Lorsqu’un androïde a des rêves

La 46e édition du Festival du Nouveau Cinéma a été lancée le 4 octobre dernier, avec la première du nouveau film tant attendu de Denis Villeneuve : Blade Runner 2049.

La suite du maintenant célèbre film culte Blade Runner était très attendue et l’ambiance à la Place des arts était survoltée. Après les discours et remerciements des organisateurs et programmeurs du festival et de Pierre-Karl Péladeau en personne, c’était au tour de Denis Villeneuve de prendre la parole. Nous souhaitant un bon film, il a eu droit à une ovation spontanée, montrant clairement l’excitation qui régnait dans la salle.

Blade Runner est un classique de science-fiction. Il a su, à son époque et surtout suite à la sortie du director’s cut en 1992 définir le genre et le façonner selon certains critères que plusieurs autres films adopteront par la suite. L’ambiance y est glauque et teintée d’une inquiétante étrangeté. On va se le dire franchement, ce n’est pas du tout un film grand public.

Il faut absolument avoir cela en tête en allant voir Blade Runner 2049. Il faut également avoir vu le premier volet. Il est important de noter qu’il s’agit bel et bien d’une suite, et non pas d’un remake ou d’un remaniement de l’univers dystopique proposé par Ridley Scott. Il existe un lien intrinsèque entre les deux volets. Blade Runner 2049 a lieu 30 ans après le premier film. Bien que nous ayons droit à un nouveau protagoniste comme meneur d’action (Ryan Gosling), nous retrouvons aussi Deckard (Harrison Ford). C’est donc tout un défi pour Denis Villeneuve de prendre le flambeau de cette oeuvre culte de Ridley Scott. Plusieurs, lui le premier, craignaient que le film soit une piètre reproduction de ce qui a tant marqué dans le premier opus.

C’est loin d’être le cas.

Le spectateur suit l’histoire de K (Ryan Gosling), un blade runner. Ceux-ci ont pour mission de mettre hors service les réplicants Nexus, une ancienne génération de robots qui est devenue un peu trop humaine au goût des autorités. Pourtant, K est lui-même un réplicant. Au cours d’une mission qu’il croyait comme les autres, il ouvrira une boite de pandore qui aura la possibilité de changer le cours de l’histoire. Je ne vous en dis pas plus, question de ne pas gâcher le plaisir!

Denis a un style bien à lui, qu’il a su raffiné au fil du temps. Les connaisseurs remarqueront son rythme et ses traditions. La présence de la neige, par exemple, ou alors l’exploitation de l’environnement sonore. D’ailleurs, la direction artistique est à couper le souffle. La présence de plusieurs climats et environnements différents permet au film d’exploiter plusieurs esthétiques qui servent l’ambiance insolite de 2049. Ryan Gosling cambre très bien le rôle de K, au côté d’un Harrison Ford égal à lui-même. Peut-être aurait-il fallu définir plus amplement la quête de Niander Wallace, le personnage campé par Jared Leto, afin de pouvoir bien en comprendre la profondeur et les enjeux. D’ailleurs, quelques sentiers empruntés dans le film donnent l’impression qu’une suite serait possible…l’avenir nous le dira!

Les fervents admirateurs trouveront peut-être le film un peu trop  »américanisé » à leur goût, mais force est d’admettre que Denis Villeneuve a fait un travail incroyable. Sans être la copie du style de Ridley Scott, il a su garder le triste sinistre qui se dégageait du premier film tout en y ajoutant sa couleur. Il a rendu Blade Runner 2049 un peu plus grand public que le premier, certes, mais il faut également comprendre que le genre a évolué avec le temps. Je crois qu’il s’agit d’une suite logique, quoique peut-être un peu moins biblique et philosophique que le premier opus. Il est certain que la communauté Sci-Fi doit avoir bien hâte de voir ce qu’il fera avec Dune, un autre film culte du genre. Gageons qu’on ne sera pas déçu.

Galerie photo: Marie-Claude Brault