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Les cendres bleues

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Les mots aimeraient s’ajuster

Ce soir la fatigue l’alcool
Les mots aimeraient s’ajuster pour en finir
Une fois pour toutes
Pourtant je le revois
Une histoire d’amour

C’est la semaine des trois premières et j’ai l’impression que le doute ne se dissipera jamais. Pourtant, je sais que nous avons fait de notre mieux. Je sais aussi que nous avons pris des risques. Comment faire autrement ? On ne peut pas travailler avec des certitudes, nous ne produirions que des convenances.  Et ça on n’a pas le droit quand on s’attaque à un récit comme celui de Les cendres bleues.

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Jean-Paul Daoust est venu deux fois au spectacle, pétillant comme son rhum and coke diet, fier comme jamais, fébrile comme toujours. J’ai eu peur, il a aimé. Jamais je n’avais présenté un spectacle devant son auteur, disons que nous ressentions cela comme une exigence supplémentaire. Jean-Paul est en paix quand les sentiments sont publics et c’est tant mieux parce que ses mots ont été entendus.

Que le texte frémisse

Jean, Jonathan et Sébastien y travaillent chaque jour. Pour eux, pour vous, aller vers l’inconnu comporte un risque évident, mais aussi la promesse de l’immensité.  Nous n’avons pas encore tout dit ni encore tout vu, le monde change, la matière se renouvelle et s’il nous reste une emprise, elle se trouve peut-être dans la sincérité.

Théatre
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Latte à la lavande

Ok. Une semaine et demie avant la première. Ok. Ok.

Une série de décisions doivent être prises. Ces choix vont donner à la production ses dernières couleurs. Normalement, ça devrait consolider tout le travail.

Il y a encore quelques nœuds à défaire, mais j’ai un petit truc pour ça : le latte à la lavande.

C’est ce que j’ai trouvé la semaine dernière, au lendemain d’une répétition particulièrement ardue. Ce latte à la lavande a eu l’effet d’une potion magique. Par la fenêtre de Fuchsia, épicerie fleur, la lumière de l’automne donnait à la rue Duluth tout le décor nécessaire à ma réflexion. Quelques gorgées et boom, tout s’est mis en place dans ma tête. Il faut dire que la veille, les comédiens et Mélanie m’avaient donné une tonne de matériels à mettre en place. Nous avions à nouveau brassé les cartes et je ne savais plus trop où se trouvaient mes atouts.

Donc, je suis là-bas en train de préparer mes propositions pour la répétition, attablé avec mon latte magique à la lavande, le regard pas tout à fait présent et la main placée bizarrement près de la bouche. Je joue les scènes à organiser, juste un petit peu, juste assez pour avoir l’air ridicule. J’oublie que ma table est tout près de la porte grande ouverte, j’oublie tellement que je suis en public que la belle Alexia Bürger, assistante à la direction artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, qui passait par là, s’arrête et me regarde avec un grand sourire. Elle reste dans le cadre de la porte durant deux bonnes minutes avant que je me rende compte de sa présence.

Honte, je venais d’incarner le cliché du théâtreux. Pire, quelqu’un m’avait observé me vautrer dans mes idées. J’avais oublié ma pudeur, trop envoûté par ce maudit latte à la lavande. N’empêche, la répétition suivante fut extrêmement juste et efficace. Nous avions trouvé le souffle nécessaire.

J’y suis retourné pour tester à nouveau la potion. Ça marche. Et tant pis si je prends en otage ce joli café avec mes airs trop introspectifs. Je suis prêt à tout pour amener ce texte là où il peut aller.

Je ne vous demande qu’une chose, soyez indulgent envers les gens qui se parlent seul. C’est peut-être la faute des lattes à la lavande.

Là en bouquet de cendres
Moi je l’aimerai toujours
Malgré l’appel des autres corps
L’eau s’en va toujours ailleurs
Les ailleurs amoureux
Mais ce grand corps qui se penchait sur moi
Que mes souvenirs hallucinent
Ses cheveux de saule pleureur
Le corps se débat
Le cœur intoxiqué
Souvenirs magiques

 

Théatre
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Fragments d’un moment crucial

Philippe Cyr met en scène « Les cendres bleues », un texte du poète Jean-Paul Daoust écrit en 1990 et qui a reçu le prix du Gouverneur Général du Canada. La pièce sera présentée du 22 octobre au 9 novembre à la Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui.

Hall du Théâtre d’Aujourd’hui.

Je vous raconterais bien des anecdotes croustillantes sur mon existence, mais voilà qu’elle se résume en quelques mots : Les cendres bleues.

Voilà deux semaines que l’équipe a envahi l’espace pour construire ce que sera cette production. Le dernier droit avant la présentation devant le public. Chaque jour est une longue enfilade de décisions et le texte de Jean-Paul Daoust nous donne du fil à retordre. Imaginez, 2000 vers à livrer, à comprendre, à faire entendre.

Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte

Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte. Crédit photo : Philippe Cyr

Comment faire? On a des hypothèses, des bonnes même, mais peut-être qu’on se trompe, qu’on est totalement à côté de la plaque. Tant pis pour moi, je suis bien l’artisan de mes propres angoisses. Je n’avais qu’à initier un projet plus simple, mais ça ne fait pas partie de mes réflexes.

Il y a des corps qui marquent
On se souvient de leurs surprises
De leurs étonnements
Comme le sien
Un dépouillement d’arbre de Noël
Puisqu’aimer c’est aller publiquement à sa perte

Je veux juste qu’on dise ça, de la meilleure façon qui soit, je m’y emploie du mieux possible.  Sébastien, Jonathan et Jean y travaillent aussi de façon acharnée. Les deniers jours de répétition ont été particulièrement périlleux, tiraillées entre moment de grâce et sclérose mentale. Les nœuds se défont et les possibles existent toujours.

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Crédit photo : Philippe Cyr

Hier, Jean-Paul est venu assister à une répétition en compagnie de Josée Blanchette du journal Le Devoir. Nous étions si nerveux. Il est si impudique de dévoiler notre travail à cette étape, mais c’est incomparable face à ce que Jean-Paul nous livre dans son texte. Ça lui appartient tout ça. Il aurait été légitime qu’il se présente tel un empereur contemporain et ordonne, d’une réplique assassine, l’arrêt des travaux.

Heureusement, il n’est pas du tout comme ça. Il est plus soie que cuir.

Il s’est assis en silence, il nous a écoutés chercher et dire. Je l’ai senti ému, reconnaissant même. Sa précieuse visite nous donnera du carburant pour les semaines à venir.

Je retourne dans l’antre du dragon.

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Philippe Cyr

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Mensuellement, dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant de quelques billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Ce mois-ci : le processus créatif de Philippe Cyr

Philippe Cyr est diplômé en interprétation de l’École supérieure de théâtre de l’UQÀM en 2003. Collaborateur du Prospero, il y signe sa première mise en scène : Les Escaliers du Sacré-Cœur de Copi, en 2007. Sa deuxième sera la création de Et si je n’étais pas passée par là ?, présentée au Prospero en 2008 et dans le cadre du OFFTA en 2009. Par la suite, Le groupe de la Veillée lui confiera la mise en scène de Norway.Today de Igor Bauersima à l’automne 2010. Comme comédien il joue sous la direction de Téo Spychalski, Alain Fournier, André-Marie Coudou et Alexandre Marine. Philippe Cyr vient tout juste de terminer des études à la Maîtrise en théâtre à l’UQAM où il a monté une adaptation de Mère Courage et ses enfants. Sa compagnie, rebaptisée récemment L’Homme allumette se consacrera à la poursuite du travail entamé sur ce texte de Brecht et sur le texte poétique de Jean-Paul Daoust, Les cendres bleues. Cette saison, il signait la co-mise en scène du iShow ou je m’occupe de transférer le message à Chanda présenté à l’Usine C en septembre 2013.

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