(Fr) Genesis Breyer P-Orridge : Amour brut
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J’avoue devant vous, chers lecteurs, que je ne suis pas une connaisseuse de David Cronenberg. En fait, je n’ai jamais vu aucun de ses films. Quand j’avais vu que Cosmopolis était en compétition pour la Sélection Officielle de Cannes, je me suis dit : « Tiens, pourquoi pas?! ». Compte-rendu de ma fascinante découverte cinématographique.
J’y ai découvert un univers particulier, ça, c’est certain. Bien connu pour ses films aux ambiances sombres et aux sujets étranges, Cronenberg propose dans Cosmopolis violence, sexualité et apocalypse intérieure. Tantôt philosophiques, tantôt explicites, je me suis laissée entraîner dans les discussions entre les personnages, jusqu’à en ressortir la tête pleine de réflexions de toutes sortes. Effet étrange que ce Cosmopolis de Cronenberg eût sur moi…
Provenant de l’adaptation du roman de Don Delillo portant le même nom, le film relate le trajet d’Eric Packer, un multimilliardaire de Manhattan, en route vers son coiffeur. Un trajet simple à la base, vous me direz (et tout à fait valable – vous ajouterez – si vous êtes une fille!) mais qui deviendra complexe, voire interminable. Dans sa limousine, Packer recevra en chemin employés, amis et amantes. Lors de ses arrêts, il retrouvera sa femme pour le lunch et le souper, et terminera son parcours, non pas chez le dit coiffeur, mais dans l’appartement miteux d’un homme ayant croisé son chemin à un certain moment de sa vie.
Dès le début, un climat d’étrangeté et de chaos se fait sentir. On se croirait dans une époque sans âge mais que l’on peut deviner futuriste. La froideur et la superficialité des contacts entre Packer et ses interlocuteurs accentuent le sentiment de solitude que les personnages semblent ressentir. Fort de dialogues contradictoires et sans continuité, on a l’étrange impression d’assister à un cirque verbal tournant en rond. Beaucoup de mots, beaucoup de réflexions mais peu de conclusions. Ne reste que les vapeurs d’angoisses et d’oppressions des protagonistes.
Maintenant, réglons le sujet épineux du choix de Robert Pattison en tant que personnage principal. Comme possiblement certains d’entres-vous, j’étais plutôt sceptique, pour n’avoir connu de lui que son personnage de vampire au maquillage cheap et tombeur de ces dames (désolée pour les fans de Twilight!). Mais, mea culpa, Pattison, avec sa gueule carrée et ses airs d’inatteignable, réussit parfaitement à nous faire capter l’essence de son personnage, l’énigmatique et complexe Eric Packer.
Quant aux autres acteurs de Cosmopolis, notons la performance de Sarah Gadon dans le rôle de l’épouse froide et blasée, Juliette Binoche dans celui de l’amante « cougar » du richissime Packer et Paul Giamatti, qui se réserve pour la toute fin du film, et qui comme toujours est excellent.
À la musique, qui se révèle par ailleurs très discrète, on y retrouve la signature de Howard Shore, un habitué des films de Cronenberg. Quant à la photographie, Peter Suschitzky réussit à nous faire ressentir l’atmosphère lourde et apocalyptique du Manhattan de Cosmopolis.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que les amateurs de Cronenberg ne seront pas déçus. Réalisateur canadien de renom, il débuta sa carrière en 1966 avec Transfer, un court métrage de type expérimental. C’est cependant avec son film La Mouche en 1986 qu’il deviendra mieux connu sur la scène internationale. Par la suite, pratiquement tous ses projets cinématographiques seront le résultat d’expérimentations et afficheront des visions étranges et controversées de notre civilisation. Par exemple, Crash (1996), un film exposant l’attrait sexuel qu’entrainent les accidents de la route. Pas besoin de vous dire la controverse que ce film souleva, mais qui obtenu néanmoins le Prix spécial du jury au Festival de Canne. Et, fait intéressant, Cronenberg a été nommé en 2009 Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur pour avoir « fortement contribué au développement de la coopération culturelle franco-canadienne »¹.
Bref, me voilà désormais initiée à l’art de Cronenberg! Si ce n’est pas déjà fait pour vous, c’est l’occasion de le faire en allant visionner Cosmopolis, projeté en version originale sous-titrée au Cinéma Excentris jusqu’au 21 juin.
Bestiaire, le nouveau film du réalisateur québécois Denis Coté, nous invite dans l’univers des animaux captifs des zoos. Grâce à un style cinématographique atypique, le film nous transporte au-delà des limites du grillage, dans un environnement ou calme et chaos se heurtent.
La fifille que je suis A.DO.RE les animaux. C’est tellement mignon, des animaux. Et parce qu’on n’a pas tous la chance d’aller faire un safari en Afrique, il y a les zoos. Beaucoup plus accessibles, les zoos nous permettent d’être proches de nos animaux favoris. Mais, en les observant à travers le grillage, on peut se demander s’ils sont heureux… Certes, ils sont nourris et en sécurité, mais ils sont aussi, et surtout, en cage.
C’est donc avec cette réflexion en tête et une certaine curiosité que je me suis rendue ce week-end à l’Excentris pour y visionner le nouveau long métrage de Denis Coté, Bestiaire, un film que j’avais entendu être plutôt singulier.
Bestiaire, le nouveau film du réalisateur québécois Denis Coté, nous invite dans l’univers des animaux captifs des zoos. Grâce à un style cinématographique atypique, le film nous transporte au-delà des limites du grillage, dans un environnement ou calme et chaos se heurtent.
La fifille que je suis A.DO.RE les animaux. C’est tellement mignon, des animaux. Et parce qu’on n’a pas tous la chance d’aller faire un safari en Afrique, il y a les zoos. Beaucoup plus accessibles, les zoos nous permettent d’être proches de nos animaux favoris. Mais, en les observant à travers le grillage, on peut se demander s’ils sont heureux… Certes, ils sont nourris et en sécurité, mais ils sont aussi, et surtout, en cage.
C’est donc avec cette réflexion en tête et une certaine curiosité que je me suis rendue ce week-end à l’Excentris pour y visionner le nouveau long métrage de Denis Coté, Bestiaire, un film que j’avais entendu être plutôt singulier.
Et en effet, pour son 6e film, Denis Coté nous offre de l’hors norme. Ni fiction, ni documentaire, ni essai, il expérimente en oscillant entre ce qu’il définit comme étant un mélange de contemplation et de poésie.
Sans dialogue, Bestiaire présente l’arrière-scène du quotidien d’animaux vivant en captivité. Un genre de téléréalité animalesque filmée sur 1 an avec quelques extensions sur le sujet, telle que la taxidermie. Le mot bestiaire réfère d’ailleurs à des œuvres consacrées aux bêtes.
D’un rythme lent, on y observe des animaux via des plans de caméra fixes, comme si nous y étions, immobiles devant ces bêtes. Parfois, le sujet est complètement hors du cadre, ce qui crée un effet loufoque. D’autres fois, le sujet nous regarde, insistant, dérangeant. Les sons ambiants, comme unique trame sonore, amplifient le sentiment de voyeurisme.
Bestiaire laisse au spectateur une grande place à la réflexion. Aucune position ne semble clairement établie par le réalisateur, ce qui n’empêche pas d’y ressentir une certaine désolation devant le sort de ces animaux sauvages captifs. L’environnement physique et l’excellent travail de Vincent Biron à la photographie nourrissent le ton mi-obscur du film.
Certainement un des projets les plus excentriques de Denis Coté, Bestiaire a néanmoins certaines ressemblances avec quelques-unes de ses œuvres antérieures, tel que Curling : peu de dialogues, des images contemplatives, un environnement austère.
Film d’ouverture de la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, sélection de la 62ième édition Berlinale en Allemagne et présenté en première mondiale au Sundance Film Festival cette année, Bestiaire est sans contredit un film différent destiné aux cinéphiles curieux. Si vous osez traverser de l’autre coté du grillage, sachez qu’il est présenté à l’Excentris jusqu’au 19 avril seulement. Pour en savoir plus cliquez ici.
Je parle ici de courts métrages, bien entendu! Si vous aimez ce qui est bref et bon, je vous recommande chaudement la programmation spéciale de courts métrages projetée à l’Excentris et présentée par Travelling. Ce week-end seulement, et pour un petit 11$, vous pourrez y visionner huit créations provenant des cinéastes les plus prometteurs de la relève.
Bientôt grand de 5 ans, l’organisme à but non lucratif Travelling, présente pour la toute première fois une programmation spéciale de huit courts métrages portant sur le thème de la famille. Présentés les 30, 31 mars et 1er avril à 20h30 à l’Excentris, ces films ont été judicieusement choisis afin de vous faire découvrir la crème de la crème, tous ayant remportés récompenses et/ou nominations dans des festivals et concours du monde.
Parmi les films projetés, deux retiennent particulièrement l’attention : Ce n’est rien de Nicolas Roy, sélectionné pour la compétition officielle du Festival de Cannes en 2011, ainsi que M’ouvrir d’Albéric Aurtenèche, gagnant en 2010 du Prix Jutra pour le meilleur court métrage.
Si ces cinéastes ont réussi à se faire connaître, c’est principalement dû à leur talent, mais c’est aussi en partie grâce à Travelling, fondé en 2007 par Catherine Thériault. La mission de l’organisme est claire : promouvoir les courts métrages de la relève québécoise en les distribuant et les diffusant, ainsi qu’en offrant son aide et de la formation aux créateurs. En les faisant voyager d’un festival à l’autre, Travelling met tout en œuvre pour faire rayonner ces petits bijoux artistiques ici et ailleurs.
Je dis « bijoux » car Travelling sélectionne minutieusement les films qu’il représentera pendant l’année. Pour faire un bon court métrage, il ne s’agit pas seulement de prendre de belles images avec sa caméra. « Avec l’arrivée des nouvelles technologies, il est devenu de plus en plus facile de faire des films » souligne Catherine. Mais attention, « un bon court métrage, c’est avant tout un bon scénario exprimé de façon concise », ajoute-t-elle. Et c’est principalement en respectant ce critère que Travelling sélectionne les films.
Il faut savoir que le court métrage est en quelque sorte un passage obligé vers plus grand, soit le long métrage. La plupart des plus grands réalisateurs ont d’ailleurs commencé de cette façon, c’est ce qui leur a permis de se faire remarquer.
À tort, le court métrage est souvent marginalisé, vu parfois même comme étant « underground ». Normal croit Catherine, car ils sont souvent présentés dans des événements spéciaux comme des festivals ou des compétitions, mais rarement dans des salles de cinéma grand public. Pour Travelling, cette programmation spéciale à l’Excentris est donc un premier pas vers la démocratisation du court métrage. « Il faut encourager la relève d’ici » dit-elle, car les créateurs bénéficient de peu de revenus pour produire leur film. Profiter de cette programmation spéciale semble donc être une activité doublement intéressante; soutenir la relève tout en se payant une saprée belle soirée cinéma. C’est « short and sweet »!
Pour plus d’information sur la programmation présentée à l’Excentris : http://cinemaexcentris.com/TRAVELLING-presente-Huit
Pour en savoir plus sur Travelling et visionner d’autres courts métrages : http://www.travellingdistribution.com/
Photo prise du court métrage Un ange passe d’Antonin Monmart
Crédit : Dominique Chartrand