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Week-ends de la chanson Quebecor

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Sophie Pelletier

Dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant d’un ou de plusieurs billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Cette fois : Sophie Pelletier

Wow! Toute une année qui vient de se passer! Une année recroquevillée dans un cocon créatif avec ma belle équipe de collaborateurs et mon réalisateur. Je dois dire que mon petit côté sauvage a été amplement comblé pendant ce processus où on a construit, déconstruit et reconstruit des chansons. Tout ça dans le but de confectionner le meilleur album possible. Maintenant, la sauvage laisse place à la fille du monde, celle qui aime les humains et qui est très heureuse de les retrouver.

Je suis entourée de nouveaux musiciens pour présenter mes nouvelles chansons dans mon nouveau spectacle. Ça fait beaucoup de nouveau, je suis d’accord. Certains pourraient penser que ça peut être déstabilisant autant de changement, mais non! Je vis très bien avec ça! On a présenté les deux premiers spectacles de ma tournée Météores dans la région de Québec le week-end dernier et j’ai vécu des moments merveilleux. Ça faisait longtemps que je n’avais pas trippé comme ça. Ça me donne une immense dose d’énergie pour les spectacles à venir et le prochain c’est dans le cadre des Week-Ends de la chanson Québecor organisés par la Société pour l’avancement de la chanson d’expression française (SACEF). J’ai participé à ce beau programme l’an dernier et j’ai adoré l’expérience. La petite salle de la Place des Arts est si chaleureuse et plaisante à jouer! Je ne me peux plus! Rendez-vous le 18 mars!

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Parce que c’est le printemps

Jeudi et vendredi, postmanif, préété, le photographe Sébastien Lavallée et moi avons été de deux soirées musicales aux textes forts pour célébrer ce vent de belles affaires, qui piaffe à l’horizon.

Sûrement sans casque, il fait trop chaud! Mais avec un carré rouge (on revient de la manif, quand même!) on était quelques centaines dans la porte du Cabaret du Mile-End jeudi dernier pour le lancement d’Astronomie, le 4e album d’Avec pas d’casque, 3e à paraître sous l’étiquette Grosse Boîte.

Shame on me, j’attendais mon photographe, j’ai manqué la première partie, assurée par Elfin Saddle. On se reprendra une autre fois.

Toujours est-il que Stéphane Lafleur et ses comparses grimpent sur scène peu avant 21 h 30; la foule retient son souffle, silencieuse, dans l’attente respectueuse, avec, parmi ses carrés rouges, quelques étoiles glow-in-the-dark distribuées à l’entrée nonchalamment collées un peu partout sur ses défroques d’été, qui triche le printemps.

Lafleur s’avoue nerveux, on le sent, c’est palpable pour les premiers morceaux, mais sa bonne étoile veille sur lui; on ne s’est même pas rendu compte qu’il ne l’est déjà plus, tant on est absorbé par ce folk atmosphérique aux scintillements toujours un brin country – qu’on adorait déjà. C’est un peu moins uptempo, un peu plus circonstanciel, volatil mais groundé. Les mélodies ici m’apparaissent comme autant de dessins à numéros, qu’il faut relier pour entrevoir toute la poésie d’images puissantes et pas toujours congrues, qui font graviter à merveille des sourires en forme de galaxies : immenses. On dodeline de la tête, on s’excite un peu quand Dans la nature jusqu’au cou effectue quelques révolutions entre les nouvelles pièces et on chante en cadence – et avec affection – les refrains connus : « L’amour passe à travers le linge ». C’est évident, y’a qu’à ouvrir les yeux pour voir comme le Cabaret respire l’amour.

Agrémentée de projections diapos vintage, la prestation d’Avec pas d’casque se révèle généreuse, on avait déjà vraiment, mais vraiment envie de se joindre à eux pour « sauver le monder avec du tapioca » alors s’émouvoir de connaître « davantage de lesbiennes que de gens de couleur », ça nous dit aussi. Mais surtout, on rêve de cette « journée […] flambant neuve », et, avec eux, on a envie d’y croire. Des images, en veux-tu en v’là, et belles comme des constellations, où sentiments comiques et tristes s’emmêlent pour ponctuer l’univers de leur beauté trashique.

Pour vous rincer l’œil : le spectacle-lancement en images est juste ici!

Stéphane Lafleur et ses acolytes | Crédits : Sébastien Lavallée

Le lendemain, nous voici à la Place des Arts, où le Benoit Paradis Trio se produit dans le cadre des Week-ends de la chanson Quebecor. Le Studio-théâtre est plein pour Lâche pas la patate et je soupçonne qu’on soit souvent les mêmes à suivre ce fabuleux Benoit, multi-instrumentiste complètement déjanté, qu’on peut d’ailleurs entendre auprès notamment du tout aussi fabuleux Bernard Adamus. Oui, je suis groupie! Benoit Paradis, je l’aime d’amour. D’un amour inconditionnel et un peu bébête. Depuis le premier jour.

Benoit Paradis Trio | Crédits : Sébastien Lavallée

C’était il y a deux hivers, on m’a amenée au bar Les Pas Sages sur Rachel et je ne pensais pas tomber en amour avec qui que ce soit ce soir-là. Mais Benoit Paradis a ce petit quelque chose qui m’a si rapidement et irrémédiablement conquise : une nonchalance, un humour, une simplicité, une intelligence hors du commun. Le tout est fort attachant. Comédien-acrobate-bougeur (dixit son Facebook), son show, il le joue comme s’il était tout seul dans sa cuisine.

Son jazz à textes sans prétention, tranquille ou complètement débile, il le propose en tâtant du trombone, de la trompette, de la guitare, des percussions ou de tout ça plus ou moins en même temps, ou bien il danse, bégaie, s’enfarge, crie, murmure, saute… éblouie.

Vendredi soir, dans une intimité feutrée, son contrébassiste Benoit Coulombe avait le cheveux stylé. Chantale Morin, que j’ai l’habitude d’entendre sur piano droit, s’est pour sa part offerte un Steinway à queue. Et notre hôte, ce cher Benoit, toujours aussi déglingué dans son costard trop grand, s’est payé un contenant Ziploc de plastique pour son trombone « parce qu’il n’y avait pas de débouche-toilette en caoutchouc au Dollarama ».

Qu’à cela ne tienne, on ne jouera pas sur les mots; on n’est pas de taille vis-à-vis son langage à lui, celui du spectaculaire dans son plus simple appareil, du cabaret de celui qui-s’en-fiche-de-ce-que-vous-pensez-il-fait-ce-qu’il-veut-c’est-lui-qui-est-sur-les-planches-après-tout.

Benoit Paradis trio | Crédits : Sébastien Lavallée

On a eu droit à quelque 20 pièces (et à trois rappels), qu’il nous présente comme des « chansonnettes à la bonne franquette », mais qui sont rodées au quart de tour, et c’est à s’y méprendre, même les accros font partie du jeu. La belle Chantale se fait tour à tour délicate, dansante, mais toujours souriante, impliquée et réactive. Le fou Benoît menace de se casser la figure chaque fois qu’il sort la guitare et la chaise : il se sert du dessus du dossier pour s’asseoir dessus. Équilibriste, va! Les chansons s’enchaînent les unes aux autres avec un naturel désarmant. Entre Je fume (reprise de Boris Vian) et Des miettes de bonheur, il regarde ses musiciens et lance d’un air de défi : « À go ? Go ! », auquel ses fidèles acolytes répondent avec brio.

Ce qu’il fait me sidère, met du soleil dans mes blues et tire les commissures malgré moi… Un clown-poète de cette trempe, on le voudrait juste pour soi.

Attention, c’est ici que ça se passe pour les photos!

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