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FTA

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Ganesh Versus the Third Reich

Le FTA poursuit sa lancée, conquérant maints coeurs. Alors qu’il reste un peu plus d’une semaine avant la fin de cette incroyable septième édition, les acteurs de Back to back Theatre, tout droit venu de Melbourne, prennent d’assaut les planches de l’Usine C, avec une création insolite : Ganesh Versus the Third Reich de Bruce Galdwin.

L’histoire est celle d’une (ré) appropriation. Le symbole sacré de la culture hindoue, le svastika, a été volé par Hitler pour devenir la croix gammée nazie. Le dieu Ganesh entreprend alors un périple à travers l’Allemagne ravagée pour récupérer le bien de son peuple. Cette première trame narrative est entrecoupée d’une deuxième, levant le rideau sur un « réel », celui de la création de la pièce. Entre remise en question de leur démarche artistique et « improvisations », les acteurs dévoilent une réflexion sur leur droit de réécrire une histoire appartenant à une ligne figée du temps. Ce n’est pas seulement Ganesh qui se réapproprie le symbole sanskrit, mais la pièce qui s’approprie la tragédie, l’holocauste.

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Cette oeuvre, créée par onze artistes, est ludique, certes, mais pose la délicate question sur ce qu’on peut raconter et par qui. L’intelligence de la pièce réside dans ce doute, cet entre-deux qui plonge le spectateur dans une certaine perplexité. Ce genre d’exercice quant à moi, apparait nécessaire.

Parlant aussi de jeux de pouvoir à travers l’image du tyran, Hitler, mais également par l’entremise des rapports de force entre acteurs (Mark Deans, Simon Laherty, Scott Price et Brian Tilley) et metteur en scène (Luke Ryan), on a l’occasion de découvrir une troupe pas comme les autres. La particularité de Back to back est que ses acteurs sont atteints d’une déficience intellectuelle, à l’exception de Luke Ryan. Ce qui en l’occurrence, n’entrave absolument pas leur créativité, Ganesh est en la preuve. Dans ces parenthèses réalistes, on assiste à leur prise de parole face à au personnage de Luke Ryan, narcissique et manipulateur. D’ailleurs, leur jeu plonge parfois le public dans une hésitation quant à ce qui est fictionnel, réel ou « théâtralisé ».

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Cette pièce vaut le détour car elle nous éloigne de notre zone de confort, lance des questions pertinentes sans chercher à en avoir la réponse – ceci n’est pas forcément le but premier – et amène le spectateur à poser un regard nouveau sur le théâtre et sur ce que celui-ci permet d’explorer.

Back to back existe depuis presqu’une trentaine d’années dont le but est de créer un théâtre avec des gens portant une étiquette, mais doté d’une sensibilité artistique. Ganesh Versus the Third Reich est en représentation jusqu’au 2 juin. Ne manquez pas cette pièce hors des normes.

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Théatre
Yellow Towel

Petit objet hybride : Le festival TransAmériques

 

Il y a trois jours, Montréal rayonnait. Métaphoriquement parlant, car le beau temps nous fait encore languir. Non, Montréal était belle car c’était le coup d’envoi d’un des festivals que j’apprécie le plus. Pour les locaux, vous savez que mai n’est que le commencement. Et cela débute de belle manière. Le Festival TransAmériques en est maintenant à son troisième jour et le plus beau reste à venir.

Le FTA est un festival axé sur la danse et le théâtre. Regroupant tous les aspects de la performance, c’est une vitrine pour une multitude de talents locaux et internationaux. C’est une histoire d’amour avec l’art qui dure depuis maintenant sept ans. C’est également un évènement joueur et interactif où les festivaliers participent à l’énergie du festival. Entre causeries avec les artistes et les partys au QG, il n’y a pas grand temps pour s’ennuyer. Dans l’espace public, nous aurons droit à Dachshund Un sur la Place des Festivals, une performance conçue par Bennet Miller : une invasion de teckels dans le rôle de chefs d’état. Humour de chien et un regard ironique sur le monde. Ouvrez l’œil, car il y aura également une procession singulière de treize interprètes sonnant le tocsin, Bells 13, orchestré par Robin Poitras.

Dachshund un

Pour rester dans le rôle, j’ai parcouru le programme de la discipline danse et permettez-moi de vous faire part de mes coups de cœur anticipés. Il paraît qu’il faut prendre des risques dans la vie.

Yellow Towel

Dana Michel est une ancienne athlète devenue chorégraphe. Ce changement de carrière lui a réussi quand on regarde le parcours de la dame.  Son travail a trouvé une tribune dans plusieurs villes d’Europe et d’Amérique. Elle enchaîne les collaborations et les prix, s’appropriant la scène professionnelle sans hésitation. Elle présente au FTA Yellow Towel, dont la visée est de retourner les stéréotypes de la culture noire offrant au public une créature tapie dans la mémoire. Oserions-nous associer cela à une quête identitaire ? Il faudra aller au Monument-National dès ce soir et ce, jusqu’au 26 mai, pour avoir la réponse.

Birds with skymirrors

Le danseur Lemi Ponifasio revient au FTA après le très acclamé Tempest: Without a body. À l’époque, étant bénévole au Festival, j’ai pu assister à la représentation. J’étais littéralement clouée à mon siège, bombardée de sons et d’images et je suis ressortie avec l’impression d’avoir voyagé dans les entrailles d’un monde inconnu. Alors, quelle fut ma joie de voir son nom à la programmation. Cette fois-ci, c’est avec Bird with skymirrors qu’il choisit de nous séduire. Inspiré d’une scène vécue, ce spectacle propose un dialogue de réconciliation avec une nature négligée. Une ode à la terre dans le langage du corps, porteur d’histoires ancestrales. C’est au théâtre Maisonneuve que vous pourrez assister à ce spectacle initiatique, le 29 et 30 mai.

Birds with skymirrors

Khaos

Fondatrice de la compagnie O VERTIGO, Ginette Laurin est une figure emblématique de la danse contemporaine au Québec, mais également de la scène internationale. Elle a présenté Onde de choc en 2010 au FTA et elle est de retour avec Khaos, une œuvre survoltée, où les personnages d’une microsociété sont sujets à une frénésie commune. Traduisant un malaise collectif mondial, ce spectacle est un miroir du climat social électrique de notre époque.  Le monde sombre dans une folie conflictuelle et c’est ce que Ginette Laurin nous propose comme réflexion à l’Usine C, le 4 et 5 juin.

Khaos

Je pourrais éventuellement vous inciter à aller voir tous les autres shows. Qui a inventé ce processus où il faut choisir ? J’ai toujours dit que le bonheur résidait dans l’excès. Je vous garde des surprises pour les semaines à venir, car le FTA  et moi, ce n’est pas fini.

Théatre
Trieste

Le flou et le précis

Flou : Qualifie une chose un peu indistincte, dont le caractère n’est pas facilement déterminable ou discernable.

Synonymes : brumeux, hésitant, imprécis, incertain, indécis, indéterminable, indéterminé, indistinct, nébuleux, obscur, trouble, vague, vaporeux, voilé.

Précis : Qui est entièrement déterminé, qui ne laisse place à aucune incertitude.

Synonymes : assuré, catégorique, clair, concis, défini, explicite, exprès, fixe, formel, géométrique, juste, net, régulier, résumé, rigoureux, scrupuleux, soigneux, strict, tapant, transparent.

Créer demande une force : celle d’accepter de s’abandonner. D’osciller entre le flou et le précis. Consentir à se laisser tomber dans le flou, accumuler des certitudes, puis avoir le courage de les détruire. Le but ici n’est pas de proposer une forme finale qui obtiendra le consensus. Mais de proposer une trajectoire possible, une manière de se déplacer dans le monde, dans les pensées, dans les gestes. Aligner des objets de façon à ce que leur addition crée une composition qui proposera un autre objet, étrange, différent, plus grand.

L’indéfinissable crée l’insécurité et en cela peut-être est-ce le territoire requis, l’endroit où on doit se rendre en explorateur. Pourquoi ? Je ne peux répondre à la question. Pour faire avancer les choses ? Peut-être pas. D’ailleurs est-ce que les choses avancent vraiment ?

Mais teinter la réalité, inviter les autres à la regarder différemment. Proposer un autre point de vue.

Dans Trieste, je veux parler de cela. De l’importance de porter un regard attentif sur les choses, les gens, les événements. De l’importance de prendre le temps de se détacher de la  tendance à circuler à haute vitesse.  Aussi de celle qui nous pousse à tourner le regard vers ce qui brille, ce qui éclabousse, ce qui impressionne à première vue.

Je suis charmée par l’idée de réhabiliter le discret, le subtil, le mystérieux. Trieste est faite de cela. Une ville discrète, sans prétentions, qui abrite des secrets fascinants, qu’on peut prendre plaisir à explorer sans fin.

Théatre
Trieste

TRIESTE

Il y a deux semaines, nous étions au Centre EMPAC, dans la ville de Troy dans l’état de New York. Nous sommes demeurés là-bas quelque temps en résidence pour développer des idées relatives surtout à la scénographie. Notre défi était de parvenir à projeter des images sur des écrans de formes irrégulières, alors qu’ils sont en mouvement. Au final, le résultat sera en apparence très simple, mais il s’agit pour nous d’une petite victoire, qui nous permettra dans le futur de développer des concepts visuels plus complexes et riches. Ce type de résidence, fréquent en Europe et aux États Unis, est presqu’inexistant ici. Pourtant, comme il est précieux ce temps alloué à la réflexion et à l’expérimentation. Le temps est l’outil indispensable. Créer un objet singulier requiert que l’on s’investisse puis que l’on fasse une pause, puis que l’on plonge davantage dans le chaos, puis que l’on réfléchisse à nouveau et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’un objet rare, simple et éloquent émerge de lui-même.

Il devient de plus en plus difficile pour un artiste de réunir ces conditions, à notre époque où la performance est évaluée avec les barèmes d’efficacité et de rendement autrefois pertinents dans le monde des affaires, qui sont maintenant appliqués à toutes les sphères de l’art, qui est de plus en plus confondu avec la distraction ; de la création exigeante que l’on confond avec la créativité. Pour un artiste, il est difficile de maintenir la concentration, de garder l’objectif clair, alors qu’on lui demande constamment de se définir et de préciser ses attentes et ses intentions. Personnellement, ma réponse à ces questions ne peut être que : « Je ne sais pas ». Je mentirais si je répondais autre chose.

Mais de nos jours, ce « Je ne sais pas » n’est pas considéré comme une réponse sérieuse, que l’on peut faire publiquement. Alors peut-être que mon devoir d’artiste est d’avoir le courage de l’articuler, cette réponse, devant tous et avec fierté. De la prononcer clairement pour que tous entendent bien, que l’art est aussi à l’image de la vie : beau et radieux, parce qu’indéfinissable ; cruel et affreux parce qu’incompréhensible.

Puisqu’il s’agit ici d’un spectacle, Trieste, qui sera présenté dans le cadre du Festival TransAmériques et que j’ai un respect infini pour ce festival, parce que depuis le début de son existence, il propose des expériences singulières et porte un regard audacieux sur l’art, j’aurais un peu envie de parler de la manière dont un artiste créé et la difficulté de décrire ce qui se crée avant que cela n’existe en tant qu’objet.

Je ne parlerai donc pas ici de la forme de mon spectacle Trieste. Ni spécifiquement de ce qu’il contient. Un spectacle, une performance, c’est une expérience en soi, indescriptible, intransmissible, puisque la grande caractéristique d’un spectacle live est qu’il ne peut se vivre autrement qu’en personne et que les éléments qui le composent sont interdépendants, donc qu’on ne peut débattre de chacun de ceux ci séparément, à mon avis.

La lumière, le son, le corps des artistes, leurs voix, le texte, les idées, les lieux : chacun de ces éléments contribue à créer un tableau. L’œil du spectateur s’y promène et s’y attarde. Chacun d’entre eux emprunte un point de vue unique et chacun aura sa propre lecture de la proposition. L’artiste propose quelque chose à voir, le spectateur propose son point de vue d’observateur. C’est une sorte de jeu magique où chaque participant accepte que les règles soient variables et inventées au fur et à mesure par chacun des joueurs, alors même que la partie se joue.

Théatre

Concept et sensations

Dans le cadre du FTA, une camarade et moi avons assisté jeudi soir à la première de Sur le concept du visage du fils de Dieu, de Romeo Castellucci, un spectacle qui m’inspira les bons espoirs que j’ai déjà partagés avec vous. Après les généreux applaudissements qui saluèrent la conclusion de la pièce, nous sommes restées coites quelques minutes. Et puis, on s’est raconté ce qu’on avait senti.

Il y avait d’abord l’ambiance feutrée de la salle Jean-Duceppe, habillée de son camaïeu de pourpre et qui ne semblait pas se douter du clash qui l’attendait. Il s’agit là en effet d’une pièce pour le moins détonante par rapport au répertoire habituel. Déjà, le décor opposait au velours dépareillé des sièges son monochromatisme minimaliste : sofa, tapis, plancher et table blancs, lit aux draps immaculés. En fond de scène, le fameux visage du titre : un Jésus de la Renaissance, un très gros plan du portrait d’Antonello de Messine, qui avait l’air de quelqu’un qui scrute chaque spectateur de son regard énigmatique. À mes yeux, il communiquait une humaine – ou divine ? — compassion. C’était peut-être aussi de la mélancolie, ou alors le léger sourire de l’omniscience. Pour Castellucci, quoi qu’il en soit, cette face interpelle parce qu’elle reflète la condition humaine.

Et puis, il y avait un second miroir, celui de la scène presque naturaliste qui se déroulait entre un vieux père, incontinent, et son fils; une scène qui ramenait le spectateur aux êtres qu’il connaît et qu’il aime depuis toujours. Les dialogues en italien, clairsemés, parasités par le bourdonnement d’une télévision allumée en sourdine, étaient prononcés d’un ton quotidien, sans l’artifice de porter la voix comme la convention du théâtre le préconise – d’autant plus dans une salle de cette ampleur, accueillant ce soir-là près de 700 personnes. Ce tableau pitoyable du fils changeant et rechangeant son père souillé, dont ne nous parvenait finalement que des bribes sonores, semblait ainsi s’adresser aux sens plus qu’à l’intellect. De même, la douteuse odeur dont on se demandait si on ne l’imaginait pas (et si on est au moins deux à l’avoir humée?).

Saisissante aussi, du point de vue sensoriel, la scène où, dans la cacophonie des murmures répétés du nom de Gesù, de chants religieux en crescendo et de détonations, des enfants garrochaient des grenades à la face du Jésus en question, obstinés, ne s’arrêtant que lorsque leur sac à dos était vide, que tout ce qu’il y avait à lancer avait été lancé, puis s’assoyant posément par terre, comme pour contempler leur œuvre.

Et après tout ça, il reste plein de choses intéressantes à voir au FTA, notamment Mygale, Nature morte et &&&&& & &&&, qui figuraient dans le billet anticipatif du mois d’avril. Dépêchez-vous d’en profiter, le festival termine ce samedi, 9 juin!

Théatre
Festival TransAmériques

Des pièces appétissantes au FTA

Dans à peine quelques semaines, à la fin du mois de mai, le Festival TransAmériques reviendra parmi nous. Il y a quelques jours, on nous dévoilait sa programmation fournie.

Comme chaque année, l’enthousiasme nous envahit en grandes vagues devant tant de choix. Il faut s’y prendre d’avance, pour cerner quoi ne pas rater, car le FTA, comme le beau temps – heureuse projection, arrivera bien vite et sans qu’on s’en rende trop compte. Mais comment s’y retrouver, alors qu’on se sent justement comme un pauvre et duveteux lapin, démuni au milieu d’un champ de carottes toutes plus appétissantes les unes que les autres? Il faudrait d’abord pouvoir mesurer les légumes d’après leurs fanes. Essayons tout de même d’y voir clair.

Irakese Geesten, du 25 au 27 mai 2012
Voici une pièce qui laisse présager une exaltante explosion de jeunesse sur scène. Irakese Geesten, lauréate du prix de la création du festival de musique et de théâtre Theater Aan Zee, propose, en contrepartie de ce que l’on voit ici des nouvelles des guerres moyen-orientales, glauques et lointaines, un tableau des aspects plus légers et poétiques de la vie dans les villes meurtries d’Irak. Le metteur en scène Mokhallad Rasem, formé à Bagdad, où il a amorcé sa carrière, s’est installé depuis quelques années en Belgique, d’où il crée et observe les relations entre ses cultures d’origine, d’influence et d’adoption. Ainsi, le point de vue des acteurs irakiens se trouve ici confronté à celui des actrices germano-flamandes : convergence ou incompatibilité? En trame sonore de ces Fantômes irakiens, du Nirvana, pour faire d’autant battre les coeurs.

Chante avec moi, du 25 au 27 mai 2012
Même les spectateurs qui ont déjà été conquis en 2010 reverront avec plaisir Chante avec moi, la création remarquée d’Olivier Choinière : c’est le fun, et ça porte aussi une réflexion. Au début, un clavier sur la scène, et c’est tout. Un petit jeune homme se lève parmi l’assistance, tourne timidement autour de l’instrument et commence à en jouer, quelque peu hésitant, puis, graduellement, plus enthousiaste. Peu à peu, d’autres gens – on dirait de simples badauds – se joignent à lui, comme spontanément, et une chanson se construit; un ver d’oreille aussi. Et tout ça prend de l’ampleur. Cinquante comédiens remplissent la scène dans un tourbillon de plus en plus effréné – dérangeant, jusqu’à vous faire fredonner avec eux : « Pour que tu chantes… avec moi! »

Nathan, du 26 au 28 mai 2012
On croise souvent le nom d’Emmanuel Schwartz dans le milieu théâtral ces dernières années. C’est ici l’occasion de découvrir cet homme de théâtre aux multiples talents, qui signe le texte et la mise en scène de Nathan, ou (NathanBénédictestunYiKing). Outre la curiosité du sous-titre, l’histoire sombre intrigue : le personnage éponyme, réduit à quatre organes à la suite de son autocombustion programmée, réussit néanmoins à prendre le contrôle d’autres corps, d’autres voix, pour raconter la sordide histoire de l’Amérique. Schwartz s’inspirant d’Artaud, il sera intéressant de voir cette proposition pour une oeuvre se voulant remuante – et cruelle?

Sur le concept du visage du fils de Dieu, du 31 mai au 3 juin 2012
Si la pièce ne suscitera sans doute pas ici de controverse aussi tonitruante qu’au Théâtre de la Ville de Paris cet automne, ne sommes-nous pas tout de même curieux de voir de quoi retourne la création du novateur établi Romeo Castellucci? Des manifestants, dénonçant une christianophobie dont le metteur en scène se défend, avaient lancé des détritus aux spectateurs, étaient même montés sur scène, choqués par l’association qu’on y proposait. Un vieil homme incontinent dont le fils s’occupe avec patience sous un regard imposant : c’est un gros plan du visage du Christ, tiré d’une oeuvre de la Renaissance, qui constitue l’omniprésent fond de scène. Selon Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu « est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. »* Qu’en retiendrons-nous?

Nature morte, du 4 au 6 juin 2012
Cette création de Julie Andrée T. est une chance pour le public généralement théâtral et dansant du FTA de découvrir l’énigmatique monde de la performance, art hybride et perturbant s’il en fut un. L’artiste visuelle performeuse, explorant de nouveau les relations entre le corps et l’espace, reprend dans Nature morte sa collaboration avec les créateurs Jean Jauvin, à la lumière, et Laurent Maslé, au son, avec qui elle avait créé Not Waterproof et/ou l’érosion d’un corps erroné et Rouge, présentées lors de la mouture 2009 du festival Poésie et couleurs au menu.

Mygale, du 5 au 9 juin 2012
Pour verser quelque peu dans la danse comme il est souvent agréable de le faire, allons voir Mygale, cette création de Nicolas Cantin. L’artiste transdisciplinaire a touché dans sa carrière au masque et au clown, comme au théâtre et à la danse. Il a d’ailleurs offert quelques pas avec Frédérick Gravel dans Tout se pète la gueule, chérie : rien que ça me le vend (c’est dit). Et puis, aussi, ces quelques lignes de présentation aux allures ducharmiennes : « Le programme sera simple : je te ferai rire et tu me feras rire. Nous nous ferons mourir de rire, tu saisis? Et personne n’aura mal, c’est une promesse. Il n’y aura que toi et moi. Toi que je ferai rire et toi qui me feras rire. »**. Séduisant.

&&&&& & &&&, du 6 au 8 juin
Les ludiques s’amuseront à citer l’imprononçable titre de ce qu’on pourra se contenter de nommer, par détournement, la pièce aux esperluettes. Les créateurs, Antoine Defoort et Halory Goerger, sont décidément des rigolos : ils proposent au spectateur, qui n’a donc pas à s’inquiéter d’arriver en retard (yé), un spectacle en boucle, sans début ni fin. C’est un parcours d’installations éclectiques qui traitent « de la science, de la fiction, et des deux réunis par un tiret. »*** Après avoir vu les interprètes jouer de plantes comme d’instruments de musique dans la « vidéo titilleuse », il sera tentant de découvrir les autres facettes de cette proposition singulière.

Enfin, pour les lapins d’entre vous qui appréciez la danse, il me semble incontournable de faire un clin d’oeil vers les propositions chorégraphiques de l’importante Anne Teresa De Keersmaeker. Le diptyque formé de En Atendant et Cesena allie danse contemporaine et chants du Moyen-Âge pour créer quelques vrais moments de beauté. Et puis, les passants fauchés pourront eux aussi se régaler de l’installation urbaine de cette année, x-fois gens chaise, où des personnes âgées vaquent à leurs occupations quotidiennes, assis en suspension aux murs du Quartier latin.

La 6e édition du FTA, qui se tiendra du 24 mai au 9 juin 2012, se veut une tribune à des voix fortes, diverses, libres et subversives; dressons l’oreille!

En tout cas, j’ai hâte. Pas vous?

Théatre