(Fr) Pourquoi pas l’opéra?
Jeudi dernier, 8 mars, on m’a fait un cadeau. J’ai demandé une faveur et on me l’a accordée. J’ai eu le privilège d’assister à une répétition de Rossini et ses muses : le grand dîner, un projet de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal présenté en collaboration avec les finissants de l’École nationale de théâtre, à laquelle même les journalistes n’étaient pas invités.
Je confesserai d’entrée de jeu que je ne suis une fin connaisseuse de rien, que j’ai par contre une grande curiosité pour beaucoup de choses. En culture, je veux dire, principalement. J’ai évidemment certaines préférences, comme tout le monde, et quelques secrets, aussi. La première fois que j’ai vu un opéra, j’avais à peine 15 ans. Et j’ai aimé ça.
Regardez un peu dans votre entourage. Questionnez-vous sur vos préférences. Aimez-vous l’opéra? L’admettriez-vous publiquement? Connaissez-vous beaucoup de gens qui clament haut et fort leur affection pour l’art lyrique? Il faut bien se rendre à l’évidence : non
D’un autre côté, je suis certaine que vous connaissez au moins les célèbres paroles : « Je ris de me voir si belle en ce miroir ». Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’il n’y a pas que La Castafioredans Tintin qui chante ça! C’est en fait un des airs les plus connus de Faust, un opéra de Charles Gounod, créé en 1859 à Paris (un tuyau, comme ça : cet opéra sera présenté en mai prochain à la Place des Arts). Je mettrais aussi ma main au feu que vous avez déjà entendu ou même : fredonné un air du Barbier de Séville (« Figaro ») ou de Carmen (« L’amour est un oiseau rebelle »). Allez, avouez. N’ayez pas honte. Soyez-en fiers!
Évidemment, ces airs populaires d’opéra sont souvent arrivés à nos oreilles par le biais de campagnes publicitaires vantant les mérites de tel ou tel produit. Il n’en demeure pas moins qu’ils font partie d’une culture trop souvent qualifiée d’hermétique qui recèle des trésors d’écriture et de composition, des perles de mélodies qui valent la peine qu’on s’y attarde davantage. Au 19e siècle, l’opéra était aussi populaire que le cinéma aujourd’hui!
Jeudi dernier, donc, on m’a reçue à la pré-générale de Rossini et ses muses : le grand dîner. Il y avait là la distribution et l’équipe de concepteurs. Et moi. Après avoir révisé rapidement quelques scènes imparfaites aux yeux de la metteure en scène, les chanteurs m’ont offert un enchaînement complet du spectacle qui serait présenté en première le samedi soir. Salut compris!
L’œuvre en deux actes présente un amalgame des pièces des opéras les plus célèbres du prolifique maître italien – il composa près de 40 opéras en moins de 20 ans –, sacré plus grand compositeur vivant à 23 ans. Ce collage constitue une belle entrée en matière pour qui souhaiterait s’initier à l’opéra ou, du moins, à l’œuvre de Rossini. En plus d’être à une fraction du prix des productions présentées à Wilfrid-Pelletier, la découverte permet d’entendre les stars de l’art vocal de demain.
Alors que j’assistais, il y a quelques années, à une visite des coulisses en compagnie de Pierre Dufour, directeur général de l’Opéra de Montréal, j’ai été surprise d’apprendre que l’opéra est un art jeune, très jeune : à peine 400 ans. En cette ère où la profusion des genres fait loi quand on parle de spectaculaire, l’opéra m’apparaît en 2012 comme un art total, là où tout est permis, possible, où tout est grandiose : musique, d’abord, chant, pour ne pas dire performance vocale, ensuite, danse parfois, puis décors, costumes, éclairages, projections… Une production coûte plusieurs centaines de milliers de dollars. Une place pour y assister ne vaut que quelques heures de travail. Et ça vaut le coût. Au moins d’essayer. Je vous le garantis.
Au Monument-National ce soir, 15 mars, 19 h 30, et samedi, 17 mars, 19 h 30.
Distribution
Isaiah Bell : ténor
Karine Boucher : soprano
Tina T. Y. Chang : pianiste
Frédérique Drolet : soprano
Emma Parkinson : mezzo-soprano
Jean-Michel Richer : baryton
Tomislav Lavoie : basse (artiste invité)
Conception
Scénario et mise en scène : Marie-Nathalie Lacoursière
Costumes : Laurence Gagnon
Décors : Diana Uribe
Éclairages : Francis Hamel
Accessoires : Alain Jenkins
Préparation musicale : Claude Webster
Juste comme ça : l’Opéra de Montréal lance sa saison 2012-2013 le 4 avril prochain.