Le klaxon des arbres

Cette semaine, il se pourrait que les arbres se mettent à klaxonner, ou les bancs à suer les rythmes d’une samba. Tendez l’oreille un peu, et vous embarquerez dans un train pour New-York, Portland ou Seattle, sans même bouger le gros orteil. Dans le cadre du festival Suoni Per Il Popolo, le musicien Jean-Sébastien Truchy propose une série de fenêtres ouvertes sur l’« autre », en dissimulant dans divers endroits à Montréal des sons captés dans une ville étrangère.

Pour Jean-Sébastien Truchy, les installations sont des propositions sociales et politiques dans lesquelles le spectateur doit prendre conscience de la présence de l’autre. « Je veux faire entrer deux univers en contact par une légère distorsion spatio-temporelle, et espérer que les passants prennent deux secondes pour y penser et idéalement réaliser que d’autres gens vivent une expérience différente en même temps dans une autre ville. Ce sont des prises de conscience d’altérité et de vacuité qui m’intéressent beaucoup, surtout avec ce qu’on vit en ce moment à Montréal et au Québec. Je pense que c’est quelque chose qu’il ne faut pas oublier. L’importance d’être ensemble et la réalisation qu’on ne peut pas vivre indépendamment l’un de l’autre. »

Jean-Sébastien Truchy | Photo par Ariane Gruet-Pelchat

Les installations que propose Jean-Sébastien Truchy sont anonymes, simples et discrètes, autant sur le plan visuel que sur le plan sonore. « Ça va peut-être passer complètement inaperçu, parce qu’on ne prend plus le temps de regarder autour de nous. Et je trouverais ça tout aussi intéressant que si quelqu’un s’en aperçoit. » Situationniste dans l’âme, le musicien souhaite effacer la préciosité de l’art pour en badigeonner le quotidien : « écouter les sons autour de soi et se rendre compte que c’est la plus belle réussite audio qui existe. Les sons arrivent de partout avec des volumes différents. Même les nuages qui se promènent sont de l’art, mais on n’y porte plus attention parce qu’on va regarder un film au cinéma ou une animation de l’ONF en pensant que ça, c’est l’art. »

Une pensée politique qui était déjà présente à l’époque de son groupe de pop expérimentale Fly Pan Am, avec lequel il explorait déjà le spectrum sonore et la complexité du mixage. « Il y a plein de façon de traiter ces questions, autant dans la forme que dans le contenu. Pour moi, il faut toujours laisser place à la surprise ou à la défectuosité d’un produit, ce qui nous ramène toujours à la question de la marchandise et à celle de l’art. »

Des installations in situ de plusieurs artistes dont Jean-Sébastien Truchy, réunies par l’étiquette de disque Oral sous la bannière « Les fantômes des espaces publics », sont dispersées à travers Montréal jusqu’à jeudi soir. Il ne reste qu’à tendre l’oreille, et quelque chose nous dit que l’artiste pourra être vu jeudi à 14 h au coin des rues Metcalfe et Sherbrooke. Pour d’autres indications sur les installations audio et les performances qui décorent Montréal cette semaine, rendez-vous au www.oral.qc.ca/actions/index.html

www.suoniperilpopolo.org

Perfo. de Jen Reimer et Max Stein sous un viaduc | Photo par Ariane Gruet-Pelchat