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Les petits deviennent des grands

C’est le printemps. Bientôt l’été. Bientôt les Francofolies, le Festival international de Jazz ou le Festival Nuits d’Afrique. Bientôt les spectacles en plein air, les jupes flottantes et la légèreté des nuits plus longues. En attendant c’est le printemps et Montréal se dévoile.

À chaque saison, ses festivals. Ce mois d’avril voit battre son plein le Festival Vue sur la Relève qui en est à sa 17e édition. Relève. La fierté du lendemain. Le cœur des futurs incontournables. Vous savez, les artistes consacrés, avant de l’être, incarnaient eux aussi la relève. Devant vous, public à l’affût et exigeant.  Ils furent jeunes et maladroits, mettant leur confiance en vous, public, néanmoins, amoureux. Voilà ce que propose ce festival. Un regard sur les premiers battements d’ailes de jeunes créateurs francophones – du Québec et d’ailleurs – qui ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse s’envoler. Pendant près d’un mois, on leur offre une tribune d’expression, une scène, une voix. Danse, théâtre ou musique, la programmation du Festival est riche et fera plus d’un heureux, cher public amené à devenir fidèle. C’est également un moyen pour ces jeunes artistes en début de carrière de se mériter une place dans le milieu culturel, de rencontrer les professionnels et d’amener leurs créations là où ils l’ont toujours souhaité, je le suppose.

Danser avec les morts

Mardi dernier, au MAI (Montréal, Arts Interculturels), je me suis laissée tenter par Apariciones, proposé par la Compania Danza y Arte Escénico qui nous vient du Mexique. Un spectacle puisant son inspiration dans la traditionnelle Fête des morts au Mexique. Suivi par la pièce Au bord de l’os conçue par Aurélie Galibourg de la compagnie Désuète.

Deux spectacles, deux manières de côtoyer la mort, de l’apprivoiser. Le premier offre une vision mélangeant l’épouvante à une ambiance joyeuse. La mort est un ami qui marche sur nos pas, pourquoi ne pas faire plus ample connaissance? Au bord de los traduit plutôt l’idée que la mort n’est pas une fin en soi et que les êtres chers sont encore présents jusqu’à l’ultime moment où on les laisse partir. Deux réflexions posées dans des décors évocateurs, colorées pour Apariciones  et plus sombres pour Au bord de l’os.

D’ailleurs, dans le cadre du projet Ganas de Vivir en collaboration avec les sœurs Schmutt, la Compana Danza y Arte Escénico fut présente ce dernier samedi 14 avril au Théâtre Outremont pour un spectacle, également, sur la thématique de la mort.

Le Festival Vue sur la Relève n’est pas terminé, loin de là. Il nous reste une grosse semaine pour découvrir de nouveaux talents. Profitez des beaux jours, invitez la jeune fille ou le jeune homme qui ne quitte plus vos pensées, voir un magnifique show de danse. Cela fait toujours son effet. Le plaisir va durer jusqu’au 21 avril. Pour prendre connaissance de la programmation si ce n’est déjà fait, cliquez ici.

Pour ma part, je compte aller me gâter.

Danse

Pourquoi pas l’opéra?

Jeudi dernier, 8 mars, on m’a fait un cadeau. J’ai demandé une faveur et on me l’a accordée. J’ai eu le privilège d’assister à une répétition de Rossini et ses muses : le grand dîner, un projet de l’Atelier lyrique de  l’Opéra de Montréal présenté en collaboration avec les finissants de l’École nationale de théâtre, à laquelle même les journalistes n’étaient pas invités.

Je confesserai d’entrée de jeu que je ne suis une fin connaisseuse de rien, que j’ai par contre une grande curiosité pour beaucoup de choses. En culture, je veux dire, principalement. J’ai évidemment certaines préférences, comme tout le monde, et quelques secrets, aussi. La première fois que j’ai vu un opéra, j’avais à peine 15 ans. Et j’ai aimé ça.

Regardez un peu dans votre entourage. Questionnez-vous sur vos préférences. Aimez-vous l’opéra? L’admettriez-vous publiquement? Connaissez-vous beaucoup de gens qui clament haut et fort leur affection pour l’art lyrique? Il faut bien se rendre à l’évidence : non

D’un autre côté, je suis certaine que vous connaissez au moins les célèbres paroles : « Je ris de me voir si belle en ce miroir ». Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’il n’y a pas que La Castafioredans Tintin qui chante ça! C’est en fait un des airs les plus connus de Faust, un opéra de Charles Gounod, créé en 1859 à Paris (un tuyau, comme ça : cet opéra sera présenté en mai prochain à la Place des Arts). Je mettrais aussi ma main au feu que vous avez déjà entendu ou même : fredonné un air du Barbier de Séville (« Figaro ») ou de Carmen (« L’amour est un oiseau rebelle »). Allez, avouez. N’ayez pas honte. Soyez-en fiers!

Évidemment, ces airs populaires d’opéra sont souvent arrivés à nos oreilles par le biais de campagnes publicitaires vantant les mérites de tel ou tel produit. Il n’en demeure pas moins qu’ils font partie d’une culture trop souvent qualifiée d’hermétique qui recèle des trésors d’écriture et de composition, des perles de mélodies qui valent la peine qu’on s’y attarde davantage. Au 19e siècle, l’opéra était aussi populaire que le cinéma aujourd’hui!

Jeudi dernier, donc, on m’a reçue à la pré-générale de Rossini et ses muses : le grand dîner. Il y avait là la distribution et l’équipe de concepteurs. Et moi. Après avoir révisé rapidement quelques scènes imparfaites aux yeux de la metteure en scène, les chanteurs m’ont offert un enchaînement complet du spectacle qui serait présenté en première le samedi soir. Salut compris!

L’œuvre en deux actes présente un amalgame des pièces des opéras les plus célèbres du prolifique maître italien – il composa près de 40 opéras en moins de 20 ans –,  sacré plus grand compositeur vivant à 23 ans. Ce collage constitue une belle entrée en matière pour qui souhaiterait s’initier à l’opéra ou, du moins, à l’œuvre de Rossini. En plus d’être à une fraction du prix des productions présentées à Wilfrid-Pelletier, la découverte permet d’entendre les stars de l’art vocal de demain.

Alors que j’assistais, il y a quelques années, à une visite des coulisses en compagnie de Pierre Dufour, directeur général de l’Opéra de Montréal, j’ai été surprise d’apprendre que l’opéra est un art jeune, très jeune : à peine 400 ans. En cette ère où la profusion des genres fait loi quand on parle de spectaculaire, l’opéra m’apparaît en 2012 comme un art total, là où tout est permis, possible, où tout est grandiose : musique, d’abord, chant, pour ne pas dire performance vocale, ensuite, danse parfois, puis décors, costumes, éclairages, projections… Une production coûte plusieurs centaines de milliers de dollars. Une place pour y assister ne vaut que quelques heures de travail. Et ça vaut le coût. Au moins d’essayer. Je vous le garantis.

Au Monument-National ce soir, 15 mars, 19 h 30, et samedi, 17 mars, 19 h 30.

Distribution

Isaiah Bell : ténor
Karine Boucher : soprano
Tina T. Y. Chang : pianiste
Frédérique Drolet : soprano
Emma Parkinson : mezzo-soprano
Jean-Michel Richer : baryton
Tomislav Lavoie : basse (artiste invité)

Conception

Scénario et mise en scène : Marie-Nathalie Lacoursière
Costumes : Laurence Gagnon
Décors : Diana Uribe
Éclairages : Francis Hamel
Accessoires : Alain Jenkins
Préparation musicale : Claude Webster

Juste comme ça : l’Opéra de Montréal lance sa saison 2012-2013 le 4 avril prochain.

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