Tous les articles

théâtre

gametes_733

Choix de femme

Jusqu’au 24 mars, la compagnie Les Biches Pensives présente Gamètes au théâtre La Licorne, une pièce de Rébecca Déraspe mise en scène par Sophie Cadieux.

Lou (Annie Darisse) et Aude (Dominique Leclerc), jeunes femmes dans la trentaine, sont d’inséparables amies d’enfance. Le jour où Aude apprend qu’elle attend un enfant trisomique, elle se réfugie chez Lou dans l’attente de compassion et d’une oreille attentive, mais son amie vient plutôt la confronter sur ses valeurs fondamentales. Comment peut-on se réaliser en tant que femme avec un enfant à besoin particulier?

Dans le jugement et un amour profond envers l’autre, les opinions s’entrechoquent et les discours se confrontent. Dans leur féminisme bien-pensant, elles sont pleines de contradictions. Qu’est-ce qu’être une femme accomplie aujourd’hui? En se réalisant professionnellement? En imitant les hommes? Est-ce que le rôle de mère vient détruire toute ambition de réussite sociale? Ou est-ce que le véritable accomplissement, c’est de se tenir au-dessus de « la chorale des opinions »?

gametes500

Les dialogues sont francs, tranchants et mordants. On se permet de dire tout haut des choses horribles sur la trisomie, la place des femmes, les relations amoureuses, etc. Les personnages se répondent du « tac-au-tac » avec ironie et sarcasme dans une joute verbale assez divertissante. Parce que malgré la lourdeur apparente du sujet, on rit beaucoup dans cette pièce.

Des coupures nettes dans le dialogue viennent effectuer des retours dans le temps où les comédiennes jouent également des personnages différents pour imager leur passé et nous faire comprendre de quelle façon leur identité et leur amitié se sont forgées au fil des années.

Dans un décor géométrique assez sobre tout en rose pastel qui rappelle les magazines féminins, deux chaises, deux plantes et une paire d’écouteurs constituent les seuls accessoires.

Annie Darisse et Dominique Leclerc brillent sur scène avec leur sens du comique aiguisé et nous emmènent également dans des zones beaucoup plus sombres.

On ne répond peut-être pas à toutes les questions que se posent Lou et Aude, mais c’est l’amitié qui triomphe dans Gamètes.

La pièce Gamètes est présentée au théâtre La Licorne jusqu’au 24 mars.

Théatre
IMG_6260-Modifier

Une lesbienne et une noire décomplexée

La lesbienne et la noire, titre plutôt évocateur. Vulgaire ? Simpliste ? Seulement vrai. Une dénonciation des étiquettes qu’on accole trop facilement. Marie Christine Pilotte et Anna Beaupré Moulounda présente, du 14 au 23 avril, six représentations de leur pièce hybride entre le spectacle d’humour et le théâtre à l’Espace La Risée.

Le titre m’a surprise; La lesbienne et la noire. Vraiment ? Malgré tout mon désir d’ouverture d’esprit, je suis humaine, j’ai des préjugés. J’imaginais déjà les clichés sexuels et raciaux qu’un spectacle avec un tel titre pourrait comporter. Et finalement ? Bien sûr qu’il y a des blagues de lesbienne et de noire, mais c’est tellement plus que ça.

Anna et Marie Christine font partie du collectif humoristique Les Femmelettes qui regroupe des artistes féminines de divers horizons. À chaque premier lundi du mois, elles présentent un nouveau numéro humoristique à l’Espace La Risée. Le groupe, formé par l’initiative de Marie Christine, se voulait une réponse aux boys clubs que sont les traditionnelles soirées d’humour. Depuis trois ans, les deux comédiennes ont donc accumulé une bonne quantité de matériel duquel elles ont eu envie de retravailler certains numéros. Le titre était, au départ, une blague qui s’est concrétisée.

Les auteures se partagent la scène à tour de rôle ou en duo en exploitant des thèmes qui leur sont chers. Dès les premières minutes, la table est mise. Elles nous confrontent à nos préjugés en nous faisant part de leurs expériences et des commentaires auxquels elles ont eu droit dans leur vie. Avis aux oreilles chastes, quand on parle de moule, il ne s’agit pas de gastronomie et les ciseaux ne servent pas qu’au scrapbooking.

lesbienne

Dans des numéros complètement décomplexés, elles expriment énormément d’autodérision par rapport à l’identité raciale, à l’homosexualité, au rapport au temps et à la vengeance. Anna, maman d’un tout jeune enfant, vide son sac (et une bouteille de vin) sur la maternité et la réalité d’être un nouveau parent, tandis que Marie Christine avoue détester inconditionnellement les enfants, malgré son travail d’orthopédagogue dans une école primaire…

Le stand up conventionnel est entremêlé de prestations plus théâtrales où les comédiennes jouent des rôles ou exagèrent leur personnage de scène, mais toujours dans l’humour. On rit jaune, on rit gras et on rit tout court pendant le spectacle.

Il ne faudrait pas oublier de mentionner la participation de l’invitée de la soirée. À chaque représentation, une membre des Femmelettes se joindra au duo le temps d’un numéro. Ce jeudi, nous avons eu droit à une prestation de Francine Lareau qui a livré un numéro explosif. Énergique et verbomotrice, elle a su faire rire le public par d’habiles jeux de mots tout en racontant des histoires de pain et de Nasdaq. Une belle découverte.

Sur une note musicale, les comédiennes terminent le spectacle par un hip-hop délirant qui finit par clouer le bec aux derniers préjugés.

Si on ne se fie pas à l’étiquette pour acheter une bonne bouteille de vin, il faut faire de même avec La lesbienne et la noire.

Humour

Un automne d’études théâtrales

Avec l’automne, la lumière dorée, les bisous de nez froids qui donnent envie d’aller cueillir des pommes, se pointe souvent aussi un vent de nostalgie. Mettons qu’on soit nostalgique de la rentrée scolaire… À défaut de retrouver les bancs d’école, prenons place dans ceux des théâtres, et attelons-nous à l’étude des scènes montréalaises. L’automne, c’est aussi le temps des choix. Voici ceux qu’on vous propose, en forme de plans de cours.

Le cours de littérature – à tout seigneur, tout honneur – sera bien fourni cet automne. En octobre, on délaissera pour de bon les lectures légères de l’été. En effet, nous aborderons plutôt les classiques : Emma, par exemple, une production bruxelloise présentée à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. D’un registre adolescent et inspirée par l’étude obligatoire de Madame Bovary de Flaubert, elle en ravivera sans doute l’intérêt. Un personnage d’un tout autre ordre fera ensuite l’objet de notre attention au Rideau Vert: l’héroïne de La Sagouine, oeuvre phare d’Antonine Maillet, toujours interprétée par sa créatrice Viola Léger et dont les 40 ans sont soulignés cette année. Puis, nous migrerons à La Chapelle pour analyser les procédés d’adaptation d’un texte de Molière mettant en scène la mythique histoire de Dom Juan; ici, « uncensored », par les créateurs du remarqué Caligula_remix de la compagnie Terre des Hommes. En novembre, retournons à la salle Fred-Barry, quoique en demeurant au XVIIe siècle, pour y apprécier les vers de Jean Racine et la grandeur des personnages déchirés de Bérénice. On finira la session au Prospero, avec La Danse de mort de Strindberg, qui nous permettra de disserter, entre autres, sur l’opposition des thèmes de l’amour et de la haine, de l’attirance et de la répulsion.

Le cours de géographie nous enverra de l’autre côté de l’océan. Tout ce qui tombe nous mènera d’abord, par la poésie de Véronique Côté, de Berlin à Budapest et en d’autres endroits encore, bien installés dans les fauteuils de la salle principale du Théâtre d’Aujourd’hui. Puis, on découvrira le visage complexe de l’Iran dans un solo proposé par l’auteur Nassim Soleimanpour et défendu chaque soir par un interprète différent, dont Sébastien Ricard, Alexis Martin et Kathleen Fortin; Lapin blanc, lapin rouge sera présenté à l’Espace libre en décembre.

Notre cours de musique se consacrera quant à lui dès la fin septembre à l’exploration de l’œuvre de Kurt Weill, compositeur de L’Opéra de Quat’sous, dans l’interprétation hétéroclite du groupe de Québec l’Orchestre d’hommes orchestres. À l’Usine C, il présentera Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles. En octobre, nous nous attacherons à l’étude comparée des propositions parallèles de l’Espace libre et de La Chapelle autour d’une composition bien connue de Schubert : sur Fullum, dans La Jeune-Fille et la mort, un quatuor à cordes dialoguera avec les départements de philo et d’arts visuels, tandis que sur Saint-Dominique, Brigitte Nielsen, seule en scène, explorera la question du vide avec La Jeune fille et la morve.

Cabaret brise-jour et autres manivelles – Usine C

D’ailleurs, puisqu’on aborde ce domaine, nous n’échapperons pas au cours de philosophie : on passera en effet le mois d’octobre à interroger l’existence, l’urbanité et la ruralité, grâce aux mots bien choisis de Fanny Britt, avec Bienveillance, à l’Espace GO. La deuxième partie de la session nous donnera l’occasion de disserter sur les concepts de la beauté et de la laideur dans la très contemporaine Obsession de la beauté, un texte de l’Américain Neil LaBute, présenté à La Licorne.

Le cours de psychologie se penchera cet automne sur l’intime, le désir, en utilisant judicieusement le support de la kinesthésie, de la sensibilité corporelle. On étudiera d’abord un cas d’érotomanie chez le personnage solitaire et passionné imaginé par Simon Boulerice dans Martine à la plage, présentée chez Denise-Pelletier. Puis, toujours en septembre, on observera comment Brigitte Haentjens traite de l’intimité d’un couple et ce que celle-ci implique de violence et d’amour, dans Ta Douleur, à La Chapelle. L’étude se poursuivra avec les Trois romances de Nicolas Cantin, qui reprendra à l’Usine C ses créations des dernières années : Grand singe, Belle manière et Mygale. On a pu voir la dernière ce printemps au FTA. Enfin, en décembre, et toujours à l’Usine C, Marie Brassard et Sarah Williams proposeront une exploration extracorporelle imaginaire et technologique dans le solo Moving in this World.

Le cours d’histoire n’est pas en reste : nous retournerons dans le Québec des années 40 avec Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges, un morceau de l’univers de Michel Tremblay présenté en reprise au Théâtre Jean-Duceppe. Puis, plus loin encore, au XIXe siècle, à l’époque où nos ancêtres se nommaient Canadiens français, nous nous ferons relater La Chasse-Galerie et autres contes de Louis Fréchette, adaptés par Victor-Lévy Beaulieu et présentés en septembre et en octobre au Théâtre Denise-Pelletier. Fin novembre, début décembre, Serge Denoncourt jettera la lumière sur le règne d’un dirigeant singulier du Royaume de Suède au milieu du XVIIe siècle, Christine, la reine-garçon, animée par les mots de Michel-Marc Bouchard et incarnée par Céline Bonnier, au Théâtre du Nouveau-Monde.

Une petite récréation? Début octobre, on pourra s’amuser aux Écuries avec Paper Cut, un théâtre d’objet ludique et onirique, un morceau de l’univers de l’Israélienne Yael Rasooly. Et puis, en novembre à l’Espace libre, on jouera avec la gravité, en cadence avec le Nouveau Théâtre Expérimental, la compagnie berlinoise Circle of Eleven, et l’acrobatique Leo.

Paper Cut – Aux Écuries

Voilà une rentrée bien chargée, somme toute! Heureusement – ne vous fiez pas à ce ton didactique – nous ne gardons ici de l’école que le plaisir de la découverte. Alors, à quoi ressemblera votre session?

Théatre

Les traces de l’ours

Ça vient de Calgary. Ça se présente à l’Usine C, et ça s’appelle Lucy Lost Her Heart. Déjà, on parvient à m’intriguer. Je vous rapporte ici un petit coin de l’œuvre, en forme de personnage.

La compagnie des artistes en résidence du Theatre Junction GRAND, dirigée par Mark Lawes, se nourrit aux confluents de multiples influences : de la France à l’Alberta, du français à l’anglais, d’un métissage des formes d’arts. Voilà ce qui m’attire d’abord : ce mélange éclectique des genres, cette proposition toujours fascinante d’effacer les lignes, d’abattre ces fameuses cloisons. Il paraît d’ailleurs que du processus de création des pièces de la compagnie ont dérivé toutes sortes de projets éclectiques : des maxis ou extended play (EP), des courts-métrages, des partys. Il y a là une ébullition prometteuse!

Mark Lawes fait remarquer que la représentation théâtrale : « n’est pas un objet de consommation tangible. Il n’est pas possible de la ramener chez soi et de la poser dans son salon. Elle a une clause de collectivité et d’unicité. Éphémère et volatile, elle ne laisse derrière elle que quelques traces, ne hante que quelques pans de la mémoire pour devenir une partie intégrante de notre inconscient collectif. »* Ainsi, dans l’impalpable Lucyland qu’il a créé, les personnages résonnent avant tout de la culture de l’Ouest canadien : Pocahontas, les fourrures, les bottes et le chapeau de cow-boy, le soldat perdu, la blancheur laiteuse de la peau d’une icône religieuse…

Parmi eux, le personnage de Pierre, victime d’un accident, est resté dans un état brusque et entier de naïveté enfantine. C’est celui qui garde en espoir – en vie, peut-être – les autres personnages, prisonniers des corridors d’une mine désaffectée suite à une mystérieuse catastrophe. Interprété par l’imposant, « grizzliesque », Steve Turner, Pierre fascine, comme intemporel : c’est un homme grand et gros, à la grisonnante barbiche touffue qui, la plupart de la pièce, est assis près d’un tas de charbon, les jambes étendues, raides devant lui, à la manière d’un petit garçon. De temps en temps, il porte un chapeau de fourrure à oreilles d’ours : selon la légende, c’est lui qui serait tombé sur ce « someone hairy », cette « bête poilue » congelée dans la terre, qui permettra à ses congénères de survivre pour se conter encore d’autres histoires. De l’amas de charbon, Pierre s’affaire à en choisir des roches qu’il peint de rouge et offre en cadeau à ceux qu’il aime.

Une fois, cependant, Pierre s’insurge : il paraît qu’à la guerre, les soldats ont dû se sustenter des chats affolés qui lapaient le sang des morts. Ceci n’est pas acceptable du tout. Pour Pierre, il est indéniable que les félins demeureraient pour toujours, avec leur angoisse, dans le ventre de l’omnivore cruel. C’en est trop : Pierre doit se dissocier du soldat perdu qui se prend bizarrement pour son père. « I am not your boy », clame-t-il, poussant celui qu’il accuse à exploser en une chanson agressive et désespérée.

Intrigués, vous aussi? Il ne vous reste que deux jours pour rencontrer Pierre et les autres personnages de Lucy Lost Her Heart, présentée jusqu’au 30 mars à l’Usine C. Saurez-vous dire si l’inconscient du public montréalais sera marqué des mêmes traces que celui de Calgary?

En passant, la pièce, bilingue, est entièrement sous-titrée : on apprécie.

* Source

Théatre

La flamme bleue

Je vous raconte un petit rituel que l’on fait quelques minutes avant chacune des représentations. Monique Richard a instauré ce petit moment de concentration pour « chasser le mauvais » comme elle dit.

Donc, lorsque toute l’équipe est prête, comédiennes, musiciens et membres de l’équipe technique forment un cercle dans la loge ou en arrière-scène. Chacun frotte ses deux mains l’une contre l’autre pendant un certain temps en écoutant attentivement les consignes de Monique qui, selon l’humeur du moment, désigne à qui ou à quoi le rituel s’adresse. Exemple : « Ce soir, on joue pour l’anniversaire de Maude Laperrière! » On compte jusqu’à trois puis tout le monde lève les bras au-dessus de sa tête et secoue vigoureusement les mains devant soi rejetant ainsi au centre de nous tous le méchant, le mauvais œil.

Une fois débarrassés de ces ondes négatives, nous sommes d’attaque pour commencer la représentation.

« Tout le monde en place! Merde! »

Quelques photos exclusives des préparatifs avant Belles-Soeurs

Entrevue

Pour en apprendre davantage sur le théâtre musical Belles-Soeurs, écoutez l’entrevue qu’a donnée Marie-Thérèse Fortin à l’émission de radio suisse Dare-dare. Cliquez ICI.

Le théâtre musical Belles-Sœurs sera au Monument-National en septembre 2012. Pour plus d’information, cliquez ICI.

Théatre

Dissidents : le cri de la révolte

Des bruits, des murmures, des chiens qui aboient. Dès les premières secondes de Dissidents, l’ambiance sonore de la pièce place le spectateur dans un état d’alerte, de tension. Que se passe-t-il? Que va-t-il arriver? On se questionne. On se demande. Puis, un projecteur éclaire un homme. Il a commis un crime horrible, mais lequel? Par les mots de Philippe Ducros et la mise en scène de Patrice Dubois, Dissidents plonge le spectateur dans une profonde réflexion sur l’indignation d’un homme face à notre société actuelle.

Au début, aucun décor. Il n’y a que les projecteurs qui éclairent les personnages. Seule  la noirceur du plancher et du fond de la scène ressort. On ressent l’isolement du dissident. On dirait qu’il est dans un gouffre, un endroit d’où il est impossible de s’échapper. Trois visiteurs viendront tout à tour rendre visite à l’homme. Une femme, une jeune fille et un prétendu spécialiste du comportement. Ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour le faire parler. Ils veulent des raisons, des justifications.

Mais, le dissident mentira. Il mentira plusieurs fois pour ne pas détourner les regards de son geste, de son cri d’indignation. C’est dans cette indignation qu’on devrait déceler le message et non dans son passé ou son histoire. En s’attardant à son passé, on trouverait seulement une excuse à son geste et ce dernier serait seulement défini par sa radicalité. Cette poursuite obsessionnelle d’une justification par les trois visiteurs incite donc à se demander si ces derniers ne cherchent pas seulement une raison, qui permettrait de ne pas penser plus loin, de rejeter toute signification de ce geste, en l’enfermant dans une case tout simplement.

Dissidents place le spectateur dans cette même situation de questionnement. On voudrait savoir le passé de cet homme pour expliquer son geste. On voudrait trouver des raisons qui pourraient nous permettre de comprendre ce comportement radical. Pourtant, si l’auteur avait donné les clés du passé de cet homme, chaque spectateur aurait construit son propre raisonnement personnel pour expliquer son geste.

Dissidents - Théâtre PÀP

Le geste ne serait plus défini par son indignation, mais plutôt par la justification du parcours du dissident. À cet instant-là, ce geste deviendrait dénué de sens. C’est ce qu’on voudrait quelque part en nous. Croire que seul un fou serait capable de faire un tel crime, mais on sait qu’on pourrait être à sa place. La ligne entre l’indignation du dissident et notre propre indignation est mince. Très mince.

À travers Dissidents, Philippe Ducros et Patrice Dubois lient chaque spectateur à leur voisin par une réflexion portée sur la révolte, notre société de surconsommation et notre obsession pour le progrès. Malgré eux, le public reste dans cette réflexion tout au long de la pièce car il n’a pas la possibilité de porter un jugement précis sur l’acte commis. Le public a donc pour seul choix que de se pencher sur le geste de l’homme et la critique sociale qui en découle. Cette réflexion fait son chemin à l’intérieur de chacun par le cri de la révolte. Définitivement, une pièce à voir pour ses propos d’actualité qui nous touchent tous d’une manière ou d’une autre.

Théatre

(An) The Art of Pretending: A Contemporary Love Story

A modern twist on the classic French play by Marivaux: The Game of Love and Chance

Before I reveal my thoughts on this play, I must admit that the last time I attended a play was back in high-school where my preferred method of transportation was a yellow school bus. I saw the never-aging tale of Romeo and Juliet, surely a rite of passage for any teenager. I had always loved theatre and had even gotten to be center stage a couple of times (this stays between us), but as I grew older my interest for this art form faded… I was in for a pleasant surprise when I walked into the Centaur Theatre for the premiere of The Game of Love and Chance on March 6th.

Theatre always appeared to me to be mostly for older, sophisticated and refined people. Believe me when I say that this play surely proved me wrong; it gave a new meaning to the term “accessibility”. I LOVED every moment of this very enjoyable and unpretentious love story! I don’t even know where to begin…

The plot, although written in the 18th century, was timeless and reflected all the intricacies of today’s love stories. As a 21st century entertainment buff, I’m used to all of the twists and turns of modern day love and friendship ties brought to you by yours truly,HOLLYWOOD. As the show progressed, I found myself entwined in the complexities, deceits and musings of the characters on stage. It felt as though I was watching an episode of Gossip Girl live. Rich people deceiving one another for love (it had Chuck and Blair written all over it!).

Not only was Nicolas Billon’s adaptation of Marivaux’s play funny, witty and daring, but it was filled with an underlying, sexually comical tone that was sure to spark crowd reaction, all without losing tact of course. The humour was on point and so well delivered that you could not help but burst out laughing (to the dismay of my next-seat neighbourgh…).

The interaction between the cast members was graceful and the scene changes were seamless (Kudos to Catherine Tardiff, an eclectic choreographer who brought the stage to life with her choreographies).There was always something going on to keep the audience interested whether it was the brother’s silly candy eating habit, Bourguignon’s grandiose entrances, or the sly comments. Although all of the cast members were quite exceptional, my coup de coeur goes to Gemma James-Smith, acting as Lisette. Her ability to transfer from one role to another is captivating and her acting is inspiring.

Billon’s modern adaptation of old-fashioned theatre has left me wanting more. It’s great to see that theatre for everybody. I can certainly say that my days of theatre-going are far from over.   For more on the play, have a look at behind the scenes videos HERE, but mostly take advantage of their last week inMontreal to go see the play live before they move on to the big TO.

Théatre

Midsummer : l’amour folk

Midsummer, c’est l’histoire improbable d’Helena et Bob. Elle, est une avocate toujours à la poursuite de relations vouées à l’échec. Lui, est un poète raté faisant des magouilles avec des truands d’Édimbourg. Ils ont tous les deux 35 ans et tout les sépare dans la vie. Ils partageront leur intimité le temps d’une soirée. C’est ce qu’ils avaient convenu. Pourtant, le destin aura d’autres plans pour ces deux êtres aux antipodes qui vivront, durant le solstice d’été, une journée inattendue leur offrant la  possibilité de vivre autrement.

On avait déjà vu Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant jouer ensemble. C’était dans le film Borderline. Elle, incarnait le personnage de Kiki, une jeune femme écorchée  par la vie tandis que lui, jouait le rôle d’un pâtissier timide épris de cette dernière. La chimie des deux acteurs était indéniable à l’écran. Pour notre plus grand bonheur, on peut retrouver cette même chimie entre Blais et Brillant sur scène. Leur complicité transparaît autant dans leurs répliques que dans leur gestuelle. Dans cette comédie, Isabelle Blais fait preuve d’une énergie à toute épreuve tout comme son partenaire. Le duo joue avec conviction les folles péripéties d’Helena et Bob qui font vivre aux spectateurs des situations plus cocasses les unes que les autres. On peut même parfois s’y reconnaître ou du moins, on aimerait bien s’y reconnaître le temps d’une soirée. Ici, mention spéciale à la scène du bondage japonais qui ne peut que vous faire éclater de rire.

Le décor de cette comédie folk est intimiste et épuré, un peu à l’image du style musical exploité. On peut apercevoir sur la scène deux guitares, deux chaises, une table, une bouteille d’alcool, quelques vêtements et un paravent qui laisse entrevoir quelques éléments, qui serviront tout au long de la pièce. Un rideau rouge bourgogne couvre le fond. Dès la minute qu’on observe les éléments du décor, la pièce est entamée. On rentre dans l’univers de Midsummer. Le décor de la pièce nous rappelle l’intimité d’une chambre à coucher. Cette chambre où l’on se dénude sans gêne, où l’on se retrouve souvent face à soi-même. C’est dans ce décor propice aux révélations que l’on découvrira l’histoire d’Helena et Bob.

Composée par Gordon McIntyre, la musique folk fait partie intégrante de Midsummer. Ici, on ne parle pas de comédie musicale. N’étant pas l’essence du spectacle, les chansons sont plutôt des parties chantées du scénario. Elles ont cette capacité de révéler davantage au public la nature des réflexions intérieures d’Helena et Bob dans leur univers parfois mélancolique et souvent très comique. Les spectateurs auront le plaisir d’entendre les voix d’Isabelle Blais et de Pierre-Luc Brillant, qui se prêtent parfaitement au style folk. Il faut dire que pour ces derniers, la musique est une passion tout aussi forte que le jeu. Les deux acteurs font partie de groupes de musique depuis plusieurs années. Au courant de l’année, tous les deux sortiront un nouvel album avec leur groupe respectif.

Avec Midsummer, Philippe Lambert signe une mise en scène touchante qui s’accorde avec justesse aux mots vivants et dynamiques d’Olivier Choinière. Cette réflexion sur la portée de nos choix nous rappelle qu’il est toujours possible de recommencer. Il suffit parfois de dire oui et d’ouvrir par ce mot d’apparence si simple les portes inespérées de la liberté.

Théatre
Les-Liens-fraternels

Les liens fraternels

Je vous entretiens ici d’une autre belle soirée de février, nuit de première. Nous étions au Prospero pour voir Frères, la pièce de Francesco Silvestri, mise en scène par Luce Pelletier. Alors, j’en évoque un petit moment pour vous : un échange simple et poignant entre les deux personnages.

Dans le petit hall chaleureux du théâtre, une cohue un peu fébrile se pressait, avec force clins d’yeux mondains, bises et poignées de mains, échangés cordialement  parmi la foule d’initiés. Quand on a ouvert les portes, nous avons trottiné, vers les gradins. On prit place, la salle était comble. Les spectateurs, camarades ou observateurs, créaient un bourdonnement d’attente enjouée ; les membres de l’équipe s’élaboraient des sourires nerveux quand ils croisaient leurs connaissances. Sur la petite scène, des centaines de courts rubans de couleurs vives – jaunes, orange, roses, bleus, verts noués, en plein de rayures hérissées, autour de meubles drabes. Et puis, il y en avait aussi, de ces petites faveurs, le long d’un assemblage de brins de laine tendus, jusqu’en haut, jusqu’à cour et jusqu’à jardin, pour faire les murs. Figurez-vous, mettons, une toile d’araignée, mais en joyeux et chaotique. L’éclairage tomba.

C’était une chambre d’hôpital. Par les fenêtres ouvertes, on entendait parfois le timbre d’une cloche, quelque chant d’allégresse : « alléluia » , indices de la messe qui se tenait dans une chapelle tout à côté. Sans doute les deux bâtiments partageaient-ils une cour un peu sèche et sujette aux tourbillons de vent. Là-dedans, dans cette chambre, un frère, le grand, bien qu’il soit comme resté enfant, s’occupait de l’autre, rendu mutique par une trop grande douleur physique, semblait-il. Le grand frère – presque intarissable, bavardant, fredonnant, contant – prenait le petit dans ses bras, et opérait les déplacements coutumiers des visites quotidiennes. Parfois, le malade, pourtant manipulé avec application, percevait une douleur plus aiguë : sa bouche s’ouvrait, grimaçante, sans son. Alors, son frère, prévenu, arrêtait son soliloque et entourait le pauvre corps de toute son affection. Et il s’exclamait, doucement : « C’est fini… C’est fini. » Il rassurait son petit frère.

Et puis il le lavait, simplement, sans peut-être même se rendre compte, dans sa candeur, de l’extrême vulnérabilité du condamné.

C’est donc (depuis le 21 février) jusqu’au 10 mars que le Théâtre de l’Opsis présentait au public montréalais cette pièce, humaine et douce. Et vous, qui l’avez  vue, (chuchotons, là) avez-vous reniflé? Et puis, en passant, avez-vous assisté,  l’année passée, ou assisterez-vous, la saison prochaine, à une autre tranche du cycle italien de la compagnie – Bar?

Théatre