Le courage de la tolérance

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran a d’abord été un roman, puis un film et finalement une pièce. Pour terminer sa tournée dans la province en beauté, Éric-Emmanuel Schmitt vient défaire ses valises dans la salle du Théâtre du Nouveau Monde. Cette pièce, on ne savait pas qu’on en avait besoin. C’est un petit coin de rue Bleu qui n’est pas bleu et de croissant de mer qui vient se glisser dans notre hiver québécois. C’est un garçon devenu un homme qui se lie d’amitié avec un épicier pas vraiment arabe (car être arabe, c’est être ouvert de 8h le matin à minuit et même le dimanche dans le domaine de l’épicerie), pas vraiment musulman, un peu spirituel, mais surtout, qui sait ce qu’il y a dans son Coran.

Éric-Emmanuel Schmitt n’est pas un acteur. C’est un écrivain. C’est pourquoi se sont les mots qui sont mis de l’avant dans cette représentation théâtrale. Le moment devient aussi simple que s’asseoir dans le noir et se faire narrer une histoire, comme un enfant qui se ferait raconter un conte avant de s’endormir. Le vocabulaire un peu littéraire de la pièce n’alourdit pas la représentation, mais lui sert plutôt par ses descriptions détaillées. Il est ainsi facile de se transporter dans l’imaginaire créé par l’auteur.

Les nuances de jeu sont subtiles. Éric-Emmanuel alterne entre les différents personnages de la pièce avec un léger changement de ton et d’accent. Sa voix nous envoûte et nous donne envie de fermer les yeux afin de mieux partir en voyage, nous aussi, avec monsieur Ibrahim et le petit Momo. La scénographie est très simple et évocatrice des différents lieux relatés dans l’histoire. Un coin bureau, pour la bibliothèque de son père et son appartement, un coin épicerie où se passent ses rencontres avec monsieur Ibrahim, un coin intimiste pour ses rencontres avec les prostitués de la rue Paradis et, en fond de scène, un coin de ciel, de sable, d’ailleurs. Éric-Emmanuel Schmitt fait évoluer Moïse entre ces lieux où, petit à petit, il devient un homme.

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Malgré la performance inégale du micro et quelques accrochages de texte, choses que le public semblait très enclin à pardonner étant donné que l’acteur est seul sur scène pendant le 1h50 que dure la pièce, la pièce vaut le déplacement. C’est une pièce qui perce le gris de l’hiver et prouve au public que le fait d’être juif, chrétien ou musulman n’est pas censé être une barrière entre les individus. Au contraire, cela peut être une fenêtre sur la découverte, l’expérience, l’apprentissage. Une fenêtre où un juif qui lit le Coran dépasse l’indifférence d’un père et l’absence d’une mère.

La pièce Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est présentée au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 5 mars.