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Le retour de Lucrèce

Voilà maintenant neuf ans que la Comédie-Française avait mis les pieds à Montréal. La dernière fois, c’était pour présenter Le Malade imaginaire de Molière (mise en scène de Claude Stratz). Cet été la troupe est de retour pour présenter Lucrèce Borgia de Victor Hugo, drame historique mis en scène par Denis Podalydès. Acteur connu et reconnu par ses pairs, il entre à la Comédie-Française en 1997. Son travail de metteur en scène lui a notamment valu de remporter le Molière de la mise en scène pour Cyrano de Bergerac monté aussi à la Comédie-Française en 2006.

Cette pièce, qui figure depuis sa création dans le répertoire de la Comédie-Française, est un drame historique à l’intérieur duquel se confrontent le politique et l’individu. Lucrèce Borgia raconte l’histoire de Gennaro, jeune homme orphelin, fruit d’un amour incestueux entre Lucrèce Borgia et son frère, ignorant depuis toujours l’identité de ses parents. La pièce débute lors d’un carnaval à Venise où il rencontre une mystérieuse inconnue (Borgia) qu’il croit éprise de lui. S’en suit alors un énorme malentendu entre la reine Lucrèce et son mari, Don Alphonse d’Este, qui prend Gennaro pour l’amant de sa femme et désir sa mort.

Dans sa mise en scène originale, Denis Podalydès travestissait Guillaume Gallienne dans le rôle de la mère et Suliane Brahim dans celui du fils. Or, dans la version présentée dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal au Théâtre du Nouveau Monde, c’est Elsa Lepoivre (Les Damnés) qui prête ses traits au mythique personnage de Lucrèce Borgia. Son interprétation très subtile alterne entre la victime et le bourreau. Personnage mythique fort et souvent diabolisé, la reine que nous présente Elsa Lepoivre est totalement humaine. D’abord mère, femme, puis reine, elle est complète et transmet davantage qu’une simple représentation d’un règne de la terreur et de la débauche. Elle nous montre la femme imparfaite, fragile, sensible et hantée par son passé. Cette représentation du personnage offre donc aux spectateurs à la fois, une dirigeante de son temps, mais accentue par le fait même son individualité.

L’interprétation de la troupe est solide, certains rôles, légèrement plus caricaturaux que d’autres, transmettent bien le côté grotesque présent dans l’écriture de Hugo. L’exagération est présente dans toute l’interprétation, mais volontaire étant donné l’excès dans l’oeuvre elle-même. Les effets y sont parfois surprenants, mais rien de choquant, peut-être en aurions-nous pris davantage.

À l’inverse, la scénographie de Eric Ruf est sombre, intelligente et souligne les différents lieux sans prendre toute la place. Il nous fait passer d’une gondole à Venise, à un château italien en l’espace d’un instant, le tout très sobrement. Il en va de même pour les magnifiques costumes signés Christian Lacroix qui habille habilement les personnages et nous transporte dans le temps.

La représentation d’une durée de deux heures (sans entracte) défile à toute allure. Le rythme des scènes transmet l’urgence et il vaut mieux suivre. Vous ne verrez pas passer ces heures je vous l’assure et bien que les grandes lignes de l’histoire nous soient plutôt évidentes aujourd’hui, vous ne manquerez pas d’y trouver quelques échos contemporains! La Comédie-Française est en ville, alors si vous voulez un classique intelligemment interprété dépêchez-vous, ils repartent bientôt!

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Extraire la théâtralité

L’action se passe au dernier étage du Monument National. Nous sommes une poignée de gens rassemblée dans les escaliers, attendant l’ouverture des portes, nos billets bien en main. Puis, Benoit Gob, Francis La Haye et Emmanuel Schwartz font leur entrée, des cartons de vin sur l’épaule. Ils portent une tenue de protection scientifique blanche, capuchon sur la tête. C’est ainsi que chacun des spectateurs se retrouvent avec un verre de vin, qu’on leur remplira plus d’une fois, question de les préparer à ce qu’ils vont assister.

Nous entrons finalement dans la salle. Le public se retrouve dans un espace clôt dont chaque mur est recouvert d’une bâche de plastique transparent. Au milieu, trône une structure lumineuse. Une voix sans émotion s’élève. Elle nous explique la raison de notre présence, ce jour-là, au Monument National ; Emmanuel a bâti une machine à extraire la pensée pure et il souhaite la tester avec ses amis. La machine marche, seulement, personne ne le sait encore, car elle ne fonctionne pas comme prévu.

« Le spectacle commence. Le spectacle commence. Le spectacle commence. N’allez pas vous asseoir. N’allez pas vous asseoir. N’allez pas vous asseoir. »

Le rideau en plastique se lève et nous pouvons aller nous asseoir, même si la voix nous dit le contraire. Un peu à la Siri, celle-ci parlera pendant les deux premiers actes, pour laisser la place à la voix des acteurs dans le troisième. Ceux-ci ne s’adresseront jamais directement au public pendant la totalité de la pièce. C’est à travers la voix off que le public découvrira ce que ces hommes ont tenté d’enfouir loin en eux. Celle-ci parle des acteurs en utilisant leur vrai nom : Emmanuel, Benoit, Francis. Un peu à la manière narrative de Mani Soleymanlou, qu’Emmanuel considère comme son frère artistique. Peut-être que ce dernier avait justement envie de parler de lui un peu, pour changer, sans se cacher derrière les traits d’un personnage, comme un Tartuffe par exemple Peut-être avait-il envie de jouer Emmanuel Schwartz, à nu, dans tous les sens du terme.

Les moments forts de la performance, terme que j’emploie ici, faute de définition, sont certainement la vérité qui s’en dégageait et les procédés qui sortaient du traditionnel. En effet, il ne s’agit pas d’une représentation théâtrale classique, avec une situation initiale et un dénouement, mais plus quelque chose venant du ressenti et de la gestuelle. La parole est autant mise de l’avant que le visuel. La voix off n’enlève rien au spectacle, qui se prévaut d’une mise en scène efficace.

Le spectacle a tellement de théâtralité pour dire qu’ils n’en ont pas. La volonté de vouloir tant mettre en scène en disant qu’il n’y a pas de mise en scène est quelque chose de plutôt nouveau, mais qui émerge de plus en plus. Comment supprimer la théâtralité dans un spectacle où celle-ci est particulièrement à l’honneur ? C’est assez contradictoire, un peu comme la pensée pure, je suppose. Cela donne un résultat final un peu épars, passant de l’art visuel au théâtre, par la musique, la danse et la projection vidéo. Le tout évoquant un petit quelque chose du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, en voulant justement aller vers un théâtre total. On remarque également une certaine souffrance d’exister chez les acteurs qui éveille les nerfs et le coeur du public.

L’un des buts de ce genre de théâtre est d’éveiller les masses. Je ne dirais pas qu’Exhibition va jusque-là et je ne crois pas que les créateurs en avaient la prétention, mais en tant que spectateur, nous sentons la recherche qui a été effectuée et les heures d’exploration qui vont de pair avec un spectacle de cette envergure. Parfois, un théâtre qu’on dit expérimental perd de vue son but et dérive vers quelque de  »m’as-tu vu » par l’utilisation de procédé particulier sans justification aucune. La fin d’Exhibition tangue vers ce procédé paresseux, même si le texte tente de le justifier en démontrant que c’est justement cela le but. Le spectateur finit par décrocher et la simplicité imaginative et efficace du début se perd un peu.

Pourtant, dans l’ensemble, j’ai trouvé cela réussi. Un petit 1h, 1h15 de performance d’acteurs. Ce qui est étonnant, car ils ne parlent qu’à travers une voix off. Malgré tout, les voir évoluer sur scène, dans toute leur vulnérabilité, ensemble, mais seul, reste le moment le plus signifiant. En espérant voir ce spectacle réapparaître quelque part dans une prochaine saison théâtrale.

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Les lois de l’immortalité ou comment vaincre la vie

Dans un futur qui semble lointain, l’humain est capable de transférer sa mémoire et ses souvenirs dans un corps synthétique. La mort devient donc obsolète. Qu’arrive-t-il lorsque le transfert d’Anne ne se passe pas comme prévu?

Ceci est la prémisse de la nouvelle pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Baril Guérard. Présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai, l’action prend place dans un monde dystopique. L’humain est divisé en deux catégories ; les synthétiques et les organiques. Les premiers ont dit  »oui » au transfert et à la vie éternelle. Les seconds ont refusé et vivent comme de simples mortels.

Nous suivons l’histoire d’Anne. Elle est morte. Elle passe à travers les vestiges de sa mémoire. Mais quelque chose cloche. Pourquoi Bruno, son collègue d’il y a 10 ans, est présent dans le souvenir de la fin de semaine à la plage avec sa sœur, le copain de sa sœur et son ami David?

Lors de l’entrée du public, Anne est déjà couchée par Terre, dans le sable noir. À son réveil, un de ses souvenirs joue en boucle, comme une cassette que l’on aurait trop rembobinée. Le procédé est intéressant, laissant au spectateur le temps de comprendre ce à quoi il a affaire. Il peut ainsi se laisser happer par l’univers proposé par l’auteur.

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Le début est prometteur, mais le texte finit par prendre un peu trop le spectateur par la main, lui mettant en plein visage ce qu’il avait probablement déjà compris.  Les dialogues se répètent et cela ne rend pas service à la pièce. Au contraire, cela l’alourdit sensiblement. Qui plus est, il n’est pas nécessaire d’expliquer la morale d’une histoire lorsque celle-ci peut être déduite dans les actions des personnages. Avait-on peur de faire face à un public paresseux? Avait-on peur que celui-ci n’ait pas voir plus loin? Peut-être un peu.

Pourtant, l’idée elle-même est nouvelle. Alliant futurisme et humanité, il est facile d’être séduit par la fraîcheur de la création, qui est la représentation même d’une génération en quête d’immortalité; la nôtre. Une jeunesse qui cherche à laisser une marque, que ce soit par la gloire éphémère des réseaux sociaux ou alors être la première génération à pouvoir vivre pour toujours. Est-ce si différent?

Par contre, plus la pièce avance et plus les acteurs tombent dans un style mélodramatique, au profit d’un jeu plus réalisme qui aurait été fort à propos. Le niveau de jeu entre les différents acteurs est inconstant et cela devient plus apparent au fur et à mesure que la pièce avance. Une mention spéciale à Mathieu Handfield qui est juste, drôle et attachant dans son rôle de Bruno pendant toute la durée de la pièce.

D’ordre général, La singularité est proche est une pièce divertissante, qui donne à réfléchir sur cette quête de l’immortalité et des limites et conséquences de celle-ci. Elle nous fait penser à la différence entre un suicide assisté et un débranchement. Puis, un peu à la manière de L’homme bicentenaire, la nouvelle d’Isaac Asimov, est-ce qu’un être synthétique avec presque toutes les caractéristiques d’un humain est considéré comme tel par l’être organique? Ou manque-t-il justement la qualité essentielle de l’homme : la mortalité.

La singularité est proche est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai.

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Choix de femme

Jusqu’au 24 mars, la compagnie Les Biches Pensives présente Gamètes au théâtre La Licorne, une pièce de Rébecca Déraspe mise en scène par Sophie Cadieux.

Lou (Annie Darisse) et Aude (Dominique Leclerc), jeunes femmes dans la trentaine, sont d’inséparables amies d’enfance. Le jour où Aude apprend qu’elle attend un enfant trisomique, elle se réfugie chez Lou dans l’attente de compassion et d’une oreille attentive, mais son amie vient plutôt la confronter sur ses valeurs fondamentales. Comment peut-on se réaliser en tant que femme avec un enfant à besoin particulier?

Dans le jugement et un amour profond envers l’autre, les opinions s’entrechoquent et les discours se confrontent. Dans leur féminisme bien-pensant, elles sont pleines de contradictions. Qu’est-ce qu’être une femme accomplie aujourd’hui? En se réalisant professionnellement? En imitant les hommes? Est-ce que le rôle de mère vient détruire toute ambition de réussite sociale? Ou est-ce que le véritable accomplissement, c’est de se tenir au-dessus de « la chorale des opinions »?

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Les dialogues sont francs, tranchants et mordants. On se permet de dire tout haut des choses horribles sur la trisomie, la place des femmes, les relations amoureuses, etc. Les personnages se répondent du « tac-au-tac » avec ironie et sarcasme dans une joute verbale assez divertissante. Parce que malgré la lourdeur apparente du sujet, on rit beaucoup dans cette pièce.

Des coupures nettes dans le dialogue viennent effectuer des retours dans le temps où les comédiennes jouent également des personnages différents pour imager leur passé et nous faire comprendre de quelle façon leur identité et leur amitié se sont forgées au fil des années.

Dans un décor géométrique assez sobre tout en rose pastel qui rappelle les magazines féminins, deux chaises, deux plantes et une paire d’écouteurs constituent les seuls accessoires.

Annie Darisse et Dominique Leclerc brillent sur scène avec leur sens du comique aiguisé et nous emmènent également dans des zones beaucoup plus sombres.

On ne répond peut-être pas à toutes les questions que se posent Lou et Aude, mais c’est l’amitié qui triomphe dans Gamètes.

La pièce Gamètes est présentée au théâtre La Licorne jusqu’au 24 mars.

Théatre
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Une lesbienne et une noire décomplexée

La lesbienne et la noire, titre plutôt évocateur. Vulgaire ? Simpliste ? Seulement vrai. Une dénonciation des étiquettes qu’on accole trop facilement. Marie Christine Pilotte et Anna Beaupré Moulounda présente, du 14 au 23 avril, six représentations de leur pièce hybride entre le spectacle d’humour et le théâtre à l’Espace La Risée.

Le titre m’a surprise; La lesbienne et la noire. Vraiment ? Malgré tout mon désir d’ouverture d’esprit, je suis humaine, j’ai des préjugés. J’imaginais déjà les clichés sexuels et raciaux qu’un spectacle avec un tel titre pourrait comporter. Et finalement ? Bien sûr qu’il y a des blagues de lesbienne et de noire, mais c’est tellement plus que ça.

Anna et Marie Christine font partie du collectif humoristique Les Femmelettes qui regroupe des artistes féminines de divers horizons. À chaque premier lundi du mois, elles présentent un nouveau numéro humoristique à l’Espace La Risée. Le groupe, formé par l’initiative de Marie Christine, se voulait une réponse aux boys clubs que sont les traditionnelles soirées d’humour. Depuis trois ans, les deux comédiennes ont donc accumulé une bonne quantité de matériel duquel elles ont eu envie de retravailler certains numéros. Le titre était, au départ, une blague qui s’est concrétisée.

Les auteures se partagent la scène à tour de rôle ou en duo en exploitant des thèmes qui leur sont chers. Dès les premières minutes, la table est mise. Elles nous confrontent à nos préjugés en nous faisant part de leurs expériences et des commentaires auxquels elles ont eu droit dans leur vie. Avis aux oreilles chastes, quand on parle de moule, il ne s’agit pas de gastronomie et les ciseaux ne servent pas qu’au scrapbooking.

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Dans des numéros complètement décomplexés, elles expriment énormément d’autodérision par rapport à l’identité raciale, à l’homosexualité, au rapport au temps et à la vengeance. Anna, maman d’un tout jeune enfant, vide son sac (et une bouteille de vin) sur la maternité et la réalité d’être un nouveau parent, tandis que Marie Christine avoue détester inconditionnellement les enfants, malgré son travail d’orthopédagogue dans une école primaire…

Le stand up conventionnel est entremêlé de prestations plus théâtrales où les comédiennes jouent des rôles ou exagèrent leur personnage de scène, mais toujours dans l’humour. On rit jaune, on rit gras et on rit tout court pendant le spectacle.

Il ne faudrait pas oublier de mentionner la participation de l’invitée de la soirée. À chaque représentation, une membre des Femmelettes se joindra au duo le temps d’un numéro. Ce jeudi, nous avons eu droit à une prestation de Francine Lareau qui a livré un numéro explosif. Énergique et verbomotrice, elle a su faire rire le public par d’habiles jeux de mots tout en racontant des histoires de pain et de Nasdaq. Une belle découverte.

Sur une note musicale, les comédiennes terminent le spectacle par un hip-hop délirant qui finit par clouer le bec aux derniers préjugés.

Si on ne se fie pas à l’étiquette pour acheter une bonne bouteille de vin, il faut faire de même avec La lesbienne et la noire.

Humour

Un automne d’études théâtrales

Avec l’automne, la lumière dorée, les bisous de nez froids qui donnent envie d’aller cueillir des pommes, se pointe souvent aussi un vent de nostalgie. Mettons qu’on soit nostalgique de la rentrée scolaire… À défaut de retrouver les bancs d’école, prenons place dans ceux des théâtres, et attelons-nous à l’étude des scènes montréalaises. L’automne, c’est aussi le temps des choix. Voici ceux qu’on vous propose, en forme de plans de cours.

Le cours de littérature – à tout seigneur, tout honneur – sera bien fourni cet automne. En octobre, on délaissera pour de bon les lectures légères de l’été. En effet, nous aborderons plutôt les classiques : Emma, par exemple, une production bruxelloise présentée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. D’un registre adolescent et inspirée par l’étude obligatoire de Madame Bovary de Flaubert, elle en ravivera sans doute l’intérêt. Un personnage d’un tout autre ordre fera ensuite l’objet de notre attention au Rideau Vert: l’héroïne de La Sagouine, oeuvre phare d’Antonine Maillet, toujours interprétée par sa créatrice Viola Léger et dont les 40 ans sont soulignés cette année. Puis, nous migrerons à La Chapelle pour analyser les procédés d’adaptation d’un texte de Molière mettant en scène la mythique histoire de Dom Juan; ici, « uncensored », par les créateurs du remarqué Caligula_remix de la compagnie Terre des Hommes. En novembre, retournons à la salle Fred-Barry, quoique en demeurant au XVIIe siècle, pour y apprécier les vers de Jean Racine et la grandeur des personnages déchirés de Bérénice. On finira la session au Prospero, avec La Danse de mort de Strindberg, qui nous permettra de disserter, entre autres, sur l’opposition des thèmes de l’amour et de la haine, de l’attirance et de la répulsion.

Le cours de géographie nous enverra de l’autre côté de l’océan. Tout ce qui tombe nous mènera d’abord, par la poésie de Véronique Côté, de Berlin à Budapest et en d’autres endroits encore, bien installés dans les fauteuils de la salle principale du Théâtre d’Aujourd’hui. Puis, on découvrira le visage complexe de l’Iran dans un solo proposé par l’auteur Nassim Soleimanpour et défendu chaque soir par un interprète différent, dont Sébastien Ricard, Alexis Martin et Kathleen Fortin; Lapin blanc, lapin rouge sera présenté à l’Espace libre en décembre.

Notre cours de musique se consacrera quant à lui dès la fin septembre à l’exploration de l’œuvre de Kurt Weill, compositeur de L’Opéra de Quat’sous, dans l’interprétation hétéroclite du groupe de Québec l’Orchestre d’hommes orchestres. À l’Usine C, il présentera Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles. En octobre, nous nous attacherons à l’étude comparée des propositions parallèles de l’Espace libre et de La Chapelle autour d’une composition bien connue de Schubert : sur Fullum, dans La Jeune-Fille et la mort, un quatuor à cordes dialoguera avec les départements de philo et d’arts visuels, tandis que sur Saint-Dominique, Brigitte Nielsen, seule en scène, explorera la question du vide avec La Jeune fille et la morve.

Cabaret brise-jour et autres manivelles – Usine C

D’ailleurs, puisqu’on aborde ce domaine, nous n’échapperons pas au cours de philosophie : on passera en effet le mois d’octobre à interroger l’existence, l’urbanité et la ruralité, grâce aux mots bien choisis de Fanny Britt, avec Bienveillance, à l’Espace GO. La deuxième partie de la session nous donnera l’occasion de disserter sur les concepts de la beauté et de la laideur dans la très contemporaine Obsession de la beauté, un texte de l’Américain Neil LaBute, présenté à La Licorne.

Le cours de psychologie se penchera cet automne sur l’intime, le désir, en utilisant judicieusement le support de la kinesthésie, de la sensibilité corporelle. On étudiera d’abord un cas d’érotomanie chez le personnage solitaire et passionné imaginé par Simon Boulerice dans Martine à la plage, présentée chez Denise-Pelletier. Puis, toujours en septembre, on observera comment Brigitte Haentjens traite de l’intimité d’un couple et ce que celle-ci implique de violence et d’amour, dans Ta Douleur, à La Chapelle. L’étude se poursuivra avec les Trois romances de Nicolas Cantin, qui reprendra à l’Usine C ses créations des dernières années : Grand singe, Belle manière et Mygale. On a pu voir la dernière ce printemps au FTA. Enfin, en décembre, et toujours à l’Usine C, Marie Brassard et Sarah Williams proposeront une exploration extracorporelle imaginaire et technologique dans le solo Moving in this World.

Le cours d’histoire n’est pas en reste : nous retournerons dans le Québec des années 40 avec Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, un morceau de l’univers de Michel Tremblay présenté en reprise au Théâtre Jean-Duceppe. Puis, plus loin encore, au XIXe siècle, à l’époque où nos ancêtres se nommaient Canadiens français, nous nous ferons relater La Chasse-Galerie et autres contes de Louis Fréchette, adaptés par Victor-Lévy Beaulieu et présentés en septembre et en octobre au Théâtre Denise-Pelletier. Fin novembre, début décembre, Serge Denoncourt jettera la lumière sur le règne d’un dirigeant singulier du Royaume de Suède au milieu du XVIIe siècle, Christine, la reine-garçon, animée par les mots de Michel-Marc Bouchard et incarnée par Céline Bonnier, au Théâtre du Nouveau-Monde.

Une petite récréation? Début octobre, on pourra s’amuser aux Écuries avec Paper Cut, un théâtre d’objet ludique et onirique, un morceau de l’univers de l’Israélienne Yael Rasooly. Et puis, en novembre à l’Espace libre, on jouera avec la gravité, en cadence avec le Nouveau Théâtre Expérimental, la compagnie berlinoise Circle of Eleven, et l’acrobatique Leo.

Paper Cut – Aux Écuries

Voilà une rentrée bien chargée, somme toute! Heureusement – ne vous fiez pas à ce ton didactique – nous ne gardons ici de l’école que le plaisir de la découverte. Alors, à quoi ressemblera votre session?

Théatre

Les traces de l’ours

Ça vient de Calgary. Ça se présente à l’Usine C, et ça s’appelle Lucy Lost Her Heart. Déjà, on parvient à m’intriguer. Je vous rapporte ici un petit coin de l’œuvre, en forme de personnage.

La compagnie des artistes en résidence du Theatre Junction GRAND, dirigée par Mark Lawes, se nourrit aux confluents de multiples influences : de la France à l’Alberta, du français à l’anglais, d’un métissage des formes d’arts. Voilà ce qui m’attire d’abord : ce mélange éclectique des genres, cette proposition toujours fascinante d’effacer les lignes, d’abattre ces fameuses cloisons. Il paraît d’ailleurs que du processus de création des pièces de la compagnie ont dérivé toutes sortes de projets éclectiques : des maxis ou extended play (EP), des courts-métrages, des partys. Il y a là une ébullition prometteuse!

Mark Lawes fait remarquer que la représentation théâtrale : « n’est pas un objet de consommation tangible. Il n’est pas possible de la ramener chez soi et de la poser dans son salon. Elle a une clause de collectivité et d’unicité. Éphémère et volatile, elle ne laisse derrière elle que quelques traces, ne hante que quelques pans de la mémoire pour devenir une partie intégrante de notre inconscient collectif. »* Ainsi, dans l’impalpable Lucyland qu’il a créé, les personnages résonnent avant tout de la culture de l’Ouest canadien : Pocahontas, les fourrures, les bottes et le chapeau de cow-boy, le soldat perdu, la blancheur laiteuse de la peau d’une icône religieuse…

Parmi eux, le personnage de Pierre, victime d’un accident, est resté dans un état brusque et entier de naïveté enfantine. C’est celui qui garde en espoir – en vie, peut-être – les autres personnages, prisonniers des corridors d’une mine désaffectée suite à une mystérieuse catastrophe. Interprété par l’imposant, « grizzliesque », Steve Turner, Pierre fascine, comme intemporel : c’est un homme grand et gros, à la grisonnante barbiche touffue qui, la plupart de la pièce, est assis près d’un tas de charbon, les jambes étendues, raides devant lui, à la manière d’un petit garçon. De temps en temps, il porte un chapeau de fourrure à oreilles d’ours : selon la légende, c’est lui qui serait tombé sur ce « someone hairy », cette « bête poilue » congelée dans la terre, qui permettra à ses congénères de survivre pour se conter encore d’autres histoires. De l’amas de charbon, Pierre s’affaire à en choisir des roches qu’il peint de rouge et offre en cadeau à ceux qu’il aime.

Une fois, cependant, Pierre s’insurge : il paraît qu’à la guerre, les soldats ont dû se sustenter des chats affolés qui lapaient le sang des morts. Ceci n’est pas acceptable du tout. Pour Pierre, il est indéniable que les félins demeureraient pour toujours, avec leur angoisse, dans le ventre de l’omnivore cruel. C’en est trop : Pierre doit se dissocier du soldat perdu qui se prend bizarrement pour son père. « I am not your boy », clame-t-il, poussant celui qu’il accuse à exploser en une chanson agressive et désespérée.

Intrigués, vous aussi? Il ne vous reste que deux jours pour rencontrer Pierre et les autres personnages de Lucy Lost Her Heart, présentée jusqu’au 30 mars à l’Usine C. Saurez-vous dire si l’inconscient du public montréalais sera marqué des mêmes traces que celui de Calgary?

En passant, la pièce, bilingue, est entièrement sous-titrée : on apprécie.

* Source

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La flamme bleue

Je vous raconte un petit rituel que l’on fait quelques minutes avant chacune des représentations. Monique Richard a instauré ce petit moment de concentration pour « chasser le mauvais » comme elle dit.

Donc, lorsque toute l’équipe est prête, comédiennes, musiciens et membres de l’équipe technique forment un cercle dans la loge ou en arrière-scène. Chacun frotte ses deux mains l’une contre l’autre pendant un certain temps en écoutant attentivement les consignes de Monique qui, selon l’humeur du moment, désigne à qui ou à quoi le rituel s’adresse. Exemple : « Ce soir, on joue pour l’anniversaire de Maude Laperrière! » On compte jusqu’à trois puis tout le monde lève les bras au-dessus de sa tête et secoue vigoureusement les mains devant soi rejetant ainsi au centre de nous tous le méchant, le mauvais œil.

Une fois débarrassés de ces ondes négatives, nous sommes d’attaque pour commencer la représentation.

« Tout le monde en place! Merde! »

Quelques photos exclusives des préparatifs avant Belles-Soeurs

Entrevue

Pour en apprendre davantage sur le théâtre musical Belles-Soeurs, écoutez l’entrevue qu’a donnée Marie-Thérèse Fortin à l’émission de radio suisse Dare-dare. Cliquez ICI.

Le théâtre musical Belles-Sœurs sera au Monument-National en septembre 2012. Pour plus d’information, cliquez ICI.

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Dissidents : le cri de la révolte

Des bruits, des murmures, des chiens qui aboient. Dès les premières secondes de Dissidents, l’ambiance sonore de la pièce place le spectateur dans un état d’alerte, de tension. Que se passe-t-il? Que va-t-il arriver? On se questionne. On se demande. Puis, un projecteur éclaire un homme. Il a commis un crime horrible, mais lequel? Par les mots de Philippe Ducros et la mise en scène de Patrice Dubois, Dissidents plonge le spectateur dans une profonde réflexion sur l’indignation d’un homme face à notre société actuelle.

Au début, aucun décor. Il n’y a que les projecteurs qui éclairent les personnages. Seule  la noirceur du plancher et du fond de la scène ressort. On ressent l’isolement du dissident. On dirait qu’il est dans un gouffre, un endroit d’où il est impossible de s’échapper. Trois visiteurs viendront tout à tour rendre visite à l’homme. Une femme, une jeune fille et un prétendu spécialiste du comportement. Ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour le faire parler. Ils veulent des raisons, des justifications.

Mais, le dissident mentira. Il mentira plusieurs fois pour ne pas détourner les regards de son geste, de son cri d’indignation. C’est dans cette indignation qu’on devrait déceler le message et non dans son passé ou son histoire. En s’attardant à son passé, on trouverait seulement une excuse à son geste et ce dernier serait seulement défini par sa radicalité. Cette poursuite obsessionnelle d’une justification par les trois visiteurs incite donc à se demander si ces derniers ne cherchent pas seulement une raison, qui permettrait de ne pas penser plus loin, de rejeter toute signification de ce geste, en l’enfermant dans une case tout simplement.

Dissidents place le spectateur dans cette même situation de questionnement. On voudrait savoir le passé de cet homme pour expliquer son geste. On voudrait trouver des raisons qui pourraient nous permettre de comprendre ce comportement radical. Pourtant, si l’auteur avait donné les clés du passé de cet homme, chaque spectateur aurait construit son propre raisonnement personnel pour expliquer son geste.

Dissidents - Théâtre PÀP

Le geste ne serait plus défini par son indignation, mais plutôt par la justification du parcours du dissident. À cet instant-là, ce geste deviendrait dénué de sens. C’est ce qu’on voudrait quelque part en nous. Croire que seul un fou serait capable de faire un tel crime, mais on sait qu’on pourrait être à sa place. La ligne entre l’indignation du dissident et notre propre indignation est mince. Très mince.

À travers Dissidents, Philippe Ducros et Patrice Dubois lient chaque spectateur à leur voisin par une réflexion portée sur la révolte, notre société de surconsommation et notre obsession pour le progrès. Malgré eux, le public reste dans cette réflexion tout au long de la pièce car il n’a pas la possibilité de porter un jugement précis sur l’acte commis. Le public a donc pour seul choix que de se pencher sur le geste de l’homme et la critique sociale qui en découle. Cette réflexion fait son chemin à l’intérieur de chacun par le cri de la révolte. Définitivement, une pièce à voir pour ses propos d’actualité qui nous touchent tous d’une manière ou d’une autre.

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(An) The Art of Pretending: A Contemporary Love Story

A modern twist on the classic French play by Marivaux: The Game of Love and Chance

Before I reveal my thoughts on this play, I must admit that the last time I attended a play was back in high-school where my preferred method of transportation was a yellow school bus. I saw the never-aging tale of Romeo and Juliet, surely a rite of passage for any teenager. I had always loved theatre and had even gotten to be center stage a couple of times (this stays between us), but as I grew older my interest for this art form faded… I was in for a pleasant surprise when I walked into the Centaur Theatre for the premiere of The Game of Love and Chance on March 6th.

Theatre always appeared to me to be mostly for older, sophisticated and refined people. Believe me when I say that this play surely proved me wrong; it gave a new meaning to the term “accessibility”. I LOVED every moment of this very enjoyable and unpretentious love story! I don’t even know where to begin…

The plot, although written in the 18th century, was timeless and reflected all the intricacies of today’s love stories. As a 21st century entertainment buff, I’m used to all of the twists and turns of modern day love and friendship ties brought to you by yours truly,HOLLYWOOD. As the show progressed, I found myself entwined in the complexities, deceits and musings of the characters on stage. It felt as though I was watching an episode of Gossip Girl live. Rich people deceiving one another for love (it had Chuck and Blair written all over it!).

Not only was Nicolas Billon’s adaptation of Marivaux’s play funny, witty and daring, but it was filled with an underlying, sexually comical tone that was sure to spark crowd reaction, all without losing tact of course. The humour was on point and so well delivered that you could not help but burst out laughing (to the dismay of my next-seat neighbourgh…).

The interaction between the cast members was graceful and the scene changes were seamless (Kudos to Catherine Tardiff, an eclectic choreographer who brought the stage to life with her choreographies).There was always something going on to keep the audience interested whether it was the brother’s silly candy eating habit, Bourguignon’s grandiose entrances, or the sly comments. Although all of the cast members were quite exceptional, my coup de coeur goes to Gemma James-Smith, acting as Lisette. Her ability to transfer from one role to another is captivating and her acting is inspiring.

Billon’s modern adaptation of old-fashioned theatre has left me wanting more. It’s great to see that theatre for everybody. I can certainly say that my days of theatre-going are far from over.   For more on the play, have a look at behind the scenes videos HERE, but mostly take advantage of their last week inMontreal to go see the play live before they move on to the big TO.

Théatre