Bharti Kher : le bindi, ce troisième œil qui se souvient et qui nous regarde

Bharti Kher est une des artistes contemporaines phares de l’Inde et ses œuvres ont été exposées abondamment sur la scène internationale. Ce printemps, DHC/ART présente une exposition solo majeure de l’artiste intitulée Bharti Kher : Points de départ, points qui lient jusqu’au 9 septembre 2018.

Un motif qui parcourt une grande partie de l’œuvre de Kher est celui du bindi : un point habituellement appliqué sur le front entre les sourcils pour représenter le troisième œil, une forme de conscience qui fait le pont entre l’expérience du corps et de l’esprit. Le geste d’appliquer une multitude de bindis sur une surface est pour l’artiste un geste poétique évoquant la caresse, une manière de communier avec la matière pour créer une nouvelle expression, secrète et codée.

Bharti Kher, An absence of assignable cause (2007), photo : Frédérique Ménard-Aubin.

L’œuvre An absence of assignable cause (2007), la transposition sculpturale à l’échelle réelle d’un cœur de baleine bleue, en est un bel exemple. Les bindis agglomérés qui étreignent l’organe exposé fourmillent à travers les veines : ce qui appelle à un rapport de proximité et d’amour avec cet animal, plutôt qu’à ce rapport prévalent de domination et de distance, qui mène aux disparitions d’espèces animales aux catastrophes écologiques.

On retrouve aussi cette idée de langage secret et tactile dans l’œuvre The night she left (2011), composée d’un vieil escalier en bois et d’une chaise renversée, où un sari s’entortille et serpente, et où les bindis parcourent les surfaces. Cette œuvre évoque un corps de femme maintenant absent, qui laisse derrière lui la trace et le souvenir de sa présence. Considérant ici le bindi comme un témoin de la vie d’une femme, Kher affirme : « [Les bindis] portent en eux le souvenir d’un passé et d’un certain récit. Ils sont les témoins d’une journée dans la vie d’une personne, comme un reste de l’expérience de quelqu’un »

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Bharti Kher, The night she left (2007), photo : Frédérique Ménard-Aubin.

Dans sa série d’œuvres qui portent sur les cartes géographiques, Kher critique le mode cartographique dominant de la représentation de la terre. Ici, les mouvements des bindis sur les cartes remettent en question, entre autres, les frontières qui excluent et délimitent, pour proposer une manière d’habiter la terre fondée sur la fluidité, l’ouverture, l’échange et l’impermanence.

« [Les bindis] incarnent l’énergie des migrations et l’énergie de notre époque. […] Et j’adore cette idée que les œuvres nous observent en retour. Des milliers d’yeux qui nous regardent » — Bharti Kher.

Par Marie-Hélène Lemaire

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