21 Balançoires : elles sont de retour!

À pareille date l’an dernier, 21 BALANÇOIRES étaient en phase d’installation sur la Promenade des artistes. Aujourd’hui bien connu, cet espace urbain situé le long de l’axe Maisonneuve et Président-Kennedy achevait à peine d’être construit après plusieurs années de chantier. Les Montréalais étaient plus que prêts à se le réapproprier, et les #21B étaient l’occasion parfaite. En effet, quoi de mieux pour inaugurer une place publique vouée à la culture et au divertissement, qu’un instrument de musique grand format, collaboratif, ludique, accessible, gratuit et destiné à toutes les générations?

Le succès de #21B fut instantané et unanime : tous ceux qui l’ont essayé n’en sont pas encore revenus. Et de l’avis de plusieurs – je ne compte pas le nombre de fois où je l’ai lu ou entendu – le seul défaut de l’installation, c’était de ne pas être permanente! Je suis bien obligée d’ajouter ma voix à cette doléance : oui, un mois, c’était beaucoup trop court…

Et bien, qu’à cela ne tienne : elles sont de retour!

À vivre… et à revivre

En tant que blogueuse pour le Quartier des spectacles, j’ai été l’une des premières à faire l’essai de #21B. Le récit de mon expérience témoigne de l’envoûtement dont j’avais alors été l’objet! Il va sans dire que j’y suis retournée à plusieurs occasion. J’y ai amené des amis qui, charmés, ont eux aussi fait découvrir les balançoires à d’autres de leurs amis par la suite. Je me rappelle avoir régulièrement vu passer des status Facebook vantant les charmantes vertus de la musique issue de la collaboration sur l’instrument géant.

Pour ma part, mon meilleur souvenir des #21B, c’est lorsque j’y ai amené mes deux filles, un soir particulièrement doux. Pendant près d’une heure, tandis que l’obscurité nous enveloppait peu à peu, nous nous en donnions à coeur joie l’une à côté de l’autre, virevoltant de concert avec les faisceaux colorés dans la nuit, émerveillées pour vrai, toutes les trois, même moi qui connaissait pourtant déjà la chanson…

La réflexion derrière le concept

21 Balançoires est un exercice de coopération musicale, à mi-chemin entre le mobilier urbain et le jeu. Cet instrument collectif a été créé par les artistes-designers Mouna Andraos et Melissa Mongiat, les récipiendaires de la Bourse Phyllis-Lambert 2010, bien connues dans le domaine des nouveaux médias. Luc-Alain Giraldeau, professeur de comportement animal à la Faculté des Sciences de l’UQAM, a également participé à la conception.

Résumé de mon entretien avec les conceptrices, à pareille date l’an dernier.

Comment s’est élaboré le concept?

Mouna Andraos : Il y a la Place des Arts d’un côté, et le Pavillon des Sciences de l’UQAM de l’autre. C’était la situation idéale pour faire un pont entre les arts et les sciences.

Qu’est-ce qui vous a inspiré l’idée des balançoires?

Mélissa Mongiat : Il y a, de par le monde, tout un mouvement autour des balançoires. C’est une manière pacifique de s’approprier l’espace public. Ça se voit un peu partout dans les grandes villes, maintenant. Quand on a vu les vitrines, on a eu envie.

Pourquoi dit-on des 21 BALANÇOIRES qu’elles sont collaboratives?

M.A.: Parce que pour faire de la musique, il faut être plus qu’un. Et pour faire évoluer cette musique, il faut communiquer avec son voisin d’une manière ou d’une autre!

Le professeur Luc-Alain Giraldeau, qui étudie le phénomène de la coopération chez les animaux, s’est porté volontaire pour travailler avec vous. En quoi ses connaissances de biologiste se sont-elles concrétisées dans le projet 21 BALANÇOIRES?

M.M.: Mouna et moi travaillons en environnement interactif: dans un espace public, on installe des instruments étranges que les gens ne connaissent pas, et on essaie de voir comment ils vont apprendre à s’en servir intuitivement, grâce aux indices qu’on leur donne. Il y a des chevauchements entre notre démarche artistique et la pratique de Luc-Alain. On partage la même vision de la coopération, du jeu, de l’apprentissage.

M.A.: Lorsqu’un biologiste souhaite apprendre quelque chose à un animal, il lui donne des indices au fur et à mesure qu’il se rapproche de la compréhension. On a trouvé des liens très drôles entre les méthodologies que lui développe avec les animaux, et le travail que nous on fait avec le public humain!

M.M.: À la base, ce sont des patterns de comportements. Et nous, on joue avec les comportements des gens : on pique leur curiosité, et on leur donne des indices pour comprendre comment utiliser ce qu’on leur propose.

M.A.: Luc-Alain a vu, dans notre désir de créer des projets de groupe, des parallèles avec ses travaux sur la coopération chez les animaux qui forment des sociétés. Ceux-ci coopèrent, car ils sont plus forts en groupe. On a voulu démontrer comment un groupe d’individus peut travailler ensemble pour créer quelque chose de plus grand que s’ils travaillaient individuellement. Ici, la musique sera le fruit de cette coopération.

Quels effets les 21 BALANÇOIRES procurent-elles aux gens?

M.A.: Elles suscitent une réflexion : si on peut travailler ensemble dans ce contexte-là pour créer quelque chose de beau, ce serait peut-être le cas dans beaucoup d’autres contextes, où on aurait intérêt à se regrouper pour mieux construire…

M.M.: Je pense aussi que 21 BALANÇOIRES contribue à améliorer le tissu social au centre-ville. La coopération, c’est un besoin, dans tous les domaines! Il y a des tas de conférences à travers le monde, où il est démontré que les gens ont intérêt à travailler ensemble pour arriver à différentes fins. Nous, on trouvait intéressant d’appliquer le concept de coopération concrètement, mais d’une manière complètement poétique.

Par Marie-Pierre Bouchard