Tous les articles

théâtre

(Fr) Les traces de l’ours

Ça vient de Calgary. Ça se présente à l’Usine C, et ça s’appelle Lucy Lost Her Heart. Déjà, on parvient à m’intriguer. Je vous rapporte ici un petit coin de l’œuvre, en forme de personnage.

La compagnie des artistes en résidence du Theatre Junction GRAND, dirigée par Mark Lawes, se nourrit aux confluents de multiples influences : de la France à l’Alberta, du français à l’anglais, d’un métissage des formes d’arts. Voilà ce qui m’attire d’abord : ce mélange éclectique des genres, cette proposition toujours fascinante d’effacer les lignes, d’abattre ces fameuses cloisons. Il paraît d’ailleurs que du processus de création des pièces de la compagnie ont dérivé toutes sortes de projets éclectiques : des maxis ou extended play (EP), des courts-métrages, des partys. Il y a là une ébullition prometteuse!

Mark Lawes fait remarquer que la représentation théâtrale : « n’est pas un objet de consommation tangible. Il n’est pas possible de la ramener chez soi et de la poser dans son salon. Elle a une clause de collectivité et d’unicité. Éphémère et volatile, elle ne laisse derrière elle que quelques traces, ne hante que quelques pans de la mémoire pour devenir une partie intégrante de notre inconscient collectif. »* Ainsi, dans l’impalpable Lucyland qu’il a créé, les personnages résonnent avant tout de la culture de l’Ouest canadien : Pocahontas, les fourrures, les bottes et le chapeau de cow-boy, le soldat perdu, la blancheur laiteuse de la peau d’une icône religieuse…

Parmi eux, le personnage de Pierre, victime d’un accident, est resté dans un état brusque et entier de naïveté enfantine. C’est celui qui garde en espoir – en vie, peut-être – les autres personnages, prisonniers des corridors d’une mine désaffectée suite à une mystérieuse catastrophe. Interprété par l’imposant, « grizzliesque », Steve Turner, Pierre fascine, comme intemporel : c’est un homme grand et gros, à la grisonnante barbiche touffue qui, la plupart de la pièce, est assis près d’un tas de charbon, les jambes étendues, raides devant lui, à la manière d’un petit garçon. De temps en temps, il porte un chapeau de fourrure à oreilles d’ours : selon la légende, c’est lui qui serait tombé sur ce « someone hairy », cette « bête poilue » congelée dans la terre, qui permettra à ses congénères de survivre pour se conter encore d’autres histoires. De l’amas de charbon, Pierre s’affaire à en choisir des roches qu’il peint de rouge et offre en cadeau à ceux qu’il aime.

Une fois, cependant, Pierre s’insurge : il paraît qu’à la guerre, les soldats ont dû se sustenter des chats affolés qui lapaient le sang des morts. Ceci n’est pas acceptable du tout. Pour Pierre, il est indéniable que les félins demeureraient pour toujours, avec leur angoisse, dans le ventre de l’omnivore cruel. C’en est trop : Pierre doit se dissocier du soldat perdu qui se prend bizarrement pour son père. « I am not your boy », clame-t-il, poussant celui qu’il accuse à exploser en une chanson agressive et désespérée.

Intrigués, vous aussi? Il ne vous reste que deux jours pour rencontrer Pierre et les autres personnages de Lucy Lost Her Heart, présentée jusqu’au 30 mars à l’Usine C. Saurez-vous dire si l’inconscient du public montréalais sera marqué des mêmes traces que celui de Calgary?

En passant, la pièce, bilingue, est entièrement sous-titrée : on apprécie.

* Source

Theatre

(Fr) Dissidents : le cri de la révolte

Des bruits, des murmures, des chiens qui aboient. Dès les premières secondes de Dissidents, l’ambiance sonore de la pièce place le spectateur dans un état d’alerte, de tension. Que se passe-t-il? Que va-t-il arriver? On se questionne. On se demande. Puis, un projecteur éclaire un homme. Il a commis un crime horrible, mais lequel? Par les mots de Philippe Ducros et la mise en scène de Patrice Dubois, Dissidents plonge le spectateur dans une profonde réflexion sur l’indignation d’un homme face à notre société actuelle.

Au début, aucun décor. Il n’y a que les projecteurs qui éclairent les personnages. Seule  la noirceur du plancher et du fond de la scène ressort. On ressent l’isolement du dissident. On dirait qu’il est dans un gouffre, un endroit d’où il est impossible de s’échapper. Trois visiteurs viendront tout à tour rendre visite à l’homme. Une femme, une jeune fille et un prétendu spécialiste du comportement. Ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour le faire parler. Ils veulent des raisons, des justifications.

Mais, le dissident mentira. Il mentira plusieurs fois pour ne pas détourner les regards de son geste, de son cri d’indignation. C’est dans cette indignation qu’on devrait déceler le message et non dans son passé ou son histoire. En s’attardant à son passé, on trouverait seulement une excuse à son geste et ce dernier serait seulement défini par sa radicalité. Cette poursuite obsessionnelle d’une justification par les trois visiteurs incite donc à se demander si ces derniers ne cherchent pas seulement une raison, qui permettrait de ne pas penser plus loin, de rejeter toute signification de ce geste, en l’enfermant dans une case tout simplement.

Dissidents place le spectateur dans cette même situation de questionnement. On voudrait savoir le passé de cet homme pour expliquer son geste. On voudrait trouver des raisons qui pourraient nous permettre de comprendre ce comportement radical. Pourtant, si l’auteur avait donné les clés du passé de cet homme, chaque spectateur aurait construit son propre raisonnement personnel pour expliquer son geste.

Dissidents - Théâtre PÀP | Crédits : Yves Renaud

Le geste ne serait plus défini par son indignation, mais plutôt par la justification du parcours du dissident. À cet instant-là, ce geste deviendrait dénué de sens. C’est ce qu’on voudrait quelque part en nous. Croire que seul un fou serait capable de faire un tel crime, mais on sait qu’on pourrait être à sa place. La ligne entre l’indignation du dissident et notre propre indignation est mince. Très mince.

À travers Dissidents, Philippe Ducros et Patrice Dubois lient chaque spectateur à leur voisin par une réflexion portée sur la révolte, notre société de surconsommation et notre obsession pour le progrès. Malgré eux, le public reste dans cette réflexion tout au long de la pièce car il n’a pas la possibilité de porter un jugement précis sur l’acte commis. Le public a donc pour seul choix que de se pencher sur le geste de l’homme et la critique sociale qui en découle. Cette réflexion fait son chemin à l’intérieur de chacun par le cri de la révolte. Définitivement, une pièce à voir pour ses propos d’actualité qui nous touchent tous d’une manière ou d’une autre.

Theatre

The Art of Pretending: A Contemporary Love Story

A modern twist on the classic French play by Marivaux : The Game of Love and Chance

Before I reveal my thoughts on this play, I must admit that the last time I attended a play was back in high-school where my preferred method of transportation was a yellow school bus. I saw the never-aging tale of Romeo and Juliet, surely a rite of passage for any teenager. I had always loved theatre and had even gotten to be center stage a couple of times (this stays between us), but as I grew older my interest for this art form faded… I was in for a pleasant surprise when I walked into the Centaur Theatre for the premiere of The Game of Love and Chance on March 6th.

Theatre always appeared to me to be mostly for older, sophisticated and refined people. Believe me when I say that this play surely proved me wrong; it gave a new meaning to the term “accessibility”. I LOVED every moment of this very enjoyable and unpretentious love story! I don’t even know where to begin…

The plot, although written in the 18th century, was timeless and reflected all the intricacies of today’s love stories. As a 21st century entertainment buff, I’m used to all of the twists and turns of modern day love and friendship ties brought to you by yours truly,HOLLYWOOD. As the show progressed, I found myself entwined in the complexities, deceits and musings of the characters on stage. It felt as though I was watching an episode of Gossip Girl live. Rich people deceiving one another for love (it had Chuck and Blair written all over it!).

Not only was Nicolas Billon’s adaptation of Marivaux’s play funny, witty and daring, but it was filled with an underlying, sexually comical tone that was sure to spark crowd reaction, all without losing tact of course. The humour was on point and so well delivered that you could not help but burst out laughing (to the dismay of my next-seat neighbourgh…).

The interaction between the cast members was graceful and the scene changes were seamless (Kudos to Catherine Tardiff, an eclectic choreographer who brought the stage to life with her choreographies).There was always something going on to keep the audience interested whether it was the brother’s silly candy eating habit, Bourguignon’s grandiose entrances, or the sly comments. Although all of the cast members were quite exceptional, my coup de coeur goes to Gemma James-Smith, acting as Lisette. Her ability to transfer from one role to another is captivating and her acting is inspiring.

Billon’s modern adaptation of old-fashioned theatre has left me wanting more. It’s great to see that theatre for everybody. I can certainly say that my days of theatre-going are far from over.   For more on the play, have a look at behind the scenes videos HERE, but mostly take advantage of their last week inMontreal to go see the play live before they move on to the big TO.

Theatre

(Fr) Midsummer : l’amour folk

Midsummer, c’est l’histoire improbable d’Helena et Bob. Elle, est une avocate toujours à la poursuite de relations vouées à l’échec. Lui, est un poète raté faisant des magouilles avec des truands d’Édimbourg. Ils ont tous les deux 35 ans et tout les sépare dans la vie. Ils partageront leur intimité le temps d’une soirée. C’est ce qu’ils avaient convenu. Pourtant, le destin aura d’autres plans pour ces deux êtres aux antipodes qui vivront, durant le solstice d’été, une journée inattendue leur offrant la  possibilité de vivre autrement.

On avait déjà vu Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant jouer ensemble. C’était dans le film Borderline. Elle, incarnait le personnage de Kiki, une jeune femme écorchée  par la vie tandis que lui, jouait le rôle d’un pâtissier timide épris de cette dernière. La chimie des deux acteurs était indéniable à l’écran. Pour notre plus grand bonheur, on peut retrouver cette même chimie entre Blais et Brillant sur scène. Leur complicité transparaît autant dans leurs répliques que dans leur gestuelle. Dans cette comédie, Isabelle Blais fait preuve d’une énergie à toute épreuve tout comme son partenaire. Le duo joue avec conviction les folles péripéties d’Helena et Bob qui font vivre aux spectateurs des situations plus cocasses les unes que les autres. On peut même parfois s’y reconnaître ou du moins, on aimerait bien s’y reconnaître le temps d’une soirée. Ici, mention spéciale à la scène du bondage japonais qui ne peut que vous faire éclater de rire.

Le décor de cette comédie folk est intimiste et épuré, un peu à l’image du style musical exploité. On peut apercevoir sur la scène deux guitares, deux chaises, une table, une bouteille d’alcool, quelques vêtements et un paravent qui laisse entrevoir quelques éléments, qui serviront tout au long de la pièce. Un rideau rouge bourgogne couvre le fond. Dès la minute qu’on observe les éléments du décor, la pièce est entamée. On rentre dans l’univers de Midsummer. Le décor de la pièce nous rappelle l’intimité d’une chambre à coucher. Cette chambre où l’on se dénude sans gêne, où l’on se retrouve souvent face à soi-même. C’est dans ce décor propice aux révélations que l’on découvrira l’histoire d’Helena et Bob.

Composée par Gordon McIntyre, la musique folk fait partie intégrante de Midsummer. Ici, on ne parle pas de comédie musicale. N’étant pas l’essence du spectacle, les chansons sont plutôt des parties chantées du scénario. Elles ont cette capacité de révéler davantage au public la nature des réflexions intérieures d’Helena et Bob dans leur univers parfois mélancolique et souvent très comique. Les spectateurs auront le plaisir d’entendre les voix d’Isabelle Blais et de Pierre-Luc Brillant, qui se prêtent parfaitement au style folk. Il faut dire que pour ces derniers, la musique est une passion tout aussi forte que le jeu. Les deux acteurs font partie de groupes de musique depuis plusieurs années. Au courant de l’année, tous les deux sortiront un nouvel album avec leur groupe respectif.

Avec Midsummer, Philippe Lambert signe une mise en scène touchante qui s’accorde avec justesse aux mots vivants et dynamiques d’Olivier Choinière. Cette réflexion sur la portée de nos choix nous rappelle qu’il est toujours possible de recommencer. Il suffit parfois de dire oui et d’ouvrir par ce mot d’apparence si simple les portes inespérées de la liberté.

Theatre