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Les fragments d’une soirée

«Ainsi, curieusement, la  «liberté» de l’autre à  «être lui-même », je la ressens comme un entêtement pusillanime. Je vois bien l’autre comme tel – je vois le tel de l’autre -, mais dans le champ du sentiment amoureux, ce tel m’est douloureux, parce qu’il nous sépare et que, une fois de plus, je me refuse à reconnaître la division de notre image, l’altérité de l’autre. »

Roland Barthes. Fragments d’un discours amoureux

Co-auteur de Table Rase, qui était d’ailleurs de retour en octobre dernier pour une troisième année consécutive, Catherine Chabot enlève ses petites roues de bicycle et se lance seule dans l’écriture de sa pièce, Dans le champ amoureux. Présentée à l’Espace Libre jusqu’au 25 novembre, la pièce est une joute verbale, parfois rhétorique, mais toujours bien intense, sur le couple.

Ou plutôt sur l’amour? Ou sur la perception de l’amour? Sur les concessions que nous faisons pour l’autre et qui nous transforment, lentement, en quelque chose que l’on déteste? Ou peut-être sur un peu de tout cela.

La disposition bi-frontale de la scène permet au public de se sentir dans la chambre avec les protagonistes, un gars et une fille d’environ 30 ans, comme un ami mal à l’aise d’assister à une chicane de couple particulièrement explosive. Le spectateur se retrouve donc témoin des ébats, des cris, des incertitudes ; un amas de tension difficile à porter.

En résumé, nous suivons la soirée d’un couple. Le gars va prendre un verre avec une fille qui ressemble à Kim Kardashian avec qui il a déjà trompé sa copine. Cette dernière ne veut pas qu’il y aille. S’en suit la plus grande des discussions. Le but : savoir ce qu’ils veulent réellement de cette relation. L’issue finale est simple : s’aiment-ils encore? Tout cela, à travers de citations de plusieurs philosophes, mais aussi d’Éric Lapointe. Les spectateurs vivent donc la soirée avec eux.

Cela ne fait pas plus d’une minute que les acteurs sont sur scène qu’ils sont déjà en costume d’Adam et Ève. Plusieurs personnes ne savent pas vraiment comment se sentir face à la nudité complète au théâtre. Je suis de l’école qui dit que, lorsque c’est justifié, pourquoi pas. Dans le cas de Dans le champ amoureux, la nudité est banalisée, comme allant de soi dans le contexte de la pièce. La nudité du duo ne choque pas du tout, elle est seulement là, bien présente, comme elle devrait l’être dans l’intimité entre deux personnes qui s’aiment. Le but étant de s’incruster dans la réalité d’un couple, et je pense que c’est un bon accessoire pour le faire.

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J’avais envie de plonger dans leur histoire, de les trouver beau, de les haïr tellement ils ne savent pas bien s’aimer, mais j’avais tellement l’impression d’être un intrus dans leur discussion, que cela m’empêchait d’être totalement investie dans l’histoire. D’un autre côté, cela montre que le jeu des acteurs était particulièrement réaliste. Ces personnages, ce sont nos amis. On les connaît. On a tous un couple comme eux dans notre entourage. Un peu trop cool, juste assez heureux pour ne pas être misérable.

Malgré la sincérité du texte, celui-ci manque un peu de nuances. L’énergie est trop haute, il manque de pauses tranquilles où le spectateur peut enfin souffler un peu. Même les moments plus comiques, qui sortent de la querelle amoureuse, sont fort en intensité. La pièce n’est constituée que de hauts, ceux-ci ont donc moins d’impact. Il aurait fallu quelques bas pour comprendre la véritable puissance des mots de Catherine Chabot.

Les artistes parlent d’amour et du couple depuis aussi longtemps que l’on peut le documenter. C’est un sujet qui a toujours été riche et plein de ressources. Est-ce que Catherine Chabot l’aborde d’une manière nouvelle et totalement innovatrice? Je ne crois pas. Cependant, je pense qu’elle l’aborde de manière franche et honnête. Elle dévoile au monde ce qui se passe dans le couple 2.0 de notre génération. Celle qui s’est battue pendant la grève étudiante. Celle qui a vécu dans la ouate, mais qui voudrait avoir la vie d’un révolutionnaire philosophe. Celle qu’on a toujours trop couverte, mais qui veut sortir du nid familial, changer le monde, pour vite se rendre compte que ce n’est pas si facile. Celle qui est un peu fatiguée de se battre, autant pour la liberté que pour son couple. Celle qui voudrait juste être normal, après tout.

 

Théatre
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Les lois de l’immortalité ou comment vaincre la vie

Dans un futur qui semble lointain, l’humain est capable de transférer sa mémoire et ses souvenirs dans un corps synthétique. La mort devient donc obsolète. Qu’arrive-t-il lorsque le transfert d’Anne ne se passe pas comme prévu?

Ceci est la prémisse de la nouvelle pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Baril Guérard. Présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai, l’action prend place dans un monde dystopique. L’humain est divisé en deux catégories ; les synthétiques et les organiques. Les premiers ont dit  »oui » au transfert et à la vie éternelle. Les seconds ont refusé et vivent comme de simples mortels.

Nous suivons l’histoire d’Anne. Elle est morte. Elle passe à travers les vestiges de sa mémoire. Mais quelque chose cloche. Pourquoi Bruno, son collègue d’il y a 10 ans, est présent dans le souvenir de la fin de semaine à la plage avec sa sœur, le copain de sa sœur et son ami David?

Lors de l’entrée du public, Anne est déjà couchée par Terre, dans le sable noir. À son réveil, un de ses souvenirs joue en boucle, comme une cassette que l’on aurait trop rembobinée. Le procédé est intéressant, laissant au spectateur le temps de comprendre ce à quoi il a affaire. Il peut ainsi se laisser happer par l’univers proposé par l’auteur.

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Le début est prometteur, mais le texte finit par prendre un peu trop le spectateur par la main, lui mettant en plein visage ce qu’il avait probablement déjà compris.  Les dialogues se répètent et cela ne rend pas service à la pièce. Au contraire, cela l’alourdit sensiblement. Qui plus est, il n’est pas nécessaire d’expliquer la morale d’une histoire lorsque celle-ci peut être déduite dans les actions des personnages. Avait-on peur de faire face à un public paresseux? Avait-on peur que celui-ci n’ait pas voir plus loin? Peut-être un peu.

Pourtant, l’idée elle-même est nouvelle. Alliant futurisme et humanité, il est facile d’être séduit par la fraîcheur de la création, qui est la représentation même d’une génération en quête d’immortalité; la nôtre. Une jeunesse qui cherche à laisser une marque, que ce soit par la gloire éphémère des réseaux sociaux ou alors être la première génération à pouvoir vivre pour toujours. Est-ce si différent?

Par contre, plus la pièce avance et plus les acteurs tombent dans un style mélodramatique, au profit d’un jeu plus réalisme qui aurait été fort à propos. Le niveau de jeu entre les différents acteurs est inconstant et cela devient plus apparent au fur et à mesure que la pièce avance. Une mention spéciale à Mathieu Handfield qui est juste, drôle et attachant dans son rôle de Bruno pendant toute la durée de la pièce.

D’ordre général, La singularité est proche est une pièce divertissante, qui donne à réfléchir sur cette quête de l’immortalité et des limites et conséquences de celle-ci. Elle nous fait penser à la différence entre un suicide assisté et un débranchement. Puis, un peu à la manière de L’homme bicentenaire, la nouvelle d’Isaac Asimov, est-ce qu’un être synthétique avec presque toutes les caractéristiques d’un humain est considéré comme tel par l’être organique? Ou manque-t-il justement la qualité essentielle de l’homme : la mortalité.

La singularité est proche est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai.

Théatre
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À lire dans le Magazine Muses

La culture est encore à l’honneur dans le plus récent numéro du Magazine Muses qui mise principalement, cette fois, sur la force des femmes et de leur pouvoir de création… ou de destruction.

En couverture, l’avocate Anne-France Goldwater se fait coquine avec un look à la Marilyn Monroe. D’emblée, le lecteur est confronté à un contraste entre l’image assignée à la vedette de l’émission L’Arbitre et à son travail qui a mené à de grandes avancées en terme de droits des femmes. On y découvre évidemment la même personnalité colorée qui n’a pas la langue dans sa poche.

Les comédiens et codirecteurs artistiques d’Ominus, Réal Bossé et Sylvie Moreau, démystifient l’art du mime, au-delà des idées préconçues. Ils rendent un hommage à leur mentor Jean Asselin et abordent la création de la pièce Spécialités féminines qui est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 7 février. Chloé Sainte-Marie s’ouvre sur la signification si particulière de son dernier album, après avoir mené un combat pendant tant d’années auprès de son amoureux, Gilles Carle. Les lecteurs pourront aussi en savoir plus sur La Bronze (Nadia Essadiqi) qui a sorti son premier album récemment et que l’on reverra dans la deuxième saison de la websérie Quart de vie prochainement, sur Tou.tv.

Les femmes de contes, porte-étendard des histoires passées et parfois oubliées, parlent de leur métier et de ce qui les différencie des hommes qui sont encore plus présents dans ce milieu. Le photographe et conteur André Lemelin présente quant à lui un photoreportage. Des centaines de personnes ont répondu à la question «Où serez-vous dans 10 ans?» et ils ont laissé M. Lemelin capturer l’image de cet instant à des fins documentaires. Le Magazine Muses présente une sélection des clichés de l’artiste.

Distribué dans près de 2000 kiosques à travers la province, Magazine Muses est un trimestriel féminin indépendant qui désire offrir aux femmes un magazine avec un contenu à la fois intelligent et accessible.

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