Celui qui tombe : danse et acrobatie au défi des lois physiques

Créé en 2014 pour la Biennale de la Danse de Lyon en France, le spectacle de cirque contemporain Celui qui tombe a rencontré un grand succès partout où il a été présenté depuis ses débuts. Son passage par la TOHU marque pourtant la dernière étape d’une toute première tournée au Canada pour son concepteur Yoann Bourgeois et sa compagnie, après Toronto et Ottawa.

Acrobate, jongleur, danseur, Yoann Bourgeois s’intéresse particulièrement aux rapports de forces en présence dans les techniques propres au cirque, comme le trapèze, dont il explore ici le mouvement de balancement. Il aime chercher des moyens de rendre perceptibles les phénomènes physiques auxquels il confronte les corps de ses interprètes : force centrifuge, gravité, etc. Pour Celui qui tombe, il avait initialement imaginé une pièce de trampoline. Le dispositif scénique que l’on découvre finalement est le fruit d’un processus de création d’un an.

Lorsque s’ouvre le rideau de la TOHU, on voit descendre des cintres un grand plateau de bois massif, penché vers le public. Trois hommes et trois femmes allongés sur cette plateforme instable se laissent glisser lentement, sans jamais tomber. Dès lors, les danseurs devront s’adapter aux caprices de cette scène imprévisible qui monte, descend, bascule jusqu’à adopter une position verticale, se balance, tangue, tourne sur elle-même à toute vitesse. Leur consigne, motto du spectacle : tenir debout, toujours. A travers le sens concret, bien physique de ce mot d’ordre, Yoann Bourgeois en explore une dimension plus métaphorique.

Malgré la complexité technique de la performance circassienne ainsi que la lourdeur du dispositif scénique, le spectacle met en avant une certaine simplicité. Le choix de l’environnement sonore vient appuyer une esthétique épurée, sobre. Des morceaux classiques et des tubes de la pop accompagnent certaines parties du spectacle, et il y a tout un volet chanté en chœur a capella (un défi pour les interprètes, pour un résultat malheureusement peu convaincant), mais la majorité se déroule en silence. L’effet spectaculaire n’est pas recherché ici. Lorsque Yoann Bourgeois a découvert que les mouvements du plateau de bois généraient des bruits de craquement, il a choisi de les amplifier en plaçant des micros dans la structure plutôt que de les masquer. Lui qui imaginait à l’origine montrer à son public un plateau dans le vide, a finalement souhaité laisser transparaître et même mettre en valeur le réel, notamment en laissant voir à la fois la machinerie et ses techniciens, en alternance avec des mouvements où les jeux de lumière font disparaître le décor.

On retient dans Celui qui tombe de très belles idées, une maîtrise impeccable des gestes, et une manière intéressante de repenser l’espace scénique. L’exploration du dispositif semble cependant primer sur la construction narrative et le propos du spectacle. En découlent quelques longueurs, ainsi qu’une certain absence d’émotion. Dommage. Pour autant, j’ai apprécié l’audace du circassien français et reste curieuse de découvrir les projets futurs qu’il aura à nous proposer.