Jusqu’où nous mènera l’information?

Qu’est-ce qui définit l’amour? Et qu’est-ce qu’une information? En quoi les deux concepts peuvent-ils cohabiter? Surtout, en quoi l’un influence l’autre? Quelle est la variante, la liaison?

C’est le sujet qu’aborde la pièce Amour et information présentée jusqu’au 25 mai au Théâtre La Licorne.

Frédéric Blanchette a proposé ce texte de Caryl Churchill, qu’il a d’ailleurs traduit lui-même, à La Banquette Arrière sans trop savoir ce qui allait en résulter. Composée de saynètes, de prime abord sans lien entre elles, qui varient entre quelques répliques ou plusieurs pages de texte, cette pièce expose des situations différentes de la vie quotidienne de la société dans laquelle nous évoluons présentement. C’est-à-dire, celle qui nous sur-sollicite, qui nous transmet de l’information en continue, qui nous la garroche en plein visage.

Je ne voulais pas assister à une pièce sur Facebook. Oui, cette plateforme fait partie de nos vies, mais c’est encore quelque chose de trop éphémère pour en faire une pièce étoffée et, surtout, qui peut durer dans le temps. J’étais contente de voir que Amour et information allait ailleurs, vers quelque chose de plus frappant. L’idée de ratisser plus large que les réseaux sociaux, vers la source même de l’information, autant scientifique, théologique, personnelle ou sociologique, s’inscrit tout de même dans notre ère.

Chaque acteur joue plus d’une dizaine de personnages différents au cours de la représentation. Ceux-ci ne sont pas définis par le sexe et ne sont pas nommés. Ce qui permet une incroyable polyvalence dans l’interprétation du texte, mais également dans la performance des acteurs. Les neufs comédiens font preuve d’une rigueur belle à voir et démontrent un registre varié, étant donné la pluralité des personnages et la gamme d’émotion demandée.

La mise en scène est dynamique et rythmée ; beaucoup d’allées et venues, de rapidité d’exécution et de précision dans la mise en place. Les acteurs se doivent de connaître leurs déplacements afin de rouler la pièce au quart de tour! Quelques scènes pourraient être resserrées, mais rien que quelques rodages ne peuvent régler. N’ayant pas le temps de s’attacher aux personnages, la pièce est principalement axée sur le contexte et les thèmes présentés. Il faut donc que ceux-ci soient bien définis et identifiés, souvent en quelques secondes pour certaines scènes. Défi relevé par Frédéric Blanchette et Elen Ewing, qui ont penché pour une scénographie nue et rudimentaire, mais pas banale. En effet, chaque élément ajouté au cours de la représentation est notable et signifiant, que ce soit la présence de plantes, les images faites par le rétroprojecteur en arrière-plan ou la disposition des chaises dans l’espace. Tout cela sert à définir la scène en cours et l’interaction entre les personnages.

Marc Sénécal opte pour des costumes gris, très bon chic bon genre. Tous les acteurs portent l’habit, dans un souci d’uniformité. Ils sont interchangeables, ils se ressemblent ; ils sont humains. Ils circulent dans l’espace dénudé comme l’influx nerveux du cerveau. Puis, c’est lorsqu’ils entrent en relation entre eux qu’ils se définissent avec plus d’individualité. Ils revêtissent donc des tenues qui les différencient, plus colorées, avec des styles distincts ; éléments subtils, mais efficace, qui alimentent la progression de la pièce.

Les personnages se transforment au gré de la représentation, certes, mais qu’en est-il des spectateurs? Comment toutes ces informations vont-elles influencer les personnes qui les reçoivent? Ces moments de vécus ont-ils eu l’impact voulu? Étant donné la nature variée de l’œuvre, je pense que celle-ci est destinée au grand nombre. C’est grisant et l’on en ressort légèrement enivré par cette tornade de faits, de confidences. Cela peut être déroutant, mais, parfois, le changement est salutaire.

La pièce Amour et information présentée jusqu’au 25 mai au Théâtre La Licorne.

Exprimez-vous
Blogueur

Mes mots favoris sont calembour, grivois, charismatique, cucurbitacée et baliverne. Je veux tout connaître par cœur. Je peux d’ailleurs vous réciter Speak Wh...