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Théâtre La Chapelle

DomJuean

Dom Juan, conjugué au présent

C’était la troisième représentation de Dom Juan_uncensored, dans la petite salle de La Chapelle, jeudi soir.

Il y avait d’abord la projection sur le mur du fond : « Ceci est un espace public ». Une conversation Twitter vivante, sous le mot-clic #DJXXX. On invitait le public à réagir en direct pendant le spectacle, en complète liberté. Les personnages, eux, avaient leur interprète-sténographe, qui, alerte, tapait sur le moment les propos qu’on voulait immortaliser. Le temps, du moins, que le fil des autres messages déroulant les tasse.

Il y avait le texte de Molière, découpé, critiqué, déplacé, « contemporanéisé », remixé. Oui, on pourrait appeler ce spectacle-ci, comme le précédent, un remix. En effet, un travail tout postmoderne, échantillonnant, mariant les référents, les registres, se réappropriant ses sources, les maltraitant un peu. N’a-t-on pas accusé Molière d’avoir plagié le personnage du Commandeur de Tirso de Molina? Déjà une reprise.

D’ailleurs, comme pour illustrer le procédé, il y avait une table de DJ. Par celle-ci, les personnages faisaient jouer l’envoûtant opéra de Mozart, Don Giovanni. Tiens, le même thème recyclé une autre fois, plus de cent ans après. Sur scène, tantôt on chantait avec l’enregistrement, tantôt on l’avait en accompagnement, ou alors on en traduisait les mots pour mieux expliquer l’enjeu de la finale.

Au centre, il y avait David Giguère, qui, en espèce de maître du jeu, jouait avec grâce un Dom Juan des plus désinvoltes. Il y avait aussi la douloureuse Elvire, et son frère qui devait défendre son honneur, Sganarelle le rebelle asservi, Dom Louis transformé en Dona Louisa, une mère en colère, mais impuissante à faire arrêter le comportement scandaleux de son fils. Car celui-ci accumule sans repentir les conquêtes, cochant sur sa liste : Dona Elvire,  « check » ; toute la population féminine de la Nouvelle-France, « check ».

Enfin, il y avait le public, surtout composé d’adolescents turbulents, qui, malgré leur comportement intempestif, ont semblé apprécier le show, sans pour autant tout bien comprendre, si l’on en juge par les commentaires projetés tout au long de la représentation. Il faut croire que c’est l’esprit de la chose qui a touché les spectateurs, et que, pour citer le metteur en scène, Marc Beaupré : les artistes ont su « élever [l’âme de ceux-ci] à la hauteur des Colosses d’Antan ».

Suite notamment à l’excellent accueil réservé à Caligula_remix, le dernier spectacle de la compagnie Terre des Hommes, La Chapelle annonce déjà des supplémentaires pour Dom Juan_uncensored du 17 au 20 décembre 2012. Garrochez-vous dessus, si ça vous intéresse, car ces billets s’envoleront sans doute tout aussi rapidement !

Théatre
tangente_ne_meurs_pas_La-Vitrine

Danse à quatre temps en septembre

Après avoir soigneusement épluché les programmations en danse pour la saison d’automne, il m’a été très dur de faire une petite sélection toute personnelle. Tout semblait si alléchant, si tentant. Le mois de septembre à lui seul, ploie sous le poids des nouvelles créations. Malgré tout, des titres ont saisi mon attention au vol. En quatre temps, voici les pièces accrochées à mon tableau de la rentrée!

Duels

Les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours s’allient de nouveau pour nous présenter cet automne Duels sur les planches de l’Agora de la danse. Des tandems où l’affrontement doucement cruel est au centre des chorégraphies. Portés par une panoplie d’artistes de disciplines diverses, ces duels sont à l’image des scènes de vie, découpées et offertes à vif et sans retenue. J’aime bien la manière que madame Blackburn décrit ce spectacle que je suis impatiente d’aller voir : « C’est une ambiance de fin de party bien arrosé. Au moment où les cravates commencent à se dénouer. Où on se dit les vraies choses. Il n’y aura pas de nudité, mais à mesure que le spectacle progresse, il y a un certain relâchement. Ce sont des moments de vérité, avec des scènes de tough love. » Pour ma part, les créations que j’affectionne le plus sont celles qui n’ont aucune volonté de se parjurer. Celles qui dévoilent l’autre côté de l’intimité.

Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde

Un titre mystérieux aux accents provocateurs, j’ai tout de suite accroché. En lisant un peu sur ce chorégraphe polyvalent qu’est Manuel Roque, son monde est aussi diversifié que fleuri : danse, cirque, théâtre, musique, photographie. Il a travaillé aux côtés de grands noms de la danse comme Marie Chouinard et Sylvain Émard. Aujourd’hui, il est chorégraphe en résidence à Tangente. Il sera l’un des deux interprètes de cette pièce loufoque et délicieuce, aux côtés de Lucie Vigneault. Je dois avouer que l’extrait vidéo m’a laissée dans une certaine perplexité. Mais la curiosité a été la plus forte. Si vous ne l’aviez pas compris, j’ai horreur de l’ordinaire et du banal. J’aspire qu’à des choses surprenantes et je suis certaine que ce show en fera partie. Vous avez peut-être déjà été confronté à son monde étrange dans Raw-me, l’année dernière au OFFTA. S’il est un étranger pour vous, il ne vous reste qu’à découvrir.

Ta douleur

J’ai découvert Brigitte Haentjens lors de ma première année à l’université. Elle mettait en scène la pièce La nuit juste avant les forêts qui était à l’étude pour un cours. Ma première pensée quand je l’ai vue la première fois à la librairie Port de tête fut qu’elle était une grande dame. Lorsque j’ai lu son nom à la direction artistique de cette nouvelle création présentée au Théâtre La Chapelle, je me suis dis qu’il fallait absolument que je sois dans cette salle. La vidéo en aperçu n’a fait qu’attiser encore plus cette impression. Ta douleur, c’est la somme de toutes les douleurs. De deux êtres. De deux corps. Des douleurs passagères ou celles qui restent accrochées à l’âme. Va savoir pourquoi, je suis déjà touchée.

Solitudes solo

Laissons de côté un instant, les duos multiples et les duos simples. Daniel Léveillé, quant à lui, nous renoue avec le genre du solo. Cinq interprètes dans la nudité de leur solitude, la maîtrise du geste en équilibre. Assister à un spectacle solo équivaut pour moi à un face à face parfois rude, entre le danseur et moi. Il n’y a aucune distraction. Plus rien d’autre sur lequel poser les yeux que ce corps sèchement livré. Rien que de l’honnêteté et de la transparence. Habitués aux masques, on ne sait plus comment recevoir l’authenticité. D’ailleurs, une table ronde se tiendra le 19 septembre, sur cette forme d’art qui se retrouve beaucoup exploitée cette saison.

Petit calendrier à garder sous la main

  • Ta douleur – Théâtre La Chapelle
    Du 18 au 22 septembre/ 25 au 29 septembre
Danse