Tous les articles

Théâtre d’Aujourd’hui

2017_lavitrine_publication-fb_siri

Siri, Siri, dis-moi qui je suis

Aujourd’hui la technologie est omniprésente dans notre quotidien comme le démontre la populaire série Black Mirror. C’est certain qu’elle facilite notre existence en nous permettant d’accomplir des tâches qui seraient immensément plus compliquées sans elle. Cependant, on a tendance à se dire que la science-fiction reste de la fiction, mais lorsqu’on s’arrête un instant, on constate que ce qui n’était qu’un fantasme il y a 30 ou 40 ans est aujourd’hui bien réel!

L’idée d’inviter une intelligence artificielle sur scène pour interagir avec une comédienne m’a intriguée et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir la pièce Siri au Théâtre d’Aujourd’hui! J’aimerais spécifier que je ne suis pas un expert en théâtre, mais c’est le fait d’être témoin d’une interaction humaine avec une machine « intelligente » dans un cadre atypique qui m’a motivé.

C’est ainsi que vendredi soir dernier, je me suis retrouvé au Théâtre d’Aujourd’hui pour aller voir la pièce Siri mise en scène par Maxime Carbonneau et interprétée par Laurence Dauphinais. Le duo signe le texte, même si on pourrait parler d’un trio car Siri improvise ses lignes. En effet, malgré son statut « d’intelligence », Siri ne peut pas apprendre les dialogues et donne des réponses qui tantôt fonctionnent, tantôt jettent le public (et la comédienne) dans l’incompréhension et surprennent. C’est souvent lorsque Siri donne une réponse qui cadre très (trop?) bien avec la situation que la magie opère. On en vient à se demander comment elle peut donner une telle réponse. Par moments, elle fait preuve d’humour ou de philosophie. C’est à se poser les questions : est-ce c’est l’œuvre d’un conditionnement à répétition de la part des auteurs qui a permis à Siri d’apprendre? Est-ce la comédienne qui a découvert que certaines questions lui donnent des réponses particulièrement intéressantes? En somme, qui contrôle qui dans cette pièce?

hq500
Même si Siri est au centre de la pièce, l’œuvre se concentre principalement sur l’histoire et la vie de la comédienne. On ne sait pas où se situe la limite entre la fiction et la réalité. En effet, à un moment de la pièce Siri est en mesure de sortir une quantité surprenante d’informations personnelles sur l’auteur, mais est-ce que ce sont ses vraies informations ou elles ont été créées pour la pièce?

La trame narrative est principalement celle d’une femme qui cherche à comprendre qui elle est. Pour cela, elle lie sa vie à la technologie, que ce soit avec sa création in vitro ou de son analyse d’ADN qui lui en apprennent plus sur son ascendance. On fait face à une œuvre très introspective sur la comédienne. Elle nous parle d’elle, nous fait part de ses angoisses, de ses joies et de ses grands questionnements.

La scénographie est simple et efficace. La scène se résume à une structure qui s’apparente à un grand cube vide qui permet de projeter le contenu qui s’affiche sur son écran. Ainsi, on peut suivre et lire les réponses de Siri, qui divergent parfois de ce qu’elle énonce, ce qui apporte quelque fois un éclairage différent sur ce qu’elle cherche à exprimer. L’utilisation de la structure permet aussi de faire de jolis plans filmés par la caméra du téléphone ou à montrer des images et des sites Web qui participent à la narration.

siri-3-photo-julie-artacho-500px

La pièce, relativement courte, comprend quand même quelques petits accrocs. En effet, en pleine montée de tension, le technicien a dû interrompre la comédienne à cause d’un petit problème technique. De plus, il arrive que la comédienne répète plusieurs fois la même question à Siri. Cela donne l’impression qu’elle tente de forcer Siri à donner une réponse précise qui fera avancer la narration générale. L’équipe en est pleinement consciente puisque la comédienne prévient que Siri est imprévisible et qu’il est possible qu’ils doivent effectuer un ajustement.

J’ai tout de même passé un agréable moment qui m’a fait regretter de ne pas avoir un iPhone pour m’amuser moi-même avec Siri et voir comment elle réagit à mes questions existentielles. Si vous désirez voir la pièce Siri, dépêchez-vous puisqu’elle est présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 4 février. Pour les horaires, vous n’avez qu’à demander à Siri, elle saura sûrement vous répondre!

Théatre
tungstene7333

Tungstène de bile : Récits écorchés

Tungstène de bile. Drôle de nom. Drôle d’imaginaire. Pour Jean-François Nadeau, ce serait « une amère promesse de lumière dans l’angoisse ». Paru aux éditions de L’Écrou en 2013, ce recueil de seize textes est transposé sur scène dans un éclatement d’idéaux : débris de soi dans la violence du quotidien.

Accompagné de Stefan Boucher et de ses délires musicaux, Jean-François Nadeau efface l’auteur pour laisser la place au comédien. Il offre une belle performance poétique en se glissant dans les chaussures d’une multitude de personnages cassés, pris dans leurs petites histoires ordinaires.

Poésie et performance

Le décor de type cabaret nous plonge tout de suite dans un certain confort. Une familiarité intime. On n’en attendrait pas moins d’une lecture de poésie. Pourtant, il ne s’agit pas seulement de lire, mais bien d’incarner – des voix silencieuses et fantomatiques.

La scène est petite, agencée dans un recoin comme si les performeurs étaient pris au piège, aculés dans une suite d’atmosphères inquiétantes. Les textes se fracassent avec une singularité propre. Nadeau et Boucher ont une belle complicité. L’univers musical de l’un entre en symbiose avec l’univers de la parole de l’autre, alternant parfois les rôles. L’improvisation se marie au slam. Le conte s’allie à la chanson. Le jeu théâtral puise dans les mots pour donner naissance à un spectacle haletant. Un peu trop par endroits, certainement.

Portrait de déchéances humaines

On rencontre Moreen, Stella, Marie et les autres. On entend leurs voix dérangeantes. On assiste à leurs douleurs communes et à leur glorification de l’espoir menu. Les textes sont sombres, crus et sensibles. La réalité qui y est décrite n’est pas jolie. Dépossession de soi, désenchantement, recherche désespérée de l’oubli. Et le mot en filigrane : la banalité.

La maladie de notre époque est bien que notre mal-être est un fait divers. Une chronique rapidement oubliée. Le rythme de passage d’un texte à l’autre m’a laissé cet arrière-goût : les histoires se suivent et se confondent. En même temps, la notion de collectivité se fait plus ressentir. Autant dire qu’on a tous fait de l’amertume notre pain quotidien.

Le recueil est maintenant dans ma bibliothèque. Je continue à essayer d’y déceler la promesse de lumière.

Jusqu’au 4 avril, à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui

Théatre
TROIS_2_créditValérie Remise2

Trois : un parmi tant d’autres

La première fois que j’ai entendu parler de Trois, pièce de théâtre mise en scène par Mani Soleymanlou, c’était au dernier Festival TransAmérique. Visionnant la bande-annonce, j’avais été intriguée sans aller la voir, faute de temps. Pourtant, le sujet me parlait. C’est tout mon monde. Ayant choisi la francophonie dans mes études littéraires, l’écriture migrante est un intérêt marqué pour moi. Alors quand j’ai appris que Trois revenait au Théâtre d’Aujourd’hui, c’est avec un naturel entraînant que j’en ai demandé la couverture. Ensuite, j’ai couru  chez Olivieri m’acheter le regroupement de la trilogie en version papier; j’aime avoir les mots devant mes yeux, question d’appropriation.

En effet, avant Trois, il y a eu Deux et, avant, Un. Progressive et attachante, la trilogie est réunie pour un spectacle de quatre heures incluant deux entractes. Quatre heures où l’on passe par une myriade d’émotions variables en puissance. Cette création autobiographique débute sur [Un] monologue où l’auteur se questionne sur ses origines, sa légitimité, le regard de l’autre et son individualité. Ensuite, le dialogue est de mise dans le duo Deux avec le comédien Emmanuel Schwartz  où les deux amis confrontent leur manière d’aborder l’identité : le silence ou la parole, les influences sur leur processus créatif. C’est la partie teintée  d’un mélange d’humour et de lucidité. Et enfin, Trois, cette mosaïque culturelle où une quarantaine de personnages  parlent d’une même voix, partagent une même «épopée», partant dans une même quête.

crédit photo : Valérie Remise

crédit photo : Valérie Remise

C’est un spectacle simple et sensible qui bouscule beaucoup de choses juste dans le fait d’exister et de dire.

Un, ce solo témoignage tient lieu de conte et de cahier de route. Mani Soleymanlou trace son périple de l’Iran jusqu’à Montréal avec le regard acéré de celui porteur de maintes histoires. Deux est un jeu grandiloquent, mais qui reste poignant: la complicité de Soleymanlou et Schwartz se laisse voir dans leurs réflexions ponctuées de quelques pas de danse, de chant et des répliques vives. Trois, c’est l’apogée de tout cela; un regard vers l’avenir tout en tenant le passé par la main. D’origines diverses, ces gens ne pourront être plus proches dans leurs questionnements sur leur identité personnelle et ethnoculturelle.

Devant cette histoire collective, on rit (beaucoup), on se remet en question, on doute, on pleure (peut-être que c’est juste moi) et surtout, on en ressort avec une prise de conscience (personnelle).

 


Trois – Théâtre d’aujourd’hui

Jusqu’au 17 octobre

Théatre
Cendres bleues_MG_3289

Les mots aimeraient s’ajuster

Ce soir la fatigue l’alcool
Les mots aimeraient s’ajuster pour en finir
Une fois pour toutes
Pourtant je le revois
Une histoire d’amour

C’est la semaine des trois premières et j’ai l’impression que le doute ne se dissipera jamais. Pourtant, je sais que nous avons fait de notre mieux. Je sais aussi que nous avons pris des risques. Comment faire autrement ? On ne peut pas travailler avec des certitudes, nous ne produirions que des convenances.  Et ça on n’a pas le droit quand on s’attaque à un récit comme celui de Les cendres bleues.

Cendres bleues_MG_3102

Jean-Paul Daoust est venu deux fois au spectacle, pétillant comme son rhum and coke diet, fier comme jamais, fébrile comme toujours. J’ai eu peur, il a aimé. Jamais je n’avais présenté un spectacle devant son auteur, disons que nous ressentions cela comme une exigence supplémentaire. Jean-Paul est en paix quand les sentiments sont publics et c’est tant mieux parce que ses mots ont été entendus.

Que le texte frémisse

Jean, Jonathan et Sébastien y travaillent chaque jour. Pour eux, pour vous, aller vers l’inconnu comporte un risque évident, mais aussi la promesse de l’immensité.  Nous n’avons pas encore tout dit ni encore tout vu, le monde change, la matière se renouvelle et s’il nous reste une emprise, elle se trouve peut-être dans la sincérité.

Théatre
Philippe2octobre

Latte à la lavande

Ok. Une semaine et demie avant la première. Ok. Ok.

Une série de décisions doivent être prises. Ces choix vont donner à la production ses dernières couleurs. Normalement, ça devrait consolider tout le travail.

Il y a encore quelques nœuds à défaire, mais j’ai un petit truc pour ça : le latte à la lavande.

C’est ce que j’ai trouvé la semaine dernière, au lendemain d’une répétition particulièrement ardue. Ce latte à la lavande a eu l’effet d’une potion magique. Par la fenêtre de Fuchsia, épicerie fleur, la lumière de l’automne donnait à la rue Duluth tout le décor nécessaire à ma réflexion. Quelques gorgées et boom, tout s’est mis en place dans ma tête. Il faut dire que la veille, les comédiens et Mélanie m’avaient donné une tonne de matériels à mettre en place. Nous avions à nouveau brassé les cartes et je ne savais plus trop où se trouvaient mes atouts.

Donc, je suis là-bas en train de préparer mes propositions pour la répétition, attablé avec mon latte magique à la lavande, le regard pas tout à fait présent et la main placée bizarrement près de la bouche. Je joue les scènes à organiser, juste un petit peu, juste assez pour avoir l’air ridicule. J’oublie que ma table est tout près de la porte grande ouverte, j’oublie tellement que je suis en public que la belle Alexia Bürger, assistante à la direction artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, qui passait par là, s’arrête et me regarde avec un grand sourire. Elle reste dans le cadre de la porte durant deux bonnes minutes avant que je me rende compte de sa présence.

Honte, je venais d’incarner le cliché du théâtreux. Pire, quelqu’un m’avait observé me vautrer dans mes idées. J’avais oublié ma pudeur, trop envoûté par ce maudit latte à la lavande. N’empêche, la répétition suivante fut extrêmement juste et efficace. Nous avions trouvé le souffle nécessaire.

J’y suis retourné pour tester à nouveau la potion. Ça marche. Et tant pis si je prends en otage ce joli café avec mes airs trop introspectifs. Je suis prêt à tout pour amener ce texte là où il peut aller.

Je ne vous demande qu’une chose, soyez indulgent envers les gens qui se parlent seul. C’est peut-être la faute des lattes à la lavande.

Là en bouquet de cendres
Moi je l’aimerai toujours
Malgré l’appel des autres corps
L’eau s’en va toujours ailleurs
Les ailleurs amoureux
Mais ce grand corps qui se penchait sur moi
Que mes souvenirs hallucinent
Ses cheveux de saule pleureur
Le corps se débat
Le cœur intoxiqué
Souvenirs magiques

 

Théatre
IMG_5469CROP

Fragments d’un moment crucial

Philippe Cyr met en scène « Les cendres bleues », un texte du poète Jean-Paul Daoust écrit en 1990 et qui a reçu le prix du Gouverneur Général du Canada. La pièce sera présentée du 22 octobre au 9 novembre à la Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui.

Hall du Théâtre d’Aujourd’hui.

Je vous raconterais bien des anecdotes croustillantes sur mon existence, mais voilà qu’elle se résume en quelques mots : Les cendres bleues.

Voilà deux semaines que l’équipe a envahi l’espace pour construire ce que sera cette production. Le dernier droit avant la présentation devant le public. Chaque jour est une longue enfilade de décisions et le texte de Jean-Paul Daoust nous donne du fil à retordre. Imaginez, 2000 vers à livrer, à comprendre, à faire entendre.

Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte

Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte. Crédit photo : Philippe Cyr

Comment faire? On a des hypothèses, des bonnes même, mais peut-être qu’on se trompe, qu’on est totalement à côté de la plaque. Tant pis pour moi, je suis bien l’artisan de mes propres angoisses. Je n’avais qu’à initier un projet plus simple, mais ça ne fait pas partie de mes réflexes.

Il y a des corps qui marquent
On se souvient de leurs surprises
De leurs étonnements
Comme le sien
Un dépouillement d’arbre de Noël
Puisqu’aimer c’est aller publiquement à sa perte

Je veux juste qu’on dise ça, de la meilleure façon qui soit, je m’y emploie du mieux possible.  Sébastien, Jonathan et Jean y travaillent aussi de façon acharnée. Les deniers jours de répétition ont été particulièrement périlleux, tiraillées entre moment de grâce et sclérose mentale. Les nœuds se défont et les possibles existent toujours.

IMG_9761

Crédit photo : Philippe Cyr

Hier, Jean-Paul est venu assister à une répétition en compagnie de Josée Blanchette du journal Le Devoir. Nous étions si nerveux. Il est si impudique de dévoiler notre travail à cette étape, mais c’est incomparable face à ce que Jean-Paul nous livre dans son texte. Ça lui appartient tout ça. Il aurait été légitime qu’il se présente tel un empereur contemporain et ordonne, d’une réplique assassine, l’arrêt des travaux.

Heureusement, il n’est pas du tout comme ça. Il est plus soie que cuir.

Il s’est assis en silence, il nous a écoutés chercher et dire. Je l’ai senti ému, reconnaissant même. Sa précieuse visite nous donnera du carburant pour les semaines à venir.

Je retourne dans l’antre du dragon.

Théatre
philipenumber2

Philippe Cyr

Tous les articles de Philippe Cyr ici.

Mensuellement, dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant de quelques billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Ce mois-ci : le processus créatif de Philippe Cyr

Philippe Cyr est diplômé en interprétation de l’École supérieure de théâtre de l’UQÀM en 2003. Collaborateur du Prospero, il y signe sa première mise en scène : Les Escaliers du Sacré-Cœur de Copi, en 2007. Sa deuxième sera la création de Et si je n’étais pas passée par là ?, présentée au Prospero en 2008 et dans le cadre du OFFTA en 2009. Par la suite, Le groupe de la Veillée lui confiera la mise en scène de Norway.Today de Igor Bauersima à l’automne 2010. Comme comédien il joue sous la direction de Téo Spychalski, Alain Fournier, André-Marie Coudou et Alexandre Marine. Philippe Cyr vient tout juste de terminer des études à la Maîtrise en théâtre à l’UQAM où il a monté une adaptation de Mère Courage et ses enfants. Sa compagnie, rebaptisée récemment L’Homme allumette se consacrera à la poursuite du travail entamé sur ce texte de Brecht et sur le texte poétique de Jean-Paul Daoust, Les cendres bleues. Cette saison, il signait la co-mise en scène du iShow ou je m’occupe de transférer le message à Chanda présenté à l’Usine C en septembre 2013.

Théatre
131010_gbcm_belle-bois-dormant_mq

Ô tonne de plaisirs – ou comment se rendre à décembre à la vitesse grand V

Je viens de comprendre pourquoi on ne m’a assigné qu’une seule catégorie culturelle. Je suis blogueuse musique – et madame chose blogueuse danse, et monsieur machin blogueur musée, etc. C’est normal. Il y a tout simplement une TROP grande offre culturelle dans notre belle ville. Pas que je le savais pas, non : je l’expérimente tous les jours, ce joyeux dilemme. Sauf que quand on me dit : c’est beau, Mag, tu peux aller voir un peu ailleurs ce qui se fait et en parler sur le Lèche-Vitrine, je me trouve confrontée à un beau problème – que je rencontre de toute façon au quotidien pour planifier mes sorties : je ne suis pas capable de choisir. Alors je ferai du mieux que je peux, et je vous parlerai de plein d’affaires, mais juste un peu. Prêts ?

Ouan.

Sauf que même là, je sais pas davantage par où commencer… Parce que je ne sais pas pour vous, mais moi, je trouve la saison des festivals fort intéressante (oui, un peu épuisante aussi !), et je réalise à peine que la saison des festivals, à Montréal, c’est pas juste l’été, C’EST À LONGUEUR D’ANNÉE! Non mais c’est vrai, on s’en sort tout simplement pas. Moi, je suis fatiguée, et je suis incapable de m’en passer, pourtant ! Plus y en a, plus j’en veux, et plus je suis épatée par les multitudes de possibilités. Donc, ici, prenez garde, ce n’est qu’une infime sélection, toute personnelle, du genre de saison des couleurs à laquelle je me prépare. Suivez le guide, on va faire un petit sprint à travers l’automne, en vrac, on va faire ça vite, je vous jure – ou du moins on va essayer!

Celui qu’il ne faut pas manquer

L’assassinat du président
Théâtre du Futur
Théâtre d’aujourd’hui (Salle Jean-Claude Germain)
3 au 21 septembre

C’est « une épopée nationale, intime et shakespearienne », et on y va pour Olivier Morin et Navet Confit, le bruitage sur scène, la qualité de l’interprétation, le rythme. Je l’ai vu l’an dernier à Zoofest. C’était carrément surréaliste. Un must.

Ceux pour lesquels on ouvre nos horizons pis on se met beau

Lakmé
Opéra de Montréal
Salle Wilfrid-Pelletier
21 au 28 septembre

C’est sûr que vous connaissez cet extrait-là. C’est clair que le reste en vaudra la peine. Mais vous connaissez sans doute déjà mon penchant pour l’opéra

Lakmé, Opéra de Montréal

Lakmé, Opéra de Montréal

La Belle au bois dormant
Les Grands Ballets
Théâtre Maisonneuve
10 au 26 octobre

Sérieux. La Belle au bois dormant. Y a-tu une fille qui n’a pas trippé là-dessus, petite ? Pour ma part, je me souviens même des paroles de ça. Là, Les Grands Ballets nous présentent une version danse contemporaine imaginée par Mats Ek, le chorégraphe suédois derrière l’inoubliable Solo for Two, présenté en première à la compagnie il y a déjà 10 ans. Fou.

Les incontournables

Contes urbains
Théâtre de la Manufacture
La Licorne
3 au 21 décembre

C’est grivois. Parfois drôle. Parfois triste. Chaque année un concept différent depuis 16 ans, un filon pour les mettre en valeur ces histoires du temps des Fêtes. C’est bon. Juste : bon. Tuyau : très couru chaque année ; il faut réserver rapidement.

Traces
Les 7 Doigts de la main
TOHU
17 au 31 décembre

Une compagnie circassienne qui ramène son art à sa dimension humaine. Beaucoup d’adrénaline, des artistes extraordinaires, une complicité d’une grande beauté, l’envie de renouveler l’expérience des 7 Doigts là là tout de suite, dès que la représentation est terminée. Et l’envie de les serrer dans nos bras, comme s’ils faisaient partie de la famille.

Traces, Les 7 doigts de la main

Traces, Les 7 doigts de la main

Les lancements d’album

Klô PelgagL’Alchimie des monstres
Chapelle historique du Bon-Pasteur
25 septembre

Klô sort tout droit d’un univers… spécial ? Il n’existe pas de mot encore pour la décrire. C’est une bibitte adorable, en tout cas. Un peu – pas mal ! – coucou, elle est attachante ; on aime sa folie et on adore sa poésie. Un peu à côté de la plaque, la demoiselle est toutefois aussi à l’aise qu’un biscuit soda dans un bol de soupe Lipton. Pis ça, c’est pas juste bon, c’est réconfortant.

Random RecipeKill the Hook
La Tulipe
8 octobre

Frannie, Fab et leurs musiciens ont présenté en primeur leur nouveau matériel il y a quelques semaines au FME à Rouyn et, depuis, on écoute en boucle le premier extrait, Big Girl, en attendant que la galette arrive dans les bacs. Leur hip-pop hybride s’est étoffé, fruit notamment de réflexions et de rétroaction sur une tournée de plus de 150 shows avec le premier opus, et, gare à vous, ça danse en s’il-vous-plaît.

Jimmy HuntMaladie d’amour
Cabaret du Mile-End
9 octobre

Je serai honnête ; je ne l’ai pas encore entendu. Seulement l’extrait Nos corps sur Bandcamp. Mais j’ai assez écouté le précédent album pour avoir hâte de me bercer avec le prochain. Cela dit, l’ex-Chocolat s’est paraît-il adjoint des trips un peu plus électro sur ces nouvelles tounes d’amour pas quétaines pour deux cennes – OK, un peu. Mais on aime ça, avouez. Et pis, vous avez vu la pochette ?!

Une couple d’événements automnaux – vraiment pas une liste exhaustive

World Press Photo
4 au 29 septembre

POP Montréal
25 au 29 septembre

Festival du nouveau cinéma
9 au 20 octobre

Coup de cœur francophone
7 au 17 novembre

Cinémania
7 au 17 novembre

Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM)
13 au 24 novembre

Quelques pistes pour les prochains jours

Les Guerres d’l’amour
Pub Saint-Ciboire
14 septembre @ 21 h 30

Le temps déprimant n’est pas encore arrivé, mais on fait quand même le plein avant la grisaille et le frette : chaleur, bonheur, bonne musique psychédélique, genre funk twist aux couleurs eighties – avec une instrumentation double (watch out, ’sont 10 musiciens sur scène !), et deux danseuses. Ça c’est de l’amour !

Don Jon
Centre Phi
18 septembre @ 19 h 30
et 24 septembre @ 21 h

Premier long métrage de Joseph Gordon-Levitt (écrit ET réalisé ET joué par lui personnage principal) – ça m’intrigue, un point c’est tout. Pas vous ?

Black Joe Lewis / Buddy McNeil & the Magic Mirrors
La Sala Rossa
18 septembre @ 20 h 30

Mister Lewis et son soul blues étaient de passage au Festival international de jazz de Montréal en 2010, entre autres, et ils viennent nous présenter leur nouvel album, Electric Slave. En plus, y a les VRAIMENT EXCELLENTS Buddy McNeil & the Magic Mirrors en première partie. Moi, ça m’en prend pas plus pour encercler la date dans mon agenda.

Avec pas d’casque – Dernière de la tournée Astronomie
Théâtre Outremont
9 novembre

Confession : je voue un culte à Avec pas d’casque.

Avec pas d'casque

Avec pas d’casque

Patrick Watson et l’Orchestre Cinéma l’Amour
Église Saint-Jean-Baptiste
15, 16 et 17 novembre

Confession, bis : IDEM. Encore plus. Patrick Watson, c’est le seul dieu auquel je crois.

Faque que j’en voie un venir me dire que l’automne, c’est déprimant.

Variétés
Crédits esquisse : Patrice Charbonneau-Brunelle

Pour en finir avec l’androgynie

Rapidement, j’en suis venu à la conclusion que j’avais quelque chose de résolument androgyne, faits à l’appui. La plupart du temps, avant même la parole ou le geste. Pourquoi ? Peut-être parce que j’ai reçu maintes et maintes propositions de shooting où l’on affirmait vouloir mettre de l’avant mon «ambiguïté de genre». On m’a dit ça une fois. Peut-être parce que je me suis fait appeler Madame plus souvent qu’à mon tour, alors que j’attendais dans une file au guichet et que j’avais les cheveux longs. Ou encore peut-être parce qu’une spectatrice s’est déjà exclamée : oh, je pense que c’est Janine Sutto, alors que j’entrais à peine sur la scène de Duceppe (deux pas), costumé avec une soutane, une canadienne rouge et une perruque blanche. Ou alors peut-être encore parce qu’une très pertinente journaliste qui n’avait manifestement pas lu son dossier de presse a cru que j’étais une femme qui jouait bien un homme dans The Dragonfly of Chicoutimi et qu’il s’agissait peut-être de l’énigme du spectacle.

Sommes-nous entièrement responsables de ce qui nous traverse et de ce que les gens voient en nous ? Je ne pense pas. Honnêtement, je crois que les acteurs sont les moins bons juges. En tout cas, cette pensée m’évite beaucoup d’amertume et me procure de prodigieuses surprises. Dans (e), on ne parle pas précisément d’androgynie, on en parle de façon générale. L’androgynie est un escale incontournable quand on parle d’identité sexuelle trouble, soit. Mais selon moi, l’androgynie a le dos large, et devient le no man’s land de tous les marginaux. Attention, (e) n’est pas un spectacle qui fait l’exégèse de la sexualité, ça n’a rien à voir avec La Sexologie pour les Nuls. (e) est par dessus-tout une fable, voire un conte, sur l’amour et sur ce regard de l’autre qui nous forge. (e) est aussi une déclinaison naïve et à abattre de ce que doit être un homme, une femme. (e) traite de l’absence de modèles et d’une stratégie originale pour «devenir un homme». «Devenir un homme»… Expression plus ontologique que littérale. Devenir un citoyen, devenir un être capable d’amour, surtout.  Ici, je ne parle pas de l’objet de l’amour, mais du sentiment fondamental d’amour. Celui-là inconditionnel. Oui, (e) porte un certain romantisme… Mais juste assez. Dans l’imaginaire populaire, le genre sexuel est si galvaudé qu’il est souvent confondu avec l’orientation sexuelle. C’est pour ça que je dis ça.

Crédits esquisse de costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle

Crédits esquisse de costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle

Si l’androgynie avait une fonction presque religieuse chez les Grecs antiques, il s’avère qu’au Lac-St-Jean il y a 15-20 ans, la chose n’était pas aussi… louable. Ce terme aujourd’hui plutôt cool et presque associé à un type de beauté dans un certain milieu n’avait pas toute sa «coolness». C’est la raison principale pour laquelle je suis resté dans les Cadets de terre, Corps de cadet 7-52, pendant trois ans, à devenir légume à faire semblant d’aimer le tir de précision. Je repassais mes pantalons pour que le pli soit parfait, formais mon béret de cadet de terre dans la douche, des journées entières à cirer mes bottes. Et quand ma mère me demandait si j’aimais ça, je lui disais que j’adorais ça. J’ai même gagné la médaille de la meilleure recrue, même si j’exécrais chaque seconde à jouer au petit soldat. Un garçon dans les Cadets aimaient : les armes, le bois, faire des nœuds, l’autorité (du moins l’exercer), donner des coups de serviettes mouillées à  quelqu’un qui dort à 3h du matin dans un camp à Val-Cartier parce que c’est ça être dans la gang-de-gars. Mille dérivés du mot androgyne fusaient alors à chaque coup de serviette, ici sans noblesse. Ça coutait pas cher, les Cadets, pour les parents. C’était l’enfer et le début officiel de mes insomnies, mais j’imagine que c’était vraiment moins pire que l’Ouganda. C’est un peu  glauque, mais ça me console. Heureusement, j’aimais un peu dans la drill, je trouvais ça chorégraphique. Une série de mouvements à se souvenir : un grand souci du détail m’habitait déjà. J’aurai aussi appris à manier une boussole, même si le chemin allait être par la suite plus d’une fois dévié. Plus tard au secondaire, j’ai descendu ma voix, j’ai agrandi mes pas, j’ai essayé de ne pas trop bouger la tête quand je riais, j’ai élargi l’espace entre mes jambes. Programme que je me suis imposé quotidiennement : les poignets dans le prolongement des bras, monter les escaliers avec les genoux parallèles ou vers l’extérieur, jamais de position 5 à 7 où une hanche sertirait dans la lumière, le moins bouger possible, parce que bouger trahit. Bagage qui m’a servi à l’École nationale. À devenir comédien. Drôle de destin pour un être terrassé par le regard de l’autre. C’est le cas de bien des comédiens, je le crains.

En arrivant à Montréal, j’avais lâché mon programme. Fort heureusement. Sur un plan ostéopathique, ce programme m’a bousillé. À l’École nationale, alors que personne n’en faisait de cas, j’étais envahi par la peur de ne jamais parvenir à «jouer» un homme «comme il faut» à chaque évaluation. Pourtant, on ne me parlait pas de ça. Et quand une fois gradué et travaillant au professionnel la directrice m’a vu jouer et m’a dit que j’avais de l’ampleur, que j’occupais tout l’espace et que je tenais bien ma partenaire dans telle scène, j’ai été stupidement heureux. Quel accomplissement, je me suis dit. Comme si mon adjudant dans les Cadets me disait : «Voici ta médaille, tu es la meilleure recrue. Je n’y ai vu que du feu. Malgré la supercherie.» J’ai eu honte de cette joie. Je me rendais compte que j’avais absolument tout mis en œuvre depuis toujours pour me faire dire de telles choses, mais que ça n’existait somme toute que dans le regard de l’autre. À dire vrai, je serai toujours heureux que l’on me dise pareille chose. Je me dirai à coup sûr: j’ai réussi. Réussi quoi ? À vous faire croire que je suis un homme comme les autres, sans doute.

L’enfance m’a appris à transformer mon corps, l’École, à remplir ce corps de toute mon âme, et parfaire ainsi l’illusion, sauf pour cette drôle de journaliste… Mais d’où vient cette obsession à vouloir être vu comme un homme, alors que l’on se voit autrement ? Surtout : d’où vient cette impression constante de ne pas être un homme achevé et complet ? Longtemps, j’ai considéré la question exclusivement par le corps. Comment transformer ce corps, comme être autrement que ce que l’on se sent être. Qu’est-ce qui est le mieux ? Le mieux moralement ? Le mieux pour sauver sa peau ? Aujourd’hui, j’admire ceux qui se donnent des permissions, et ils sont nombreux. Je les ai déjà jugés, parce qu’enviés. (e) est une permission que je me donne. Un parcours intérieur que je constate avoir fait à mon insu. Un voyage que j’ai écrit pour me croire en toute circonstance dans mon corps et dans ma vie, complet et achevé.  Si c’est ça l’androgynie, du moins la mienne, alors je préfère ne rien finir du tout.

Théatre
Dany

Dany Boudreault

Tous les articles de Dany Boudreault ici.

Mensuellement, dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant de quelques billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Ce mois-ci : autour de la pièce (e) avec Dany Boudreault

Comédien et auteur, Dany Boudreault complète sa formation à l’École nationale de théâtre en 2008. Acteur surtout dédié à la création, Dany Boudreault est très actif sur la scène montréalaise, notamment dans Faire des enfants au Quat’Sous, The Dragonfly of Chicoutimi à l’Espace Go, Hamlet est mort aux Écuries, Beaucoup de bruit pour rien au TNM, Chante avec moi à l’Espace Libre ou L’espérance de vie des éoliennes à la Compagnie Jean Duceppe.

Parallèlement, il a écrit et interprété Je suis Cobain (peu importe) à la Petite Licorne, ainsi que la pièce (e) au Théâtre d’Aujourd’hui. Sur le plan littéraire, Dany Boudreault a publié deux recueils de poésie aux éditions Les Herbes Rouges.

Au cinéma, Dany Boudreault a participé au Projet Épopée initié par le réalisateur Rodrigue Jean, et apparait également dans les films Le Météore de François Delisle, Chasse au Godard d’Abbittibbi d’Éric Morin et Vic et Flo ont vu un ours de Denis Côté. Au petit écran, on a pu le voir dans Toute la Vérité30 vies, et plus régulièrement dans Destinées avec le personnage de Félix Tanguay.

Source : Théâtre d’Aujourd’hui

Théatre