Pour l’amour de la glisse…
Liberté. Créativité. Fierté. Ces mots prennent leur sens dans un endroit qui aurait pu nous rester étranger. Ces mots sont performés par une troupe qui s’est inventée son propre imaginaire et son propre créneau. Portrait d’un nouvel art, à travers les yeux d’un artiste, patineur, danseur et rêveur.
Je ne vis que pour découvrir et m’émouvoir. Je fais preuve d’imprudence bienheureuse devant la créativité qui sommeille dans les corps comme dans les esprits. Et humblement, je partage l’émerveillement quotidien. Plus tôt, ce mois-ci, je me suis laissée surprendre par le groupe Patin Libre, compagnie de patinage contemporain fondée en 2005 par Alexandre Hamel, un jeune patineur artistique qui voulait élever sa passion au-delà du traditionnel. Cette troupe s’est formée sur ce pari provocateur de chambouler les règles, offrant un monde nouveau dans un paysage familier. Faire oublier ce « divertissement populaire » si cher à tout le monde. S’inspirant de danses urbaines et contemporaines, des arts martiaux et du nouveau cirque, le patinage contemporain se veut le mélange parfait entre le mouvement et l’expression artistique.
En quoi ce nouvel art est différent du patinage artistique? Les méthodes ne sont pas les mêmes, les visions et les attentes, non plus. On ne jette pas aux orties les années d’expérience acquises, mais on les redéfinit. On invente un nouveau langage pour le même espace.
« Nous continuons à utiliser les mouvements du patinage de fantaisie : sauts, pirouettes, etc. Ces mouvements sont beaux et impressionnants. Utilisés comme matériaux de base pour de la création, ils nous servent très bien. Nous utilisons aussi diverses influences : danses urbaines, arts martiaux, danse contemporaine, nouveau cirque. Mais, nous restons concentrés sur notre magie unique : la glisse. » – Alexandre Hamel
Le processus de création peut atteindre plusieurs mois. C’est dire que ces performances sont patiemment muries et qu’elles n’attendent qu’un public indulgent et aussi enthousiaste que le sont ces patineurs. D’ailleurs, le public est prié d’oublier tous les stéréotypes liés au patinage artistique et de se laisser conquérir.
En Europe, comme le dit Alexandre Hamel, le mouvement est lancé. Leur créativité rencontre une liberté beaucoup plus conciliante. Ce qui est plus ou moins le cas au Canada, où les règles sont strictes et étouffantes quant à l’accès aux patinoires. Sans parler du conservatisme du monde du patinage. Une chance pour nous, cela n’arrête pas notre charmante petite troupe qui prend d’assaut nos étangs gelés, l’hiver. Mais n’aimeriez-vous pas les avoir à l’année longue comme les européens? Moi, si! Des extraits de leur nouvelle création, Patineurs Anonymes ont été présentés dans le cadre de la 9e édition de la Nuit Blanche à Montréal et Alexandre a exprimé le souhait de revenir plus souvent à Montréal. Ce qui nous remplirait d’une joie immense. Mais l’émergence d’un nouvel art n’est rien sans l’entrain des cœurs à prendre. Donc, je vous invite à suivre minutieusement l’évolution de la troupe Patin Libre et de leur manifester un support fougueux. Quant à moi, je les remercie d’exister.