira jusqu’à remplir la salle, écran géant, jeux d’ombres, jamming, fornication, meurtre, incantation, j’en passe. L’univers devient plus glauque, plus bestial et s’ouvre sur l’ensemble de la scène. Le spectateur est certe plus éveillé, mais est-il réellement plus intéressé par tout ce bruit et ce bouillonnement?

Somme toute, ce spectacle est étrange. Aller voir des taupes faire leurs petites affaires pendant environ une heure vingt, c’est particulier. Faire un spectacle sur les taupes l’est peut-être plus, qui sait! Mais c’est un défi que Philippe Quesne a décidé de relever, bien, oui, mais pas sans taches. En effet, il y a quelques longueurs et éléments qui auraient pu être approfondis ou mis de l’avant.

J’aurais voulu voir un peu plus qu’une grosse fête de taupes. Le spectacle manquait de signifiant. Certes, on peut faire la comparaison avec l’allégorie de la caverne de Platon ou penser à une interprétation libre de Germinal de Zola ou encore voir le reflet de la société humaine dans la viscéralité de ces animaux primaires. Mais, c’est en creusant que cela se fait, en poussant la réflexion, en se renseignant et en voulant trouver une signification autre que des taupes qui vivent une nuit endiablée remplie de rebondissements. La deuxième partie du spectacle est beaucoup plus axée sur la fête, les besoins primitifs, le culte, les grosses actions et la musique tonitruante d’un concert punk-rock. C’est plus spectaculaire, mais moins intriguant visuellement. La curiosité du début se perd et il ne reste qu’un effet contemplatif, au lieu d’un côté analytique et ludique. La découverte de ces rongeurs et de leur habitat et de leurs habitudes sont certainement les choses les plus captivantes du spectacle. Simplement, j’aurais aimé que cela soit poussé plus loin, que la finale apporte une réflexion et que je sorte de la salle avec un sentiment autre que celui d’avoir été amusée et légèrement troublée par des acteurs déguisés en taupes.

Malgré tout, je dois impérativement lever mon chapeau aux interprètes de ces taupes ainsi qu’aux concepteurs de costumes. Ils ont tous deux relevé le défi de donner une individualité à chaque personnage, autant dans le visuel que dans la gestuelle. Les montréalais semblaient ravis de la présence unique de ces taupes attachantes, parfois déroutantes, un peu saugrenus et entièrement ésotérique.

Exprimez-vous
Blogueur

Mes mots favoris sont calembour, grivois, charismatique, cucurbitacée et baliverne. Je veux tout connaître par cœur. Je peux d’ailleurs vous réciter Speak Wh...