Crédits esquisse : Patrice Charbonneau-Brunelle

(Fr) Pour en finir avec l’androgynie

Rapidement, j’en suis venu à la conclusion que j’avais quelque chose de résolument androgyne, faits à l’appui. La plupart du temps, avant même la parole ou le geste. Pourquoi ? Peut-être parce que j’ai reçu maintes et maintes propositions de shooting où l’on affirmait vouloir mettre de l’avant mon «ambiguïté de genre». On m’a dit ça une fois. Peut-être parce que je me suis fait appeler Madame plus souvent qu’à mon tour, alors que j’attendais dans une file au guichet et que j’avais les cheveux longs. Ou encore peut-être parce qu’une spectatrice s’est déjà exclamée : oh, je pense que c’est Janine Sutto, alors que j’entrais à peine sur la scène de Duceppe (deux pas), costumé avec une soutane, une canadienne rouge et une perruque blanche. Ou alors peut-être encore parce qu’une très pertinente journaliste qui n’avait manifestement pas lu son dossier de presse a cru que j’étais une femme qui jouait bien un homme dans The Dragonfly of Chicoutimi et qu’il s’agissait peut-être de l’énigme du spectacle.

Sommes-nous entièrement responsables de ce qui nous traverse et de ce que les gens voient en nous ? Je ne pense pas. Honnêtement, je crois que les acteurs sont les moins bons juges. En tout cas, cette pensée m’évite beaucoup d’amertume et me procure de prodigieuses surprises. Dans (e), on ne parle pas précisément d’androgynie, on en parle de façon générale. L’androgynie est un escale incontournable quand on parle d’identité sexuelle trouble, soit. Mais selon moi, l’androgynie a le dos large, et devient le no man’s land de tous les marginaux. Attention, (e) n’est pas un spectacle qui fait l’exégèse de la sexualité, ça n’a rien à voir avec La Sexologie pour les Nuls. (e) est par dessus-tout une fable, voire un conte, sur l’amour et sur ce regard de l’autre qui nous forge. (e) est aussi une déclinaison naïve et à abattre de ce que doit être un homme, une femme. (e) traite de l’absence de modèles et d’une stratégie originale pour «devenir un homme». «Devenir un homme»… Expression plus ontologique que littérale. Devenir un citoyen, devenir un être capable d’amour, surtout.  Ici, je ne parle pas de l’objet de l’amour, mais du sentiment fondamental d’amour. Celui-là inconditionnel. Oui, (e) porte un certain romantisme… Mais juste assez. Dans l’imaginaire populaire, le genre sexuel est si galvaudé qu’il est souvent confondu avec l’orientation sexuelle. C’est pour ça que je dis ça.

Crédits esquisse de costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle

Crédits esquisse de costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle

Si l’androgynie avait une fonction presque religieuse chez les Grecs antiques, il s’avère qu’au Lac-St-Jean il y a 15-20 ans, la chose n’était pas aussi… louable. Ce terme aujourd’hui plutôt cool et presque associé à un type de beauté dans un certain milieu n’avait pas toute sa «coolness». C’est la raison principale pour laquelle je suis resté dans les Cadets de terre, Corps de cadet 7-52, pendant trois ans, à devenir légume à faire semblant d’aimer le tir de précision. Je repassais mes pantalons pour que le pli soit parfait, formais mon béret de cadet de terre dans la douche, des journées entières à cirer mes bottes. Et quand ma mère me demandait si j’aimais ça, je lui disais que j’adorais ça. J’ai même gagné la médaille de la meilleure recrue, même si j’exécrais chaque seconde à jouer au petit soldat. Un garçon dans les Cadets aimaient : les armes, le bois, faire des nœuds, l’autorité (du moins l’exercer), donner des coups de serviettes mouillées à  quelqu’un qui dort à 3h du matin dans un camp à Val-Cartier parce que c’est ça être dans la gang-de-gars. Mille dérivés du mot androgyne fusaient alors à chaque coup de serviette, ici sans noblesse. Ça coutait pas cher, les Cadets, pour les parents. C’était l’enfer et le début officiel de mes insomnies, mais j’imagine que c’était vraiment moins pire que l’Ouganda. C’est un peu  glauque, mais ça me console. Heureusement, j’aimais un peu dans la drill, je trouvais ça chorégraphique. Une série de mouvements à se souvenir : un grand souci du détail m’habitait déjà. J’aurai aussi appris à manier une boussole, même si le chemin allait être par la suite plus d’une fois dévié. Plus tard au secondaire, j’ai descendu ma voix, j’ai agrandi mes pas, j’ai essayé de ne pas trop bouger la tête quand je riais, j’ai élargi l’espace entre mes jambes. Programme que je me suis imposé quotidiennement : les poignets dans le prolongement des bras, monter les escaliers avec les genoux parallèles ou vers l’extérieur, jamais de position 5 à 7 où une hanche sertirait dans la lumière, le moins bouger possible, parce que bouger trahit. Bagage qui m’a servi à l’École nationale. À devenir comédien. Drôle de destin pour un être terrassé par le regard de l’autre. C’est le cas de bien des comédiens, je le crains.

En arrivant à Montréal, j’avais lâché mon programme. Fort heureusement. Sur un plan ostéopathique, ce programme m’a bousillé. À l’École nationale, alors que personne n’en faisait de cas, j’étais envahi par la peur de ne jamais parvenir à «jouer» un homme «comme il faut» à chaque évaluation. Pourtant, on ne me parlait pas de ça. Et quand une fois gradué et travaillant au professionnel la directrice m’a vu jouer et m’a dit que j’avais de l’ampleur, que j’occupais tout l’espace et que je tenais bien ma partenaire dans telle scène, j’ai été stupidement heureux. Quel accomplissement, je me suis dit. Comme si mon adjudant dans les Cadets me disait : «Voici ta médaille, tu es la meilleure recrue. Je n’y ai vu que du feu. Malgré la supercherie.» J’ai eu honte de cette joie. Je me rendais compte que j’avais absolument tout mis en œuvre depuis toujours pour me faire dire de telles choses, mais que ça n’existait somme toute que dans le regard de l’autre. À dire vrai, je serai toujours heureux que l’on me dise pareille chose. Je me dirai à coup sûr: j’ai réussi. Réussi quoi ? À vous faire croire que je suis un homme comme les autres, sans doute.

L’enfance m’a appris à transformer mon corps, l’École, à remplir ce corps de toute mon âme, et parfaire ainsi l’illusion, sauf pour cette drôle de journaliste… Mais d’où vient cette obsession à vouloir être vu comme un homme, alors que l’on se voit autrement ? Surtout : d’où vient cette impression constante de ne pas être un homme achevé et complet ? Longtemps, j’ai considéré la question exclusivement par le corps. Comment transformer ce corps, comme être autrement que ce que l’on se sent être. Qu’est-ce qui est le mieux ? Le mieux moralement ? Le mieux pour sauver sa peau ? Aujourd’hui, j’admire ceux qui se donnent des permissions, et ils sont nombreux. Je les ai déjà jugés, parce qu’enviés. (e) est une permission que je me donne. Un parcours intérieur que je constate avoir fait à mon insu. Un voyage que j’ai écrit pour me croire en toute circonstance dans mon corps et dans ma vie, complet et achevé.  Si c’est ça l’androgynie, du moins la mienne, alors je préfère ne rien finir du tout.

Theatre
innocence_prod_Photo_@lucetg.com

Innocence Lost

Exposing the injustice of a life that was lost too early and one that was saved too late.

It was a cold Montreal winter day in 2013, the girl was meeting up with the guy for date #3 (big deal, eh!). The plan was to go for drinks then attend a play (the typical dinner + movie thing so nauseating, so this was a good change). She was anxious to see him again but he was running a bit late (really? He’s not gonna show up?), but he made it just in time. As the night came to a close and she gave him a ride in her “fancy” green car, they parted ways, not knowing if they would ever see each other again…

Rewind… It was a warm summer night in 1959, the girl, Lynne Harper (Joan Wiecha), was 12 and the boy, Steven Truscott (Trevor Barrette), was 14. They were doing what every kid their age in Clinton County, Ontario, would do after dinner on a school night. Some of them would get dragged by their parents to help with the chores; others would go to the nearby creek for a swim. The boy gave the girl a ride on his shiny green bicycle, dropped her off and took one last look at her as he crossed the bridge. Little did he know that he would become the last person to see Harper alive. Not a soul could have foreseen that the unfolding of events from that night would set the precedents in one of Canada’s biggest and longest mistrial ever.

Photo: @lucetg.com

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Innocence Lost, based on a true story and written by playwright Beverley Cooper, follows the chronological events that led to the murder of Lynne Harper and the trial and wrongful conviction that ensued of Steven Truscott. Similar to a Dateline NBC Friday night special investigative reporting (that I watch religiously in my snuggie…), this play brings together the members of a small community as they desperately try to pinpoint this gruesome act of violence on someone, anyone really! As with the TV show, the play left me with that feeling of emptiness at the end, wondering “ok, so who don’ it? How can justice be brought to those who deserve it?” Ultimately, there is just so much more to this “Salem witch hunt” like story than two innocent lives that were lost and trying finding the real culprit. This is a tale of awakening on the blind faith that we put in our justice system and the aftermath of this loss on everyone left behind.

Now, brace yo’self for some serious name-dropping because it’s the collective effort of the whole crew that made it possible to bring together this wonderful piece and I want to credit them. The on-stage presence of Sarah (Jenny Young), a fictional character whose role comes in handy to narrate this (sadly) true story is beautifully showcased by lighting designer, Luc Prairie. He makes this light effect with the side spots that bring out the eyes and vulnerability of each character (I was told by my date that this is the new hit thing to do in theatre these days… He’s the expert…). The eyes carry such a strong meaning as it allows us to feel an urge of empathy towards Truscott as he is sitting for trial, his mother (Julie Tamiko Manning) who claims his innocence and Lynne’s father (Allan Morgan) who just wants justice to be served. Video designers George Allister and Patrick Andrew Boivin complemented the set design with multimedia projections, showing us, among others, Steven’s dreamy eyes which occupy Sarah’s daydreams as a teenager at the very beginning of the play and which finally help her see his innocence, with just one look, decades later. It’s through the eyes of the characters that we get a sense of the anger, shock, fear and misunderstanding they felt in the wake of the events that shook their small world.

Photo: @lucetg.com

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The rhythm of the play is a constant fast-pace of monologues, dialogues and ensemble that is dynamic, mostly engaging, yet sometimes confusing (a confusion that correlates to that of the mistrial). The collective narrative of the town people coming together is like a brouhaha, but we come to understand that this is how it must have felt like for the townspeople… I mean this situation made no sense! How could a 14 year old be sentenced to hang for killing a fellow classmate? For a story with such a deep and dark undertone, the actors gracefully portrayed their characters in a setting that seems calm and serene, thanks to set designer James Lavoie. The wooden wall on which there were multimedia projections, the soft green of the set and that little tiny bush in the center of the stage felt almost peaceful. It might seem like a paradox considering the violence of the crime, but the script was written with such caution and applied sensitivity that I felt “carefully” drawn in, unlike the sensationalism that we are exposed to everyday which depletes crimes like this one of their human aspect and makes us immune to even the most gory events.

Photo: @lucetg.com

Photo: @lucetg.com

On a brighter note, Innocence Lost, directed by Roy Surette, will be presented at the Centaur Theatre until February 24th and then moves on to Ottawa for more showings, so you still have a chance to see it if you haven’t already!

 

Fast forward back to now…In case you were wondering, the date, just like the play, ended with, well… let’s put it that way, more questions than answers… But what I came to realize after this date and seeing how this play unfolded, it’s that nothing can really be black or white, but rather 50 shades of grey.

Theatre
Julie Gagné, Agathe Lanctôt et Jean-François Blanchard. Photographe : Luc Lavergne

(Fr) Théâtre d’avant-hier, jeunesse d’aujourd’hui

C’était soir de première vendredi dernier au Théâtre Denise-Pelletier. Dans le froid glacial de janvier, très peu de comédiens et de journalistes pour assister au Jeu de l’amour et du hasard. Les invités d’honneur? Des adolescents en souliers, sans tuque ni foulard, la « falle à l’air », comme dirait l’autre. Tant mieux, puisque la production de la Société Richard III m’a semblée être conçue sur mesure pour eux.

Certains sont arrivés en autobus scolaire, d’autres ont longuement décrit le pénible trajet d’autobus qui les a menés jusqu’aux grandes portes vitrées du théâtre de la rue Sainte-Catherine Est. Bref, ça grouillait et ça jacassait dans la salle avant le début de la représentation. Je me suis demandé si cette comédie de Marivaux, présentée pour la première fois en 1730, allait réussir à les captiver, ou à tout le moins à les tenir éveillés pendant un peu plus de deux heures. L’histoire racontée est somme toute assez conventionnelle : Silvia, jeune femme destinée à Dorante, désire voir son prétendant avant de se marier à lui. Elle décide donc de changer de costume et de rôle avec Lisette, sa servante, sans se douter que Dorante et son valet, Arlequin, ont usé du même stratagème.  Évidemment, la situation donne lieu à plusieurs scènes loufoques qui ont tôt fait de séduire le public.

Daniel Desparois et Julie Gagné. Photographe : Luc Lavergne

Si la mise en scène de Carl Poliquin peut paraître un brin classique, c’est précisément cette caractéristique qui permet aux jeunes spectateurs d’être emportés par l’intelligence et la finesse du texte de Marivaux. Les personnages nagent dans un décor changeant, où de larges panneaux pivotent pour transformer l’espace. Le résultat est simple et dépouillé, laissant encore une fois toute la place aux mots de l’auteur. Près de la commedia dell’arte, le jeu des acteurs, principalement celui des serviteurs, est souvent à la limite du burlesque. Sans nullement être agacés par cet excès de bouffonnerie, les jeunes riaient aux éclats devant les nombreuses frasques de Lisette (Julie Gagné) et Arlequin (Daniel Desparois), comme ils ont été charmés par le jeu plus subtil de Guillaume Champoux et d’Agathe Lanctôt dans les rôles de Dorante et Silvia. En ce début de saison théâtrale hivernale, Carl Poliquin propose donc une version divertissante et légère du Jeu de l’amour et du hasard, qui, à -20 degrés Celsius, se prend comme un bon chocolat chaud bien sucré.

L’objectif principal du Théâtre Denise-Pelletier est d’initier les jeunes au théâtre et de leur offrir des œuvres de répertoire tournées vers la jeunesse. Avec Le jeu de l’amour et du hasard, cette mission est franchement accomplie. Les jeunes se sont instantanément levés après la dernière scène, sans vouloir être polis comme bon nombre de spectateurs plus vieux, mais réellement conquis par la pièce à laquelle ils venaient d’assister. Pendant que j’ajustais minutieusement mon foulard avant de sortir à l’extérieur combattre les éléments, ils discutaient vivement du jeu des acteurs et du propos de la pièce, tout en soignant leur tenue hivernale savamment négligée. Sentir le théâtre être en vie comme ça, quand il passe par les réflexions d’adolescents de 16 ans, me rappelle à quel point le jeune public, même quand on souhaite le faire rire, mérite d’être pris au sérieux.

Le jeu de l’amour et du hasard, jusqu’au 15 février 2013 au Théâtre Denise-Pelletier.

Theatre
La Danse de mort_crédit: Corinne Bève

(Fr) Blanc comme la mort

Fin novembre, une soirée au Théâtre Prospero pour assister à l’une des premières représentations de La Danse de mort, une pièce d’August Strindberg, mise en scène par Gregory Hlady. Les spectateurs prennent place, on feuillette le programme, on gazouille, on jase. Deux personnages, mari et femme, entrent par le fond et s’installent sur des chaises, le regard droit devant, immobiles un bon moment. Puis ça commence.

Danielle Proulx et Denis Gravereaux dans les rôles de mari et femme. Crédit photo: Matthew Fournier

Le décor est froid comme la Scandinavie où est sise l’histoire : de grands pans de murs d’un blanc lisse coupent la scène de leurs diagonales. Un peu décentré, un bloc imposant, tout aussi blanc, cache en son centre un escalier. Tout en haut, les personnages peuvent monter la garde, autour de la petite plateforme. Côté cour, un autre panneau occupant presque tout l’espace vertical est recouvert de miroirs, dont l’un se transforme en une porte, à hauteur d’homme. Devant, un escalier pentu mène à un balcon faisant imperceptiblement le tour de la scène. La femme étire parfois le long de la rampe son corps languissant, dont la courbe se termine en pointes de ballet. De temps à autre, des projections colorent les surfaces immaculées : le visage d’un personnage, l’ombre d’un bateau, un sourire énigmatique. À l’avant-scène, côté jardin, une touche organique : un rectangle de terre percé à même les carreaux lisses du sol figure quelque terreau, où la femme pêche à un moment donné des vers pour nourrir le mari. Un piano droit au fini de bois naturel sert aux souvenirs : de la musique pour danser, et des portraits encadrés, qui ornent sa caisse. Au fond, une barre, comme celles des studios de répétition où les ballerines s’exercent, fait écho aux costumes incongrus des personnages féminins – tutus vaporeux et chaussons roses. Mais ces douces apparences se révéleront peut-être trompeuses.

Le mari (Denis Gravereaux) et la femme (Danielle Proulx), personnages aussi abrasifs que ceux de la pièce la plus connue de Strindberg, Mademoiselle Julie, ne peuvent supporter la présence l’un de l’autre, quoique étant unis par la loi depuis 25 ans. Leurs noces d’argent se découvrent plutôt un sujet d’amertume et de ressentiment que de fête : ils se trouvent comme prisonniers d’un mariage toxique. La femme, une ancienne comédienne, voit en son mari le monstre responsable de tous ses malheurs. Le mari, isolé du continent par ses obligations militaires, nie la maladie qui le ronge. Ayant repoussé tous leurs amis et connaissances, et jusqu’à leurs enfants et domestiques, qu’ils ne peuvent garder dans la maison faute de moyens financiers, ils se voient cloîtrés, condamnés par leurs liens matrimoniaux. L’arrivée de Kurt (Paul Ahmarani), tout juste revenu de l’Amérique, cousin de la femme et ancien ami du mari, changera-t-elle la situation pour donner quelque espoir au couple ?

Paul Ahmarani, Danielle Proulx et Denis Gravereaux. Crédit photo: Matthew Fournier

La Danse de mort, dernière production du Groupe de la Veillée, est présentée au Théâtre Prospero jusqu’au 15 décembre 2012.

Theatre
De gauche à droite, dans le sens des aiguilles d’une montre  : Jacques Baril, Edgar Fruitier,  Stéfan Perreault, Olivier Courtois,  Jean-Marie Moncelet, Sylvio Archambault, Dany Michaud, Yves Bélanger, Marcel Pomerlo, Jean-François Boudreau, Jean-Bernard Hébert et Vincent Bilodeau
Photographe : Mathieu Rivard

(Fr) Le bénéfice du doute

À une époque où l’opinion prend de plus en plus de place et où chacun semble détenir la seule et unique vérité absolue, la pièce Douze hommes en colère, écrite par Réginald Rose en 1953, se présente comme un véritable miroir de la société actuelle.

C’est effectivement le premier constat qui vient en tête à la sortie de la pièce, une production de Jean-Bernard Hébert inc. présentée par le Théâtre Denise-Pelletier.  Dans un huis clos, douze jurés doivent décider du sort d’un jeune de dix-neuf ans accusé du meurtre de son père.  Les jurés, tous des hommes, viennent de différents horizons sociaux, ont des expériences de vie différentes et pourtant, ils partagent presque tous la même opinion sur le verdit à rendre.  Presque, parce qu’un seul d’entre eux osera questionner, revoir les preuves et soulever le doute raisonnable.  S’il est pourtant lui-même convaincu de la culpabilité du jeune homme dès les premiers instants de la pièce, c’est pour la valeur intrinsèque du débat et du doute qu’il maintient le jury captif de son arène de délibérations. Les esprits commencent alors à s’échauffer, la colère monte et le débat s’enclenche, si bien que la responsabilité de l’accusé, qui ne laissait d’abord présager aucune incertitude, semble soudain tout à fait contestable.

de gauche à droite : Jean-Bernard Hébert ; assis : Olivier Courtois, Yves Bélanger, Jean-François Boudreau, Jacques Baril, Edgar Fruitier
Photographe : Mathieu Rivard

La mise en scène de Jacques Rossi s’appuie sans conteste sur le film Douze hommes en colère, sorti en 1957, la trame sonore omniprésente ne laissant du reste aucun doute sur les intentions du metteur en scène.  En effet, l’action se déroule pendant un peu plus de deux heures dans la même pièce, circulaire cette fois, où il n’y a que douze chaises et une petite table carrée.  L’effet d’enfermement et d’oppression généré par le décor est magnifié par le jeu des acteurs, tous très justes dans les rôles des douze jurés.  Vincent Bilodeau, dans la peau d’un homme colérique et sensible, fait rire et grincer des dents à la fois, alors que le personnage de vieil homme campé par Edgar Fruitier est attachant et sensé.  La palme revient cependant à Jean-Bernard Hébert, brillant et posé à chacune de ses interventions.  Il faut dire que son personnage, archétype du citoyen modèle, y est pour quelque chose.  Sans se laisser convaincre facilement, il écoute, réfléchit, soupèse et réfléchit encore.   S’il finit par changer son fusil d’épaule, c’est uniquement parce qu’il a, au dernier moment, un doute raisonnable.  Ne devrait-on pas d’ailleurs tous agir ainsi plutôt que nous laisser emporter par nos pulsions et nos préjugés?

Douze hommes en colère donne à voir douze caractères différents, douze façons de réfléchir la vie et d’entrevoir la justice.  Récemment, le Québec a connu son lot de procès-spectacles, qui ont marqué les esprits et enflammé les chaumières.   On n’a qu’à penser à Guy Turcotte et à toute la médiatisation qui a entouré son procès.  La pièce présentée au Théâtre Denise-Pelletier arrive à point dans une époque où chaque individu se croit justicier et où la foi collective en notre système de lois est ébranlée.  La mise en scène de Jacques Rossi, puisant toute son énergie sur les doutes du juré no 8, offre au public un suspens habilement ficelé, qui interroge notre capacité à affronter nos idées et nos convictions, à débattre et à délibérer.   C’est une véritable thérapie de groupe à laquelle nous devrions tous assister. Alors, allez ouste! Au théâtre!

Douze hommes en colère  au Théâtre Denise-Pelletier, du 14 novembre au 18 décembre 2012.

Theatre
trois romance2

(Fr) Trois Romances : Dans l’œil du malaise

On le dit dans la marge. Il se dit batârd. Je n’ose pas le qualifier de quoi que ce soit. Pour moi, il est aussi insaisissable qu’un rêve qu’on aurait cousu à l’aube. Plongeons dans un monde fraichement chaotique et fascinant, à l’occasion de la présentation de sa plus récente oeuvre, Mygale.

Nicolas Cantin est le genre d’artistes aimant jouer sur la ligne transparente des frontières. Traversant les zones de création, son terrain de jeu est à l’image de l’homme : imaginatif et étrange. Dans le bon sens du terme. Son univers vaguement dérangeant d’où se dégagent les influences du théâtre, de l’impro et du cirque, est un puzzle extravagant laissé à l’interprétation fertile des uns et des autres. C’est de la danse et ça ne l’est pas.

Mygale. crédits photo : Nicolas Cantin

Deux pièces précèdent Mygale. Des pièces qui ont été rejouées à l’Usine C depuis le 31 octobre dernier. Aujourd’hui, ces trois chapitres forment humblement Trois romances. Elles gravitent autour de la même thématique, mais tout en suivant une évolution. L’évolution de la catastrophe. J’ai trouvé Grand singe, très sage. En apparence seulement. Peut-être parce que j’ai été prévenue. Car l’affrontement entre le duo formé par Anne Thériault, un peu femme-enfant et Stéphane Gladyszewski, force indifférente, n’avait rien de sage. Belle Manière a enflammé les conversations d’après-show que j’ai eues avec ma « sœur » sur cet abime humiliant de sentiments humains. De la faiblesse des beaux jours devant les coups traîtres de notre nature sauvage. De la tristesse suffocante qui nous a pratiquement clouées sur nos chaises. Et ce soir, que dirons-nous sur Mygale, qui d’après Nicolas Cantin, va encore plus loin.

Le dénuement de la scène ne laisse place qu’au « couple » et la danse n’est qu’évocation dans cette intimité violente. En tant que spectateur, on se retrouve à être voyeur de nos propres défaites. Tout cela, sous une trame sonore des plus déconcertante, comme ils disent, cela berce ou cela décoiffe. Le mélange est assez voluptueux dans l’ensemble.

Mygale sera en représentation jusqu’au 10 novembre. Pour ceux qui n’ont pas eu le temps de voir Grand Singe et Belle manière, les trois pièces joueront le 11 novembre en rafale. Une journée intense en perspective.

Theatre
TAT

Guys and Dolls The Musical – When vice and addiction turn into love and redemption

Confession time: I watch Glee religiously and I LOVE it! Musicals are one of those things that everybody enjoys, just like Jamiroquai, dolphins and Maple Syrup. Singing, Dancing and Acting all under one roof… what’s not to like? Despite my boundless love for Broadway and Musicals, Guys and Dolls (presented until October 31st at the Segal Centre), is my second time attending one.

I will never forget my first time… My roommates and I had missed Swan Lake that was featured at the Sydney Opera house by a couple of weeks and we’re really bummed. We redeemed ourselves by attending the Australian debut of Billy Elliot at the Sydney Capitol. What a show! Guys and Dolls took me right back to the delightfulness that are musicals. Even my jaded friend whom I dragged as my +1 loved the show. We got carried away in a twirl of catchy songs, colourful costumes, funny jokes and absurd situations. Maybe next week I’ll trick her into seeing Pitch Perfect with me…

Time Magazine claimed that Guys and Dolls is “The greatest of all American Musicals”, winning five Tony awards when it first appeared on Broadway in 1950. The stars of the Montreal production also had big shoes to fill after the legendary performance of actors such as Marlon Brando, Frank Sinatra, Vivian Blaine and Jean Simmons in the Hollywood Film, which won two Golden Globe awards. Having been pleasantly surprised by Diana Leblanc in the last play she directed, Same Time Next Year, I knew that I was going to be in for a fun time.

Nicely Nicely (Mike Paterson) was outstanding in my favorite number of the show “Sit Down You’re Rocking the Boat”; he is just so lively and fun! I also loved the scene in Havana, which brilliantly showcased the talent and range of choreographer Jim White.  Having a live band on stage (with Nick Burgess as musical director) added that special touch that just tied everything in for me.  The small and intimate setting of the Segal Centre made everything larger than life. There was so much going on at once and in today’s age of having a short attention span and multitasking, this was awesome because you always had sooooo much to look at! With a very large cast of 24 actors, the entertainment factor was sky high with so many people on stage at once doing different funny things.

Mike Paterson (Nicely-Nicely), Frank Moore (Nathan Detroit), Marcel Jeannin (Benny Southstreet), Photo Andrée Lanthier

Even though I’m far from having the best fashion sense  (I leave this to my friend Janna), I always find myself drawn to the costumes when I attend a play. This time, Michael Eagan, the set and costume designer, succeeded in recreating that 1940’s NYC setting. The men, wearing stereotypical pin striped flashy suits with their fedoras, really portrayed the sly nature of these New York City gamblers. During the dinner date between Miss Sarah Brown (Tracy Michailidis) and Sky Masterson (Scott Wenwtorth) in Havana, you could feel Sarah losing her inhibitions and letting go of all of her self-restraints. The portrayal of the inebriated date was done gracefully with the change of her red Mission band uniform into a more relaxed and casual look in order to fit with the colourful, sexy and flamboyant Cuban scene.

Tracy Michailidis (Sarah Brown) and Scott Wentworth (Sky Masterson). Photo Andrée Lanthier

With only a few more performances to go, thanks to an extended preview period until the end of the month, Guys and Dolls is a must see show. An intimate setting with a great cast will leave you smiling, dancing, AND with jazz hands, all the way home.

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