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Mondes oniriques

Toujours à la recherche des activités les plus insolites à Montréal, je me suis retrouvé, samedi dernier, au Centre Phi pour l’exposition Mondes oniriques. Troisième volet de la série Sensory Stories, débutée en 2015, l’exposition immersive propose de découvrir différentes applications de la réalité numérique, qu’elles soient ludiques, artistiques ou quelque part entre les deux. J’ai eu la chance d’essayer la réalité virtuelle à plusieurs reprises et je dois avouer que j’ai été charmé par cette exposition! Je ne peux que vous la recommander.

En bref, l’espace est divisé en douze postes. Chacun propose une expérience différente en lien avec la réalité virtuelle ou les technologies immersives. Si certains postes ne permettent d’accueillir qu’un seul participant à la fois, d’autres permettent d’accueillir jusqu’à quatre personnes en simultané. Peu importe la quantité de participants admissibles, il y a toujours un membre de l’équipe du Centre Phi (tous très sympathiques d’ailleurs!) qui est là pour vous accompagner afin de s’assurer que vous profitiez au maximum de l’exposition.

Ainsi, j’ai pu vivre toutes sortes d’expériences : j’ai été un astronaute qui doit réparer la station spatiale internationale, un arbre qui pousse au milieu de la forêt amazonienne, un enquêteur du futur, le témoin d’une relation amoureuse, un artiste daltonien pour ne vous nommer que quelques expériences! Sans trop vouloir vous en révéler, je peux dire que certaines expériences m’ont bluffé. En effet, mon odorat a été sollicité, j’ai eu une sensation de vertige, j’ai vécu de l’angoisse, j’ai rigolé et je me suis questionné sur mon rapport à la réalité.

Mon seul regret est d’avoir dû quitter sans pouvoir faire tous les postes! En effet, si on veut profiter pleinement de l’exposition, il faut prévoir un bon après-midi complet. Entre l’attente pour certains postes, les pauses nécessaires entre chaque expérience pour éviter les malaises (certaines expériences sont plutôt déroutantes) et la durée de certaines immersions, on ne voit pas le temps passer!

Vous avez tous les jours (sauf le lundi) jusqu’au 16 décembre pour profiter de l’exposition Mondes Oniriques. Si jamais vous y faites un tour, vous m’y croiserez peut-être à essayer les immersions que je n’ai pu faire lors de mon passage samedi. Et si c’est le cas, n’hésitez pas à me demander d’essayer une expérience virtuelle collective avec moi; ce sera avec plaisir!

 

 

Arts Médiatiques
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Ce que l’on voit lorsqu’on ne voit plus

Entrevue et texte par Isabelle Benoit pour le Centre Phi.

«Être humain ce n’est pas de voir, c’est d’aimer.» — John Hull

Notes on Blindness: Into Darkness est le récit multisensoriel d’un voyage au cœur de la cécité, certes, mais c’est surtout un voyage au coeur de l’émotion. Rencontre avec Arnaud Colinard, l’un des producteurs de l’œuvre.

L’œuvre immersive Notes on Blindness: Into Darkness plonge le visiteur dans la progressive cécité de l’écrivain et universitaire John Hull, une cécité qui atteindra son apogée en 1983. Hull a généré plus de seize heures d’enregistrements documentant ses sensations et perceptions. C’est ce matériel original, échelonné sur trois ans, qui a donné naissance à un long métrage et à l’expérience de réalité virtuelle présentée dans le cadre de l’exposition Sensory Stories. Or, au-delà du tragique du récit de John Hull, c’est une véritable bouffée d’humanité que nous donne à vivre l’œuvre.

«Quand on a développé ce projet, on savait qu’on avait une matière vraiment passionnante, extrêmement riche et précieuse, explique Arnaud Colinard, l’un des producteurs de l’œuvre. L’un des objectifs que l’on s’était donnés était donc d’en faire un projet émouvant. Or, souvent, les interfaces des œuvres numériques font qu’on a du mal à émouvoir notre public. Ce sont des médias qui ne sont pas aussi faciles à approcher que des films ou des livres, par exemple. Mais, ce que permet la réalité virtuelle, c’est qu’une fois le casque placé sur les yeux les choses se font de manière simple et intuitive, et c’est là l’une de ses forces par rapport aux autres formes de création numérique.»

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Symbiose multisensorielle

L’œuvre n’est donc pas une œuvre contemplative, mais bien une œuvre qui se vit, tantôt par le regard (à travers les yeux encore légèrement voyants de Hull), tantôt par l’ouïe, mais toujours dans une symbiose multisensorielle d’une grande intensité. On passe d’une multitude de points bleus suggérant des formes humaines (la famille de Hull en l’occurrence) à une blafarde trace de pas dans la neige, jusqu’à – lorsqu’il a complètement perdu la vue – une faible lumière dans une mer d’encre. Le visiteur ainsi immergé dans le monde de John Hull suit les événements vécus par celui-ci, de la découverte de la maladie, jusqu’à la cécité totale, en passant par les différents stades psychologiques et émotifs inhérents au deuil de sa vue: de la panique, à l’émerveillement auditif. L’ouïe joue, bien entendu, un rôle de premier plan dans l’expérience vécue par le visiteur. Celui-ci peut d’ailleurs être surpris de percevoir certains sons avec autant d’acuité, de manière si claire, si intense, lorsque la vision, sans conteste notre sens le plus «exploité», laisse place aux autres sensations, souvent secondaires. Il apparaît alors une réalité tout autre, belle, riche et intense. D’ailleurs, il n’est pas rare, comme le mentionne Arnaud Colinard, que quelques larmes soient versées.

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Une odyssée émotionnelle

La réalité à laquelle accède le visiteur lors de l’expérience est une réalité complexe et difficile à faire vivre autrement que via les technologies immersives: «Au début, c’était un projet uniquement audio, mais très vite, nous avons constaté que les voyants avaient beaucoup de mal à focaliser sur l’expérience lorsqu’il n’y avait pas d’éléments visuels. C’est à ce moment que l’on a cherché à représenter ce monde acoustique dont parle John Hull, et le projet a basculé vers une version en réalité virtuelle qui est devenue le centre de l’expérience.» Cette perte de la vue est donc vécue par procuration, chacun y projetant ses propres insécurités, émotions et perspectives, générant, du même coup, autant de visions de l’expérience que de participants. Les visiteurs découvrent aussi la force de John Hull: une résilience des plus inspirantes.

Notes on Blindness: Into Darkness (par Arnaud Colinart, Amaury La Burthe, Peter Middleton et James Spinney) est présentée au Centre Phi dans le cadre de l’exposition Sensory Stories: donner corps au récit à l’ère numérique jusqu’au 21 août.

 

 

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