Architecture et santé : regards et projets pour un monde malade

En imparfaite santé : la médicalisation de l’architecture – Centre Canadien d’architecture

25 octobre 2011 au 15 avril 2012

Le CCA présente jusqu’au 15 avril prochain l’exposition En imparfaite santé : la médicalisation de l’architecture. Une visite au cœur des problématiques actuelles qui touchent la santé de la population à travers le monde et les solutions envisagées pour améliorer la situation. Constats troublants sur cette santé si justement qualifiée ici « d’imparfaite », car les réflexions et propositions amenées par ces projets architecturaux naissent, évidemment, d’une santé globale défaillante…

Des questions nous assaillent dès l’entrée en matière : un texte explicatif soulève plusieurs problèmes rencontrés par les habitants des villes, entre autres. La façon de concevoir la ville est-elle adaptée à ses habitants ou est-ce plutôt l’inverse qui se passe? On devient de plus en plus appuyé dans notre quotidien par des gadgets qui nous facilitent l’existence, mais qu’en est-il des lieux de vie, de travail, ou de passage?

L’exposition nous propose un parcours divisé selon les problématiques les plus urgentes : allergies, asthme, cancer, épidémies, obésité et vieillissement. Sous ces divers thèmes, des propositions sont apportées, provenant du passé, en cours, ou en réflexion pour le futur de la population. Des jardins anallergiques (contrôle de l’émission de pollen par la plantation d’arbres « femelles » qui produisent une substance que les êtres humains assimilent bien, contrairement au pollen des arbres « mâles ») ou encore un projet comme Harmonia 57 au Brésil, où la surface d’un édifice est recouverte d’un jardin à la verticale où y est intégré un système d’irrigation. On y apprend aussi qu’environ 0.5% de la population souffre de ce qu’on appelle le syndrome allergique total, la maladie environnementale ou plus simplement, la maladie du XXe siècle. Ce qui en dit long!

Il y a aussi ce fascinant principe de spéléothérapie. Des chercheurs ont constaté que les travailleurs des mines de sel étaient beaucoup moins touchés par des problèmes d’asthme. Des lieux de repos ont donc été créés où les gens peuvent aller faire des séjours de 24 à 48 heures sous terre, le sel étant un aidant naturel pour éliminer les glaires.

On démontre aussi les résultats d’une étude sur la poussière domestique au Canada où l’on apprend, sans grande surprise, que les populations urbaines sont plus grandement touchées par la présence de métaux lourds comme le plomb ou le mercure. On nomme les trois villes les plus polluées au monde, Linfen (Chine), Norilsk (Russie) etLa Oroya(Pérou), qui sont toutes situées à proximité de lieux de production industrielle. La solution envisagée : construire des murs filtres, des surfaces électrostatiques qui utiliseront la pollution ambiante pour accrocher celle-ci sur leurs parois, devenant une partie de la construction même des immeubles.

« Nous sommes dorénavant sur appel, en tout temps et partout » est une phrase tirée d’un des cartels de l’exposition. Ce qui est souligné ici, c’est qu’avec la vie que l’on mène actuellement, nous sommes disponibles 24 heures sur 24. À l’information, au divertissement, à l’autre, à la société. Des architectes se sont posés la question : a-t-on accès à un lieu régénérateur? Notre maison/appartement nous sollicite sans arrêt avec télévision, téléphone, installations diverses qui nous permettent d’être constamment branchés au reste du monde. Mais arrive-t-on, à un certain moment, à décrocher, à créer une réelle séparation entre travail et repos, entre social et intime? Des plans de maisons conçues pour se régénérer sont proposés.

Des faits troublants sont aussi mis de l’avant  dans la section Épidémies : le fameux SRAS qui a effrayé le monde entier en2003 aamené les autorités à créer des solutions drastiques à Singapour. Les gens affectés devaient être en quarantaine, confinés chez eux, surveillés avec des systèmes de caméra installés dans leur maison. Le refus de se plier à ces contraintes amenait le/la contrevenant(e) à s’exposer à des amendes de plus de 10 000 $ ou encore l’emprisonnement. On aborde alors la création des Domestic Isolation Room, ces cellules à installer chez soi qui permettent de rester avec la famille tout en évitant la contamination.  Toilette, système d’eau et même des gants à enfiler pour permettre de rester en contact physique avec les proches et aider aux tâches ménagères…

Exposition du CCA, En imparfaite santé : la médicalisation de l’architecture. ©CCA, Montréal

L’obésité  et le vieillissement sont aussi au cœur des préoccupations : création de lieux ludiques urbains pour adultes et enfants, afin de s’activer tout en s’amusant; centres pour personnes atteintes d’Alzheimer, où les parcours sont pensés en fonction des pertes de mémoire et délires ponctuels afin d’éviter les paniques et le sentiment de confusion; la combinaison AGNES (Age Gain Now Empathy System) à enfiler pour recréer les conditions physiques d’une personne de 75 ans (lentilles qui donnent une vue trouble, sangles qui serrent différentes parties du corps afin de reproduire les contraintes physiques), combinaison conçue par des étudiants du MIT (Massachusetts Institute of Technology) pour étudier le vieillissement du corps.

On y trouve photographies, documents, plans, maquettes, études, objets et textes. Oui, beaucoup de lectures à faire, mais le procédé est aisé : textes courts, significatifs et agréables. Une scénographie très élégante et sobre, mettant en valeur les informations efficacement et permettant au visiteur de prendre un recul sur les chiffres et statistiques nombreuses qui lui sont offertes. Il reste peu de temps pour aller visiter En imparfaite santé, mais la semaine dernière est paru le livre qui y est associé, et il s’agit, ni plus ni moins, de l’exposition complète en version papier. Belle exposition, magnifique publication, à voir absolument afin, éventuellement on l’espère, de proposer un second volet à ce projet, cette fois intitulé En parfaite santé.

Publication En imparfaite santé (2012). ©CCA / Lars Müller Publishers