Tous les articles

Théâtre Prospero

act_of_god_733x387px

Catastrophe orchestrée

Du 24 janvier au 11 février, la compagnie du Théâtre Niveau Parking présente Act of God au Prospero, une pièce sur les petites et grandes catastrophes qui changent des vies.

Lorsqu’une catastrophe frappe, le monde bascule. Rien n’est plus pareil. Les certitudes disparaissent et tout se déconstruit pour bousculer les vies dans le rayon du cataclysme. Et qu’en est-il lorsque la catastrophe est personnelle ? Elle ne fait pas les manchettes, personne n’en parle, mais elle ravage autant sur son passage la vie des gens concernés qu’un cyclone.

Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau signe un brillant puzzle relatant une tragédie anonyme qui frappe deux couples d’amis. Des bribes de l’histoire sont d’abord dévoilées laissant le spectateur perplexe, qui tente de les assembler dans une suite logique. Peu à peu, les morceaux se remettent en place dans un suspense qui laisse place au dénouement dramatique.

En toile de fond, toujours une curiosité morbide; un photographe de guerre (Jean-Michel Déry) qui court les scènes dramatiques, une bénévole d’info-suicide (Véronika Makdissi-Warren) et une adolescente (Maud De Palma-Duquet) qui essaie constamment de frôler la mort. Les personnages se côtoient dans des scènes dont le temps et l’espace varient sans que l’on comprenne réellement les liens qui les unissent jusqu’aux scènes finales.

Et il y a la forêt, ses arbres et ses champignons ou encore le Japon et ses suicides qui prennent tout leur sens une fois le rideau tombé.

Sur scène, tout bouge tout le temps. On passe d’un lieu à l’autre en un claquement de doigts passant d’une zone de guerre au toit d’une gare de train à l’aide d’une structure polyvalente. La scène inclinée rappelle que la vie des personnages tient en équilibre. En début de parcours, ça crie, ça cogne, on installe une ambiance anxiogène qui ne se dissipera pas complètement. Les comédiens changent de personnage drastiquement entre les différentes scènes.

Sous ces sujets lourds, se trouve tout de même une touche d’humour. On sourit à plusieurs reprises pendant la représentation. Mention spéciale à Charles-Étienne Beaulne, en vendeur d’assurances aux expériences amoureuses désastreuses, qui déride l’assistance à presque chacune  de ses présences.

Si les catastrophes chamboulent les univers de tout un chacun, elles créent également des liens qui ne s’effacent jamais.

Act of God, du 24 janvier au 11 février au Théâtre Prospero

Théatre
Édith, Yannick et Joseph _ crédit_Marie-Eve Desroches

Tomber dans Le Trou

Le Trou, c’est la brèche dans le cœur causée par le départ d’un être cher.  C’est le bled perdu où l’espoir n’existe plus.  C’est le refuge où l’on se sent chez-soi. C’est la prison que l’on cherche à fuir pour tout recommencer.

Pièce écrite et mise en scène par Eugénie Beaudry, Le Trou est un mélange d’émotions, incarné par une ville à quelques heures d’être complètement rasée par les bulldozers.  Le regard que porte chacun des personnages envers sa ville se mixe et se confronte avec celui des autres, et chacun d’eux tentera de trouver sa destinée dans ce brouhaha d’illusions et de désillusions.

Édith Arvisais, Isabelle Guérard, Yannick Chapdelaine et Joseph Bellerose. Crédit photo : Marie-Eve Desroches

Édith Arvisais, Isabelle Guérard, Yannick Chapdelaine et Joseph Bellerose. Crédit photo : Marie-Eve Desroches

Le personnage principal, Sara-Lee, est une jeune femme à la santé mentale vacillante, qui vit avec son père, l’ancien maire de Gagné City (a.k.a Le Trou).  Par amour pour sa ville, voire pour sa vie telle qu’elle l’a toujours connue, Sara-Lee décide de se battre contre sa destruction.  Autour d’elle, son ami Jo Ciment et son père finissent par se laisser entraîner sans réel consentement dans la folie remplie d’espoir de Sara-Lee.

Vient s’ajouter aux personnages une ancienne amie de Sara-Lee, disparue depuis longtemps, et qui a plus de responsabilités dans la démolition de Gagné City que Sara-Lee ne voudrait le croire. Et finalement, Johanne, sa matante pas vraiment matante, pour qui l’anéantissement de la ville est le coup de pied au derrière dont elle avait besoin pour partir vivre son rêve de chanteuse dans la grande ville.

Entre lourdeur et espoir, l’histoire nous entraîne en dents-de-scie dans le rire et la tristesse. Il y a quelque chose de très rough, de très émouvant dans chacun des personnages ; personne n’est ni bon ni mauvais.  Simplement des humains tentant de survivre au Trou qui les a vus grandir.

Édith Arvisais et Joseph Bellerose. Crédit photo : Marie-Eve Desroches

Édith Arvisais et Joseph Bellerose. Crédit photo : Marie-Eve Desroches

Même la minuscule salle du théâtre Prospero semble conséquente  au concept de la pièce. En effet, on finit par avoir l’impression d’y vivre, nous aussi, dans ce trou.  Et on s’y sent chez-soi, bizarrement.

En terminant, mention spéciale au jeu des acteurs, et particulièrement à Edith Arvisais, qui est tout simplement parfaite dans le rôle de la naïve, mais ô combien déterminée Sara-Lee.

Tombez, vous aussi, dans Le Trou, présenté au Théâtre Prospero jusqu’au 17 mai.

Bonne pièce !

Théatre
La Danse de mort_crédit: Corinne Bève

Blanc comme la mort

Fin novembre, une soirée au Théâtre Prospero pour assister à l’une des premières représentations de La Danse de mort, une pièce d’August Strindberg, mise en scène par Gregory Hlady. Les spectateurs prennent place, on feuillette le programme, on gazouille, on jase. Deux personnages, mari et femme, entrent par le fond et s’installent sur des chaises, le regard droit devant, immobiles un bon moment. Puis ça commence.

Danielle Proulx et Denis Gravereaux dans les rôles de mari et femme. Crédit photo: Matthew Fournier

Le décor est froid comme la Scandinavie où est sise l’histoire : de grands pans de murs d’un blanc lisse coupent la scène de leurs diagonales. Un peu décentré, un bloc imposant, tout aussi blanc, cache en son centre un escalier. Tout en haut, les personnages peuvent monter la garde, autour de la petite plateforme. Côté cour, un autre panneau occupant presque tout l’espace vertical est recouvert de miroirs, dont l’un se transforme en une porte, à hauteur d’homme. Devant, un escalier pentu mène à un balcon faisant imperceptiblement le tour de la scène. La femme étire parfois le long de la rampe son corps languissant, dont la courbe se termine en pointes de ballet. De temps à autre, des projections colorent les surfaces immaculées : le visage d’un personnage, l’ombre d’un bateau, un sourire énigmatique. À l’avant-scène, côté jardin, une touche organique : un rectangle de terre percé à même les carreaux lisses du sol figure quelque terreau, où la femme pêche à un moment donné des vers pour nourrir le mari. Un piano droit au fini de bois naturel sert aux souvenirs : de la musique pour danser, et des portraits encadrés, qui ornent sa caisse. Au fond, une barre, comme celles des studios de répétition où les ballerines s’exercent, fait écho aux costumes incongrus des personnages féminins – tutus vaporeux et chaussons roses. Mais ces douces apparences se révéleront peut-être trompeuses.

Le mari (Denis Gravereaux) et la femme (Danielle Proulx), personnages aussi abrasifs que ceux de la pièce la plus connue de Strindberg, Mademoiselle Julie, ne peuvent supporter la présence l’un de l’autre, quoique étant unis par la loi depuis 25 ans. Leurs noces d’argent se découvrent plutôt un sujet d’amertume et de ressentiment que de fête : ils se trouvent comme prisonniers d’un mariage toxique. La femme, une ancienne comédienne, voit en son mari le monstre responsable de tous ses malheurs. Le mari, isolé du continent par ses obligations militaires, nie la maladie qui le ronge. Ayant repoussé tous leurs amis et connaissances, et jusqu’à leurs enfants et domestiques, qu’ils ne peuvent garder dans la maison faute de moyens financiers, ils se voient cloîtrés, condamnés par leurs liens matrimoniaux. L’arrivée de Kurt (Paul Ahmarani), tout juste revenu de l’Amérique, cousin de la femme et ancien ami du mari, changera-t-elle la situation pour donner quelque espoir au couple ?

Paul Ahmarani, Danielle Proulx et Denis Gravereaux. Crédit photo: Matthew Fournier

La Danse de mort, dernière production du Groupe de la Veillée, est présentée au Théâtre Prospero jusqu’au 15 décembre 2012.

Théatre