Splendeur symphonique au Stade olympique

On ne se le cachera pas, le Stade olympique a davantage fait l’histoire pour l’inconduite de son toit, que pour ses installations. Or, depuis cet été, des camions de cuisine de rue ont commencé à pousser sur l’Esplanade Financière Sun Life, et les badauds ont pu croiser des hordes de danseurs de salsa et des numéros de cirque lors de leurs promenades sur l’esplanade du Stade. C’est que la Régie des installations olympiques a décidé de faire du quadrilatère du Stade olympique un pôle d’attraction culturel et touristique, en plus de la vocation sportive qu’on lui connaît déjà. Mais si aucun événement n’a encore attiré de grandes foules, la RIO espère donner le coup d’envoi de sa nouvelle vocation avec le concert gratuit de l’OSM, ce jeudi 9 août à 19 h 30.

Pour l’occasion, l’Orchestre a fait le pari de saluer la grandeur des installations olympiques avec des œuvres de grande envergure, à commencer par la tapageuse Ouverture Solonelle 1812 de Tchaïkovski. Composée pour commémorer la victoire russe dans les guerres napoléoniennes, l’instrument vedette de cette symphonie est… le canon. « Évidemment on n’utilisera pas de vrais canons, mais on a une surprise qui va faire du bruit! », promet la directrice générale de l’OSM, Madeleine Careau.

Puis, pour l’œuvre de Respighi, une splendide pièce inspirée par les pins parasols qui ornent les rues de Rome, les musiciens de l’OSM seront rejoints par une centaine de cuivres, transfuges de l’Armée canadienne, des cadets de la région de l’est et d’autres volontaires. « On voulait un effet vraiment punché, car nos musiciens vont jouer dans un espace immense », s’enthousiasme Madeleine Careau.

Et comme pièce de résistance, ce sont d’immenses tambours japonais qui feront résonner l’Esplanade Financière Sun Life, sous l’égide du grand maître Eitetsu Hayashi, si respecté qu’il a été sacré trésor national.

L’OSM sur le plancher des vaches

Si c’est toujours un peu un défi pour des musiciens classiques de s’adapter à une acoustique différente, l’exercice n’est pas nouveau : Wilfrid Pelletier avait fait des concerts extérieurs l’un des principes fondateurs de l’OSM en 1937. « Depuis, on a joué dans tous les grands parcs de Montréal et de sa région. On veut rester près des Montréalais pour qu’ils prennent conscience qu’ils ont un des meilleurs orchestres au monde, un véritable joyau, et qu’ils en soient fiers. »

L’arrivée de Kent Nagano à la direction a donné un nouveau souffle à ces aspirations. « C’est la ligne maîtresse de son travail depuis qu’il est à Montréal : se rebrancher sur la communauté. Beaucoup d’initiatives viennent de lui, comme par exemple le prochain concert avec DJ Champion. » Mais si la réputation et la convivialité de ce grand personnage ont de façon évidente joué pour beaucoup, ne laissons pas sous silence le travail de Madeleine Carreau, qui occupe le siège de la direction générale de l’OSM depuis 12 ans. « Je viens de la musique populaire, où j’ai par exemple travaillé avec Luc Plamondon, et dans ce milieu il faut qu’il y ait du public dans nos salles, sinon on doit se poser des questions. » C’est elle qui a initié les séries pop en 2003, dont la version 2012 réunira devant l’OSM Vincent Vallières et Isabelle Boulay, ou encore David Usher et Marie-Mai.

Et ça fonctionne? « Oui! Tous les concerts de la saison dernière à la Maison symphonique ont affiché complet et les jeunes forment un cinquième de notre public. L’an dernier, on avait 870 jeunes de moins de 34 ans qui étaient abonnés à cinq concerts par année et on a réussi cet exploit sans perdre au change le reste du public. »

Indécis ou mordus de musique symphonique, le concert gratuit de ce jeudi promet d’être grandiose.