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Usine C

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Festival ELEKTRA

Le 28 et 29 Juin le festival international d’art numérique ELEKTRA fera à nouveau vibrer Montréal pour sa dix-huitième édition. Un ensemble d’installations et de performances seront présentées à l’Usine C sous le thème The Big Data Spectacle. À travers cette thématique les artistes exploreront les phénomènes issus des technologies numériques et plus particulièrement l’apprentissage des machines et le forage de données.

Chaque soir ELEKTRA vous proposera une performance robotique participative unique, INFERNO, des artistes Louis-Philippe Demers et Bill Vorn.  Cette performance permettra à 49 personnes du public de revêtir des exosquelettes et de faire contrôler leurs corps par les machines au rythme de la musique électronique et des lumières.

Vous pourrez également découvrir les œuvres d’artistes nationaux et internationaux. Avec en vedette, le japonais Norimichi Hirakawa et son installation audiovisuelle à grande échelle, The Indivisible (Prototype N.1). Le spectateur se retrouvera immergé dans un processus numérique traduisant le débit constant et rapide de pixels et d’interférences sonores. La Corée du Sud sera également mise à l’honneur avec les installations Chair Walker 2.0 de l’artiste YoungKak Cho et Light Wave des artistes Jaehyuck et Junbong Song.

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Du côté des artistes locaux, vous pourrez découvrir l’œuvre du Québécois Adam Basanta, A Truly Magical Moment. Ici Adam Basanta explore avec humour certains aspects du paysage médiatique que nous côtoyons tous les jours et dénonce l’hyper connectivité du 21e siècle et la déconnexion qui en résulte.

Enfin, le duo Purform (Yan Breuleux et Alain Thibault) présentera Enigma, une œuvre explorant la problématique de l’intelligence artificielle, de l’apprentissage profond et de l’identité numérique.

Durant ces deux jours l’Usine C vibrera au rythme d’ELEKTRA, prise d’assaut par des artistes innovateurs qui exploreront la création d’aujourd’hui et de demain.

L’événement Facebook de la soirée du 28 et 29 Juin à l’Usine C: https://www.facebook.com/events/645551958967036/

À la cinémathèque québécoise se tiendra la 11e édition du Marché International d’art numérique, le volet professionnel du festival ELEKTRA. Le marché accueille des acteurs majeurs de la scène du numérique internationale (journalistes, commissaires, diffuseurs, galeristes) dans le but d’échanger et d’encourager de nouvelle collaboration. Vous y retrouverez des organismes internationaux comme le MoMa, le festival Semibreve, Japan Media Art Festival, Victoria & Albert Museum, …

Toujours à la Cinémathèque, sera exposée une installation vidéo immersive, Inverso Mundus, du célèbre collectif Russe AES+F. Un spectacle surréaliste numérique de 38 minutes où les artistes s’inspirent des gravures médiévales présentant des situations absurdes et transposent des scènes drôle et tragique de notre époque.

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Arts Médiatiques
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Alcôve : Le recours aux forêts

Les Escales Improbables se terminent cette semaine. Depuis le 9 septembre, nous avons eu droit à une programmation digne de l’évènement. Ayant traversé ces derniers jours avec leur entrain habituel, ils nous offrent en conclusion un petit bijou de danse en collaboration avec l’Usine C : Le recours aux forêts.

Les Escales, c’est un arrêt sur l’art. Depuis dix ans s’appropriant la ville, cette aventure ne se limite à aucun genre. Des artistes de toute discipline trouvent un espace où jouer et dialoguer avec le public à travers des œuvres originales et étonnantes. De jour comme de nuit, dans les rues ou dans une salle de restaurant, l’art prend sa place (littéralement) pariant sur la réceptivité des gens. Cette édition n’a pas eu à rougir des précédentes. Mes journées plus longues que nature ne me le permettant pas, j’ai manqué tout ce qui me faisait envie : La nuit des murmures, les soupers-danse, les souffleurs commando poétiques. Mais, j’ai trouvé mon réconfort dans la mise en scène de cet ailleurs que l’on recherche désespérément quand l’ « ici » n’est plus ce qu’il devrait être. Quand le mépris pour « nous » devient chose quotidienne.

Nous revenant pour une deuxième année, Michel Onfray et Jean Lambert-Wild collaborent à nouveau, avec à leurs côtés Carolyn Carlson (chorégraphe), François Royet (metteur en scène) et Jean-Luc Therminarias (compositeur). Les deux premiers noms vous seront familiers, car ils nous avaient proposé La sagesse des abeilles durant les Escales de 2012, un autre spectacle philosophique dont Le recours aux forêts s’inscrit dans une certaine continuité. C’est un parti pris hautement poétique mettant en vedette le danseur Juha Marsalo qui campe ce jeune rebelle, dégoûté du monde. Cet esprit torturé et confus – à l’image de la folie humaine – qui trouve son chemin vers la sérénité salvatrice. C’est une fuite nécessaire, à visage découvert, dans le profond du soi. A l’abri de la laideur, des mains noires de sang, de la misère, de la bêtise, il s’isole dans la nature, retrouvant le goût des choses, l’essentiel. Une réflexion sur notre rapport à la nature, qui nous sauve de nous-même.

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Des deux parties, la première est la plus sombre et accompagnée d’un texte plus lourd, chargé de prises de conscience et de révolte. Elle brosse un portrait noir d’une humanité en perdition. Un accessoire dont je tairai le nom pour la surprise, sera nécessaire. La seconde (visuellement ma préférée), m’a fait penser à l’éclosion d’une chrysalide. Ce moment suspendu où la liberté, à portée de main, se fait ressentir dans un ultime sursaut. Notre danseur arrive dans sa forêt, son refuge. Le texte récité/joué par Fargass Assandé, Elsa Hourcade, Stéphane Pelliccia et Laure Wolf, devient une ode à la beauté, à l’abandon, à la rédemption. Sur une scène immergée, je voyais un flâneur. Les adeptes du modernisme me jetteront sûrement des pierres, mais cette phrase de Baudelaire m’est revenue : « voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde ».  Je vous invite à aller vous rendre compte de la justesse de ce spectacle. Quelque part, vous serez ému, entre la terrible vérité et le moment d’agir.

Le recours aux forêts
Usine C – jusqu’au 14 septembre 2013

Danse
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Ganesh Versus the Third Reich

Le FTA poursuit sa lancée, conquérant maints coeurs. Alors qu’il reste un peu plus d’une semaine avant la fin de cette incroyable septième édition, les acteurs de Back to back Theatre, tout droit venu de Melbourne, prennent d’assaut les planches de l’Usine C, avec une création insolite : Ganesh Versus the Third Reich de Bruce Galdwin.

L’histoire est celle d’une (ré) appropriation. Le symbole sacré de la culture hindoue, le svastika, a été volé par Hitler pour devenir la croix gammée nazie. Le dieu Ganesh entreprend alors un périple à travers l’Allemagne ravagée pour récupérer le bien de son peuple. Cette première trame narrative est entrecoupée d’une deuxième, levant le rideau sur un « réel », celui de la création de la pièce. Entre remise en question de leur démarche artistique et « improvisations », les acteurs dévoilent une réflexion sur leur droit de réécrire une histoire appartenant à une ligne figée du temps. Ce n’est pas seulement Ganesh qui se réapproprie le symbole sanskrit, mais la pièce qui s’approprie la tragédie, l’holocauste.

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Cette oeuvre, créée par onze artistes, est ludique, certes, mais pose la délicate question sur ce qu’on peut raconter et par qui. L’intelligence de la pièce réside dans ce doute, cet entre-deux qui plonge le spectateur dans une certaine perplexité. Ce genre d’exercice quant à moi, apparait nécessaire.

Parlant aussi de jeux de pouvoir à travers l’image du tyran, Hitler, mais également par l’entremise des rapports de force entre acteurs (Mark Deans, Simon Laherty, Scott Price et Brian Tilley) et metteur en scène (Luke Ryan), on a l’occasion de découvrir une troupe pas comme les autres. La particularité de Back to back est que ses acteurs sont atteints d’une déficience intellectuelle, à l’exception de Luke Ryan. Ce qui en l’occurrence, n’entrave absolument pas leur créativité, Ganesh est en la preuve. Dans ces parenthèses réalistes, on assiste à leur prise de parole face à au personnage de Luke Ryan, narcissique et manipulateur. D’ailleurs, leur jeu plonge parfois le public dans une hésitation quant à ce qui est fictionnel, réel ou « théâtralisé ».

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Cette pièce vaut le détour car elle nous éloigne de notre zone de confort, lance des questions pertinentes sans chercher à en avoir la réponse – ceci n’est pas forcément le but premier – et amène le spectateur à poser un regard nouveau sur le théâtre et sur ce que celui-ci permet d’explorer.

Back to back existe depuis presqu’une trentaine d’années dont le but est de créer un théâtre avec des gens portant une étiquette, mais doté d’une sensibilité artistique. Ganesh Versus the Third Reich est en représentation jusqu’au 2 juin. Ne manquez pas cette pièce hors des normes.

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Théatre
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Kiss and Cry : chronique d’une mémoire trouée

Né de l’imagination de la chorégraphe belge Michèle Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael, Kiss and cry est présenté jusqu’à dimanche à l’Usine C. Le printemps est un moment propice pour découvrir ou (re) découvrir ce spectacle à la fausse allure d’un conte enfantin.

Avant mon entrée en salle, je ne m’attendais pas à cet étalement mécanique rappelant un moment de tournage. Les gens autour de moi, excités, semblaient savoir exactement ce qu’il en était. Je me suis assise, avec une intimidation curieuse, prête à entrer dans cet imaginaire singulier.

C’est l’histoire de Gisèle. Oui, une histoire narrée, ficelée, suivie. C’est une histoire d’amour plurielle. De celles qui vous collent à la peau et vous forcent à regarder en arrière, à vous remémorer les scènes, à remplir les blancs. C’est aussi une histoire de mémoire et de perte. D’oubli et de reconstitution. La mosaïque d’une vie. Gisèle fait défiler les amours de sa vie. Surtout le premier, celui à l’âge de raison. Ce qui reste de ce premier sursaut du cœur est le souvenir des mains de cet autre. Sur le quai d’une gare, Gisèle se rappelle et se demande où vont les gens lorsqu’ils disparaissent. Où est allé ce premier amour ?

Donc, un récit posé dans un décor miniature livrant Gisèle et tous les autres dans une création instantanée, vivante : un conte  poétique aux multiples temporalités.

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Une œuvre en cache une autre. La performance est orchestrée et filmée en direct. Nous avions droit aux détails comme aux artifices et c’était tout simplement beau. L’espace scénique était investi et reconverti en un laboratoire filmographique et d’expériences sensorielles. Les rails d’un train, une plage, une maison de poupée : la scène est un petit monde construit.

Et bien sûr, on ne peut se détourner de ces fameuses mains, personnages principaux de cette mise en scène. Sensualité, jeux d’enfants, abandon. Elles s’offrent dans une nudité affirmée, danseurs et acteurs, êtres à part entière avec une sensibilité et des excès de douleur.

Kiss and Cry est une véritable création collective. Les talentueux artistes menés par Jaco Van Dormael, s’approprient l’espace, les lieux et les saisons. Ils bougent sur scène dans un même mouvement, ne laissant rien au hasard, formant une seule unité.  Dans ce présent créatif, on est saisi par l’efficacité fluide de ces derniers et on est parfois plus fasciné par ce qui se passe sur la scène que sur l’écran.

Danse
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Trois Romances : Dans l’œil du malaise

On le dit dans la marge. Il se dit batârd. Je n’ose pas le qualifier de quoi que ce soit. Pour moi, il est aussi insaisissable qu’un rêve qu’on aurait cousu à l’aube. Plongeons dans un monde fraîchement chaotique et fascinant, à l’occasion de la présentation de sa plus récente oeuvre, Mygale.

Nicolas Cantin est le genre d’artistes aimant jouer sur la ligne transparente des frontières. Traversant les zones de création, son terrain de jeu est à l’image de l’homme : imaginatif et étrange. Dans le bon sens du terme. Son univers vaguement dérangeant d’où se dégagent les influences du théâtre, de l’impro et du cirque, est un puzzle extravagant laissé à l’interprétation fertile des uns et des autres. C’est de la danse et ça ne l’est pas.

Mygale. crédits photo : Nicolas Cantin

Deux pièces précèdent Mygale. Des pièces qui ont été rejouées à l’Usine C depuis le 31 octobre dernier. Aujourd’hui, ces trois chapitres forment humblement Trois romances. Elles gravitent autour de la même thématique, mais tout en suivant une évolution. L’évolution de la catastrophe. J’ai trouvé Grand singe, très sage. En apparence seulement. Peut-être parce que j’ai été prévenue. Car l’affrontement entre le duo formé par Anne Thériault, un peu femme-enfant et Stéphane Gladyszewski, force indifférente, n’avait rien de sage. Belle Manière a enflammé les conversations d’après-show que j’ai eues avec ma « sœur » sur cet abime humiliant de sentiments humains. De la faiblesse des beaux jours devant les coups traîtres de notre nature sauvage. De la tristesse suffocante qui nous a pratiquement clouées sur nos chaises. Et ce soir, que dirons-nous sur Mygale, qui d’après Nicolas Cantin, va encore plus loin.

Le dénuement de la scène ne laisse place qu’au « couple » et la danse n’est qu’évocation dans cette intimité violente. En tant que spectateur, on se retrouve à être voyeur de nos propres défaites. Tout cela, sous une trame sonore des plus déconcertante, comme ils disent, cela berce ou cela décoiffe. Le mélange est assez voluptueux dans l’ensemble.

Mygale sera en représentation jusqu’au 10 novembre. Pour ceux qui n’ont pas eu le temps de voir Grand Singe et Belle manière, les trois pièces joueront le 11 novembre en rafale. Une journée intense en perspective.

Théatre
Snakeskins_crédits photo : Christine Rose Divito

Intérieur brut.

Les jours viennent avec leur lot de belles surprises. La mienne consiste en la découverte du chorégraphe Benoît Lachambre et de sa dernière création, Snakeskins, présenté à l’Usine C.

En résidence pour les trois prochaines saisons, Benoît Lachambre revient à Montréal avec ce solo particulier qui semble en avoir convaincu plusieurs, moi y compris. Loin d’être une professionnelle de la danse, je peux toutefois dire que ce à quoi j’ai assisté, a été empreint d’une force brute qu’on ne peut tout à fait saisir. Qu’on ne veut pas saisir non plus. En tant que spectateur, on est interpellé de toute part. Tout est dans le ressenti. Snakeskins, c’est une histoire fragmentée. Une transformation. Une renaissance. C’est être à l’écoute du corps. Se dérouler, s’enrouler. Recréer aussi. Revivre autrement.  C’est à en faire un poème, je vous le dis.

Accompagné sur scène du compositeur Hahn Rowe, et de manière fugace et ponctuelle, du performeur Daniele Albanese, Benoît Lachambre offre une vision du mouvement, à la limite du supportable. Notre regard est brillant, notre corps frémit et le son envahit notre imaginaire. On se sent privilégié d’assister à cette recherche qui aboutit à cette pleine conscience du corps. La scène, ce laboratoire, dit-il. Et nous, observateurs consentants, nous recevons tellement.

Lachambre s’est approprié ce monde fascinant qu’est la danse depuis les années 70 et cela se voit. Se sent. Peut-être dans la liberté de son geste. Dans son rapport sans peur avec l’espace qu’il moule à sa guise. Il donne tout, incroyablement généreux. Assise là, troisième rangée, j’ai senti grandir cette envie de savoir «  jouer » de mon corps de cette manière. De le connaître si profondément.

L’expérience multimédia est assez surprenante et réussie. La finale, magnifique. Il ne faut pas avoir peur des mots. C’était le cas, un point c’est tout.

Il ne reste qu’une représentation, ce soir. Celle de la dernière chance, blague à part. Il ne faut pas manquer l’occasion de vivre cet instant. N’hésitez pas à venir plus tôt, un petit interlude surprise vous y attendra.

Par ailleurs, un concours est organisé. Appelez ou présentez-vous à la billetterie de l’USINE C entre 17 h et 20 h, dites « la mue » et profitez d’un 2 pour 1 pour la représentation de Snakeskins ce soir.

Chose intéressante à noter également : Benoît Lachambre animera un atelier axé sur les perceptions sensorielles du 15 au 19 octobre.

Quant à moi, je vais sans doute continuer à découvrir cet artiste, créateur de la compagnie B.L.eux et dont la liste de créations est si riche. Et je lui dis aussi merci pour cette pièce incroyable.

Danse

Les traces de l’ours

Ça vient de Calgary. Ça se présente à l’Usine C, et ça s’appelle Lucy Lost Her Heart. Déjà, on parvient à m’intriguer. Je vous rapporte ici un petit coin de l’œuvre, en forme de personnage.

La compagnie des artistes en résidence du Theatre Junction GRAND, dirigée par Mark Lawes, se nourrit aux confluents de multiples influences : de la France à l’Alberta, du français à l’anglais, d’un métissage des formes d’arts. Voilà ce qui m’attire d’abord : ce mélange éclectique des genres, cette proposition toujours fascinante d’effacer les lignes, d’abattre ces fameuses cloisons. Il paraît d’ailleurs que du processus de création des pièces de la compagnie ont dérivé toutes sortes de projets éclectiques : des maxis ou extended play (EP), des courts-métrages, des partys. Il y a là une ébullition prometteuse!

Mark Lawes fait remarquer que la représentation théâtrale : « n’est pas un objet de consommation tangible. Il n’est pas possible de la ramener chez soi et de la poser dans son salon. Elle a une clause de collectivité et d’unicité. Éphémère et volatile, elle ne laisse derrière elle que quelques traces, ne hante que quelques pans de la mémoire pour devenir une partie intégrante de notre inconscient collectif. »* Ainsi, dans l’impalpable Lucyland qu’il a créé, les personnages résonnent avant tout de la culture de l’Ouest canadien : Pocahontas, les fourrures, les bottes et le chapeau de cow-boy, le soldat perdu, la blancheur laiteuse de la peau d’une icône religieuse…

Parmi eux, le personnage de Pierre, victime d’un accident, est resté dans un état brusque et entier de naïveté enfantine. C’est celui qui garde en espoir – en vie, peut-être – les autres personnages, prisonniers des corridors d’une mine désaffectée suite à une mystérieuse catastrophe. Interprété par l’imposant, « grizzliesque », Steve Turner, Pierre fascine, comme intemporel : c’est un homme grand et gros, à la grisonnante barbiche touffue qui, la plupart de la pièce, est assis près d’un tas de charbon, les jambes étendues, raides devant lui, à la manière d’un petit garçon. De temps en temps, il porte un chapeau de fourrure à oreilles d’ours : selon la légende, c’est lui qui serait tombé sur ce « someone hairy », cette « bête poilue » congelée dans la terre, qui permettra à ses congénères de survivre pour se conter encore d’autres histoires. De l’amas de charbon, Pierre s’affaire à en choisir des roches qu’il peint de rouge et offre en cadeau à ceux qu’il aime.

Une fois, cependant, Pierre s’insurge : il paraît qu’à la guerre, les soldats ont dû se sustenter des chats affolés qui lapaient le sang des morts. Ceci n’est pas acceptable du tout. Pour Pierre, il est indéniable que les félins demeureraient pour toujours, avec leur angoisse, dans le ventre de l’omnivore cruel. C’en est trop : Pierre doit se dissocier du soldat perdu qui se prend bizarrement pour son père. « I am not your boy », clame-t-il, poussant celui qu’il accuse à exploser en une chanson agressive et désespérée.

Intrigués, vous aussi? Il ne vous reste que deux jours pour rencontrer Pierre et les autres personnages de Lucy Lost Her Heart, présentée jusqu’au 30 mars à l’Usine C. Saurez-vous dire si l’inconscient du public montréalais sera marqué des mêmes traces que celui de Calgary?

En passant, la pièce, bilingue, est entièrement sous-titrée : on apprécie.

* Source

Théatre