Un dimanche dans Parc-Ex

Dimanche, j’ai passé un après-midi jovial et sympathique avec trois des quatre membres de Gustafson, demi-finalistes de la 16e édition des Francouvertes. Dans la cour parc-extensionnienne de Guillaume Corbeil, le batteur, je les écoute parler, s’obstiner, se taquiner avec un enthousiasme timide que je peine à dissimuler.
Gustafson | Crédit photo : Sébastien Lavallée

Ils sont beaux à voir, ces trois larrons. Tandis que l’un a mis d’emblée cartes sur table en jouant les leaders faussement despotes, l’autre s’insurge gentiment d’une couple d’affaires, l’autre encore cause de l’Impact, ils en profitent pour se décevoir du stade pas prêt, avouent se questionner sur leur place dans la machine à concours, tout ça en buvant un café en plein air à une table de pique-nique entre trois murs de briques.

Portrait succinct de la bête : ils sont quatre (clavier/guitare/basse/batterie), trois Québécois et un Français, ils s’affichent comme un croisement entre Gainsbourg et les Strokes, ils sont tous fraîchement émoulus de l’École nationale de théâtre du Canada (trois acteurs, un auteur) et, parallèlement à Gustafson, leur vie recèle de projets de toutes sortes. Bon, voilà, c’est fait. Maintenant, passons aux choses moins sérieuses!

Au cours de cet après-midi qui s’est déroulé sous le signe de la bonne humeur et de la franche camaraderie, j’ai été brièvement admise au cercle (triangle?) de ces musiciens passionnés, allumés, dégourdis, quelque peu indisciplinés… Du matériel pour mon article, ils m’en ont fourni tout plein. De là à savoir ce qui serait pertinent ou non au moment de la rédaction, ça, c’était une autre paire de manches! J’avais préparé tout un tas de questions, j’avais fait mes devoirs en allant lire ce qui avait déjà paru sur eux, histoire de raconter les choses différemment, de présenter le groupe sous un autre jour que le banal « ils viennent de tel endroit, font tel type de musique, ont été influencés par tel et tel groupe »… J’avais surtout envie de les découvrir eux, individuellement, mais aussi d’être témoin de leur dynamique de groupe, de voir comment ils fonctionnent, de quoi ça a l’air un jeune band un dimanche après-midi printanier. Bref, tout ça pour dire qu’on s’est un peu écarté du sujet plus souvent qu’autrement, et que ça n’était pas plus mal : ces gars-là, s’épivardaient allégrement dans tous les sens et prenaient un malin plaisir à se contredire gaiement. Complices n’est pas le mot.

Gustafson | Crédit photo : Sébastien Lavallée

Ils sont sexy, ils sont généreux, ils ont débattu des tattoos qu’ils ont peut-être ou pas, de Parc-Extension, des blondes de leurs anciens bassistes, de virilité, d’autochtones, de vidéos sur le Web, mais surtout, du syndrome de l’imposteur, de bands des années 90, de musique engagée et d’art.

Ils se questionnent, les garçons. Ils cherchent à dissocier ce qu’ils sont musicalement de ce qu’ils font dans leur carrière parallèle respective. Ils ne veulent pas être vus comme « les théâtreux qui font de la musique », quoiqu’ils attribuent volontiers leur aisance sur scène à leur expérience théâtrale. À « Quelle serait la pire question à vous poser? », la discussion s’anime. Après un moyen silence, de pas pires questionnements et quelques niaiseries, Adrien commence par me répondre que ce serait fort probablement de leur demander de prendre position politiquement. Il précise : «  On ne fait pas de musique engagée. On s’engage, mais on ne fait pas de musique engagée. Je n’aime pas écrire de la musique à message politique. Je ne trouve pas que la musique soit la meilleure plateforme pour passer un message. » De l’avis de Guillaume, « la musique [engagée], c’est tellement concis et direct, que ça n’a pas le choix d’être du slogan, pis [il] aime pas ça. Ça finit vraiment par être super pamphlétaire… L’engagement devrait poser des questions, pas dire quoi penser. » Ça y est, ils sont lancés; Adrien poursuit : « C’est comme en théâtre : c’est un espace où tu peux faire de l’art, de l’art, sans encadrement, sans lien avec ton temps. Tu peux faire tout ce que tu veux. D’accrocher ça à ce qui se passe au quotidien, autour, je trouve que c’est de pas prendre la chance d’explorer partout où tu peux aller. Faire du théâtre, t’as un cube noir, t’as un espace dans lequel tu peux faire de l’art avec un grand A, où tu peux aller où tu veux. De s’engager [c’est] restreignant. » Jean-Philippe s’y met aussi : « De prendre position peut parfois teinter le jugement des gens par rapport à ce que tu fais. » Finalement, Adrien conclut : « On veut se faire identifier à la musique qu’on fait, aux créateurs de musique qu’on est, » mais pas sans le dernier mot de Guillaume : « L’Art est de moins en moins la raison pour laquelle on fait les affaires. […] Il y a comme une explosion de l’engagement. […] C’est bien, ça reconnecte l’art sur le social, mais y’a pu personne qui parle de l’Art. »

Ils ont confiance en ce qu’ils font. Ils sont fiers. Et ils sont lucides.

Après avoir bossé fort pour préparer les Francouvertes et Vue sur la Relève, et maintenant qu’ils auront tous quatre terminé l’École, ils sont impatients d’aller de l’avant. L’été s’annonce donc occupé pour eux : répéts. dans leur local, lancement du EP, un show au Centre des sciences de Montréal, un autre avec Francis Faubert au Théâtre de Verdure dans le cadre d’une soirée dédiée à deux demi-finalistes des Francouvertes et, grâce à une bourse qu’ils ont reçue du Conseil des arts et des lettres du Québec, ils vont s’enfermer une semaine dans un chalet pour travailler dur en vue de la suite…

Ce qu’ils écoutent en cachette :

Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Wilfred LeBouthillier, de la pop française des années 60, le vidéo de Ginette et Céline sur les Plaines au 400e de Québec… Révélations à la suite desquelles on a dû passer un bon 10 minutes à discutailler d’Our Lady Peace, d’Oasis, de NOFX et de Weezer et à énumérer les classiques Unbelievable, November Rain, Step by Step, Wind of Change, Bed of Roses.

En dignes gars de théâtre : c’est quoi la dernière pièce qu’ils ont vue ?

En chœur : « Nous voir nous, de Guillaume Corbeil (!) ». La pièce était présentée au début du mois d’avril à la Caserne Letourneux.

Et si on faisait un film sur Gustafson, quels acteurs joueraient leurs rôles ?

David Boutin, Paul Ahmarani, Tom Hanks et Bill Murray (ils n’ont pas expliqué pourquoi ni qui jouerait qui…).

De quel artiste/band ils aimeraient faire la première partie ?

Jean-Philippe, tout sourire : « Malajuuuuube! Ce serait malade! ». Mais ils se réjouiraient autant de précéder sur scène les Karkwa ou Plants and Animals de ce monde.

Et, finalement, la pire question qu’on puisse leur poser, ce serait apparemment :

Avez-vous des tattoos? Ils ne veulent surtout pas en parler, et encore moins les montrer…

Les membres :

Adrien Bletton, composition, piano et voix
Jean-Philippe Perras, guitare et clavier
Etienne Blanchette, basse
Guillaume Corbeil, batterie

Le Bandcamp

La page Facebook 

Les dates à retenir :

Quelque part en juin : lancement du EP ; date, heure et endroit à confirmer. Seulement 200 copies – « des  œuvres d’art numérotées! » –  seront disponibles.

22 juin : au Centre des sciences de Montréal dans le cadre d’une soirée organisée par Les Réservistes, un collectif qui présente des événements dans des lieux inusités

3 août : avec Francis Faubert au Théâtre de Verdure du Parc La Fontaine

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