Janine
Elle arrive dans son manteau blanc, une broche dorée à la boutonnière. Une tête de bélier, je crois. Comme toujours, impeccable, coiffée, maquillée, elle se glisse dans la loge que nous partageons Maude, Guylaine, elle et moi.
Elle s’informe de chacune de nous. Nous raconte sa journée à elle. Tous les jours, elle a de la visite, des amis de longue date, des amis québécois impliqués comme elle dans des causes diverses et aussi des inconnus qui attendent patiemment tous les soirs à la sortie pour seulement venir lui dire toute l’affection et l’admiration qu’elle inspire. Elle reçoit tout avec la même grâce et la même humilité. Certains soirs, elle décide de rester un peu et prendre un verre de champagne au resto du théâtre. Le personnel s’empresse de la servir avec déférence. Janine est le joyau de la maison.
Janine.
Notre camarade Janine.
Chaque soir, elle enfile son petit pyjama et sa trop fleurie robe de chambre que Meredith Caron a si brillamment conçu pour elle. Puis elle s’empare de sa minuscule perruque coupée carré avec ses deux bobépines qu’elle place minutieusement car comme elle nous le rappelle toujours : « Olivine Dubuc était coiffeuse. Je l’ai lu dans « La grande mêlée ». Michel l’a écrit. Alors il lui faut une petite coquetterie dans la chevelure… on va bien placer la bobépine. »
Chaque soir le même rituel, Maude installe le micro. Guylaine aide à enfiler les vêtements. Moi, je suis préposée à l’hématome sur sa joue, preuve qu’Olivine a bien déboulée trois étages. Nous appelons ça, en gloussant, notre minute de maltraitance.
Puis, on descend sur scène, nos loges sont sous les combles. Elle prend place dans sa chaise roulante. Elle est déjà Olivine. Concentrée. Attentive. Prête à entamer le combat.
Après ma chanson Gratis, je sors de scène pour mon changement de costume et chaque soir elle me fait un petit signe de la main, elle a tout bien écouté… si Janine opine du bonnet, c’est que le spectacle est bien amorcé.
Quelques minutes plus tard, elle fera son entrée, quasi agonisante Olivine dans sa chaise roulante poussée par l’admirable Thérèse Dubuc de Dominique Quesnel. La salle s’exclame, s’émeut et applaudit. Elle les a déjà conquis.
Tout au long de la représentation, je guette à la dérobée notre Olivine, question de m’assurer que tout va… et toujours Janine, est dans une écoute, une attention a tout ce qui se passe. Tout son corps est absorbé par ce qui se passe sur scène. Les mots de chacunela traverse. Ellene manquera pas, après la représentation, de donner son appréciation de notre travail. Ses commentaires sont toujours justes et jamais complaisants.
Janine est plus qu’une compagne de travail, elle est un modèle, une source d’inspiration.
Le théâtre musical Belles-Sœurs sera au Monument-National en septembre 2012. Pour plus d’information, cliquez ici.
