(Fr) Vues d’une fenêtre… sur l’Arctique
Du 4 octobre 2012 au 6 janvier 2013, le Musée d’art contemporain de Montréal présente deux expositions aux thématiques distinctes. La première est un bilan critique de l’œuvre de Pierre Dorion, artiste peintre québécois et s’articule autour de Chambres avec vues, une exposition présentée en 1999 dans un appartement vide donnant sur le Parc Lafontaine à Montréal. La seconde, de l’artiste brooklynoise Janet Biggs, présente 4 œuvres vidéographiques réalisées entre 2010 et 2012 dans des paysages extrêmes et des situations limitrophes.
Dans la première salle se trouve des toiles représentant des intérieurs fournies, une invitation à visiter les plus petites salles qui se trouvent à droite. Plus intimistes, la lumière diffuse éclaire des tableaux évoquant des souvenirs, parcelles de lieu déjà visités. Débute les portes, les fenêtres, les ouvertures, vues de l’intérieur ou de l’extérieur. Une série d’objets quotidiens agencés. La mise en espace de ce qui nous entoure, de ce que nous voyons, ou de ce que nous ne voyons plus, tous les jours. Les salles s’ouvrent, les toiles s’organisent en triptyques, et elles se dépouillent. L’exposition a été conceptualisée autour de la pratique actuelle du peintre. Elle matérialise la problématique de l’installation et de l’accrochage qu’exploite l’artiste.
Cette problématique est rendue à travers le choix de la disposition des œuvres dans leurs rapports à la conception des salles qui reçoivent l’exposition. L’agencement des toiles avec le plan des salles, des portes et des passages nous porte vers le contenu de l’œuvre. Les plans larges de villes et de fenêtres progressivement se minimalisent, la thématique se resserre autour du cadrage pour littéralement nous le dévoiler. Une des dernières salles, composée d’agencement de toiles (des polyptyques) conçues pour cette exposition, fait disparaître le cadrage dans un jeu synoptique hypnotisant.
Enfin, la dernière salle, légèrement circulaire, cache derrière le rideau de velours noir un écran sur lequel est projeté le vidéo A Step on the Sun (2012) de Janet Biggs. L’artiste s’est rendue en Indonésie où elle a suivit un mineur lors de sa routine quotidienne. Il travaille sur les flancs d’un volcan, toujours en activité, à récolter des pierres, cristaux de souffre, d’un jaune-orange fascinant qui tranche avec la morosité du sol. Des plans se prolongent sur un lac turquoise lui aussi contrastant avec l’environnement hautement toxique et décoloré du volcan. La couleur de ce lac est également le résultat de la présence du souffre, la même substance qui oblige la présence du travailleur.
Une porte nous mène vers d’autres êtres solitaires, une mineuse de charbon, Brightness all Around (2011), et un explorateur de l’Arctique, Fade to White (2010). Une touche documentaire, certes, mais l’œuvre ne se situe pas à l’intérieur de cette configuration. L’alternance des plans suggère plutôt une mise en poésie, articulée entre l’image et le son. Les différents fils conducteurs de chacune des vidéos, la lumière et l’écho sur les parois, nous transportent vers des lieux de solitudes. L’étrange beauté des paysages naturels contraste avec la dureté de ces formes d’existence. Enfin, l’exposition se termine, ou débute, selon l’entrée, par In the Cold Edge (2010), qui fait partie de The Artic Trilogy.
C’est dans le cadre du projet Montréal/Brooklyn, séries de rencontres et d’échanges culturelles entre deux capitales de l’art contemporain, que s’inscrit la présence de Janet Biggs. Elle est accompagnée de l’artiste montréalaise Aude Moreau qui présente une nouvelle œuvre vidéo, Reconstruction, un magnétique travelling de l’île de Manhattan. Ces deux artistes présenteront, du 12 janvier au 23 février 2013 à Brooklyn, de nouvelles œuvres spécialement conceptualisées pour l’évènement.
Les deux expositions sont distinctes par leurs thématiques et par leurs médiums mais le résultat est fluide, et nous amène dans un mouvement de contemplation intérieure. Et c’est l’état dans lequel nous sommes. L’intimité des espaces de Pierre Dorion et la proximité de lieux et des personnes où nous transporte Janet Biggs, nous sont normalement inaccessibles. Alors que tout semble éloigner ces deux expositions, elles sont intimement liées en ce qu’elles nous font traverser des espaces qui sont aussi les nôtres. Transi, nous regardons ce lent travelling qui nous mènera vers la sortie du musée, et à l’intérieur de la ville.







