Sutra revient, dix ans après sa création

Sutra, c’est avant tout l’histoire d’une rencontre, celle du chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui et des moines du temple Shaolin en Chine, qui y pratiquent le kung-fu quotidiennement et avec une grande rigueur. Pour créer le spectacle devenu mythique, Cherkaoui s’est également associé au sculpteur britannique Antony Gormley ainsi qu’au compositeur polonais Szymon Brzóska pour la musique, jouée en direct par cinq musiciens. Dix ans après ses débuts, Sutra s’invite sur la scène du Théâtre Maisonneuve en clôture de la vingtième saison de Danse Danse.

Interprété en alternance par Sidi Larbi Cherkaoui ou Ali Thabet, un premier danseur – seule figure occidentale – apparaît sur scène, accompagné d’un jeune garçon vêtu d’un habit de moine. Ensemble, ils manipulent de petits objets, dont on comprendra par la suite qu’ils sont les répliques en miniature des vingt-et-une boîtes en bois qui constitueront la scénographie du spectacle. Chacune cache un homme, l’un des dix-neuf moines qui en surgiront pour s’affronter et danser, les utiliseront tour à tour comme des bateaux, des lits ou encore les parois d’un temple. Utilisées en position horizontale ou verticale, et parfois même quelque part entres les deux, les boîtes à taille humaine permettent une scénographie épurée et surtout en évolution constante, et de très beaux effets visuels, souvent vertigineux. On retient son souffle lorsque les danseurs, debout dessus, basculent pour les faire tomber. Une scène de dominos humains évoque également des techniques de cirque avec une vraie prise de risque.

On alterne entre scènes de combats impressionnants, parfois au sabre ou au bâton, et moments plus calmes rappelant l’aspect rituel, méditatif et spirituel du kung-fu et de la vie en monastère bouddhiste. On note que le spectacle n’est pas non plus dépourvu d’humour, et globalement plus léger qu’attendu. Les musiciens (malheureusement non visibles sur la scène), inspirés de sonorités traditionnelles chinoises, accompagnent la variété des émotions, allant crescendo vers une scène finale pleine d’énergie. Par leur cohésion et leur nombre, les danseurs dessinent de beaux tableaux de groupe. Le danseur Ali Thabet brise la symétrie de l’ensemble. Il cherche à s’intégrer à la bande, observe, mime. Mais c’est clairement l’enfant moine qui attire le plus l’attention du public. Parce qu’il impressionne par une technique irréprochable et semble capable de suivre tous les mouvements de ses aînés, mais aussi pour son rôle touchant : il incarne un lien entre le danseur blanc et les moines adultes, comme un pont entre deux mondes.

À travers l’exploration de la technique du kung-fu, Sutra offre une perspective de la danse différente de celle que l’on connaît, très mise en scène, et une rencontre symbolique de cultures. On est ici loin du ballet : la cohésion du groupe s’articule autour d’un cri poussé par l’un de ses membres, les mouvements sont lourds et bruyants ; et pourtant on retrouve une grande rigueur commune aux deux disciplines. L’originalité de la démarche de création laisse le spectateur avec une certaine curiosité sur la manière dont la rencontre s’est établie et le projet s’est constitué, par interprètes interposés et autour d’un intérêt commun pour la danse.

Assurément une belle aventure artistique et humaine!

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