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375e de Montréal

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Libération d’un Montréal en changement

La compagnie les 7 doigts de la main a posé ses bagages à la Société des arts technologiques pour l’été. Le spectacle présenté? Vice et Vertu, un déambulatoire sur le Montréal des années 40.

Vice et Vertu, c’est l’histoire d’un travesti qui ne veut qu’une chose pour son anniversaire : qu’un homme puisse danser avec un autre. C’est l’histoire de femmes qui se battent pour pouvoir voter, qui se battent pour l’égalité. C’est l’histoire d’une effeuilleuse qui a le cabaret dans la peau. C’est l’histoire de Jean Drapeau, d’Armand Monroe, de Pax Plante, de Lili St-Cyr. C’est l’histoire de Montréal. Et qu’est-ce qui est plus Montréalais que de jouer la pièce dans nos deux langues officielles!

Cette métropole, je ne l’ai pas connue ; les cabarets, les enjeux politiques, la ‘’Main’’ dans l’apogée de sa gloire, l’omniprésence du clergé mêlée à une libération sexuelle grandissante. Pourtant, ce soir-là, j’étais soudainement transportée à cette époque mythique où l’on se battait pour nos convictions.

Au début, le public s’amassait dans la grande salle de la SAT. À l’entrée, une carte était remise. Celle-ci servira à diviser les spectateurs en trois groupes qui s’aventureront dans différentes parties de la SAT ; un dans la satosphère, un autre à la Place de la paix et le dernier dans une extension de la salle principale. Peu importe l’ordre dans laquelle il y assistait, le spectateur avait assez d’éléments pour suivre et faire évoluer l’histoire. Plusieurs grands sujets du temps étaient abordés, passant de la corruption, à l’itinérance en passant par le ‘’nightlife’’ montréalais. Force est de se rendre compte que les choses n’ont pas autant changer qu’on veut bien se l’admettre…

Le spectacle se voulait déambulatoire, mais il était difficile de lui donner cette appellation. En effet, la circulation à l’intérieur des diverses salles de la SAT était plutôt difficile. Un peu trop de spectateurs pour pouvoir se déplacer en toute facilité et apprécier le spectacle et ses différentes stations au maximum. Il aurait fallu couper de moitié de public pour pouvoir profiter de chaque élément, allant des numéros de cirque aux scénettes faisant avancer l’histoire.

D’ailleurs, la partie cirque prenait une bien petite place dans ce spectacle multidisciplinaire. Certes, quelques numéros d’envergure rappelaient le talent indéniable des 7 doigts de la main, mais de manière générale, il s’agissait bien plus d’une expérience sensorielle diversifiée. Le jeu et la musique étant autant présente que le cirque. Ce qui n’était pas nécessairement une mauvaise chose. Plusieurs critiques reprochent au monde circassien de manquer de trame narrative dans leur spectacle et de vouloir en mettre plein la vue avec des numéros d’acrobaties. Cela n’était absolument pas le cas avec Vice et Vertu. Cela donnait un spectacle presqu’immersif et complet sur plusieurs aspects.

D’une durée de 3h00, la représentation aurait pu être raccourcie d’une quarantaine de minutes. Cela aurait probablement réglée les quelques problèmes de narrations et les quelques temps morts. Malgré tout, l’énergie des artistes est restée à son apogée pendant toute la durée du spectacle. Mention spéciale à Vincent Roy, qui incarnait Armand Monroe, et qui devait jouer, chanter et danser dans des talons rouges d’une hauteur vertigineuse! Bravo!

Les musiciens en performance en direct, la voix rauque aux accents blues de Betty Bonifassi ainsi que les reprises de chansons typiques années 40 faisaient de la trame sonore un des meilleurs éléments du spectacle. Celle-ci allait de pair avec chaque situation ; de la musique sur Montréal avec des paroles à propos de nous, pour nous.

Et le vice? Et la vertu? vous demandez-vous peut-être. Le blanc contre le noir, l’église contre la libération sexuelle, le patriarcat contre le matriarcat. Qui a raison et qui a tort? Le spectacle vous laisser juger et vous permet de forger votre propre opinion!

Vous avez encore la chance de voir Vice et Vertu jusqu’au 6 août dans le cadre de la programmation officielle du 375e anniversaire de Montréal et du festival Montréal Complètement Cirque.

 

Galerie photo par Marie-Claude Brault.

 

Cirque
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Loin de la langue de Shakespeare et Molière

C’était au Rideau Vert que le spectacle Molière, Shakespeare et moi est présenté dans le cadre du festival de théâtre À nous la scène, organisé par le 375e de Montréal. Il y a quelques mois de cela, Gilbert Rozon ne donnait qu’une seule consigne à Denise Filiatrault : monter une pièce avec Shakespeare et Molière. C’est donc à Emmanuelle Reichenbach, l’auteur d’Edgar et ses fantômes, qu’est incombé la tâche de relever le défi de Gilbert Rozon. Cela donne une comédie parodique vaudevillesque, à tendance grivoise, on ne peut plus anachronisme.

Nous suivons l’histoire de Thomas Beaubien, un jeune écrivain torturé interprété par Simon Beaulé-Bulman et de ses deux pas toujours fidèles complices, une directrice de bordel dépeinte par Anne-Élisabeth Bossé et un coureur des bois joué par Mathieu Quesnel. Ils ont la requête de Monseigneur Montarville (Carl Béchard) de créer une pièce de théâtre choc sur le Gouverneur (un Roger La Rue trivial à souhait). La pièce est un succès et éveille l’esprit révolutionnaire des habitants de la Nouvelle-France. Thomas fuit, ses amis le trahissent, Monseigneur renverse le Gouverneur et vole la femme de ce dernier. Qu’est-ce que Thomas Beaubien peut bien faire face au clergé et au pouvoir? Et s’il pouvait avoir un petit coup de pouce des fameux William Shakespeare et Jean-Baptiste Molière?

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Caricatural à souhait, plongeant à pieds joints dans le kitsch et le surjoué, le public a droit à un vaudeville moderne à saveur de Nouvelle-France. La salle s’en donnait à cœur joie et semblait apprécier chaque seconde. Plusieurs fous rires s’échappaient des spectateurs devant les situations grotesques qui truffaient la pièce. Une pièce populisme, qui vient chercher les goûts dramaturgiques des masses.

Malgré le rire ambient, la pièce manque de fond. Les blagues manquent de subtilité et la finalité est prévisible et risible. Mentionnant maladroitement quelques enjeux de notre société, ils sont tellement effleurés qu’on en perd le sens. L’effort de vouloir politiser le tout tombe à plat, se noyant dans les galipettes et grivoiseries. Et que dire de la présence de Molière et de Shakespeare qui sont dépeints comme des vieux mononcles qui pètent et rotent? Les efforts des acteurs ne pouvaient rattraper cela. Mention spéciale à l’éclairage de Julie Basse.

La pièce se termine ce samedi 22 juillet. Il vous reste encore du temps pour aller vous faire votre propre opinion!

Théatre